Maïeutique??! … Mais sage-femme, c’est accoucheuse ? Nan ?

Interrogations courantes… N’est-ce pas ? Jusqu’à présent, je vous le concède, j’ai « gratté le papier » pour vous dire plus ou moins ce que n’était pas une sage-femme, en m’appesantissant sur la déconstruction de quelques préjugés. Mais je n’ai rien fait en cela susceptible de répondre à ces questions. Qu’est-ce qu’une sage-femme ? Que fait-elle au juste ? Et qu’est- ce que la maïeutique (nom assigné à la filière en PACES) ?

À l’origine identiques, elles ne le sont plus guère. Selon moi, la maïeutique est désormais trop réductrice pour qualifier notre activité professionnelle dans son ensemble. Je m’explique. En effet, elle trouve ses racines du grec « maieutikê » (= art de faire accoucher), et plus précisément de la philosophie socratique. Celle-ci consistait pour Socrate à faire « accoucher »/à découvrir, par une série de question et feignant l’ignorance, les vérités que renfermaient son interlocuteur dans les tréfonds de son être. Or, le métier de sage-femme consistait à l’origine, et dans toute sa dimension il est vrai, à faire accoucher ( de façon plus physique…) les futures mamans. Mais cette époque est révolue ! Nous devons donc faire évoluer les mœurs et réduire le hiatus qui subsiste et sépare la réalité contemporaine des croyances collectives et sociétales. De nos jours, tellement plus vaste, le métier est devenu faramineux, tant par sa complexité que par sa diversité.

Beaucoup se plaisent à affubler notre profession du « sobriquet » (dithyrambique, penseront peut être certains) de « plus beau métier du monde », qui consiste, à leurs yeux, uniquement à « donner la vie ». Indubitablement ( je ne peux déconstruire cela) ceci demeure une part conséquente, et j’ajouterai la facette visible, de notre travail. Néanmoins, il ne saurait se réduire à « si peu ». Déclaration de grossesse, suivi et accompagnement psychologique de celle-ci, accouchement et suivi en post-partum (après accouchement), sont les facettes dont tout à chacun a conscience. Sans doute alors serez vous surpris de prendre connaissance de la myriade de richesse dont regorge ce métier qui, comme je l’ai déjà dit, est inhérent à l’Humanité. Cessons les circonlocutions, pensez vous, et passons aux choses sérieuses… Mes excuses, mais je me devais de poser un tant soit peu le sujet, tant il est délicat à traiter. Ensuite, je veux faire taire à l’avance les objections susceptibles de m’être adressées. Certes, je ne suis qu’un étudiant, et en ce sens je ne peux prétendre, seul, à vous dépeindre la profession dans sa plénitude. Pour autant, je suis certain au moins d’une chose, même de ma petitesse, c’est que la diversité et la richesse de celle-ci sont vraies. En cela, et je le dit sans la moindre acrimonie, je trouve inique (à mon sens, après c’est selon…) que l’on en occulte plus ou moins toutes les dimensions. Et la véracité de ces propos et de ceux qui vont suivre ne pourra être désavouée. J’insiste, je ne dirai certes pas tout, mais je serai vrai ! Ainsi dissipons l’équivoque, et sans être exhaustif je vais de ce pas m’atteler à la tâche, et « répertorier » plus ou moins les autres compétences et responsabilités majeures qui incombent à la sage-femme. Le détail de quelques unes d’entre elles fera l’objet, je l’espère au moins autant que vous, d’articles ultérieurs et distincts.

De nos jours donc, la sage-femme est compétente de surcroît dans la réalisation de consultations de contraception, ou/et de suivi gynécologique de prévention (« sous réserve que la sage-femme adresse la femme à un médecin en cas de pathologie » ; Ordre National des Sages-Femmes). Mais est compétente également dans l’examen post-natal dès lors que la grossesse a été normale et l’accouchement « eutocique «  (normal), et peut même être amenée à réaliser, en urgence, la réanimation du nouveau-né le cas échéant. Elle peut tout aussi bien pratiquer les soins nécessaires dans le cas de grossesse ou suites de couches physiologiques, et même pathologiques. Intervenir d’autre part dans des structures PMI (Protection Maternelle et Infantile). Sans oublier bien sûr qu’elle même peut prescrire thérapeutiques et contraceptifs, qu’elle peut réaliser l’épisiotomie, l’anesthésie loco-régionale lors du travail, ou encore les échographies dans le cadre de la surveillance de la grossesse. La sage-femme doit par dessus tout être capable de détecter ou suspecter des anomalies, et donc d’établir des diagnostics concrets, tout en faisant preuve d’empathie, d’écoute et de psychologie. Bien que la profession soit en partie technico-médicale, son pendant humain reste majeur ! Bref, la liste est encore longue, et ce serait rébarbatif de poursuivre l’énumération… J’invite donc les plus curieux à se rendre sur le site de l’Ordre National des Sages-Femmes pour étancher leur soif de curiosité. Pour les autres, je vous invite à consulter l’article d’accueil qui est accompagné d’une vidéo réalisée par l’ANESF (Association Nationale des Etudiants Sages-Femmes), accessible et bien ficelée, tout à la fois dans la simplicité et la justesse.

Alexandre Aubras

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Article 4 (partie 4): Déconstruction du tercio

« L’expérience subjective de la maternité constitue une plus-value »

 Je tiens tout d’abord à préciser que le tercio de l’article antérieur est décrit, ou du moins silencieusement ressenti, par un panel évidemment plus restreint. Panel se bornant essentiellement aux jeunes femmes qui n’ont encore aucune expérience de l’accouchement, « orchestré » par un homme, ou tout simplement aucune expérience de l’enfantement même, ce qui, bien souvent, est source de conjectures… En revanche, ces dernières prennent tout à fait conscience ultérieurement qu’une femme sage-femme, n’ayant pas enfanté, est tout à fait capable de remplir rigoureusement son rôle de professionnel en respectant scrupuleusement les règles de l’art, tout en faisant preuve d’empathie et d’un insigne dévouement à leur égard. De même, nombreuses s’accordent à dire que les hommes sages-femmes sont à la fois « doux », « maternants », et très professionnels dans l’exercice de leur profession. Que de dires flatteurs mais malheureusement réduis à la population de femmes en ayant fait l’expérience. Bien sûr, on ne peut nier l’existence possible de quelques cas contraires, même s’ils restent particuliers et isolés…La nullipare et la primipare ont donc le droit d’en douter. Mon point va désormais s’attacher, sinon à les convaincre, du moins à les rassurer, angoissées qu’elles sont, très logiquement, du premier enfantement. L’esprit est alors taraudé par l’idée de la souffrance paroxystique à venir, des complications et des risques plausibles, et par une obnubilation maladive : la normalité de l’enfant (poursuite chimérique de l’enfant parfait !). Elles s’abandonnent donc, on peut le comprendre, plus aisément à leurs émotions premières et maternelles qu’à leur raison, dans cet événement inoubliable, tant par le merveilleux qu’il revêt que par le stress envahissant qui l’accompagne.

 Premièrement, être génitrice, ou géniteur d’ailleurs, ne fait pas de vous une mère ou un père. Etre parent ne signifie pas simplement d’engendrer, encore faut-il atteindre un ordre supérieur, celui de l’éducation et de l’affectif, pour le devenir. Ces enfants deviendront « ses enfants » lorsque la génitrice, ou le géniteur, s’élèvera jusqu’à cette sphère supérieure, et alors seulement. Ainsi, l’expérience de la maternité (ou paternité) ne garantie en rien des soins plus « maternants » de la part du professionnel considéré.

Deuxièmement, pour ceux qui m’objecteraient que malgré cela, ces femmes, riches de cette expérience personnelle, ne peuvent qu’être source de conseils avisés, je répondrais que cela reviendrait à dire que toute mère serait susceptible, dans la mesure du possible, de conseiller sagement la parturiente dans ce qu’elle traverse. Comme si son expérience personnelle pouvait se substituer, plus ou moins, au savoir technique du professionnel…

Enfin, pour ceux qui s’accorderaient sur le primat du savoir technico-médical par rapport à l’expérience individuelle, mais qui soutiendraient tout de même que ce dernier représente un plus, un bénéfice indiscutable, je réfuterais en ces termes : Tout professionnel de santé à un devoir de neutralité et d’objectivité envers tous ses patients. La subjectivité n’est qu’un trompe l’œil et à pour corollaire de nous enfermer dans les recoins étroits d’une obstination. Encore une fois, on ne peut traiter deux patients de façon rigoureusement identique car chacun est différent ! En cela donc, le professionnel doit abandonner son expérience subjective de l’enfantement, si tel est le cas, et se focaliser uniquement sur le savoir technico-médical qu’il détient, tout en faisant preuve d’éclectisme et d’objectivité. Bien sûr occulter le sujet est à exclure, je n’appelle pas à une stricte considération du savoir, en marge du sujet! J’appelle à une « coexistence » entre savoir et subjectivité du sujet (la patiente), en revanche dénuée, si tel est le cas, du poids de l’expérience maternelle de l’intervenante…

 En somme, mesdames et mesdemoiselles, n’ayez crainte! Tous ces professionnels (hommes ou femmes, parents ou non) sont formés de la même manière, dans l’optique évidente d’être des professionnels compétents, riches de toutes les qualités indispensables au métier de sage-femme (à l’écoute, empathique, communiquant, diligent, diplomate, consciencieux, etc…). Les quelques cas contraires potentiels seraient particuliers et isolés, comme je le disais, mais surtout ne reposeraient aucunement sur le sexe ou l’absence de maternité (paternité) des dits professionnels !

 Alexandre Aubras

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Article 4 (partie 3): Déconstruction du Deusio

« le terme sage-femme évince l’homme d’une telle activité professionnelle»

Je dois admettre que, sous l’œil ou à l’oreille du profane, le terme porte à confusion. Il est clair que l’on ne peut instinctivement connaître sa pleine signification. Voilà pourquoi tant d’entre eux, si ce n’est la totalité, sont amenés à penser, à tord, que cette profession est exclusivement féminine. Peut être même que quelques uns confortent dans leur for intérieur l’idée que les hommes ne peuvent y avoir une place. Ainsi, pour mettre les choses au clair, je vais prendre l’Étymologie et l’Histoire à témoin !

Tout d’abord, ce serait aux alentours du XVIè siècle notamment que les autorités ecclésiastiques auraient témoigné un intérêt grandissant pour les matrones et leur impact dans l’accouchement. En effet, l’Église soupçonnait ces dernières de pratiquer la sorcellerie et même de réaliser des avortements ( véritable crime pour l’époque ). Ainsi, par son hégémonie, elle parviendra à s’octroyer la surveillance des matrones, puis très rapidement la formation (surtout « morale ») de celles-ci. Les femmes, puisque la naissance était exclusivement l’affaire des femmes à cette époque, ainsi « formées » s’affubleront du terme « sage-femme », en distinction des matrones. « Sage » faisant allusion à un assujettissement certain à la religion, à l’Église et à sa morale, elles respectaient donc plus que jamais le caractère sacré de la vie de chaque être humain. En revanche, chose affligeante mais pourtant réelle, les compétences médicales restaient encore à déplorer… Plus tard les préoccupations démographiques du XVIIIè siècle firent que les instances gouvernementales, avec l’aide des médecins, décidèrent dans un premier temps de réglementer la professionnalisation de la spécialité obstétricale, en marge des « sages-femmes ». Exclues de la formation scientifique, leurs expériences multiples et leur « savoir » n’avaient aucune légitimité. Autrement dit, nous avions à faire à une officialisation du savoir, lequel renfermant des connaissances spécifiques à l’obstétrique et assignées aux médecins. Désormais « sages-femmes » traduisait davantage l’assujettissement de celles-ci aux médecins et chirurgiens… Fort heureusement les choses évoluèrent, et l’État, alarmé par le taux de mortalité maternelle et infantile, ordonna que les sages-femmes bénéficient (bénéficiassent, pour les puristes…) d’une formation propre, et en ce sens de compétences plus médicales, dans la seconde moitié du siècle des Lumières. Enfin, le XXè siècle sera celui de la structuration, du gain de l’autonomie pour la profession et de son ouverture à la gente masculine, jusqu’alors interdite, en 1982. Dès lors le terme « sage-femme » doit s’entendre, ou se lire, de la façon suivante :

L’étymologie du mot « sage-femme » signifie dorénavant «  qui possède la connaissance (sage) de la femme (ne désignant plus le professionnel mais la parturiente elle même) ». D’ailleurs, le terme anglais « midwife » (sage-femme) ne fait allusion qu’à la « parturiente » (mid = avec, du vieil anglais, + wife = « la femme, celle qui accouche »), et non pas au sexe de l’intervenant.

Bref, Sage-femme signifie « expert, habile dans son art auprès des femmes ». Les hommes ne sont donc en aucun cas exclus par ce terme qui fait figure de dénomination générale, sans discrimination de sexe envers les professionnels.

Alexandre Aubras

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Article 4 (partie 2) : Déconstruction du primo 

« La conception féminine du soin »

 Mettons nous d’abord dans l’ambiance en soulignant deux phénomènes. En premier lieu il est connu en gynécologie, d’une manière générale, que les praticiens masculins sont perçus comme moins frustes par les patientes durant les auscultations, plus enclin à l’empathie et au « maternage » du fait justement qu’ils ne sont pas des femmes. Consciencieux, affables et à l’écoute, ils cherchent plus facilement à être rassurant auprès des femmes, conscients de la gêne occasionnée du fait de cette opposition sexuée, et cherchent plus facilement à s’enquérir sur leurs sensations et leur confort durant l’auscultation.

En second lieu, la masculinisation accrue de la profession infirmière n’a pas été perçue comme dangereuse pour le métier lui même, encore moins pernicieuse pour les patients, et semble même être plutôt bien rentrée dans les mœurs. Rien de plus à y ajouter !

Enfin, Last but not Least, prétendre de telles allégations (oui car cette pseudo « hérédité » des qualités de soins chez les femmes ne repose évidemment sur aucune preuve solide, scientifique, et en ce sens indubitable) n’est pas sérieux. N’est-il pas même sexiste de penser cela ? Question rhétorique, j’explicite de ce pas… En effet cela revient clairement à affirmer qu’il y aurait une essence propre au sexe féminin, donc en cela universelle. Or la définition rousseauiste de l’Homme repose non plus sur la raison et l’affectivité cartésiennes, mais désormais sur la liberté et la perfectibilité qui en découle, véritables pierres angulaires de la spécificité humaine sur l’animal, quant à lui assujetti aux normes immuables et intangibles de la nature, borné par cette naturalité même (l’instinct infaillible de l’animal, commun à son espèce) : « J’aperçois précisément les mêmes choses dans la machine humaine ; avec cette différence que la nature seule fait tout dans les opérations de la bête, au lieu que l’Homme concoure aux siennes en qualité d’agent libre » (Rousseau). L’Homme est donc capable de s’émanciper de ses codes naturels, de ses instincts primitifs, d’où cette idée de liberté, propice à la culture démocratique (contraire à la logique de la sélection naturelle) et à l’instauration d’une société entre individus civilisés, dans l’harmonie des relations humaines. Pour paraphraser Rousseau de nouveau: « l’Homme est un animal dénaturé ». Il est contre-nature car il peut se soustraire aux codes naturels et authentiques. De là découle la notion de perfectibilité. En ce sens où il est maître de son destin, l’Homme est susceptible d’évoluer au cours du temps et possède alors une double historicité : celle de la communauté d’une part (évolution des sociétés humaines), et la sienne propre, c’est-à-dire son expérience subjective de la vie, spécifique à chaque individu, qui définit ainsi toute la singularité de son statut ontologique. Nous sommes donc dans la ligne droite des axiomes populaires « Chacun est différent » ou « personne n’est identique » ! Ça ne vous dit rien ? De même, Jean-Paul Sartre souligne ce principe rousseauiste et avance que chez l’Homme « l’existence précède l’essence », autrement dit que les caractéristiques de l’espèce ne façonnent en aucun cas l’individu et son existence personnelle. Elles ne s’imposent pas à lui et celui-ci ne peut être enfermé dans les carcans d’une nature qui serait intrinsèque à l’espèce humaine. Chez l’animal, a contrario, les attributs de l’espèce prennent le pas sur l’existence individuelle. Chez l’animal « l’essence précède l’existence », chez l’animal… De là, on ne peut aucunement conjecturer l’idée qu’une caractéristique quelconque soit le propre d’un genre d’êtres humains, noirs ou blancs, hommes ou femmes, comme si l’existence individuelle était déterminée de part en part par l’origine ethnique à laquelle se rattache l’individu, ou encore par son sexe, sans possibilité de liberté ! En somme, le particulier s’impose face à l’universel ! L’être humain est libre, perfectible et nullement programmé par de prétendus codes, lois, ou prédéterminations… Dans ce cas le concept de l’essence féminine du soin n’est qu’une infamie, toutes les femmes ne vérifient pas un tel “concept”. Le cautionner, ou pire l’asséner,  c’est porter atteinte, métaphysiquement parlant, à leur liberté et donc nuire au principe d’égalité !

 Bref, le soin n’est pas sexué mais trouve ses racines dans l’Humanité même: Simplement, l’Homme (quelque soit son sexe) soigne son semblable en proie à l’affliction et à la maladie  !

Alexandre Aubras

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Féminité + Maternité = Le duo gagnant d’une bonne sage-femme ? (article 4, partie 1)

Voici un sujet qui mérite d’être traité avec la perspicacité nécessaire puisqu’il s’agit là encore d’une idée, presque d’un dogme, socialement établie et largement diffusée parmi la majorité.

Ainsi qu’est ce qui culturellement parlant a favorisé l’instauration puis la pérennité jusqu’à nos jours d’un tel principe ?

J’essaierai donc dans les paragraphes suivants de m’y soumettre, concis au possible, mais avec la profondeur que cela requiert. J’exposerai tout d’abord les « arguments » sociaux qui façonnent cette pensée, de façon à comprendre sa « légitimité » sociale. Finalement, et ce sera l’objet de trois autres articles, nous en déconstruirons les fondements en faisant appel à un savoir plus ou moins historique et à notre entendement.

 Primo : La conception féminine du soin sur laquelle repose notre société. En effet bon nombre d’auteurs y ont trouvé matière à réflexion. Réflexion que l’on peut résumer entre autre à un extrait d’article de B.Jacques, tiré de l’ouvrage Médecine, santé et sciences humaines, daté de l’année 2011 : « la place que les femmes occupent traditionnellement dans la production sanitaire profane est construite culturellement. Il apparaît donc comme « naturel » que les femmes du foyer prennent soin d’autrui au nom du don de soi, de la fonction de maternage incorporée ». Il s’agirait donc d’une sorte d’atavisme culturel, de compétences « innées » et socialement dévolues à la gente féminine. La femme aurait, dans la conscience plus ou moins collective, une propension naturelle à prendre soin de l’autre, au don de soi oblatif, à l’altruisme ou encore à l’empathie. En cela elle serait plus compétente que l’homme dans les activités de soin, autrement dit de tout ce qui a trait à la sphère du care.

 Deusio : Certains pourraient avancer le fait que la simple dénomination « sage-femme » évince l’homme d’une telle activité professionnelle. D’ailleurs la loi du 17 mai 1943 explicite le caractère sexué de la profession de sage-femme en alléguant les qualités féminines nécessaires à l’exercice du métier : Posséder « une connaissance interne, profonde et personnelle de la féminité », et « sont les mieux placées pour se tenir auprès d’autres femmes, pour les préparer, les rassurer, les conseiller et les aider pendant la grossesse et l’accouchement ».

 Tercio : L’expérience subjective de la maternité constitue une plus-value indéniable aux yeux des patientes. Les futures mères semblent accorder, majoritairement, une confiance éminente aux sages-femmes douées de l’expérience de la grossesse et de l’accouchement, qui apparaît alors comme une valeur indubitable. La légitimité professionnelle est dès lors confortée, voire accrue, par le vécu personnel de la sage-femme.

 Donc, à en croire les croyances sociétales, on comprend aisément que la collectivité puisse penser, ou ne serait-ce que conjecturer, qu’une sage-femme émérite est avant tout une femme, mère de surcroît, et qui use sur le plan professionnel des qualités « maternantes » que l’on assigne à celle-ci… Vous soutiendrez certainement à mon encontre que tout ceci parait logique, voire évident. Je vous concéderai alors qu’effectivement ces idées, même si elles ne sont pas nécessairement fondées en raison, restent acceptables puisque s’appuyant entre autre sur des notions de sécurité et d’instinct de conservation/protection propre à l’être humain, dès lors qu’il est ignorant sur une question essentielle et primordiale. Or la question de la naissance est cruciale en elle même puisqu’elle nécessite une prise en charge prompte et technique, et en ce sens urgente, de deux êtres humains : la femme et le nouveau-né. Bref la symbolique de la pérennité de l’Humanité. Pour autant est-il réellement inconciliable d’être une femme, de ne pas avoir enfanté, et d’exercer aux mieux la profession de sage-femme, dans les règle de l’art, avec empathie,maternage et diligence ? De même l’est-il pour l’homme qui ne connaît guère les « joies de l’enfantement » ? S’agit-il ipso facto d’une incompatibilité intrinsèque à la profession ? L’excellence d’un professionnel se réduit-elle potentiellement à ça ? Précision et Déconstruction sont à venir…

Alexandre Aubras

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