Féminité + Maternité = Le duo gagnant d’une bonne sage-femme ? (article 4, partie 1)

Voici un sujet qui mérite d’être traité avec la perspicacité nécessaire puisqu’il s’agit là encore d’une idée, presque d’un dogme, socialement établie et largement diffusée parmi la majorité.

Ainsi qu’est ce qui culturellement parlant a favorisé l’instauration puis la pérennité jusqu’à nos jours d’un tel principe ?

J’essaierai donc dans les paragraphes suivants de m’y soumettre, concis au possible, mais avec la profondeur que cela requiert. J’exposerai tout d’abord les « arguments » sociaux qui façonnent cette pensée, de façon à comprendre sa « légitimité » sociale. Finalement, et ce sera l’objet de trois autres articles, nous en déconstruirons les fondements en faisant appel à un savoir plus ou moins historique et à notre entendement.

 Primo : La conception féminine du soin sur laquelle repose notre société. En effet bon nombre d’auteurs y ont trouvé matière à réflexion. Réflexion que l’on peut résumer entre autre à un extrait d’article de B.Jacques, tiré de l’ouvrage Médecine, santé et sciences humaines, daté de l’année 2011 : « la place que les femmes occupent traditionnellement dans la production sanitaire profane est construite culturellement. Il apparaît donc comme « naturel » que les femmes du foyer prennent soin d’autrui au nom du don de soi, de la fonction de maternage incorporée ». Il s’agirait donc d’une sorte d’atavisme culturel, de compétences « innées » et socialement dévolues à la gente féminine. La femme aurait, dans la conscience plus ou moins collective, une propension naturelle à prendre soin de l’autre, au don de soi oblatif, à l’altruisme ou encore à l’empathie. En cela elle serait plus compétente que l’homme dans les activités de soin, autrement dit de tout ce qui a trait à la sphère du care.

 Deusio : Certains pourraient avancer le fait que la simple dénomination « sage-femme » évince l’homme d’une telle activité professionnelle. D’ailleurs la loi du 17 mai 1943 explicite le caractère sexué de la profession de sage-femme en alléguant les qualités féminines nécessaires à l’exercice du métier : Posséder « une connaissance interne, profonde et personnelle de la féminité », et « sont les mieux placées pour se tenir auprès d’autres femmes, pour les préparer, les rassurer, les conseiller et les aider pendant la grossesse et l’accouchement ».

 Tercio : L’expérience subjective de la maternité constitue une plus-value indéniable aux yeux des patientes. Les futures mères semblent accorder, majoritairement, une confiance éminente aux sages-femmes douées de l’expérience de la grossesse et de l’accouchement, qui apparaît alors comme une valeur indubitable. La légitimité professionnelle est dès lors confortée, voire accrue, par le vécu personnel de la sage-femme.

 Donc, à en croire les croyances sociétales, on comprend aisément que la collectivité puisse penser, ou ne serait-ce que conjecturer, qu’une sage-femme émérite est avant tout une femme, mère de surcroît, et qui use sur le plan professionnel des qualités « maternantes » que l’on assigne à celle-ci… Vous soutiendrez certainement à mon encontre que tout ceci parait logique, voire évident. Je vous concéderai alors qu’effectivement ces idées, même si elles ne sont pas nécessairement fondées en raison, restent acceptables puisque s’appuyant entre autre sur des notions de sécurité et d’instinct de conservation/protection propre à l’être humain, dès lors qu’il est ignorant sur une question essentielle et primordiale. Or la question de la naissance est cruciale en elle même puisqu’elle nécessite une prise en charge prompte et technique, et en ce sens urgente, de deux êtres humains : la femme et le nouveau-né. Bref la symbolique de la pérennité de l’Humanité. Pour autant est-il réellement inconciliable d’être une femme, de ne pas avoir enfanté, et d’exercer aux mieux la profession de sage-femme, dans les règle de l’art, avec empathie,maternage et diligence ? De même l’est-il pour l’homme qui ne connaît guère les « joies de l’enfantement » ? S’agit-il ipso facto d’une incompatibilité intrinsèque à la profession ? L’excellence d’un professionnel se réduit-elle potentiellement à ça ? Précision et Déconstruction sont à venir…

Alexandre Aubras

Licence Creative Commons
Ce(tte) œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 3.0 non transposé.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.