Pour vous, qu’est-ce qu’une Sage-Femme ?


Les idées préconçues sur le métier de sage-femme sont nombreuses. Rien de tel, pour s’y confronter, que d’aller à la rencontre d’inconnus afin de les questionner sur ce que représente, à leurs yeux, cette profession.
Voici donc quelques exemples des témoignages recueillis :

 

  • Pauline, 34 ans, mère de 2 enfants :

 «  La sage-femme réalise les cours de préparation à l’accouchement, la sophrologie, la rééducation du périnée…. C’est elle qui nous accompagne tout au long de la grossesse, jusqu’à la naissance du bébé.

J’ai vécu une seconde grossesse difficile, ma sage-femme m’a vraiment soutenu dans les épreuves et permis d’envisager l’avenir avec sérénité. »

  • Manon, 11 ans :

 «  La sage-femme ? C’est la dame qui fait accoucher les mamans ? »

  • Jean, 51 ans :

 « C’est une professionnelle spécialisée dans la santé de la femme. Elle effectue les consultations pendant la grossesse, l’accouchement et le suivi du bébé.»

  • Odile, 28 ans, 1 enfant :

 «  A mes yeux, c’est vraiment quelqu’un à l’écoute, qui répond aux questions que l’on peut se poser et surtout qui donne de nombreux conseils que ce soit sur l’allaitement, sur le développement de l’enfant, sur l’alimentation ou même sur la santé.

La sage-femme de mon secteur a en tout cas eu ce rôle-là. »

  • Pierre,  22 ans :

 « Euh… Bah… Une personne qui est là lors de l’accouchement pour veiller à son bon déroulement. »

  • Marie-Claude, 49 ans, mère de 3 enfants :

 « Un homme ou une femme qui met au monde les bébés. »

  • Alexandre, 26 ans :

 « Une personne qui s’occupe de l’avant et pendant maternité, aussi bien des parents que des enfants.

Au départ, elle conseille les parents et après elle s’occupe de l’accouchement. Elle aide les parents à préparer le retour à la maison.

Concrètement je ne sais pas trop en quoi ça consiste en fait! »

  •  Eric, 42 ans, père de 2 enfants : 

« C’est le professionnel qui aide aux accouchements et qui gère la gestation. »

  • Agathe, 21 ans :

 «  Sage-femme ? Elle donne la vie. C’est surement le plus beau métier du monde ! »

  • Arthur, 19 ans :
  « La sage- femme, c’est un peu comme une infirmière mais qui travaille dans une maternité. Elle assiste le médecin pendant l’accouchement. »
GAUDIN Florian

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Article 4 (partie 4): Déconstruction du tercio

« L’expérience subjective de la maternité constitue une plus-value »

 Je tiens tout d’abord à préciser que le tercio de l’article antérieur est décrit, ou du moins silencieusement ressenti, par un panel évidemment plus restreint. Panel se bornant essentiellement aux jeunes femmes qui n’ont encore aucune expérience de l’accouchement, « orchestré » par un homme, ou tout simplement aucune expérience de l’enfantement même, ce qui, bien souvent, est source de conjectures… En revanche, ces dernières prennent tout à fait conscience ultérieurement qu’une femme sage-femme, n’ayant pas enfanté, est tout à fait capable de remplir rigoureusement son rôle de professionnel en respectant scrupuleusement les règles de l’art, tout en faisant preuve d’empathie et d’un insigne dévouement à leur égard. De même, nombreuses s’accordent à dire que les hommes sages-femmes sont à la fois « doux », « maternants », et très professionnels dans l’exercice de leur profession. Que de dires flatteurs mais malheureusement réduis à la population de femmes en ayant fait l’expérience. Bien sûr, on ne peut nier l’existence possible de quelques cas contraires, même s’ils restent particuliers et isolés…La nullipare et la primipare ont donc le droit d’en douter. Mon point va désormais s’attacher, sinon à les convaincre, du moins à les rassurer, angoissées qu’elles sont, très logiquement, du premier enfantement. L’esprit est alors taraudé par l’idée de la souffrance paroxystique à venir, des complications et des risques plausibles, et par une obnubilation maladive : la normalité de l’enfant (poursuite chimérique de l’enfant parfait !). Elles s’abandonnent donc, on peut le comprendre, plus aisément à leurs émotions premières et maternelles qu’à leur raison, dans cet événement inoubliable, tant par le merveilleux qu’il revêt que par le stress envahissant qui l’accompagne.

 Premièrement, être génitrice, ou géniteur d’ailleurs, ne fait pas de vous une mère ou un père. Etre parent ne signifie pas simplement d’engendrer, encore faut-il atteindre un ordre supérieur, celui de l’éducation et de l’affectif, pour le devenir. Ces enfants deviendront « ses enfants » lorsque la génitrice, ou le géniteur, s’élèvera jusqu’à cette sphère supérieure, et alors seulement. Ainsi, l’expérience de la maternité (ou paternité) ne garantie en rien des soins plus « maternants » de la part du professionnel considéré.

Deuxièmement, pour ceux qui m’objecteraient que malgré cela, ces femmes, riches de cette expérience personnelle, ne peuvent qu’être source de conseils avisés, je répondrais que cela reviendrait à dire que toute mère serait susceptible, dans la mesure du possible, de conseiller sagement la parturiente dans ce qu’elle traverse. Comme si son expérience personnelle pouvait se substituer, plus ou moins, au savoir technique du professionnel…

Enfin, pour ceux qui s’accorderaient sur le primat du savoir technico-médical par rapport à l’expérience individuelle, mais qui soutiendraient tout de même que ce dernier représente un plus, un bénéfice indiscutable, je réfuterais en ces termes : Tout professionnel de santé à un devoir de neutralité et d’objectivité envers tous ses patients. La subjectivité n’est qu’un trompe l’œil et à pour corollaire de nous enfermer dans les recoins étroits d’une obstination. Encore une fois, on ne peut traiter deux patients de façon rigoureusement identique car chacun est différent ! En cela donc, le professionnel doit abandonner son expérience subjective de l’enfantement, si tel est le cas, et se focaliser uniquement sur le savoir technico-médical qu’il détient, tout en faisant preuve d’éclectisme et d’objectivité. Bien sûr occulter le sujet est à exclure, je n’appelle pas à une stricte considération du savoir, en marge du sujet! J’appelle à une « coexistence » entre savoir et subjectivité du sujet (la patiente), en revanche dénuée, si tel est le cas, du poids de l’expérience maternelle de l’intervenante…

 En somme, mesdames et mesdemoiselles, n’ayez crainte! Tous ces professionnels (hommes ou femmes, parents ou non) sont formés de la même manière, dans l’optique évidente d’être des professionnels compétents, riches de toutes les qualités indispensables au métier de sage-femme (à l’écoute, empathique, communiquant, diligent, diplomate, consciencieux, etc…). Les quelques cas contraires potentiels seraient particuliers et isolés, comme je le disais, mais surtout ne reposeraient aucunement sur le sexe ou l’absence de maternité (paternité) des dits professionnels !

 Alexandre Aubras

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Féminité + Maternité = Le duo gagnant d’une bonne sage-femme ? (article 4, partie 1)

Voici un sujet qui mérite d’être traité avec la perspicacité nécessaire puisqu’il s’agit là encore d’une idée, presque d’un dogme, socialement établie et largement diffusée parmi la majorité.

Ainsi qu’est ce qui culturellement parlant a favorisé l’instauration puis la pérennité jusqu’à nos jours d’un tel principe ?

J’essaierai donc dans les paragraphes suivants de m’y soumettre, concis au possible, mais avec la profondeur que cela requiert. J’exposerai tout d’abord les « arguments » sociaux qui façonnent cette pensée, de façon à comprendre sa « légitimité » sociale. Finalement, et ce sera l’objet de trois autres articles, nous en déconstruirons les fondements en faisant appel à un savoir plus ou moins historique et à notre entendement.

 Primo : La conception féminine du soin sur laquelle repose notre société. En effet bon nombre d’auteurs y ont trouvé matière à réflexion. Réflexion que l’on peut résumer entre autre à un extrait d’article de B.Jacques, tiré de l’ouvrage Médecine, santé et sciences humaines, daté de l’année 2011 : « la place que les femmes occupent traditionnellement dans la production sanitaire profane est construite culturellement. Il apparaît donc comme « naturel » que les femmes du foyer prennent soin d’autrui au nom du don de soi, de la fonction de maternage incorporée ». Il s’agirait donc d’une sorte d’atavisme culturel, de compétences « innées » et socialement dévolues à la gente féminine. La femme aurait, dans la conscience plus ou moins collective, une propension naturelle à prendre soin de l’autre, au don de soi oblatif, à l’altruisme ou encore à l’empathie. En cela elle serait plus compétente que l’homme dans les activités de soin, autrement dit de tout ce qui a trait à la sphère du care.

 Deusio : Certains pourraient avancer le fait que la simple dénomination « sage-femme » évince l’homme d’une telle activité professionnelle. D’ailleurs la loi du 17 mai 1943 explicite le caractère sexué de la profession de sage-femme en alléguant les qualités féminines nécessaires à l’exercice du métier : Posséder « une connaissance interne, profonde et personnelle de la féminité », et « sont les mieux placées pour se tenir auprès d’autres femmes, pour les préparer, les rassurer, les conseiller et les aider pendant la grossesse et l’accouchement ».

 Tercio : L’expérience subjective de la maternité constitue une plus-value indéniable aux yeux des patientes. Les futures mères semblent accorder, majoritairement, une confiance éminente aux sages-femmes douées de l’expérience de la grossesse et de l’accouchement, qui apparaît alors comme une valeur indubitable. La légitimité professionnelle est dès lors confortée, voire accrue, par le vécu personnel de la sage-femme.

 Donc, à en croire les croyances sociétales, on comprend aisément que la collectivité puisse penser, ou ne serait-ce que conjecturer, qu’une sage-femme émérite est avant tout une femme, mère de surcroît, et qui use sur le plan professionnel des qualités « maternantes » que l’on assigne à celle-ci… Vous soutiendrez certainement à mon encontre que tout ceci parait logique, voire évident. Je vous concéderai alors qu’effectivement ces idées, même si elles ne sont pas nécessairement fondées en raison, restent acceptables puisque s’appuyant entre autre sur des notions de sécurité et d’instinct de conservation/protection propre à l’être humain, dès lors qu’il est ignorant sur une question essentielle et primordiale. Or la question de la naissance est cruciale en elle même puisqu’elle nécessite une prise en charge prompte et technique, et en ce sens urgente, de deux êtres humains : la femme et le nouveau-né. Bref la symbolique de la pérennité de l’Humanité. Pour autant est-il réellement inconciliable d’être une femme, de ne pas avoir enfanté, et d’exercer aux mieux la profession de sage-femme, dans les règle de l’art, avec empathie,maternage et diligence ? De même l’est-il pour l’homme qui ne connaît guère les « joies de l’enfantement » ? S’agit-il ipso facto d’une incompatibilité intrinsèque à la profession ? L’excellence d’un professionnel se réduit-elle potentiellement à ça ? Précision et Déconstruction sont à venir…

Alexandre Aubras

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