{"id":300,"date":"2026-05-17T18:01:21","date_gmt":"2026-05-17T17:01:21","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/nicolasraymond\/?p=300"},"modified":"2026-05-17T18:05:17","modified_gmt":"2026-05-17T17:05:17","slug":"une-vie-parallele","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/nicolasraymond\/une-vie-parallele\/","title":{"rendered":"Une vie parall\u00e8le"},"content":{"rendered":"\n<p><p align=\"justify\">Nous sommes le 17 mai 2026 ; je viens de me r\u00e9veiller. Un l\u00e9ger mal de t\u00eate accompagne mon lever : j&rsquo;ai fait un r\u00eave singulier et tr\u00e8s intense la nuit derni\u00e8re. Il a, semble-t-il, exacerb\u00e9 ma sensibilit\u00e9. Il appartient \u00e0 cette classe de r\u00eaves si r\u00e9alistes que, aussit\u00f4t \u00e9veill\u00e9, on s&#8217;empresse anxieusement et irrationnellement de v\u00e9rifier qu&rsquo;ils ne sont que d&rsquo;improbables fantasmes. Ces vives impressions ne se sont malheureusement pas dissip\u00e9es sous la douche matinale et elles m\u2019ont quasi contraint \u00e0 faire une recherche en ligne tandis que je prenais mon petit-d\u00e9jeuner. La haine et les discriminations anti-LGBT ont d\u00e9finitivement disparu en Europe il y a bien longtemps. Les \u00eatres humains sont d\u00e9sormais libres et \u00e9gaux en dignit\u00e9 et en droits : le genre et l&rsquo;orientation sexuelle ne font plus l&rsquo;objet de discriminations et de violence, m\u00eame indirectes. Les violences qui existent encore, et qui sont teint\u00e9es de ce que les ancien\u00b7nes appelaient l\u2019h\u00e9t\u00e9ro-patriarcat, sont exceptionnelles et marginales. \u00c0 cette lecture, la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 me revient peu \u00e0 peu&nbsp;: ce n&rsquo;\u00e9tait peut-\u00eatre qu&rsquo;un r\u00eave banal, ce genre de r\u00eave qui vous pr\u00e9pare aux probl\u00e8mes de la journ\u00e9e qui s&rsquo;annonce, une sorte d&rsquo;entrainement mental l\u00e9gu\u00e9 par l\u2019\u00e9volution biologique. Certaines personnes croient cependant que, lorsqu\u2019on r\u00eave, on visite d&rsquo;autres mondes ; cette nuit, les sensations me semblaient si nettes et si distinctes qu&rsquo;elles me donnaient le sentiment d&rsquo;un trop-plein de r\u00e9alit\u00e9 et d\u2019une forme d\u2019extra-lucidit\u00e9. Dans mon r\u00eave, j&rsquo;avais une vie \u00e9trangement similaire \u00e0 celle que je vis r\u00e9ellement, mais, tel Pythagore, je pouvais aussi me rem\u00e9morer des souvenirs d&rsquo;une vie que je n&rsquo;ai pas v\u00e9cue &#8212; ceux d\u2019un autre moi. Je me souviens avec nettet\u00e9 y lire le rapport annuel d&rsquo;une association \u00ab&nbsp;SOS Homophobie&nbsp;\u00bb faisant le bilan des atteintes anti-LGBT durant l&rsquo;ann\u00e9e 2025. J&rsquo;\u00e9tais tellement persuad\u00e9 \u00e0 mon r\u00e9veil de la r\u00e9alit\u00e9 de cette vie parall\u00e8le que j&rsquo;avoue avoir tent\u00e9 de trouver la page de cette association en tapant :<\/p><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.sos-homophobie.org\">https:\/\/www.sos-homophobie.org<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><p align=\"justify\">dans un moteur de recherche. Quel soulagement de ne rien trouver \u00e0 cette adresse ! Je dois faire un effort de m\u00e9moire particuli\u00e8rement vif pour me souvenir de ma lecture, comme si ce monde s\u2019\u00e9loignait \u00e0 mesure que la journ\u00e9e avance et qu\u2019il \u00e9tait entour\u00e9 de brumes et de t\u00e9n\u00e8bres de plus en plus imp\u00e9n\u00e9trables.<\/p><\/p>\n\n\n\n<p>[Un entretien d&#8217;embauche un peu trop vernis]<\/p>\n\n\n\n<p><p align=\"justify\"><em>\u00ab Nous avions compris d\u00e8s la premi\u00e8re lecture de votre CV que vous \u00e9tiez gay. \u00bb [La recruteuse] poursuit en expliquant que l\u2019orientation sexuelle de Noah n\u2019a pas pos\u00e9 de probl\u00e8me, puisqu\u2019il a \u00e9t\u00e9 re\u00e7u \u00e0 un entretien d\u2019embauche alors qu\u2019elle avait \u00ab devin\u00e9 \u00bb son orientation sexuelle. La personne ajoute que c\u2019est son apparence physique et sa mani\u00e8re de se pr\u00e9senter en entretien qui ont port\u00e9 pr\u00e9judice \u00e0 Noah, notamment le port du vernis. L\u2019interlocutrice nie le caract\u00e8re discriminatoire et homophobe de ses propos, mais ajoute : \u00ab Quelqu\u2019un qui ne nous reviendrait pas sur cet aspect-l\u00e0 [physiquement] serait handicap\u00e9 dans le processus de recrutement. \u00bb Noah a contact\u00e9 la direction de la personne qui a tenu ces propos, et elle a \u00e9t\u00e9 d\u00e9mise de ses fonctions.<\/em><\/p><\/p>\n\n\n\n<p><p align=\"justify\">Il est difficile de formuler une analyse de cette situation qui n&rsquo;a aucun sens pour notre monde. Il semblerait qu&rsquo;une femme d\u00e9duise de l&rsquo;apparence physique \u00e0 la fois une absence de comp\u00e9tences professionnelles et une orientation sexuelle. En lisant ce t\u00e9moignage, dans mon r\u00eave, un faux souvenir s\u2019est impos\u00e9 : <em>une personne affirme devant moi tr\u00e8s distinctement : \u00ab&nbsp;Il y a des personnes dont on peut deviner la sexualit\u00e9 \u00e0 leur fa\u00e7on de s&rsquo;habiller&nbsp;\u00bb<\/em>. Quelle \u00e9tranget\u00e9 : personne de mon entourage n&rsquo;a jamais prononc\u00e9 une telle phrase devant moi, m\u00eame sous l\u2019aspect de la fiction. Je crois avoir lu r\u00e9cemment chez des historiens que des hommes de certains peuples anciens utilisaient ce type de d\u00e9duction au sujet des v\u00eatements port\u00e9s ou des attitudes adopt\u00e9es par les femmes pour maintenir ces derni\u00e8res dans des r\u00f4les d\u2019inf\u00e9rieures.<\/p><\/p>\n\n\n\n<p>[Une demande d&rsquo;agr\u00e9ment bien d\u00e9sagr\u00e9able]<\/p>\n\n\n\n<p><p align=\"justify\"><em>Lors du dernier rendez-vous avec l\u2019assistante sociale, celle-ci a conclu : \u00ab votre dossier est parfait, mais il manque quelque chose, je ne sais pas quoi. \u00bb Elle leur a alors conseill\u00e9 de changer de projet, leur sugg\u00e9rant de faire le tour du monde en sac \u00e0 dos. [&#8230;] La psychologue a fini par donner un avis d\u00e9favorable \u00e0 leur projet de parentalit\u00e9, en indiquant qu\u2019ils \u00e9taient \u00ab trop parfaits \u00bb. Johann et Nabil ont vu leurs espoirs d\u00e9truits. Ils se sentent bris\u00e9s. Le couple a le sentiment d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 jug\u00e9 non pas sur ses valeurs ou sa capacit\u00e9 \u00e0 aimer un enfant, mais seulement sur son orientation sexuelle. Ils ont suspendu leur demande de parentalit\u00e9, afin de prot\u00e9ger leur sant\u00e9 mentale.<\/em><\/p><\/p>\n\n\n\n<p><p align=\"justify\">Je comprends bien que cette histoire semble invraisemblable lue depuis notre monde. Pourquoi les qualit\u00e9s humaines d&rsquo;un couple gay seraient-elles des d\u00e9fauts ? Comment imaginer que des personnes puissent renoncer \u00e0 un projet pour \u00e9viter d&rsquo;\u00eatre maltrait\u00e9es et discrimin\u00e9es par le corps social ? Ce qui m&rsquo;interpelle dans cette histoire, c&rsquo;est que qu&rsquo;on laisse aux personnes maltrait\u00e9es le soin de d\u00e9duire pourquoi elles le sont. On ne les discrimine pas explicitement, mais on leur fait insidieusement subir une violence psychologique.<\/p><\/p>\n\n\n\n<p>[Violence en ligne]<\/p>\n\n\n\n<p><p align=\"justify\"><em>Camille, un\u00b7e enseignant\u00b7e chercheur\u00b7se, est cyberharcel\u00e9\u00b7e sur les r\u00e9seaux sociaux. Apr\u00e8s avoir post\u00e9 sur TikTok une vid\u00e9o \u00ab outfit de rentr\u00e9e \u00bb, iel a re\u00e7u de nombreux commentaires transphobes, homophobes, ainsi que des appels au meurtre et au suicide.<\/em><\/p><\/p>\n\n\n\n<p>Encore une fois de la violence visant l\u2019expression de genre et\/ ou la transidentit\u00e9, mais cette fois on souhaite publiquement la mort de quelqu\u2019un.<\/p>\n\n\n\n<p>[Le suicide d&rsquo;une directrice d&rsquo;\u00e9cole]<\/p>\n\n\n\n<p><p align=\"justify\"><em>En septembre 2025, le jour de la rentr\u00e9e des classes, la directrice d\u2019\u00e9cole Caroline Grandjean-Paccoud se suicide, apr\u00e8s deux ans de harc\u00e8lement lesbophobe sur son lieu de travail, \u00e0 Moussages, dans le Cantal. [&#8230;] La hi\u00e9rarchie de la directrice a m\u00eame \u00e9t\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la questionner quant \u00e0 sa responsabilit\u00e9 dans le harc\u00e8lement qu\u2019elle subit. [&#8230;] En effet, la lesbophobie ne s\u2019arr\u00eate pas aux insultes, aux menaces. Elle trouve sa continuit\u00e9 dans le manque de soutien et l\u2019inaction des institutions comme des individus qui en sont t\u00e9moins. Ce sont ces regards fuyants, ce silence, cette minimisation qui tuent.<\/em><\/p><\/p>\n\n\n\n<p align=\"justify\">Le c\u0153ur se serre \u00e0 la lecture de telles horreurs. Plusieurs faux souvenirs me sont alors revenus \u00e0 la lecture de ce texte. Mon moi parall\u00e8le s&rsquo;est subitement souvenu d&rsquo;autres histoires, presque l\u00e9g\u00e8res si l\u2019on peut dire. <em>Un ami, <\/em><em>vivant en couple avec un homme,<\/em><em> \u00e9tait en train d&rsquo;aborder des sujets \u00e9ducatifs lors une r\u00e9union publique quand une personne a soudainement dit, pour marquer son d\u00e9saccord : \u00ab&nbsp;Heureusement qu&rsquo;il ne peut pas avoir d&rsquo;enfants&nbsp;\u00bb. <\/em>Je pourrais m\u00eame jurer qu\u2019une plainte a \u00e9t\u00e9 d\u00e9pos\u00e9e et que les autorit\u00e9s n\u2019ont su entendre ni l\u2019enregistrement de la r\u00e9union, ni les personnes pr\u00e9sentes. Mais soudain, <em>j<\/em><em>e me <\/em><em>vois<\/em><em> \u00ab&nbsp;<\/em><em>moi-m\u00eame&nbsp;\u00bb \u00e0 une autre r\u00e9union <\/em><em>en lie<\/em><em>n avec l<\/em><em>&lsquo;enseignement <\/em><em>et<\/em><em> entendre un homme h\u00e9t\u00e9ro dire : \u00ab&nbsp;Je sais de quoi je parle, mon enfant est au lyc\u00e9e et ma femme est d&rsquo;accord avec moi&nbsp;\u00bb, <\/em><em>personne ne songeant \u00e0 indiquer qu\u2019avoir des enfants ou une conjointe opinante <\/em><em> ne constitue<\/em><em> en rien<\/em><em> un <\/em><em>argument<\/em><em> p\u00e9dagogique.<\/em> Ces souvenirs sont si vivaces que j\u2019ai peine \u00e0 croire qu\u2019ils ne sont pas les miens et que j\u2019en ressens presque encore la p\u00e9nibilit\u00e9&nbsp;: on semble \u00eatre moins l\u00e9gitime sur les questions d&rsquo;\u00e9ducation dans ce monde-l\u00e0, lorsqu\u2019on n\u2019a pas d\u2019enfant ou qu\u2019on est une personne LGBT. On ne semble n\u2019y \u00eatre ni r\u00e9ellement consid\u00e9r\u00e9 ni \u00ab&nbsp;entendu&nbsp;\u00bb et on y est suspect d\u2019incomp\u00e9tence ou de perversit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p align=\"justify\">Ce texte, comme vous vous en doutez, est particuli\u00e8rement d\u00e9rangeant \u00e0 \u00e9crire. Mais mon trouble se nourrit principalement de l\u2019intensit\u00e9 des souvenirs intrusifs et venimeux de mon existence parall\u00e8le. <em>Je me revois par exemple avec mon conjoint en train de visiter un appartement \u00e0 louer et entendre la loueuse nous dire, <\/em><em>au d\u00e9tour de la rue de la Parcheminerie<\/em><em>&nbsp;:<\/em> <em>\u00ab&nbsp;Je n\u2019ai rien contre des couples comme le v\u00f4tre&nbsp;\u00bb<\/em>. Bien s\u00fbr, pass\u00e9e la stupeur, cela pr\u00eate \u00e0 sourire&nbsp;: on sait bien qu\u2019on ne peut assister \u00e0 une telle sayn\u00e8te surann\u00e9e qu\u2019au th\u00e9\u00e2tre. N\u00e9anmoins, je ne peux me d\u00e9faire de cet inqui\u00e9tant pressentiment de r\u00e9alit\u00e9. Est-ce ma grande sensibilit\u00e9 ou le souvenir que les deux autres personnes pr\u00e9sentes dans cette sc\u00e8ne chim\u00e9rique n\u2019ont rien su dire ou rien pu dire&nbsp;? Il est par ailleurs d\u00e9concertant qu\u2019\u00e0 chaque tentative pour appr\u00e9hender l\u2019un de ces faux souvenirs, il s\u2019en pr\u00e9sente subrepticement un autre tout diff\u00e9rent. \u00c0 l\u2019instant, j\u2019\u00e9tais \u00e0 la recherche d\u2019un appartement, l\u2019instant suivant <em>me voil\u00e0 sur <\/em><em>le pont des <\/em><em>A<\/em><em>rts et M\u00e9tiers<\/em><em> par une fin de semaine ensoleill\u00e9e. Brusquement, deux hommes d\u2019environ mon \u00e2ge nous h\u00e8lent, mon compagnon et moi, pour nous <\/em><em>interroger<\/em><em>&nbsp;: \u00ab&nbsp;Vous ne savez pas o\u00f9 on pourrait avoir rapidement des rapports sexuels&nbsp;?&nbsp;\u00bb.<\/em> Le tourbillon des souvenirs m\u2019aspire alors <em>\u00e0 proximit\u00e9 de la place Bordillon<\/em><em> o\u00f9 j\u2019aper\u00e7ois, \u00e0 travers le r\u00e9cit de mon conjoint, un homme <\/em><em>le toiser et <\/em><em>lui lancer<\/em><em>&nbsp;: \u00ab&nbsp;Sale p\u00e9d\u00e9&nbsp;!&nbsp;\u00bb devant le regard m\u00e9dus\u00e9 et le silence d\u2019une passante.<\/em>&nbsp;Ou alors \u00e9tait-ce sur la place Moli\u00e8re&nbsp;lorsqu\u2019un groupe d\u2019hommes a tent\u00e9 de nous s\u00e9parer ? Les souvenirs se confondent en \u00e9tant toujours un peu discordants. Dans ce monde-l\u00e0, je jurerais que mon conjoint a \u00e9t\u00e9 r\u00e9guli\u00e8rement insult\u00e9 publiquement sur la base de son genre et sa \u00ab fa\u00e7on de s\u2019habiller&nbsp;\u00bb&nbsp; sans que personne ne trouve rien \u00e0 redire. Peut-\u00eatre y a-t-il une sorte d\u2019harmonie pr\u00e9-\u00e9tablie, admise dans un contrat social tacite&nbsp;? Je dois arr\u00eater l\u00e0 cette \u00e9prouvante r\u00e9miniscence. La poterne vers ce monde-l\u00e0 semble bien \u00e9troite, mais elle laisse encore \u00e9chapper son sulfureux parfum&nbsp;: l\u2019h\u00e9t\u00e9ro-patriarcat et les hi\u00e9rarchies implicites y ont force de loi, comme dans nos temps anciens. On y attend des femmes qu\u2019elles aient des activit\u00e9s de femmes, c\u2019est-\u00e0-dire sans pouvoir. Au moindre \u00e9cart, elles sont rappel\u00e9es \u00e0 l\u2019ordre par le corps social. Une femme qui parle avec force et clart\u00e9 n\u2019est qu\u2019une femme qui crie&nbsp;; un homme qui crie est un homme directif auquel on doit c\u00e9der, m\u00eame s\u2019il est aussi incoh\u00e9rent. Un homme qui prend une responsabilit\u00e9 au service de la collectivit\u00e9 est digne d\u2019admiration, quoi qu\u2019il fasse&nbsp;; une femme qui prend une responsabilit\u00e9 au service de la collectivit\u00e9 doit \u00eatre remise en question, id\u00e9alement publiquement afin de dissuader les autres de l\u2019imiter. Ce sexisme est partag\u00e9 aussi bien par les hommes que par les femmes&nbsp;: sa force, c\u2019est son silence, son \u00e9vidence, sa naturalit\u00e9&nbsp;; il n\u2019est jamais per\u00e7u pour ce qu\u2019il est&nbsp;: une fa\u00e7on d\u2019\u00e9carter en vue de s\u2019approprier facilement des ressources r\u00e9elles ou symboliques. Il est induit par la paresse, l\u2019incomp\u00e9tence et l\u2019incapacit\u00e9 \u00e0 diff\u00e9rer la r\u00e9alisation des d\u00e9sirs et \u00e0 d\u00e9passer les frustrations. Ce sexisme est majoritairement le fait d\u2019hommes h\u00e9t\u00e9rosexuels&nbsp;; toute personne qui s\u2019\u00e9carte des normes sexuelles et de genre est ainsi prioritairement d\u00e9consid\u00e9r\u00e9e, d\u00e9l\u00e9gitim\u00e9e et, enfin, spoli\u00e9e. Mais, bien s\u00fbr, la discrimination h\u00e9t\u00e9ro-patriarcale ne navigue jamais en passag\u00e8re solitaire&nbsp;; elle est accompagn\u00e9e de diverses discriminations clandestines, sur l\u2019origine sociale, la couleur de peau, le capital culturel, etc. Une fa\u00e7on de parvenir \u00e0 \u00e9carter cette diversit\u00e9 ind\u00e9sirable et \u00e0 la spolier est de ne confier que des t\u00e2ches traditionnellement f\u00e9minines ou socialement d\u00e9valoris\u00e9es aux populations \u00e0 \u00e9carter. Plus g\u00e9n\u00e9ralement, il s\u2019agit d\u2019\u00e9viter de leur demander leur avis sur les questions essentielles en leur parlant d\u2019autre chose&nbsp;; pour ce faire, on peut aussi jouer sur les statuts professionnels&nbsp;: les personnes aux contrats pr\u00e9caires (ou sans contrat) pourront \u00eatre \u00e9cart\u00e9es des prises de d\u00e9cisions qui les concernent, m\u00eame si leur activit\u00e9 est vitale au fonctionnement d\u2019une entreprise ou d\u2019un service. On peut s\u2019appuyer de nouveau sur les hi\u00e9rarchies implicites&nbsp;comme l\u2019\u00e2ge, avec l\u2019id\u00e9e jamais compl\u00e8tement explicit\u00e9e que les personnes plus \u00e2g\u00e9es sont plus comp\u00e9tentes, ou sur les hi\u00e9rarchies explicites comme le statut professionnel, en d\u00e9pit de nombreux et \u00e9clatants contre-exemples. Toujours et quoi qu\u2019il arrive, il faut toujours agir et s\u2019exprimer, id\u00e9alement dans les formes de la bienveillance, en accord avec les pr\u00e9jug\u00e9s pour renforcer leur influence&nbsp;: les femmes manquent de confiance en elles&nbsp;; les personnes LGBT ne sont pas fiables&nbsp;; les jeunes ne savent pas travailler. Il s\u2019agit <em>in fine<\/em> de prendre les d\u00e9cisions qui renforcent les hi\u00e9rarchies, en rel\u00e9guant \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-plan celles qui r\u00e9solvent les probl\u00e8mes et qui sont bas\u00e9es sur les comp\u00e9tences r\u00e9elles. Pour les hauts-plac\u00e9s de ce monde-l\u00e0, mieux vaut rester dans l\u2019ignorance de ce que les autres pensent de leurs v\u00e9ritables m\u00e9rites.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nous sommes le 17 mai 2026 ; je viens de me r\u00e9veiller. Un l\u00e9ger mal de t\u00eate accompagne mon lever : j&rsquo;ai fait un r\u00eave singulier et tr\u00e8s intense la nuit derni\u00e8re. Il a, semble-t-il, exacerb\u00e9 ma sensibilit\u00e9. Il appartient \u00e0 cette classe de r\u00eaves si r\u00e9alistes que, aussit\u00f4t \u00e9veill\u00e9, on s&#8217;empresse anxieusement et irrationnellement [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":68193,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-300","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/nicolasraymond\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/300","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/nicolasraymond\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/nicolasraymond\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/nicolasraymond\/wp-json\/wp\/v2\/users\/68193"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/nicolasraymond\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=300"}],"version-history":[{"count":13,"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/nicolasraymond\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/300\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":313,"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/nicolasraymond\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/300\/revisions\/313"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/nicolasraymond\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=300"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/nicolasraymond\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=300"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/nicolasraymond\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=300"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}