Le long chemin du Général en Chef des Doigts

« Et ce n’est point errer, ô Pérégrin… » 

Ces quelques mots tirés d’Exil II de Saint-John Perse font partie du petit catalogue (privé) de mes citations préférées, et s’appliquent assez parfaitement aux premiers pas du GCD (Général en Chef des Doigts, j’utiliserai dorénavant cette abréviation) : tout est de fait à construire, personne ne sait vraiment de quoi il retourne, et personne non plus l’attend le GCD, qui se retrouve donc seul ou à peu près, devant une colline haute comme ça, à se demander par où commencer, quoi construire, et comment.

Je lis donc pour m’éclaircir les idées, ici ou là sur le Web, les témoignages des CDO de grandes entreprises, leurs petits trucs, leurs méthodes, leurs expériences, je cherche et pique les bonnes idées, j’écoute autour de moi celles qui peuvent émerger, je picore, j’entasse. Je me dis que chaque situation et institution sont à la fois très particulières, et dans le même temps, toujours banales — finalement, nous avançons tous dans le brouillard un peu flou du puzzle infini que nous construisons et même les vigies là-haut faisant œuvre de prospective pourraient se tromper tout le temps.

J’essaie en tous cas de ne pas m’attacher à des outils, des manières de, des modes, mais à penser en termes d’habitudes et de méthodes de travail, d’approches : l’enjeu ne me semble pas être dans le fait de faire utiliser ceci ou cela, mais bien, de décaler et agiter. Ce que nous faisons dans ces habitudes ancrées de long, nous pourrions certainement le faire autrement pour peu que nous lâchions la rampe des habitudes et puis, aussi, commencions à accepter d’errer.

Cela, finalement, c’est tout de même une forme de stratégie. Je savais bien que quelque chose était logique.

PS : la partie entière du texte de Saint-John Perse dont je cite un extrait ci-dessus, la voici :

 » Et ce n’est point errer, ô Pérégrin
Que de convoiter l’aire la plus nue pour assembler aux syrtes de l’exil un grand poème né de rien, un grand poème fait de rien… »

Le Général en Chef des Doigts

Or donc, je dirige à présent le Service de Transformation Numérique de l’Université d’Angers, en tant que CDO (Chief Digital Officer). Et comme vous ne savez pas plus que moi de quoi il retourne, je me propose de réanimer un peu RJ45 pour tenir le journal de cette nouvelle aventure et poser ici quelques réflexions sur lesquelles vous ne vous gênerez pas pour faire des commentaires (je vous connais maintenant).

Chief Digital Officer. Officier en Chef du Numérique, ou quelque chose comme ça. Un peu martial, non ? Désamorçons. GCD, Général en Chef des Doigts, cela me convient mieux. Pour une raison plus sérieuse qu’il n’y paraît : l’enjeu dans ce que je vois de mes nouvelles missions, et de celles du CDO, me semble être autant dans la transformation numérique que dans ce qui est en fait central à mes yeux, l’accompagnement des institutions autour de la question politique posée par le numérique comme outil, question qui est en fait celle des hiérarchies.

Je précise : l’un des effets « collatéraux » (pas tant collatéral que cela) du raz de marée numérique est de faire éclater les logiques hiérarchiques anciennes. Et à mes yeux de débutant, la mission du CDO est précisément de transposer cette mutation organisationnelle, venue du numérique, dans les entreprises (d’où vient le concept de CDO) et les institutions académiques (au passage, il me semble bien que l’Université d’Angers est la première à se doter d’un poste de CDO, et vous pouvez lire ici la dépêche AEF concernant cette nouveauté — merci à l’AEF pour l’accord de diffusion).

Au-delà des aspects techniques (j’en reparlerai plus tard, et il y a des tonnes de choses à faire), à cette date, je pense donc surtout à la part de ma mission qui va concerner ce bousculement de hiérarchie (qui n’est pas que organisationnelle/structurelle, mais aussi mentale). Et donc (retour à la question de la dénomination), je suis étonné de cette thématique militaire, verticale, dans la dénomination de CDO : par quelle étrange processus la personne qui va de fait remettre en cause les hiérarchies des structures est-elle un Officier en Chef ?

J’en viens où je voulais aller : être un Chief Digital Officer, ce serait commencer par ne pas se réclamer du monde ancien et de ses logiques de subordination. Je décide ici que je vais tenter donc d’être un Général en Chef des Doigts, c’est à dire tout, sauf un Chef.

PS : attention, un CDO peut en cacher un autre et la confusion est fréquente. Pour le premier (qui me concerne donc directement), le D, c’est Digital. Pour le second, il est question de Data (Chief Data Officer) — sur cela aussi, je reviendrai.

PS2 : en vrai, Chief Digital Officer se traduit plutôt par Directeur de la Stratégie Digitale. Le militaire a disparu mais le hiérarchique est toujours très présent. Plutôt Général en Chef des Doigts, vous dis-je.

Les petits gestes changent le monde

Si vous vous souvenez, j’ai participé en juillet 2014 (avec une bande de plus ou moins barbu(e)s — à savoir @symac@btreguier@loopiloop — dont je ne connaissais initialement que le premier, magie du réseau et du travail collaboratif), à la traduction en français du documentaire sur Aaron Swartz que vous trouverez ici, et dont je vous conseille fortement le visionnage.

Tout récemment, les éditions B42 ont publié en France « Celui qui pourrait changer le monde« , ouvrage rassemblant les traductions françaises d’écrits de Aaron Swartz. Évidemment, j’ai pensé aussitôt qu’il fallait que je lise cela.

Quelqu’un d’autre y a pensé aussi : il y a quelques jours, une personne que je ne connaissais pas m’a contacté, ainsi que les autres membres du groupe de traducteurs.

Ladite personne avait vu la vidéo de « The Internet’s Own Boy«  en VOSTFR et voulait en remercier les traducteurs : elle avait donc déjà payé à l’éditeur quatre exemplaires de « Celui qui pourrait changer le monde » ainsi que les frais d’envoi destinés à nous acheminer le cadeau.

Le livre était dans mon courrier ce matin.

Ce geste m’a beaucoup touché. Outre sa délicatesse, il est en effet à mes yeux l’expression d’une certaine logique de partage désintéressé amplifiée par le levier du net et par là, la preuve que les valeurs et idées qui étaient à la base des combats de Aaron Swartz sont toujours présentes, et valent toujours la peine qu’on peut prendre pour les faire vivre.

Merci donc à toi, dont je ne dirai pas le nom, parce que tu m’as demandé de me taire.

A new goodbye

Comme je l’avais indiqué ici jadis, j’ai passé les deux dernières années (2014-2016) au sein du Lab’UA, dont voici par ailleurs l’histoire.

Si vous avez suivi, le Lab’UA comportait deux pôles, un dédié à l’e-Pédagogie, l’autre aux Données et Publications de la Recherche (DPR). Ce dernier pôle, que je constituais avec Stéphanie Bouvier issue comme moi de l’ex-section Bibnum de la BUA, portait entre autres avec ses petits bras Okina, l’archive ouverte institutionnelle de l’Université, et avait pour projet de développer… ben euh, en fait, tout est dans l’intitulé Données et Publications de la Recherche.

Suite à choix politiques internes et un constat mitigé autour du pôle DPR, qui n’est pas parvenu, pour diverses raisons, à trouver sa place dans l’écosystème local, il a semblé plus judicieux de réorienter le Lab’UA en le recentrant exclusivement sur le domaine pédagogique. Le Lab’UA maintenant pérennisé (il demeurait encore en mode expérimental) poursuivra donc une route que je lui souhaite (et devine) pleine de réussites. 

Pour le pôle DPR, il a disparu de fait au 1er janvier 2017. Concernant mon avenir, après que j’ai évoqué plusieurs possibilités allant de dresseur de puces savantes à sosie officiel du mime Marceau, une opportunité s’est présentée sous la forme de la création par l’Université d’Angers d’un nouveau service de la DDN (Direction du Développement Numérique), service agile (qui ne devrait pas dépasser un effectif global de 3 personnes) à construire quasi from scratch et qu’on m’a demandé de piloter.

Ledit Service de Transition Numérique (STN pour les initiés dont vous êtes maintenant) a pour mission d’accompagner la transformation digitale de l’Université (oui, vaste programme) en étant à la fois l’huile dans les rouages, et l’aiguillon de cette transformation, selon diverses modalités d’intervention se ventilant en :

  • étude de projets en cours de déploiement, afin d’analyser la méthodologie suivie, et de voir dans quelle mesure elle est transposable/scalable/généralisable ;
  • propositions d’évolutions, d’outils et/ou de méthodes existants, entre autres pour faire se croiser les usages (émergents), les standards, et les pratiques déjà en place ;
  • suivi de projets de A à Z (maîtrise d’œuvre) ;

J’y occuperai des fonctions inspirées par le modèle du CDO (Chief Digital Officer), toute proportion gardée (je n’ai pas changé et le terme même de chef me fait tiquer, sans compter que j’attends toujours ma Porsche de fonction). Souhaitez-moi donc bonne chance pour ce nouveau challenge déjà entamé, avec tout à construire et une légitimité à gagner dans le sang et la sueur — que la Force soit avec moi.

PS : la bande son, c’est Hey Rosetta, un groupe canadien que je ne peux que vous conseiller d’écouter et, si vous en avez la chance, de voir en concert (ils dépotent vraiment). Ils chantent New Goodbye, un titre de circonstances qui parle des nouveaux départs, de la route, de tout recommencer sans arrêt, de ce que ça veut dire. Enjoy.

PS : commentaires ouverts, si besoin de détails et/ou pour me commander une séance de mime afin d’animer la communion du petit.

Home

Quelques éléments sur les bureaux du Lab’UA rénovés, que nous venons d’investir après une très longue brève attente.

Structuré par plusieurs lignes directrices :

  • de la clarté et de la sobriété ;
  • limiter autant que possible le bruit (c’est un open-space quand même…) ;
  • faciliter les échanges et l’informel, rester dans le fluide ;
  • essayer d’avoir des choses pratiques au quotidien ;
  • et last but not least, pouvoir accueillir des visiteurs (enseignants, personnels) pour bosser avec eux et/ou leur montrer des manières de s’organiser encore un peu inédites (le lieu devenant une sorte de show-room in vivo) ;

le projet de réaménagement comportait plusieurs espaces :

  • un open-space en mesure d’accueillir 8 bureaux ;
  • une zone d’accueil pour boire le café recevoir des visiteurs et discuter de manière informelle de projets en cours ou en émergence ;
  • une zone de micro-réunions pour 6 personnes ;
  • 4 espaces fermés traditionnels permettant d’installer 6 bureaux ;
  • un studio d’enregistrement vidéo pouvant également se transformer si nécessaire en espace de réunion pour 8 personnes ;

Plusieurs modélisations ont été effectuées au cours du projet par Tristan Chevrier, l’un des membres du Lab’UA, pour nous aider à mieux voir de quoi l’on parlait. Je vous pose ci-dessous la toute dernière, réalisée juste après le choix du fournisseur (les marchés, tout ça, vous connaissez) mais avant la livraison : elle nous a permis de nous projeter dans les bureaux terminés, et elle vous permettra de comprendre l’organisation globale évoquée ci-dessus.

Lab1

Le résultat se distingue sur les photos jointes (tout n’est pas encore rangé mais ce n’est rien à côté de ma chambre). Je suis un très mauvais photographe, vous me le pardonnerez. Et les commentaires sont ouverts pour les précisions dont vous auriez besoin.

Quelques points de détails :

  • l’espace réunion, écran mural à venir, table haute trapèze (c’est malin comme idée, cela permet de ne pas avoir à se pencher quand on regarde l’écran), prises électriques insérées dans la trappe du plateau.

20170116_094827

  • l’espace accueil, écran mural à venir, « dossier » acoustique solidaire du canapé

20170116_094916

  • l’un des bureaux de l’openspace, le mien en l’occurrence. Petit détail : le dessus du bloc tiroirs à roulettes est équipé d’un coussin pour les visiteurs, cela évite de mobiliser une chaise. Précisons aussi que deux des huit bureaux de l’open-space sont électriques et permettent de travailler debout ou assis, selon les envies.

20170116_094902

  •  le studio d’enregistrement vidéo, avec ses spécificités techniques (je n’y connais que couic donc je n’en parle pas) est auss prévu pour pouvoir abriter des réunions de travail plus classiques (deux tables à plateaux basculants pour faciliter le rangement, et des chaises légères et empilables)

20170117_152530

Je vous passe les espaces de bureaux « fermés », ce sont les mêmes bureaux que dans l’open-space.

Nous avons par ailleurs disséminés quelques « paravents » acoustiques (les trucs à bandes horizontales grises et blanches) afin de casser la diffusion du son dans l’open-space. Ce n’est pas l’arme ultime (i.e. qu’il faut tout de même se réguler un peu parce que si le collègue du bureau voisin répète un solo de batterie, ça s’entend), mais ça fait globalement le job.

Enfin, toute la zone est arrosée en wifi HD pour les visiteurs.

Globalement, après quelques jours de fonctionnement, nous sommes plutôt satisfaits du résultat. Certes, ce n’est pas le type de bureaux totalement délirants qu’on peut voir parfois chez certaines boutiques de la Silicon Valley. Toutefois, au quotidien, on s’y sent plutôt pas mal, je crois, et ce n’est pas rien.

Former de jeunes pros à l’alimentation de Wikipédia, un retour d’expérience #3

Le moment Battle

Pour clore en beauté ce cycle de deux journées autour des fondamentaux de Wikipédia et de comment l’utiliser concrètement, nous avons enfin organisé une brève Battle Wikipédia.

Pour mémoire, une battle Wikipédia consiste à mettre face à face deux concurrents et à leur donner une page de départ sur l’encyclopédie. Une fois les deux personnes calées sur ladite page, on leur annonce une page d’arrivée, toujours dans Wikipédia : au top départ, le challenge est de parcourir le plus rapidement possible le chemin entre ces deux pages, en utilisant exclusivement les liens présents dans l’article de départ puis les suivants – l’usage du Ctrl F pour effectuer une recherche d’occurrence sur la page affichée est ici la seule aide autorisée. Évidemment, nous avons utilisé deux ordinateurs, chacun relié à son propre vidéoprojecteur, pour que les « spectateurs » puissent suivre le parcours de chacun, et les encourager.

Les trois défis ont été (si vous voulez vous amuser à essayer) :

Page de départ Page d’arrivée
Anisette Jean Moulin
Nouvelle vague musicale yougoslave Marelle
Teurgoule Harry Potter

 

Le défi Nouvelle vague musicale yougoslave > Marelle s’est avéré particulièrement difficile pour nos deux candidats du moment. Le gagnant, qui a terminé son parcours hors délai, est finalement parvenu à rejoindre la marelle… en empruntant la route des pages « tuerie en milieu scolaire » et « jeu de non-oxygénation » ;-)

LE MOMENT Bilan

Au final, le dispositif a globalement bien fonctionné, avec des présents intéressés, concentrés et participants.

Par ailleurs, selon les retours que nous avons pu avoir lors du rapide et informel debrief final, la promo a apprécié :

  • les travaux de groupe et le fait d’avoir eu à réfléchir sur une période courte avec des camarades pas forcément croisée souvent (leur emploi du temps tendant à créer deux sous-ensembles assez étanches au sein de la promo Panist) ;
  • le fait d’être considérée par les intervenants comme un ensemble de professionnels, dans une logique de travail de pairs à pairs, et pas sur un modèle vertical « nous sommes les profs et nous savons tout, vous êtes là pour écouter la bonne parole » ;

Avec le recul, la plage Editathon était peut-être globalement trop longue – il est vrai qu’une quasi-journée consacrée à de l’édition d’articles peut s’avérer fastidieuse, surtout pour des « débutants ».

Très peu des interventions listées via le tableau des modifications (les post-its) ont concernées les groupes initiaux, et les thématiques par nous proposées lors de la première journée. Plusieurs interprétations (non exclusives) paraissent possibles :

  • les tâches d’importance repérées lors de la première journée ont pu rebuter même les plus volontaires (pour presque toutes les thématiques, l’état des lieux initial a montré qu’il y avait vraiment du travail) ;
  • le fait de casser les groupes lors de la deuxième journée, pour les faire travailler sur les scénarios, a pu ralentir ou désorganiser le traitement des thématiques alors même que nous pensions qu’il était intéressant de voir comment les groupes initiaux parviendraient à avancer sur leur thème malgré une seconde journée un peu découpée ;
  • la promo étant constituée en très grande majorité de personnes faisant leurs premiers pas sur Wikipédia, d’une part ; et les thématiques traitées étant d’autres part très professionnelles, il se peut qu’une autocensure ait eu des effets de ralentissements, avec peut-être une logique du type « je ne suis pas légitime à traiter un sujet que je connais assez mal encore » ;

Quoi qu’il en soit, ce qui constituait pour nous une première, dans la forme et dans le lieu mythique qu’est notre maison-mère, s’est avéré plus qu’intéressant, et vécu comme une réussite.

Il reste maintenant à peaufiner peut-être le dispositif et, plus certainement, à intégrer l’initiation à la rédaction dans Wikipédia au sein des autres cursus présents à l’Enssib –suivez mon regard.

Former de jeunes pros à l’alimentation de Wikipédia, un retour d’expérience #2

Journée 2

Suite aux deux premières journées évoquées précédemment, une dernière journée a réuni toute la promotion Panist. Lors de cet évènement, nous avons mené de front deux « animations », l’Editathon et un travail de réflexion de groupe, se déployant en parallèle (planning de la journée ci-dessous) :

programme

Editathon

Il s’agissait ici de passer à une phase concrète de rédaction dans Wikipédia, avec une commande globale du type « maintenant, intervenez dans Wikipédia, sur le thème qui est le vôtre, en effectuant autant de travaux que vous le pouvez à partir des observations de la séance dernière ». Au passage, nous avons également précisé qu’il était possible par ailleurs de travailler sur d’autres thèmes au choix, ou de se plonger dans un travail de relecture des ouvrages océrisés dans Wikisource, ou de se pencher sur des tâches plus « modestes » comme la correction d’articles ou de fautes – l’important pour les étudiants ici étant bien d’intervenir dans Wikipédia, de quelque manière que ce soit.

Dans tous les cas, il était demandé à chacun.e de noter sur un post-it (les couleurs n’étant pas codifées) la teneur de ses interventions dans l’encyclopédie, l’idée étant de visualiser pour le groupe la « volumétrie » desdites interventions. Au final, en fin de journée, le recueil de interventions s’est avéré pour le moins intéressant (et amusant, comme le montre le tableau ci-dessous — pensez à vous déplacer sur les côtés, vous avez une map en bas à droite pour vous repérer).

postits-panist-wikipedia-2016

Un travail de groupe

Dans le même temps, nous avons mis en place un travail de groupes autour de mises en situation déclinées toutes sur le même modèle, à savoir « vous êtes dans telle institution, vous souhaitez mettre en place telle action autour de Wikipédia, comment procédez-vous ? »

Pour casser les groupes formés lors de la journée précédente, et « forcer » un travail rapide avec des « inconnus » ou des personnes que l’on peut ne pas apprécier forcément (le contexte pro réel est empli de ces situations), les groupes ont cette fois été construits par le biais d’une distribution aléatoire de cartes numérotées, chaque carte reliant l’individu à un groupe (voilà le fichier des numéros de groupe 1 à 11 à piocher, prévu pour impression recto verso sur A4 et massicotage, 5 cartes A6 de chaque groupe)

Par ailleurs, juste avant que démarre la plage horaire réservée, sur le planning de la journée, à ces travaux, chaque groupe se voyait remettre une consigne qui constituerait la base de ses réflexions (et voici le fichier des 11 consignes pour impression recto verso et massicotage format A6)

À l’issue du (relativement) bref temps imparti, chaque groupe devait produire un poster (ci-dessous, les 11 posters) et pitcher en huit minutes maximum le résultat de ses réflexions devant l’ensemble de la promotion.

Enfin, pour finir la journée et nous remettre de nos émotions, il fallait bien un moment festif, mais il fera l’objet du dernier billet de cette série, où nous ferons également un petit retour critique sur cette expérience.

Former de jeunes pros à l’alimentation de Wikipédia, un retour d’expérience #1

La question de l’alimentation de Wikipédia et de la place de cette problématique dans le milieu professionnel est un thème pour le moins intéressant pour ce qui regarde les bibliothèques. Dans ce cadre, le propos du jour est de rendre compte en détail du travail mené récemment avec ma collègue Stéphanie Bouvier au sein de l’Enssib où Marie Defosse, consultante-formatrice et maître de conférences associé à l’Enssib, nous a proposé d’intervenir auprès de ses ouailles, en l’occurrence, les master Panist.

Nos objectifs, sur ce projet, étaient de plusieurs ordres :

  • Initier de jeunes professionnels de l’information et de de la documentation à Wikipédia ;
  • Leur faire dépasser la posture classique d’usagers passifs de l’encyclopédie pour en faire des rédacteurs actifs ;
  • Les amener également à réfléchir à la manière dont l’encyclopédie peut être intégrée dans leurs projets futurs, sitôt qu’ils seront entrés dans une vie professionnelle ;
  • De manière subreptice, les initier à Zotero, à la logique des « posters », et à un certain nombre de thématiques qu’ils seront amenés à croiser dans leur futur professionnel proche.

Organisation

Du fait du nombre important d’étudiants (une cinquantaine), nous avons procédé en deux temps et trois mouvements : la promotion du master Panist  a d’abord été scindée en deux ensembles de 25 personnes, et chaque ensemble a passé une journée avec nous. Ensuite, une seconde journée pensée sous forme d’un edit-a-thon et rassemblant l’intégralité de la promotion Panist a été l’occasion de mettre en pratique les éléments évoqués lors de la première journée.

Déroulé des séances

Le timing relativement serré, d’une part ; et le nombre assez important de personnes présentes, d’autre part, ne permettant pas d’entrer dans la démarche très « accompagnante » que nous avions déjà déployée au sein du Lab’UA, nous nous sommes organisés de manière différente, avec une logique de « saut dans le bain » assez rapide.

Journée 1

1. une première partie (09h00 – 11h00) de « cours magistral » a permis d’exposer ce qu’est Wikipédia, son environnement et son fonctionnement, à partir de ce support ; l’anatomie des articles, et la manière dont on les évalue, a ensuite été traitée afin de déclencher une prise en compte de l’environnement d’édition, de classification et d’évaluation des contenus Wikipédia dont, la plupart du temps, le « simple » usager n’a pas conscience ;

2. une seconde partie, plus exploratoire (11h00 – 15h00), s’est faite en groupes de travail, la commande étant d’étudier l’éco-système de Wikipédia autour d’une série de thèmes liés peu ou prou au monde des bibliothèques, et proposés par nos soins, à savoir :

  • Design Thinking
  • Fablabs
  • Innovation
  • Internet des objets
  • Réalité virtuelle
  • Open Access
  • Horizon 2020
  • Loi pour une République Numérique
  • Print on Demand
  • Web de Données
  • Smart City

La consigne donnée incluait l’usage de groupes Zotero pour enregistrer les différents articles repérés, à la fois pour que le groupe en conserve une trace, et dans l’optique d’une prise en main de Zotero (l’outil étant assez intuitif pour pouvoir être maîtrisé dans ses grandes lignes très rapidement).

3. enfin, pour terminer le jour (15h00 – 17h00), chaque groupe effectuait un retour synthétique, devant l’ensemble des présents, sur les premiers constats faits autour de la thématique travaillée, autour de lignes directrices déclenchées par autant de questions que nous avions suggéré de se poser à l’étude de la thématique (Comment le thème est-il traité ? Quels sont les articles liés, proches ? Quels sont les manques ? Quels articles gagneraient à être remaniés, réécrits ? Existe-t-il un article sur le sujet dans la Wikipédia anglophone, qui pourrait donner lieu à une traduction, etc. ?)

Ces retours, outre qu’il supposait de formaliser une cartographie de la thématique dans Wikipédia, nous permettaient en outre d’apporter commentaires et éclairages : la promotion ne comptant que deux ou trois personnes sur cinquante ayant une expérience d’édition d’un article dans l’encyclopédie, les étudiants découvraient le même jour l’environnement des articles et cette logique d’écosystème autour des thématiques étudiées, étant entendu que par ailleurs, la plupart de ces thématiques leur étaient largement inconnues.

Cette journée écoulée, les premières pierres étant posées, il était temps de passer à la suite : c’est l’objet du billet qui traite de la seconde journée du dispositif ici décrit.

Nous sommes la foule

Je suis intervenu ce jour ici, sur une commande qui m’a d’abord laissé sans voix : « Crowdsourcing et édition scientifique ». Wow.

Je connais évidemment le principe du crowdsourcing, mais je n’avais jamais vraiment réfléchi à ce que ça ouvrait comme perpectives dans le champ académique de l’édition scientifique d’un texte littéraire. Du coup, comme je ne sais pas dire non et que je n’avais pas de savoir à assener dans le genre top-down, j’ai fait simple, je n’ai que posé des questions, et voici mon support — mon idée, c’était que quand tu ne sais pas, il suffit d’entrer en Candide dans le propos.

Mais là n’est pas le sujet de ce billet. Le sujet de ce billet, c’est le projet global qui a été présenté l’après-midi, d’un travail de crowdsourcing autour d’un manuscrit de Benoîte Groult, Mon évasion.

Le contexte d’abord : une équipe Université d’Angers CERIES / Université Grenoble Alpes Litt&Arts, dont certains membres ont déjà travaillé sur la mise en ligne des manuscrits de Stendhal, bénéficie d’un développement lié à une thèse et ayant pris l’apparence d’une réalisation concrète sous la forme d’une plateforme dédiée au crowdsourcing, PHuN (petits veinards que nous sommes au Lab’UA, nous avions déjà eu l’occasion de voir l’outil en test dans le cadre d’un TD de transcription d’un livre d’artiste de Michel Butor organisé en nos locaux par la même équipe).

Par ailleurs, puisque les manuscrits de Benoîte Groult sont à l’Université d’Angers, la même équipe a numérisé le manuscrit de Mon évasion et le propose comme sujet de crowdsourcing. Dit autrement, vous pouvez dès maintenant participer à la transcription de ce manuscrit d’une figure importante du féminisme, le tout sur une plateforme pour le moins intéressante, entre autres parce que les codes sources de l’outil devraient à terme passer en Open Source — personne ne niera l’intérêt de disposer d’un tel outil.

Voilà. Mon propos ici est donc simple : venez, venez crowdsourcer autour de Benoîte Groult, pour faire avancer le boulot d’une part, et pour permettre d’améliorer l’outil, d’autre part (plus il y aura d’usages et de retours de la plateforme, meilleure elle sera à la fin). Et si vous êtes une feignasse, au moins relayez l’info. Nous sommes la foule.

 

La petite minute Drupal

En reprenant mon CV, je me suis aperçu que cela faisait maintenant 3 années au moins que j’intervenais modestement dans le cadre du Master LiMés de l’Université de Poitiers sans avoir expliqué ici ce que j’y faisais, et pourquoi. Il est temps.

Une fois par an, donc, les étudiant/e/s du M1 ont droit en guise de punition à passer quelques 18 heures avec bibi autour d’un seul sujet : Drupal.

Il s’agit bien d’un TD : en nous appuyant sur les espaces d’hébergement ouverts par le très efficace service informatique de la Fac de Lettres de Poitiers, nous installons un Drupal par personne présente, puis explorons ensemble, les mains dans le moteur, les principaux concepts, outils et modules du CMS (types de contenus, formats de texte, champs, users, rôles, gestion des images, sons et vidéos, cartes, et évidemment, le module Views).

18 heures, c’est certes court pour aborder un outil dont la courbe d’apprentissage peut sembler pentue, mais le but n’est pas que les étudiant/e/s sortent de là comme experts Drupal : le temps disponible est évidemment insuffisant, je ne me considère pas moi-même comme un expert Drupal (et donc, je pourrais difficilement former des experts) et de toutes les manières, l’objectif n’est pas là.

Mon objectif est de fait tout différent. En résumé, il s’agit, par une prise en main effective de l’outil, de faire toucher de la souris plusieurs idées :

  • l’installation, l’usage d’un CMS même réputé ardu comme Drupal ne l’est pas tant que ça et est à la portée d’à peu près n’importe quelle personne un peu vive ;
  • il est tout à fait possible pour chacun.e de se monter un site web en quelques poignées de minutes ;
  • la connaissance et la maîtrise d’un outil web type CMS font partie de la culture technique de base pour quelqu’un qui va travailler dans (je cite l’à propos de la formation) « le domaine des médiations du livre (papier ou numérique) » ;

En transversal, je veux faire passer aussi aux étudiant/e/s que :

  • il est toujours bon de savoir de quoi il retourne quand on aura à interagir avec des prestataires techniques (un prestataire qui vous facture une semaine de travail pour l’installation d’un Drupal de base est en train de vous berner, et vous le savez une fois que vous avez installé vous-même un Drupal) ;
  • ce n’est pas en théorisant sur un sujet, mais bien en faisant qu’on comprend ce qu’on fait et qu’on peut le penser/piloter dans ses visées et son éco-système ;
  • le web est un lieu incontournable (de la médiation) du livre et de l’écrit : vous pouvez soit faire semblant de l’ignorer (mais dans ce cas, vu l’intitulé de la formation et l’évolution du monde, votre carrière va être compliquée), soit prendre le truc en main y compris dans ses dimensions techniques — et ce sera plus qu’inspirant.

Évidemment, tout ce qui précède vaut aussi dans les métiers des bibliothèques mais ça, vous l’aviez compris, n’est-ce pas ?