La mort les blogs ?

Lors d’une conversation récente avec une collègue actuellement en formation initiale à l’Enssib, et qui m’interrogeait dans le cadre de son mémoire sur la veille Pro et les outils utilisés pour, nous en sommes arrivés à parler de la biblioblogosphère française et d’une impression que j’avais, d’un certain ralentissement des productions de billets sur les blogs que je suivais.

Du coup, j’en parle ici. Est-ce que vous avez remarqué le même phénomène, ou est-ce que je nage en plein délire dans les plantes vertes ?

Si vous faites le même constat, qu’est-ce qu’on peut en tirer, comme conclusion ? Est-ce que les bloggeurs fatiguent ? Est-ce que la relève n’arrive pas ? (cette dernière question, parce que je disais à ladite collègue que j’avais eu l’impression d’une montée importante des blogs pro-perso à un moment, suivi du plateau actuel ; et que je ne voyais pas arriver la “génération” suivante — génération étant entendue dans un sens relatif)

Est-ce que Twitter (ou Facebook ou Google +) a remplacé les blogs (ce n’est quand même pas la même chose, pas la même temporalité, pas le même espace).

En bref, est-ce que le blog comme forme d’échanges et de réflexions pro est mort ? (si oui, me voilà bien avec mon RJ45…)

27 thoughts on “La mort les blogs ?

  1. Pfff ! parler comme la mort des blogs, c’est comme parler de la mort du web 2 : c’est déjà has been 😉
    Plus sérieusement, il y a 5-6 ans était la plate-forme d’expression par excellence, permettant de (par exemple)
    proposer un retour d’expérience
    diffuser une information
    présenter un outil
    partager le contenu de sa veille (plus ou moins éditorialisée pour l’occasion)
    lancer un débat pro

    Tous ces services-là, Twitter et Facebook le font désormais avec beaucoup plus de réactivité. Certes, lancer un débat pro sur Twitter = courir le risque de souffrir des 140 caractères (une formule concise devient une formule lapidaire).
    Mais suite à une info, si j’ai envie de lancer un débat sous la forme de billet de blog, entre temps quelqu’un d’autre l’a déjà lancé sur Twitter, et mon billet de blog est déjà en retard.

    Que de nombreux blogs soient en veille prolongée signifie — et c’est positif — que leurs auteurs ont réussi à s’approprier des nouveaux outils beaucoup plus réactifs, et ne se sont pas sclérosés sur la valorisation de leur contenu à eux, leur blog.

    Si bien que ne reste au blog que ce qu’il est seul à pouvoir faire : fournir du contenu “long”, avec un gros travail d’investissement de l’auteur, à la fois en recherche préalable, expérimentations d’outils, et temps de rédaction.
    Si je veux mettre 4 copies d’écran pour illustrer un truc, je les mettrai sur un billet de blog. Si une seule suffit, je la posterai sur Twitter — et ceux qui voudront avoir des infos sur la manière dont j’ai obtenu cette copie d’écran m’interpelleront à ce moment-là.

    Après, je regrette beaucoup que ceux qui disent sur Twitter “Ca y est, on a lancé ça !” ne prennent pas le temps d’en faire un billet sur leur blog, déjà en place, pour expliciter leur démarche.
    Sans doute que, dans la transition entre la rédaction de billets et l’envoi de tweets, ils ont appris à se satisfaire de la partie “je communique sur ce que j’ai fait” et délaissant tout l’aspect “je partage mes compétences” ?
    (mais peut-être en déposent-ils aussi une partie sur Bibliopedia ?)

    A l’inverse, on voit quand même se maintenir la notion de blog d’établissement à destination des professionnels. Ca n’existait pas quand tu as commencé à bloguer, et c’est un gain très positif !

    • Certes mais globalement (blog + twitter/facebook etc), tu ne trouves pas qu’il y a une baisse du volume et des nouveautés/création de contenus, moins d’idées, moins de partage ? C’est bien cela qui m’interroge.

  2. Difficile à mesurer. D’abord, nos abonnements privilégient les plus anciens sites sur les nouveaux – et on voit toujours moins les nouveaux que les plus anciens qu’il faut aller repérer, suivre, s’abonner… (effort supplémentaires que nous sommes loin de faire). Mais j’en découvre toujours de nouveaux qui prennent le relais, même s’ils sont souvent moins visibles…

    Les dinosaures sont effectivement fatigués. Plus sollicités, ils ont moins le temps. Ils ont aussi perdu l’enthousiasme et la naïveté des débutants – qui a envie de parler une nième fois de la “Mort du livre” ou “des blogs” 😉 alors que plein de jeunes blogs découvrent ces problématiques. Pour ma part par exemple : j’ai effectivement moins de temps pour bloguer (sollicitations concurrentes, etc.). On voit bien que les discussions aussi sont devenues plus rares. Je passe sur beaucoup de sujets sur lesquels j’ai déjà lu/vu/su… alors que quelqu’un avec un regard neuf, y trouvera plus d’enthousiasme.

    Je ne suis pas sûr que les autres médias aient pris le relais. Mais que les choses se déplacent et se rajeunissent ailleurs, dans des espaces pas forcément visibles depuis nos vieilles habitudes.

    • Oh, vieux dinosaures toi-même 😉
      Alors dans ce cas, si l’hypothèse d’un manque de visibilité du nouveau est la bonne, qu’ils (les nouveaux) se signalent ici (euh non, sur Bibliopedia) – on verra, comme ça…

  3. Moins de blogueurs, moins de bruit. Restent ceux qui ont quelque chose d’intéressant à dire et je trouve que ça n’est pas plus mal : ça permet de s’attarder un peu plus sur les “pavés” d’Affordance ou Calimaq (sans prise de partie, hein 😉 )

  4. @Lully,

    sans oublier celui de Daniel ;-))

    @Daniel,

    Oui je pense aussi qu’il y’a moins de billets postés et de sites actifs, les gens se tournent de plus en plus sur twitter et facebook, là tu peux te lâcher sans avoir à rédiger trop longtemps, c’est moins fatiguant que d’écrire une tartine sur un blog. Je rejoins Lully dans ce qu’il en dit. Tenir un blog, c’est pas trop difficile, le plus dur est de durer….. et là cela demande du temps et de la persévérance.

    Léo

  5. Dis pas ça, je planche sur un nom de blog depuis 5 mois 😉 !
    Je partage un peu le constat que tu fais. Et l’immédiateté tentatrice de l’instant web évoquée y est sans doute pour quelque chose aussi, à côté de l’inévitable fatigue des “anciens”. Moi, ce qui m’inquiète, c’est que je sens que tu dois avoir raison à propos des petit jeunes. Au niveau pro, j’en ai croisé récemment, et ils semblent tout guilleret à nous réinventer du web2.0 lite à papy sans sans rendre compte, perdu dans les flux, à currer à tour de bras des “235 astuces pour faire un screencast”, appelant veille 2-3 alertes remontée par leur dashboard (<= réflexion de vieux niveau 10). Normal tu me diras, on a fait la même chose avec quelques outils; mais on voyait d'où l'on venait (le web 1.0, l'évolution du search), ce qui nous permet (?) de voir distinguer (?) quelques grandes manœuvres (enclosures, mort du rss, montée du social search), bref, d'avoir "un peu" de recul. Chez les quelques blog de d'jeuns que je croise (en fait, des twitters, des pages facebook, etc), je ne vois aucune mise en perspective de tout ça; ça fait peur pour la formation en bib.
    Et même, si, si, j'ai croisé de très très prêt une resp. ressources élec. qui m'a dit "Marlène qui…??!" Je vous jure. On est des vieux je vous dis #nocomment

  6. En ce qui me concerne, le ralentissement vient de plusieurs facteurs, dont ceux que tu cites fort justement :
    – autres canaux mieux adaptés aujourd’hui pour veille et simple signalement
    – émoussement de l’intérêt pour la discussion autour de certaines questions, non par lassitude mais parce qu’elles sont sorties du champ de la spéculation pour entrer dans le champ de l’activité quotidienne d’une maison d’édition
    Le manque de temps ? Ce n’est pas vraiment pour moi la question, on trouve toujours le temps pour les choses qui sont prioritaires. C’est plus une difficulté à retrouver une certaine forme de désinvolture dont j’ai besoin pour bloguer, me sortir des contingences quotidiennes, et commencer des conversations. Curieusement, c’est plus de légèreté dont j’ai besoin pour bloguer, que de courage ou de concentration.
    Une partie de ce plaisir de partager, et d’avoir une “vie en ligne” en plus de ma vie “pas en ligne” s’est déplacée aujourd’hui vers Instagram (vclayssen) , qui me prend en fait un peu de temps chaque jour, et me plait énormément.
    – mais je ne ferme pas mon blog teXtes, cela reste un objectif d’y publier au moins un billet mensuel, et c’est toujours un très grand plaisir quand vous venez déposer des commentaires suite à un billet. C’est un peu comme une maison de campagne : on se dit qu’on devrait y aller (publier) plus souvent, on projette éternellement d’y faire des travaux (mises à jour wordpress) qu’on remet toujours à plus tard, on trouve que c’est le meilleur endroit pour inviter des amis, mais il faut les persuader d’affronter les embouteillages, on risque de se faire cambrioler (hacker ou spammer), mais on se résout difficilement à s’en séparer. Et aussi : Il y a toujours un micro-climat juste à l’emplacement d’une maison de campagne, cela permet d’en parler aux amis au moment d’allumer le barbecue : ce qui est bien, ici, c’est qu’il y a une sorte de micro-climat, il ne fait jamais très mauvais temps, en tout cas ça ne dure jamais très longtemps. Il ne fait jamais mauvais très longtemps sur nos blogs.

  7. J’ai la preuve que les blogs c’est du passé, les universitaires autour de moi songent à l’utiliser pour l’enseignement…si ça c’est pas un signe!

  8. Pingback: De néologie et d’autre chose | L’Oreille tendue

  9. Pingback: Veille hebdo – 18.11.12 « Biblio Kams

  10. “nos abonnements privilégient les plus anciens sites sur les nouveaux – et on voit toujours moins les nouveaux que les plus anciens qu’il faut aller repérer, suivre, s’abonner… (effort supplémentaires que nous sommes loin de faire). Mais j’en découvre toujours de nouveaux qui prennent le relais, même s’ils sont souvent moins visibles… ”
    C’est tout à fait vrai et j’en fais les frais. Suite à une panne définitive due à mon ancien hébergeur, j’ai déménagé mon blog en octobre. Or les flux flux RSS de mes anciens abonnés (environ 260) pointent toujours vers le site en panne, sans que j’aie aucun moyen de les avertir du déménagement. Je me retrouve donc dans la situation d’un blog qui aurait été nouvellement créé, avec une fréquentation qui commence à décoller, mais dont les abonnements, eux ne décollent pas. Je n’en veux pas aux bibliolecteurs, dont je suis, car après une recherche méthodique de blogs à mes débuts, je n’ajoute que ponctuellement de nouvelles sources, souvent découvertes par sérendipité (c’est ainsi que je n’ai découvert RJ45 que récemment, alors qu’il existe depuis la rentrée). Je signale donc un “nouveau” blog, quoiqu’avec plus de deux ans d’archives : http://www.infodocbib.net . J’ai déjà fait le nécessaire sur Bibliopédia, mais entre nous, qui visite régulièrement la page consacrée aux biblioblogs? Elle sert surtout au moment de la mise en place d’un environnement d’apprentissage par les nouveaux, mais on n’y retourne que peu par la suite, moi y compris.

  11. Concernant l’activité blogistique des dinosaures, dont je pense faire partie, je rejoins Hubert Guillaud quand il explique qu’on n’a plus envie de passer du temps à écrire un énième billet sur certains marronniers, ou sur des thèmes qu’on a déjà traités. Pour autant, si certains sujets s’épuisent parce qu’ils sont passé de la spéculation à l’activité quotidienne comme le dit Virgine (ainsi la diffusion des blogs d’institutions 🙂 ), d’autres sources d’inspiration prennent le relais, prenant en compte les tendances plus globales que notre capacité à prendre du recul nous permet de percevoir, dont les exemples donnés par Anarois. Pour ma part, je continue aussi à écrire sur les fondamentaux, comme par exemple un billet pour définir l’open data, laissant par des liens la possibilité au lecteur d’approfondir sur d’autres sources les débats autour de cette notion {http://www.infodocbib.net/2012/11/cafe-citoyen-open-data/}. Mon dictionnaire du webmaster revient lui aussi sur des fondamentaux {http://www.infodocbib.net/le-dico-du-webmaster/}.

    Une autre source d’inspiration est d’élargir sa veille à d’autres communautés que celle des biblio. Ainsi, je me suis inscrit au premier Mooc francophone, ITyPA {http://www.itypa.mooc.fr/}, consacré aux environnements personnels d’apprentissage (EPA), jusqu’au 13 décembre 2012. Environ 1300 personnes y sont inscrites, avec pour objectif de produire du contenu qui profite à tous, selon l’idée que les connaissances sont apportée par les apprenants eux-mêmes. L’approche de ces personnes d’horizons divers m’apporte souvent un éclairage inédit sur des problématiques dont je croyais avoir fait le tour. Par contre, j’ai été saisi par le fait qu’en seulement dix semaines, les participants actifs sont passés de l’enthousiasme du néophyte à une posture de vieux routard de l’information. Il ont suivi en accéléré l’évolution que nous autres dinosaures avons éprouvé sur plusieurs années. Eux aussi en arrivent maintenant à envisager avec une grande maturité les avantages comparés des différents moyens de veille et de curation, des blogs à la social search. Ils deviennent aussi moins enclins à tester de nouveaux outils maintenant qu’ils pris leurs habitudes avec ceux qu’ils ont choisis.

    Il y a plus d’un an, j’avais écrit une série de billets sur mes pratiques informationnelles et ce qu’on appelait pas encore EPA {http://www.infodocbib.net/2011/04/le-sens-de-ce-blog-une-veille-moins-geek-que-pragmatique/}. Je les ai relus dernièrement et me suis rendu compte qu’ils sont encore globalement valables. Les seuls changements intervenus depuis concernent… mon usage des réseaux sociaux qui me servent maintenant de source complémentaire dans ma veille métier, alors qu’au début mes profils me servaient surtout à diffuser. De plus, je constate que certaines discussions se déplacent des commentaires du blog vers les commentaires dans les réseaux sociaux suite au relais d’un billet sur ces derniers : principalement sur Facebook et Linked-In dans mon cas. Mes autres outils sont restés globalement les mêmes (je n’ai toujours pas migré de Netvibes vers Google Reader et je ne fais toujours pas de social bookmarking), à l’exception notable de Scoop-It. Les participants du Mooc m’ont fait découvrir de nombreux outils, qui peuvent être utiles à des personnes démarrant un EPA, mais je ne leur trouve pas réellement de valeur ajoutée par rapport à ceux que j’utilise déjà, dans la mesure où mon EPA est établit de longue date. En revanche, imperceptiblement, la ligne éditoriale de mon blog et les objectifs que j’assigne à celui-ci ont considérablement évolué sur la durée. Si j’étais resté sur mes objectifs de départ, mon blog serait passé en stand-by depuis longtemps. C’est ce qui doit arriver à certains dinosaures, même aux meilleurs, n’est-ce pas Daniel {http://archives.face-ecran.fr/2011/04/02/un-blog-dure-quatre-ans/}?

  12. Pingback: Néologismes en -sphère | L’Oreille tendue

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