Dans la littérature

En 1775, Barthélemy Imbert écrit cet « Épître à M. de Voltaire, sur un pain qu’il avait composé avec des pommes de terre »:

« Quoi ! malgré l’orgueil du génie,
Voltaire quitte sans regrets
Le trône pompeux d’Uranie,
Et vient épier les secrets
De la modeste économie !
Digne rivale de Cerès,
Son industrie, à moins de frais
Veut alimenter sa patrie !
Ce fruit qui, racine en naissant,
Vit pomme informe & farineuse,
Cachant toujours, triste & honteuse,
Son teint d’un rouge pâlissant
Et sa surface raboteuse,
Mêlé désormais au froment,
Par lui s’adoucit & s’épure,
Jadis grossiere nourriture ,
Aujourd’hui léger aliment. »

« II est donc vrai sage Voltaire
Non content dléclairer la terre,
Tu prétens encore la nourrir !
Ta bienfaisance salutaire
S’étend même sur l’avenir,
Et le pauvre est ton légataire.
Tu chantas Bellone & l’Amour :
Tes doigts manioient, dès í’enfance,
Lyre & trompette tour-à-tour :
Que j’aime à les voir en ce jour-,
Paîtrir le pain de l’indigence ! »

« Suis tes projets consolateurs :
Quand l’homme a passé l’onde noire,
Ses talens vivent dans l’histoive :
Sa vertu vit dans tous les cœurs.
Que toujours ton âme t’inspire !
Ta muse embellit nos climats;
Orphée eût envié ta lyre :
Mais le défenseur des Calas
Surpasse l’auteur de Zaïre. »

Adam Mickiewicz, grand poète romantique polonais a célébré le rôle joué par la pomme de terre pour sauver son peuple de la famine après les guerres napoléoniennes dans un poème héroïco-comique, en quatre chants, Kartofla, (pomme de terre), écrit en 1819.

En 1845, la maladie de la pomme de terre inspire à Dumanoir et Clairville un vaudeville en trois actes, Les pommes de terre malades, avec le roi, Pomme de terre 1er, Vitelotte, sa femme, Tubercule, son premier ministre et ses médecins Topinambour et Patate. Jouée pour la première fois au théâtre du Palais Royal le 20 décembre 184514, cette pièce conçue pour se moquer d’une campagne de publicité du journal L’Époque, connut un certain succès15.

Paulin Gagne, poète français du xixe siècle classé parmi les « fous littéraires », publie en 1857 L’Unitéide, ou la Femme-Messie, poème universel en 12 chants et en 60 actes, avec chœurs, précédé d’un prologue et suivi d’un épilogue par Mme Gagne (Élise Moreau de Rus). Il met en scène dans l’acte trente-huitième un personnage, la « Pataticulture », qui chante l’avènement de la pomme de terre, mais qui est vaincu à l’acte suivant par la « Carotticulture ».

« Peuples et rois, je suis la Pataticulture
Fille de la Nature et du Siècle en friture ;

N’ayant jamais mangé que des pommes de terre
Qui font pour moi des plats de la meilleure chère,
J’ai toujours adoré ce fruit délicieux
Que, dit-on, pour extra mangeaient jadis les dieux !

Dans la pomme de terre est le salut de tous ! »

— Paulin Gagne, L’Unitéide, ou la Femme-Messie, 185716
Le poète chilien Pablo Neruda, prix Nobel de littérature, a chanté la pomme de terre et son identité indienne dans son Oda a la papa (Odes élémentaires).

« Papa
te llamas
papa
y no patata,
no naciste castellana:
eres oscura
como
nuestra piel,
somos americanos,
papa,
somos indios… »

— Pablo Neruda, Odas elementales, 1954

« Papa
tu t’appelles
papa
et non patata,
tu n’es pas née castillane :
tu es sombre
comme
notre peau,
nous sommes américains,
papa,
nous sommes indiens… »

— Pablo Neruda, Odes élémentaires, 1954

Le poète français Francis Ponge s’est intéressé parmi d’autres objets banals à la pomme de terre, dont il tirait un plaisir hédoniste :

« Peler une pomme de terre bouillie de bonne qualité est un plaisir de choix. Entre le gras du pouce et la pointe du couteau tenu par les autres doigts de la même main, l’on saisit — après l’avoir incisé — par l’une de ses lèvres ce rêche et fin papier que l’on tire à soi pour le détacher de la chair appétissante du tubercule.

L’opération facile laisse, quand on a réussi à la parfaire sans s’y reprendre à trop de fois, une impression de satisfaction indicible. Le léger bruit que font les tissus en se décollant est doux à l’oreille et la découverte de la pulpe comestible réjouissante. »

— Francis Ponge, Pièces (1962)

« Les patates » est le titre d’un roman de Jacques Vaucherot, publié en 1962 et adapté au cinéma dans le film du même nom de Claude Autant-Lara (1969), qui met en exergue le rôle des pommes de terre dans le ravitaillement d’une famille des Ardennes françaises sous l’occupation allemande.

Selon Alphonse Allais, « les pommes de terre cuites sont tellement plus faciles à digérer que les pommes en terre cuite. »

La pomme de terre est associée aux fayots dans ce refrain d’une chanson de soldats :

« La France est notre mère
C’est elle qui nous nourrit
Avec des pommes de terre
Et des fayots pourris »

— Les Officiers, chant militaire.