Article 4 (partie 2) : Déconstruction du primo 

« La conception féminine du soin »

 Mettons nous d’abord dans l’ambiance en soulignant deux phénomènes. En premier lieu il est connu en gynécologie, d’une manière générale, que les praticiens masculins sont perçus comme moins frustes par les patientes durant les auscultations, plus enclin à l’empathie et au « maternage » du fait justement qu’ils ne sont pas des femmes. Consciencieux, affables et à l’écoute, ils cherchent plus facilement à être rassurant auprès des femmes, conscients de la gêne occasionnée du fait de cette opposition sexuée, et cherchent plus facilement à s’enquérir sur leurs sensations et leur confort durant l’auscultation.

En second lieu, la masculinisation accrue de la profession infirmière n’a pas été perçue comme dangereuse pour le métier lui même, encore moins pernicieuse pour les patients, et semble même être plutôt bien rentrée dans les mœurs. Rien de plus à y ajouter !

Enfin, Last but not Least, prétendre de telles allégations (oui car cette pseudo « hérédité » des qualités de soins chez les femmes ne repose évidemment sur aucune preuve solide, scientifique, et en ce sens indubitable) n’est pas sérieux. N’est-il pas même sexiste de penser cela ? Question rhétorique, j’explicite de ce pas… En effet cela revient clairement à affirmer qu’il y aurait une essence propre au sexe féminin, donc en cela universelle. Or la définition rousseauiste de l’Homme repose non plus sur la raison et l’affectivité cartésiennes, mais désormais sur la liberté et la perfectibilité qui en découle, véritables pierres angulaires de la spécificité humaine sur l’animal, quant à lui assujetti aux normes immuables et intangibles de la nature, borné par cette naturalité même (l’instinct infaillible de l’animal, commun à son espèce) : « J’aperçois précisément les mêmes choses dans la machine humaine ; avec cette différence que la nature seule fait tout dans les opérations de la bête, au lieu que l’Homme concoure aux siennes en qualité d’agent libre » (Rousseau). L’Homme est donc capable de s’émanciper de ses codes naturels, de ses instincts primitifs, d’où cette idée de liberté, propice à la culture démocratique (contraire à la logique de la sélection naturelle) et à l’instauration d’une société entre individus civilisés, dans l’harmonie des relations humaines. Pour paraphraser Rousseau de nouveau: « l’Homme est un animal dénaturé ». Il est contre-nature car il peut se soustraire aux codes naturels et authentiques. De là découle la notion de perfectibilité. En ce sens où il est maître de son destin, l’Homme est susceptible d’évoluer au cours du temps et possède alors une double historicité : celle de la communauté d’une part (évolution des sociétés humaines), et la sienne propre, c’est-à-dire son expérience subjective de la vie, spécifique à chaque individu, qui définit ainsi toute la singularité de son statut ontologique. Nous sommes donc dans la ligne droite des axiomes populaires « Chacun est différent » ou « personne n’est identique » ! Ça ne vous dit rien ? De même, Jean-Paul Sartre souligne ce principe rousseauiste et avance que chez l’Homme « l’existence précède l’essence », autrement dit que les caractéristiques de l’espèce ne façonnent en aucun cas l’individu et son existence personnelle. Elles ne s’imposent pas à lui et celui-ci ne peut être enfermé dans les carcans d’une nature qui serait intrinsèque à l’espèce humaine. Chez l’animal, a contrario, les attributs de l’espèce prennent le pas sur l’existence individuelle. Chez l’animal « l’essence précède l’existence », chez l’animal… De là, on ne peut aucunement conjecturer l’idée qu’une caractéristique quelconque soit le propre d’un genre d’êtres humains, noirs ou blancs, hommes ou femmes, comme si l’existence individuelle était déterminée de part en part par l’origine ethnique à laquelle se rattache l’individu, ou encore par son sexe, sans possibilité de liberté ! En somme, le particulier s’impose face à l’universel ! L’être humain est libre, perfectible et nullement programmé par de prétendus codes, lois, ou prédéterminations… Dans ce cas le concept de l’essence féminine du soin n’est qu’une infamie, toutes les femmes ne vérifient pas un tel “concept”. Le cautionner, ou pire l’asséner,  c’est porter atteinte, métaphysiquement parlant, à leur liberté et donc nuire au principe d’égalité !

 Bref, le soin n’est pas sexué mais trouve ses racines dans l’Humanité même: Simplement, l’Homme (quelque soit son sexe) soigne son semblable en proie à l’affliction et à la maladie  !

Alexandre Aubras

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