Qui a peur de l’Open access ?

I love open access

Certainement pas Jean-Paul Saint-André, président de l’Université d’Angers, signataire de la tribune parue vendredi 15 mars dans le journal Le Monde.

Vous estimez que le libre accès à l’information scientifique mérite la mobilisation de tous ? Signez à votre tour cette tribune sur le site I love open access.

Texte de la tribune

En juillet 2012, la Commission européenne a émis une recommandation relative à la publication en accès ouvert (c’est-à-dire gratuit pour le lecteur) des résultats de la recherche scientifique financée sur fonds publics. La Commission considère en effet qu’une telle démarche est nécessaire pour renforcer la visibilité de la recherche européenne à l’horizon 2020, en levant progressivement les obstacles qui se dressent entre le lecteur et l’article scientifique, après un éventuel embargo de six à douze mois. Cet avantage, l’Amérique latine, par exemple, l’a déjà saisi depuis une décennie en lançant de puissantes plateformes de revues en accès ouvert. Scielo et Redalyc, qui comptent à elles deux près de 2000 revues ont considérablement gagné en visibilité grâce à l’accès ouvert : le portail brésilien Scielo est désormais plus consulté que l’américain Jstor. Ces exemples montrent que l’accès ouvert change le rapport de forces dans un monde dominé par des groupes détenant des portefeuilles de milliers de revues majoritairement de langue anglaise : il ouvre la porte à ce qu’on peut appeler une véritable bibliodiversité en favorisant l’émergence d’une pluralité de points de vue, de modalités d’édition, de paradigmes scientifiques, de langues.

Certains acteurs français de l’édition de revues en sciences humaines et sociales (SHS) se sont émus de ce qu’ils ont perçu comme une menace pour un modèle économique fragile. En fait, il serait souhaitable d’analyser précisément l’activité de ce secteur en identifiant les sources et modes de financements directs et indirects, publics et privés, de cartographier les rôles des différents acteurs en cernant la plus-value apportée par chacun afin de déboucher sur une véritable analyse des coûts. Craindre l’accès ouvert nous paraît relever d’une vision étroite et, pour tout dire, erronée de l’avenir. Isoler, aujourd’hui, les SHS dans un espace spécifique ferait de ce dernier un conservatoire voué à la disparition. Selon nous, les SHS peuvent au contraire se placer à l’avant-garde de ce mouvement d’ouverture, en raison même de la demande sociale grandissante dont elles sont l’objet (nous estimons le cumul des visites sur Cairn, OpenEdition, Erudit et Persée à environ 10 millions de visites mensuelles !). Les inquiétudes exprimées par nos amis et nos collègues sont à cet égard largement infondées. Non seulement la part des ventes hors des institutions d’enseignement supérieur et de recherche est faible dans l’économie des revues SHS qui reste très largement subventionnée directement ou indirectement par des fonds publics, mais il existe aujourd’hui des modèles économiques nouveaux qui renforcent la position des éditeurs sans pour autant faire payer les auteurs, comme le démontre le succès du programme Freemium promu par OpenEdition, une initiative française. Des solutions permettant de financer une édition électronique ouverte de qualité sont en train d’être inventées et de prouver leur efficacité, de Scielo à Public Library of Science (PLOS), de Redalyc à OpenEdition. Il serait désastreux que les SHS se placent en retrait de ce puissant mouvement d’innovation qui reconfigurera sans doute durablement le paysage scientifique; elles doivent au contraire faire partie des disciplines en tête de ce mouvement, comme dans les mondes hispanophone et lusophone. La résistance de certains de nos collègues à cette évolution paraît être un calcul à trop court terme face aux gains scientifiques, pédagogiques potentiels et, in fine, à la démocratisation de l’accès au savoir.

La question, selon nous, n’est pas seulement d’ordre économique et commercial. Même si le problème posé par l’existence d’un oligopole Elsevier/Springer/Wiley pèse fortement sur les budgets des universités et si le mode de financement de l’édition universitaire mérite d’être repensé, c’est avant tout, avec l’accès ouvert généralisé, de politique scientifique qu’il s’agit. En effet, la connaissance ne saurait être traitée comme un bien classique et la circulation des savoirs est aujourd’hui plus que jamais un enjeu de société : il nous est possible de mettre en œuvre une révolution dans la démocratisation de l’accès aux résultats de la recherche. Un savoir enfermé derrière des barrières et accessible aux seuls happy few des universités les plus riches est un savoir stérile, et pour tout dire confisqué alors qu’il est produit grâce à des financements publics. Dans ce débat, les établissements d’enseignement et de recherche ont un rôle clef à jouer. La diffusion des connaissances et des résultats de la recherche et leur communication auprès du plus grand nombre font partie de leurs missions. Une politique scientifique bien pensée requiert dans ces conditions la construction d’infrastructures numériques publiques, mais aussi des politiques éditoriales innovantes, favorisant les croisements disciplinaires, les nouvelles formes d’écriture, le multilinguisme et la diffusion la plus large.

Qui a peur de l’accès ouvert? L’accès privatif bride la dissémination des idées et est inadapté aux nouveaux paradigmes offerts par le numérique. Il est temps de voir dans le Web une formidable occasion dans le domaine de l’innovation, de la diffusion des savoirs et de l’émergence de nouvelles idées.

Nous n’avons pas peur de l’accès ouvert. Sortir les savoirs des silos et des frontières des campus, c’est les ouvrir à tous, c’est reconnaître à la connaissance un rôle moteur dans nos sociétés, c’est ouvrir des perspectives d’enrichissement collectif.

N’ayez pas peur de l’accès ouvert ! Il est désormais possible de fonder un nouveau contrat scientifique, éditorial et commercial entre chercheurs, éditeurs, bibliothèques et lecteurs pour entrer véritablement dans une société de la connaissance partagée, dans une démocratie du savoir.

Quand les citoyens exigent le libre accès aux résultats de la recherche publique

Depuis septembre 2011, les citoyens américains ont la possibilité d’interpeller leur gouvernement par le biais de pétitions en ligne, créées sur le site de la Maison blanche. Ces pétitions sont rassemblées dans une section intitulée We the people, selon les premiers mots du préambule de la Constitution. Le principe est simple et efficace : chacun peut ouvrir une pétition, si celle-ci recueille 150 signatures en un mois, elle est publiée sur le site We the people, si elle en recueille 100 000 sur la même durée (65 000 jusqu’en janvier 2013), alors le gouvernement doit y répondre.

En mai 2012, une pétition a été lancée pour exiger le libre accès en ligne à tous les articles de revues scientifiques issus de la recherche financée sur fonds publics. Elle a recueilli depuis plus de 65 000 signatures.

Le 22 février dernier, John Holdren, directeur du Bureau de la politique scientifique et technologique, a répondu très favorablement à cette pétition1.

Il souligne d’abord le fait que l’administration Obama approuve totalement le principe de mise à disposition des résultats de la recherche publique en libre accès, en tant que bien commun financé par les impôts des citoyens (“The Obama Administration agrees that citizens deserve easy access to the results of research their tax dollars have paid for”) et affirme le rôle positif du libre accès tant pour le progrès scientifique que pour l’entreprenariat et l’emploi (“Strengthening these policies will promote entrepreneurship and jobs growth in addition to driving scientific progress”).

Les États-Unis ne se contentent pas d’un vague encouragement verbal de l’Open access, eux, puisque la réponse de John Holdren s’accompagne de la publication d’un Memorandum pour les dirigeants des départements exécutifs et agences. Il est exigé de ces derniers qu’ils mettent en place des “politiques claires et coordonnées” permettant le développement du libre accès aux articles publiés dans les revues à comité de lecture, mais également aux jeux de données brutes qui les accompagnent, le tout dans des formats permettant la réutilisation et le traitement informatique. Le memorandum définit en outre une série de règles et objectifs auxquels devront se conformer les agences, tout en garantissant une certaine flexibilité en fonction des disciplines (notamment concernant la durée d’embargo, que le memorandum fixe à 12 mois, mais qui pourra faire l’objet d’aménagements).

John Holdren remercie également l’auteur de la pétition, et précise que celle-ci a joué un rôle important dans les discussions en cours. Des citoyens qui se constituent eux-mêmes en groupe de pression pour défendre le libre accès, plutôt que de laisser le terrain du lobbying aux seuls éditeurs, et qui obtiennent gain de cause, cela fait rêver…

1 [edit 26/02/13 : merci à @mdelhaye pour sa traduction de la réponse de John Holdren]

Journées de l’Open access, les webcasts

Le programme des Journées de l’Open access a largement tenu ses promesses : deux jours de présentations, d’explications, de discussions parfois enflammées entre acteurs de l’OA, français, et surtout étrangers, l’hexagone n’étant pas spécialement en pointe sur toutes ces questions. Les interventions et moments d’échanges (vifs et tout aussi intéressants que les présentations elles-mêmes) ont été filmés et tous les webcasts sont disponibles en ligne.

Parmi les orateurs venus d’ailleurs très remarqués :

Journées de l’Open Access 24-25 janvier

Les 24 et 25 janvier prochains ont lieu à Paris les journées de l’Open Access sur le thème : “Open Access : quel avenir pour la publication scientifique ? Stratégie des établissements, des États et de l’Union européenne”. Au programme, des conférenciers d’ici et d’ailleurs (dont nos collègues belges), et l’attendue prise de parole de Geneviève Fioraso, intitulée “Position de la France sur l’Open Access”. Je reproduis ci-dessous la liste des conférences. L’inscription est libre et gratuite, et pour ceux qui ne pourraient pas se déplacer les interventions seront diffusées en streaming, et “livetweetées” sous le hashtag #jeoa13.

  • Grégory Colcanap, Coordonnateur du consortium Couperin et Serge Bauin, Directeur de l’IST, CNRS : Présentation des 5e Journées Open Access
  • Serge Bauin, Directeur de l’IST, CNRS: Projet MedOANet
  • Stevan Harnad, Professeur à l’Université du Québec : Mouvement de l’Open Access : retour sur 10 ans d’initiatives
  • Michael Jubb, Directeur du Research Information Network : Rapport Finch et politique du RCUK
  • Jean-Claude Guédon, Professeur à l’Université du Québec : Avenir de l’Open Access avec le fair Gold
  • Marin Dacos, Directeur du CLEO : D’autres modèles de libre accès sont possibles
  • Bernard Rentier, Recteur de l’Université de Liège et Paul Thirion, Directeur des bibliothèques de l’Université de Liège : Politique OA d’un établissement universitaire : pilotage de la recherche et préservation du patrimoine scientifique.
  • Zoran Stančič, Directeur-général adjoint de la DG Réseaux de communication, contenu et technologies, Commission Européenne : Politique de l’Europe pour Horizon 2020 et accès ouvert aux recherches financées sur fonds publics
  • Geneviève Fioraso, Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche : Position de la France sur l’Open Access
  • Alma Swan, directrice de SPARC Europe : Enjeux de l’Open Access : le green OA, coûts et bénéfices
  • Christine Berthaud, Animatrice de BSN4, Directrice du CCSD : Elément de la politique nationale pour les archives ouvertes
  • Christine Ollendorff, Membre du bureau Couperin, Directrice des bibliothèques d’Art et métiers ParisTech : Enquête Couperin-ADBU sur les Archives Ouvertes
  • Stuart Shieber, Professeur : La politique Open Access à Harvard, l’archive DASH
  • Sandrine Malotaux, Directrice du SCD de l’INP Toulouse, Responsable département CND Couperin : De l’auto-archivage volontaire à l’archivage systématique : évolution de la politique de l’INP Toulouse
  • Robert Kiley, directeur des Digital Services, Wellcome Trust Library : PubMed Central Europe et publication ouverte en concertation avec des éditeurs
  • Laurent Romary, Directeur de recherche à l’INRIA : Bilan du projet PEER
  • Représentant du CERN : Projet SCOAP3 : la publication ouverte en physique des hautes énergies
  • Eloy Rodrigues, Directeur des bibliothèques de l’Université de Minho : La politique Open Access à Minho : incitation et obligation
  • Frederic Merceur, Responsable d’Archimer à l’Ifremer : Obligation de dépôt dans ARCHIMER de l’IFREMER
  • Pascal Guitton, Directeur de la recherche, INRIA : Vers une obligation de dépôt en 2013 dans HAL-INRIA
  • Jean-François Lutz, Responsable du Helpdesk OpenAIRE France pour le consortium Couperin, Conservateur au SCD de l’Université de Lorraine : Projet OpenAIRE : obligation de dépôt des publications issues des projets européens
  • Stevan Harnad, Professeur : Grand témoin des deux journées – les lignes du débat
  • Position des Présidents de la CPU, de la CGE, de la CDEFI et du CNRS

Visite des laboratoires : un premier bilan sur l’utilisation de HAL

Pour terminer 2012, voici un rapide bilan des visites de laboratoires effectuées depuis la rentrée 2012. Nous avons pu présenter le projet à environ un tiers des laboratoires de l’UA (SONAS, BNMI, MOLTECH, LAREMA, CERHIO, LASQUO, CRILA, 3L.AM). D’autres rencontres sont déjà programmées pour début 2013 (MINT, GEIHP). Par ailleurs, dans le cadre de l’enquête sur les usages du numérique diligentée par Stéphane Amiard, un certain nombre de laboratoires ont déjà été approchés aux mois de mai-juin 2012, et ces rencontres ont été l’occasion d’aborder les grandes lignes du projet d’archive ouverte, entre autres questions.

Les présentations ont été faites par Daniel Bourrion et moi-même, et nous remercions les directeurs pour l’accueil reçu. D’un laboratoire à l’autre, l’audience varie, tant en nombre (de 4 à 40 personnes environ) qu’en statut (chercheurs, mais aussi doctorants, parfois IATOSS). Notre objectif est de présenter le projet, bien sûr, mais surtout de discuter avec les chercheurs, pour comprendre leurs pratiques actuelles et leurs besoins.

D’après les échanges que nous avons eus jusqu’ici, il s’avère que l’archive ouverte HAL, mise à disposition par le CNRS, n’est pas encore utilisée, ni même connue, par l’ensemble des chercheurs.

Usages actuels

Certains chercheurs sont habitués à déposer le texte intégral de leurs articles en archive ouverte. Cet usage relève plus d’une initiative personnelle que d’une consigne du laboratoire ou des tutelles. Le LAREMA fait un peu figure d’exception, avec une pratique déjà courante de l’auto-archivage dans HAL et/ou arXiv.

Il arrive que des articles soient déposés via un sous-portail HAL (par exemple HAL-INSERM ou HAL-INRIA) parce que le chercheur a l’habitude d’utiliser ce sous-portail ; ce peut être problématique, lorsque le déposant n’a aucun lien avec l’institution dont relève le sous-portail (dans les exemples cités, l’INSERM ou l’INRIA), puisque sa notice sera de fait associée à cette institution.

Certains utilisent HAL à des fins de référencement (notices bibliographiques), mais sans déposer le texte intégral des articles signalés.

Certains chercheurs enfin ne déposent pas eux-mêmes dans HAL ; les chercheurs du CERHIO (laboratoire dépendant de quatre universités) sont ainsi invités à signaler leurs publications à un personnel rennais qui se charge d’alimenter la collection du laboratoire dans HAL SHS.

Ce qu’on observe sur HAL

Représentation de l’Université d’Angers

D’abord, l’Université d’Angers ne dispose pas d’une collection ou d’un sous-portail ; en revanche, la consultation des publications qui lui sont associées est possible grâce à une extraction automatique.

La première page de cette extraction indique que 949 documents sont référencés et les liste. Mais ne figurent ici que les notices auxquelles est joint un fichier (conformément à la politique de HAL, qui favorise logiquement, en tant qu’archive ouverte, le libre accès au texte intégral). Pour connaître les références bibliographiques sans fichier, il faut passer par la recherche et penser à cocher la petite case, “voir également les notices bibliographiques”.

Dans les 949 articles proposant du texte intégral, sont comprises les 294 thèses de doctorat déposées par la bibliothèque universitaire.
Dans l’extraction figure également des documents qui n’ont pas été écrits par des chercheurs angevins. En effet, comme l’ensemble des tutelles d’un laboratoire sont indiquées dans la signature, toute publication d’un laboratoire relevant de plusieurs universités sera rattachée à chacun de ces établissements.

Représentation des laboratoires

Certains laboratoires disposent d’une collection spécifique, qui leur donne plus de liberté en terme de charte graphique et leur permet le cas échéant d’inclure les notices sans texte intégral dans la liste des documents proposée par défaut. Les collections, disponibles via le menu “Consultation > par collection”, ne sont pas proposées sur chaque sous-portail de HAL ; par exemple, la collection du CERHIO est disponible dans la liste des collections sur HAL SHS, mais pas sur HAL “tout court”.

D’autres laboratoires ne disposent pas de collection mais sont intégrés dans le référentiel laboratoires de HAL ; pour ces derniers, il faut passer par le menu “Services > Consulter les laboratoires connus de HAL” pour consulter la fiche du laboratoire, mais pas les publications associées. Des doublons sont constatés sur certains laboratoires.

Dernier cas de figures, certains laboratoires, pourtant référencés dans HAL, sont introuvables via “Services > Consulter les laboratoires connus de HAL”. On peut citer l’exemple du LASQUO : une trentaine de documents comportent la signature du LAboratoire en Sûreté de fonctionnement, QUalité et Organisation (LASQUO), pourtant le laboratoire ne figure pas dans la liste des “laboratoires connus de HAL”.

Les articles non publiés ont-ils leur place dans une archive ouverte ?

La question fait débat. Dans HAL, il est possible de déposer un preprint non soumis (voire refusé) ; la pratique est même courante dans certaines disciplines où la publication est rare. Si l’on comprend le désir du chercheur de valoriser son travail, le fait que l’article, disponible en libre accès, n’ait fait l’objet d’aucune validation scientifique, pose problème. Bien sûr, le manuel de HAL stipule que tout document déposé “doit décrire un travail de recherche solide, conforme aux règles en usage dans la discipline, comparable aux manuscrits que les chercheurs soumettent pour publication aux comités de lecture de revues scientifiques, d’actes de colloque, etc” (cf. p.11), et l’on ne doute pas du sérieux de la grande majorité des déposants.

Cela étant, rien n’empêche une validation a posteriori d’un texte diffusé dans une archive ouverte. Dans la prochaine version de HAL, en ligne au printemps 2013, il sera ainsi possible de créer des épirevues : des chercheurs pourront se constituer en comité de lecture, sélectionner des textes diffusés sur HAL, et proposer aux auteurs de les publier.

Côté ORBi, archive de l’Université de Liège, seuls les documents acceptés peuvent être déposés : “[l]a référence devra être introduite dans ORBi dès acceptation de publication par l’éditeur ou dès que le document pourra être considéré comme abouti, dans le cas de communications orales par exemple. Les documents en cours de soumission à l’éditeur, mais pas encore acceptés, ne devront pas être introduits.”

Au cours de la présentation du projet faite au SONAS mercredi, Pascal Richomme évoquait la possibilité de charger dans l’archive de l’UA un document non encore publié, mais d’ores et déjà accepté par un éditeur, tel quel ou sous réserve de corrections mineures. Compte tenu du fait que les délais entre la soumission et la publication peuvent atteindre six mois, cette option a l’avantage de permettre une diffusion très rapide de l’article. Bien entendu, cela impliquerait pour le chercheur de modifier son dépôt une fois le papier publié.

Cette option pourra être discutée lors du prochain comité de pilotage, mardi 18 décembre, et proposée aux directeurs de laboratoire pour avis.

Du côté des Belges…

Nous avons déjà évoqué ici l’archive ouverte de l’Université de Liège, ORBi, en production depuis 2007, référençant les publications recherche parues depuis 2002. Il y a quelques jours, l’Université fêtait le millionième téléchargement ! Ce genre de statistiques devrait vous ôter tout doute sur la plus-value que représente la mise en ligne en texte intégral, dans une archive ouverte institutionnelle : diffuser sa production en libre accès, dans un dépôt bien référencé, c’est l’assurance d’être davantage lu (et cité).

Aujourd’hui, ORBi fait des petits et s’exporte : le Luxembourg vient de mettre en ligne ORBilu, et travaille actuellement au signalement des publications dans cette nouvelle archive.

À l’occasion de la récente semaine de l’Open Access, le pays a franchi une nouvelle étape : les grands acteurs de la recherche publique belge ont signé la Brussels Declaration on Open Access. C’est donc au tour de la Belgique de faire de l’Open Access la modalité de diffusion par défaut des publications financées sur fonds publics. Grande-Bretagne, Irlande, aujourd’hui Belgique… la France demain ?

Pour en savoir plus sur l’expérience liégeoise, de nombreuses ressources sont à votre disposition :

  • le blog de Bernard Rentier, recteur de l’ULg, qui fait preuve depuis plusieurs années d’un engagement total en faveur de l’Open access
  • sa récente présentation sur l’Open access à l’Université de Liège, à l’occasion de la semaine de l’Open access
  • bien entendu, les articles parus sur ORBi
  • également, cette série de vidéos interactives produites par l’ULg, pour tout savoir sur l’Open Access.

Le comité de pilotage du projet AO angevin envisage d’envoyer une mission de reconnaissance en territoire liégeois, ce qui ne manquera pas de faire l’objet de compte-rendus ici-même.

Signalons aussi, à titre d’information, même si cela dépasse notre périmètre, quelques-uns des nombreux sites de valorisation de l’ULg :

  • Réflexions, site de vulgarisation scientifique
  • le 15ème jour du mois, actualités de l’Université
  • TEDx ULg, pour les conférences éponymes organisées par l’Université
  • PoPuPS, portail de revues scientifiques disponibles en libre accès

Politiques publiques en faveur du libre accès – quelle voie privilégier ? (2)

Le 23 octobre dernier, l’Irlande a à son tour annoncé l’adoption d’une politique publique en faveur du libre accès aux publications scientifiques financées sur fonds publics. Mais à la différence du Royaume-Uni, il s’agit cette fois d’un mandat “Green OA”.

Cinq grands principes sont énoncés, qui devront être respectés à compter du 1er janvier 2013 :
1. toute production financée (même partiellement) par des fonds publics doit être déposée en archive ouverte
2. les métadonnées de la publication doivent être immédiatement accessibles, le texte intégral doit l’être au plus tard à la date de publication, dans le respect des contrats éditoriaux ; le cas échéant un embargo de 6 mois pour les sciences exactes, 12 mois pour les SHS, peut être mis en place
3. les chercheurs sont encouragés à publier en “Gold OA”, mais ce n’est pas une obligation, contrairement à la politique adoptée au Royaume-Uni
4. les chercheurs doivent déposer leurs publications dans des archives interopérables et permettant l’accès au texte intégral
5. les données brutes de la recherche doivent être également déposées et reliées aux publications, chaque fois que cela est possible.

Ce programme s’inscrit dans la droite ligne des récentes recommandation et communication de la Commission européenne et va même jusqu’à inclure la question de la mise à disposition des données brutes, qu’encourage également l’UE sans toutefois y contraindre les bénéficiaires de cofinancements européens.

Le projet d’archive recherche de l’Université d’Angers relève de la même inspiration que le mandat irlandais. À quand l’adoption d’une telle politique pour les universités françaises ?

Politiques publiques en faveur du libre accès – quelle voie privilégier ? (1)

Nous l’avons vu, l’Union européenne encourage vivement les états membres à adopter des politiques publiques en faveur du libre accès aux publications scientifiques. Libre aux gouvernements de favoriser pour cela la voie dorée de la publication en open access ou la voie verte des archives ouvertes.

Le Royaume-Uni a opté cet été pour le “Gold OA” : suivant les recommandations du rapport Finch, Accessibility, sustainability, excellence: how to expand access to research publications, paru en juin 2012, le Research Councils (RCUK) a annoncé le 16 juillet dernier l’adoption d’une politique publique contraignant les chercheurs à non seulement diffuser en libre accès leurs travaux financés sur fonds publics, mais en imposant en plus que cette mise à disposition passe par l’édition en libre accès. Cette obligation entrera en vigueur le 1er avril 2013.

Si l’on ne peut que saluer l’engagement fort que représente l’adoption d’une politique publique pour l’Open access, le choix du “Gold OA” obligatoire, et la définition qui en est donnée dans le rapport Finch, sont plus contestables, pour plusieurs raisons.

D’abord, le groupe Finch réduit la publication en Open access au seul modèle auteur-payeur, méconnaissant la diversité des modes de financement [1]. Il suffit de “feuilleter” le DOAJ (Directory of Open Access Journals) pour s’apercevoir que ce modèle est même minoritaire [2], la plupart des éditeurs de revues en libre accès ne faisant pas supporter les frais directement aux auteurs. Le raccourci opéré s’explique partiellement par le fait que la publication dans des revues dites “hybrides” (dans lesquelles on peut choisir de publier gratuitement, et dans ce cas l’article ne sera accessible qu’aux abonnés de la revue, ou en open access sous réserve de financer l’article) est encouragée.

Ensuite, de fait, si la voie dorée est réduite aux publications à APC (Article Processing Charges), le surcoût qu’implique la mise en place d’une telle politique publique est considérable, et le groupe Finch ne s’y trompe pas, qui prévoit un budget de 50 à 60 millions de £ pour le financer.

Le Royaume-Uni apporte ainsi son soutien au libre accès tout en garantissant aux éditeurs le maintien, voire l’augmentation substantielle de leurs recettes, puisque le financement de la publication ne pourra pas s’accompagner dans le même temps d’une baisse proportionnelle des abonnements institutionnels. Certains s’inquiètent déjà des effets pervers et craignent à juste titre que ce type de politique ne fasse que renforcer la crise de l’édition scientifique : alors que les tarifs des abonnements qu’imposent les éditeurs aux universités sont devenus insupportables, la crainte que ce type de politique publique ne fasse qu’étrangler davantage la recherche publique est légitime.

[1] sur ce sujet, lire Gratuité ou libre accès? Poser les termes du débat, c’est déjà y répondre en partie écrit par Marin Dacos sur Blogo numericus
[2] le DOAJ indique pour chaque revue référencée une ligne “Frais de publication”, exemple ici avec la catégorie “Medicine (General)”.

L’Union européenne engagée en faveur du libre accès

Le Septième programme-cadre, dit FP7, qui s’achève fin 2013, comprend depuis 2008 un projet pilote en faveur du libre accès aux résultats de la recherche, pour 20% de son budget global. Les domaines concernés sont l’énergie, l’environnement, la santé, les technologies de l’information et de la communication, les infrastructures électroniques de recherche et les SHS. Dans ce cadre, les cofinancements accordés par l’Union européenne s’accompagnent d’une obligation de mise à disposition des résultats en libre accès. Les chercheurs restent libres d’opter pour la voie qui leur convient le mieux, dorée, publication en open access, ou verte, dépôt en archive ouverte.

À partir de 2014, le programme Horizon 2020 prend la relève, et le pilote est généralisé : désormais, l’obligation de mise à disposition en libre accès concernera tout projet cofinancé par l’UE.

Le 17 juillet dernier, deux documents de la Commission européenne ont été mis en ligne, expliquant cet engagement en faveur de l’Open access : une recommandation “relative à l’accès aux informations scientifiques et à leur conservation”, et une communication, Pour un meilleur accès aux informations scientifiques : dynamiser les avantages des investissements publics dans le domaine de la recherche.

La recommandation est l’occasion de prises de position fortes et sans ambiguïté. “les politiques de libre accès aux résultats de la recherche scientifique devraient s’appliquer à toutes les activités de recherche financées par des fonds publics” (p.3), et il est recommandé aux états membres de veiller “à ce que le système des carrières universitaires soutienne et récompense les chercheurs qui adhèrent à une culture de partage de leurs résultats de recherche, notamment en garantissant le libre accès à leurs publications et en élaborant, en encourageant et en utilisant de nouveaux modèles, critères et indicateurs alternatifs pour l’évaluation des carrières” (p.6).