La mise en ligne des mémoires, un (autre) exemple de régression électronique

Lionel Maurel a publié un chouette billet sur la notion de « régression numérique » appliquée aux thèses électroniques, en complément d’une autre (et tout aussi intéressante) analyse d’Olivier Legendre. J’en profite pour apporter une précision concernant non plus les thèses, mais les mémoires.

Nous travaillons depuis 2012 à l’université d’Angers sur un site de diffusion des mémoires (de la L2 à la thèse d’exercice, en passant par les M1 et M2), Dune. Et le principal problème que nous rencontrons concerne les mémoires professionnels. Ces travaux n’ont pas souvent une portée scientifique conséquente mais sont en revanche extrêmement utilisés par les étudiants des filières concernées. La vocation utilitariste est clairement assumée, l’étudiant.e cherchant de « bons mémoires » dont il.elle pourrait s’inspirer – je laisse ici tout la problématique liée au plagiat. C’est la raison principale pour laquelle nous n’avons pas utilisé la plate-forme DUMAS, qui ne nous permettait pas de gérer au plus près le dépôt de mémoires à diffusion restreinte.

Cependant, la diffusion est bien souvent interdite par l’entreprise accueillant le.la stagiaire. Il semble bien que les droits d’auteur appartiennent à l’entreprise plus qu’au rédacteur.trice du mémoire – c’est en tout cas ce que nous a indiqué le service juridique de l’université. De fait, la crainte d’une diffusion des données entraine bien souvent un refus d’accepter la mise en ligne sur internet ou en intranet, voir d’être déposé tout court, même en restant confidentiel. Nous recevons parfois des formulaires d’autorisation de mise en ligne sur lesquels une main (anonyme) a ajouté : « Détruire le PDF ».

Nous n’avions évidemment pas ce type de difficulté avec les mémoires déposés sous forme papier, l’entreprise n’allant pas vérifier dans les magasins des bibliothèques si des données les concernant s’y trouvaient…

Actuellement, nous sommes dans une phase de flottement, certaines filières ou écoles (d’ingénieur notamment) ayant abandonné le dépôt papier mais ne diffusant pas sous format électronique. Un des effets pervers est la multiplication des petits serveurs (ou même ordinateurs) fantômes, destinés à stocker de manière officieuse, par les enseignant.es, les mémoires en question. Toutes les disciplines sont concernées, dès lors qu’un mémoire professionnel est réalisé : traductologie, GEA, négociateur trilingue, archives… Bref, nous avons reproduit, sous une autre forme, la fameuse étagère-pleine-de-cartons-remplis-de-mémoires-stockés-dans-le-bureau-A12.

A cela, on pourrait ajouter les problématiques d’archivage, les mémoires ne relevant pas du même régime juridique que les thèses. Il existe donc actuellement un double circuit : électronique, imparfait, et papier, avec échantillonnage et stockage aux archives départementales… Nous n’avons pour l’heure pas de solution toute faite mais des pistes de travail.

En premier lieu, il est déjà possible de déposer sur Dune un mémoire confidentiel mais d’autoriser la diffusion d’un diaporama présenté lors de la soutenance. Ces dernières ne prévoient cependant pas toutes ce type de support, qui peut le cas échéant contenir des données confidentielles.

Nous pouvons en outre jouer sur la diffusion différée : les données d’une entreprise sont certes confidentielles à un instant T, mais sans doute beaucoup moins dans un, deux ou trois ans. Sauf que le mémoire, l’étudiant.e cherche à le consulter tout de suite et pas dans trois ans.

Une autre solution serait de limiter l’accès aux données. Actuellement, il existe trois niveaux de consultation : web ouvert, web ouvert aux seuls membres de la communauté universitaire angevine, administrateur. Une demande forte de la part de certains départements est de limiter l’accès aux seul.e.s inscrit.e.s de ce département. Ce pourrait être une solution, et nous y viendrons peut-être… avec le risque d’une multiplication des exceptions, du type « Accès réservé aux étudiants de M2 de la filière psychologie ».

Nous pourrions enfin envisager la mise en place d’un bouton « demander ce mémoire ». Le problème ici est que les étudiants sont généralement en fin de parcours universitaire et vont quitter l’établissement, posant la question de la pérennité de leur adresse mail. De surcroît, l’entreprise devrait avoir son mot à dire dans l’autorisation de diffusion à un particulier…

Bref : il n’y a pas de solution simple. Tout n’est cependant pas négatif, car le circuit tel qu’il fonctionne actuellement permet une diffusion plus large des travaux en santé (médecine, sage-femme, pharmacie) ou en SHS.

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