Université d’Angers, 3-4 avril 2025
Maison de la Recherche Germaine Tillion, Amphi Tillion
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Organisateurs : Manuelle Peloille, Christophe Araujo, Yves Léonard, Matthieu Trouvé, Université d’Angers (3L.AM), Centre Émile Durkheim, Société Française d’Histoire Politique, Centre d’histoire de Sciences Po, Fondation Calouste Gulbenkian-Délégation en France.
Résumés des communications
Sebastián Acevedo, « À la recherche d’une troisième voie hispanique comme alternative au capitalisme nord-américain et au communisme soviétique : relecture, idéalisation et exaltation du passé impérial et catholique en Colombie pendant la réaction conservatrice (1936-1946) ».
Depuis les années 1930, la faillite du régime oligarchique, hérité du XIXe siècle, aura provoqué une période de crise et de grandes crispations sociales et politiques en Colombie. En effet, avec la débâcle du capitalisme nord-américain lors de la crise de 1929 et face à la menace croissante des idéologies révolutionnaires d’inspiration communiste, les élites colombiennes se sont senties menacées et orphelines d’un système idéologique orienteur et rénovateur. De plus, au début des années trente se produit la fin de l’hégémonie conservatrice et l’avènement de projets libéraux réformateurs, avec une forte tonalité sociale et progressiste. Cette perte d’influence et de pouvoir déclencha une véritable réaction conservatrice des droits colombiens en Colombie.
Dans ce contexte agité, les idées autoritaires des droits nationalistes espagnols ont proliféré avec force parmi des élites colombiennes assoiffées d’un souffle rénovateur et d’une nouvelle boussole doctrinaire. En effet, en raison des affinités historiques, culturelles, historiques et linguistiques, l’exemple de la croisade « nationaliste » lors de la guerre civile espagnole va captiver les droits colombiens, profitant de l’obsession que la guerre civile espagnole a suscitée en Colombie. C’est pourquoi ils trouvèrent dans la Nueva España un système idéologique complet (syndicalisme vertical, corporatisme, démocratie organique, esthétisation de la politique, apologie de la violence régénératrice et de l’action directe, exaltation du passé catholique et impérial hispanique, nationalisation des masses). Dès lors, les grandes figures réactionnaires colombiennes vont constamment réhabiliter et exalter le régime franquiste comme une troisième voie salvatrice face au capitalisme et au communisme.
Pour conforter cette réhabilitation, les élites colombiennes vont intensément promouvoir une relecture biaisée du passé hispanique, impérial et catholique, qu’ils interprétaient de manière idéalisée. Ainsi, ce passé, loin d’être une période obscure, est représenté comme une période de splendeur et d’harmonie, dans laquelle régnait l’ordre et le respect pour les valeurs spirituelles catholiques. Par conséquent, ces droites colombiennes, en crise, vont exhumer de leur histoire se passé hispanique, qu’elles vont réinterpréter et instrumentaliser, en accord avec les finalités politiques du moment. Ainsi, elles vont confectionner un portrait de ce passé impérial sublimé, insistant sur son importance pour la nation colombienne et comme un retour aux sources, loin de la décadence matérialiste en marche depuis la Révolution française.
S’appuyant sur diverses sources (archives diplomatiques colombiennes et espagnoles ; presse de l’époque ; discours et correspondances privées), il s’agira de mettre en valeur cette relecture et réinterprétation réactionnaire de ce passé hispanique dans une conjoncture historique bien précise.
Ombeline Anderouin : « Les relations entre le Mexique et l’Espagne : le cas du secteur touristique »
Les relations diplomatiques tendues entre le Mexique et l’Espagne depuis la lettre d’Andrés Manuel López Obrador en mars 2019 où ce dernier demandait des excuses publiques à l’Espagne pour les abus coloniaux, position soutenue par la nouvelle présidente mexicaine Claudia Sheinbaum qui a refusé de convier le roi Philippe VI à sa cérémonie d’investiture en septembre 2024, a entraîné une baisse considérable des investissements espagnols sur le territoire mexicain depuis le premier trimestre 2024. En effet, les données du Secrétariat de l’Économie du Mexique enregistrent une baisse notable des entreprises espagnoles investissant au Mexique (IDE), passant de 397 entreprises en 2019 à 135 en 2024, faisant ainsi chuter l’Espagne de la deuxième à la onzième position dans le classement des pays investisseurs au Mexique entre 2019 et 2024. Pourtant, malgré cette baisse notoire sur fond de politique anticolonialiste, les relations économiques entre les deux pays restent solides. Ainsi, les exportations espagnoles vers le Mexique ont atteint un record historique en 2023 avec 5,605 millions d’euros, soit 1,46% des exportations totales espagnoles.
Certaines entreprises espagnoles réalisent également des bénéfices considérables sur le territoire mexicain ; le groupe bancaire BBVA (Banco Bilbao Vizcaya Argentaria) en est un exemple majeur puisque le Mexique représente 51,9% de ses bénéfices totaux au premier trimestre 2024. Et l’un des moteurs de cette relation économique est liée au secteur touristique. En effet, l’Espagne se présente comme étant le principal investisseur dans l’État du Quintana Roo, et ce, devant les États-Unis ou encore le Canada. Sur la centaine d’hôtels ou de groupes hôteliers qui fleurissent sur le territoire mexicain, 87 se concentrent uniquement sur la Riviera Maya et elles génèrent environ 54000 emplois dans le secteur touristique. Notons également que, dans le cadre de la construction du Train Maya, projet ferroviaire colossal de 1554 km porté par le gouvernement d’Andrés Manuel López Obrador dans le cadre de sa politique de la Quatrième Transformation (4T), plusieurs entreprises espagnoles spécialisées dans les travaux publics, telles que FCC, Azvi ou encore Acciona ont été retenues pour le projet et ont donc investit massivement dans la réalisation de ce projet touristique et économique mexicain. L’autorisation de ces investissements apparaissent comme étant contraire à la politique plutôt hostile d’Andrés Manuel López Obrador à l’encontre de l’Espagne. Nous nous proposons donc d’étudier au travers de cette communication l’impact des investissements économiques espagnols sur le territoire mexicain et plus particulièrement l’impact du secteur touristique. Nous interrogerons l’ambiguïté des relations entre les deux pays puisque le Mexique semble osciller entre discours anticolonialiste et politique économique d’ouverture commerciale envers l’Espagne. Enfin, nous nous interrogerons sur le soft power culturel du secteur touristique espagnol.
Christophe Araujo, « Une machine mémorielle à l’œuvre: l’Académie Portugaise d’Histoire et la défense de l’Empire (de sa création en 1936 à 1974) »
L’objectif de cette communication est de présenter la façon dont le pouvoir dictatorial a cherché à instrumentaliser l’histoire pour défendre l’Empire colonial portugais. En réactivant une ancienne académie tombée en désuétude, l’Estado Novo a voulu créer une structure en dehors de l’Université afin de modeler selon ses desseins l’Académie portugaise d’histoire. Cette institution, malgré les difficultés de fonctionnement, a toujours répondu à l’appel du pouvoir voire a encouragé la dictature à célébrer certaines dates marquantes de la période coloniale. Elle est alors devenue une machine mémorielle, toujours engagée dans les commémorations. À travers un parcours chronologique, j’entends mettre en avant l’investissement des académiciens dans la défense du passé glorieux des conquêtes, afin de sauver un Empire toujours plus contesté.
Raphaël Benbouhou, « Entre coalition et impérialisme sportif. Une reconstruction symbolique de l’“Empire“ par la Royale Fédération Espagnole de Football et ses relations à la FIFA (1939-1953) »
Cette communication se propose d’analyser la façon dont l’Espagne a pu exposer une reconstruction symbolique de son Empire pendant le premier franquisme, de 1939 à 1953, par ses relations et son implication administrative et sportive au sein de la Fédération Internationale de Football Association (FIFA). Représentée par la Royale Fédération Espagnole de Football (RFEF) à la FIFA, l’Espagne cherche par le sport une reconnaissance internationale et s’avère un membre stratégique pour la FIFA, neutre politiquement et très européanisée. Elle cherche à conserver le monopole d’une gouvernance du football mondial en limitant les exigences sud-américaines qui s’expriment depuis les années 1930 pour l’obtention de places dans des commissions comme le Comité Exécutif.
Par l’étude des relations Espagne-Amérique latine, notamment au cours des Congrès de la FIFA, et du rattachement de Tanger à la Fédération Espagnole de Football, cette communication peut enrichir les débats concernant plusieurs axes de travail : les discours relatifs à la reconstitution des anciens empires et plus précisément l’application, sur le terrain sportif, de ses discours, les relations internationales vs la géopolitique, par le terrain autonome du sport, mais aussi les débats autour de l’alliance ibérique, en observant la mise en place d’une alliance sportive ibérique à la FIFA. Cette étude de cas entend prolonger les réflexions sur la volonté franquiste de convoquer le souvenir de l’Empire ou de le faire revivre et sur la recherche de reconnaissance internationale de l’Espagne franquiste par les relations internationales, plus spécifiquement sportives, étudiée par Juan Antonio Simón Sanjurjo. Celui-ci démontre par ses différents travaux que le sport fut utilisé par le Ministerio de Asuntos Exteriores (Ministère des Affaires Étrangères) par la voie de la propagande pour corriger l’image d’une Espagne marginalisée ou considérée comme infréquentable jusqu’en 1953, et dans le même élan améliorer les relations diplomatiques dont les stratégies influencent les interactions sportives.
Comment les activités administratives et sportives de l’Espagne au sein d’une FIFA se déclarant “neutre“ favorise-t-elles un développement des relations entre l’Espagne et les pays sud-américains ? Dans quelle mesure les activités institutionnelles et sportives conduites par l’Espagne, dans ses échanges avec la FIFA et les décisions qu’elle prend aux Congrès, sont-elles le théâtre de la reconstitution symbolique de l’Empire national par la formation d’un bloc Espagne-Amérique latine et de l’intégration d’une zone internationale au Maroc dans son championnat national ? Par une analyse des correspondances entre les secrétaires de la Fédération Espagnole de Football et de la FIFA et des rapports des Congrès de la FIFA conservés aux Archives de la FIFA, des articles publiés dans la presse espagnole aussi bien généraliste (ABC, La Vanguardia) que sportive, et de rapports rédigés par les autorités franquistes consultables à l’Archivo General de la Administración à Alcalá de Henares, nous tenterons de développer trois pistes de réflexion. Premièrement, en tant que membre stratégique d’une FIFA neutre qui cherche à préserver le monopole occidental de la gouvernance du football mondial, l’Espagne est la principale représentante de l’hispanophonie. Deuxièmement, en tant que leader des pays hispaphones, l’Espagne tissent avec les pays membres sud-américains des relations étroites conduisant à la formation d’un bloc hispanophone qui, aux Congrès défend des propositions, par le biais d’initiatives exprimées par les déléguées comme par le vote. Ces relations se prolongent par des matchs de football amicaux notamment entre l’Espagne et l’Argentine (1952 et 1953). Troisièmement, l’Espagne, par un impérialisme sportif, applique son discours africaniste. Il s’agit ici d’évoquer le rattachement de Tanger, zone internationale, à la Fédération Espagnole de Football, reconnu et accepté par la FIFA en février 1941. Ainsi, grâce à la neutralité conçue et défendue par les organisations sportives internationales, dont la FIFA, l’Espagne a pu, par des échanges, des soutiens et des actions qui ne font l’objet d’aucune contestation de la part des instances sportives, exposer le retour symbolique d’un Empire en apparaissant comme un leader ou un soutien du monde hispanique.
Bertrand Fauquenot, « Les colonisations, espagnole et française, au Maroc (1912-1931). L’Africanisme espagnol et la circulation des idées entre les deux protectorats ».
Cette communication s’inscrit dans les axes portant sur :
1. Les relations internationales versus géopolitiques en méditerranée occidentale
2. Une périodisation comparée des protectorats, espagnol et français, institués de 1912 à 1956, gouvernés par des personnalités très différentes.
Les discours de justification des empires, expression d’un pouvoir culturel. Comment les savants français (Massignon, Berque, Rivet, Montagne, Terrasse, C.A. Julien) et les arabisants espagnols (Lafuente Alcántara, Codera, Millas Vallicrosa, Julián Ribera, González Palencia, Ruiz Orsatti, Cerceida , Garcia Figueras, Reparaz, Asin Palacios, Olagüe), traduisent-ils les événements, la culture et les modes d’administration coloniale ?
La colonisation du Maghreb occidental par les Français et les Espagnols met en présence un ensemble de méthodes d’administration coloniale, de discours et d’échanges entre personnalités espagnoles et françaises entre 1912 et 1926 (guerre du Rif). Les Espagnols, présents depuis 1859, développent un mouvement spécifique, l’Africanisme. Les Français surveillent les conflits internes au protectorat espagnol (Melilla, 1893 et 1909 ; Annoual, 1921). Cette communication présente les deux regards se faisant face au Maroc.
Le premier aspect s’attache aux représentations et à la diffusion de l’idéologie coloniale espagnole au Maroc, l’Africanisme. Ce mouvement interdisciplinaire est élaboré par des géographes, juristes et officiers qui voudraient faire connaitre le Maroc, ses langues, son histoire, sa géographie, dans la Péninsule. Joaquin Costa, Emilio Bonelli, Julio Cervera Baviera, Gonzalo de Reparaz, promeuvent des expéditions et publications pour sensibiliser les gouvernements espagnols aux enjeux agricoles, économiques et diplomatiques de la présence espagnole au Maroc. On retiendra deux formes de rhétoriques extraites de textes des années 1912-1930, soit apologétiques , soit factuelles et critiques Les échanges entre auteurs espagnols et français, 1912-1930
Le deuxième aspect porte sur la circulation des idées et des pratiques coloniales transcrites dans certaines publications françaises. En regard de ces représentations espagnoles, les analyses d’observateurs français sur les guérillas du Rif en 1921-1926 étendent les enjeux à l’ensemble du Maghreb. Le Résident général Hubert Lyautey s’inquiète des conséquences de la résistance menée par le leader Mohammed ben Abd el-Krim el Khattabi pendant la bataille d’Annoual (1921) . Qu’en disent Robert Montagne, Pierre Parent (missionné auprès d’Abd el-Krim par le résident général Théodore Steeg en 1925) ou les généraux Catroux et Juin ?
Les analyses françaises de Rivet, Montagne, Terrasse, Berque, Monteil, Massignon, ou espagnoles de Sáez de Govantes, Luis de Oteyza deviennent essentielles pour comprendre les évolutions de l’espace occidental méditerranéen et du Maghreb, autant pendant la guerre du Rif (1921-1926) que pendant les mouvements de libération du Maroc (1953-1956).
Álvaro Jimena, « Los últimos de Filipinas » : un mythe impérial forgé par la propagande franquiste
« Los últimos de Filipinas » est le nom sous lequel est connu le groupe de soldats espagnols qui, entre 1898 et 1899, défendirent l’église de la ville philippine de Baler pendant onze mois, ignorant les nouvelles qui leur parvenaient sur la fin de la guerre entre l’Espagne et les révolutionnaires philippins. Cet épisode est devenu populaire grâce au film éponyme sorti en 1945, qui était un élément de la propagande lancée par le régime franquiste dans le but de réinterpréter le passé impérial espagnol. Le succès du film a permis à cet épisode de devenir l’un des symboles de l’héroïsme des soldats espagnols. Bien que ces dernières années des films, des épisodes de séries et des bandes dessinées aient proposé une version plus réaliste et moins mythifiée de cet événement, il reste encore largement répandu parmi les nostalgiques de l’empire espagnol. Par exemple, en 2021, une statue dédiée aux « derniers des Philippines » a été inaugurée à Madrid en présence du maire José Luis Martínez-Almeida, du Parti Populaire, et de Javier Ortega-Smith, de VOX, qui soutenait à l’époque le gouvernement madrilène. Cette communication portera d’abord sur l’évolution de ce mythe, de 1898 à nos jours, en mettant l’accent sur le contexte international dans lequel le film de 1945 a été réalisé. En effet, à cette époque, le régime franquiste était isolé sur la scène internationale en raison de ses liens avec l’axe pendant la Seconde Guerre mondiale et cherchait à se rapprocher des États- Unis, ce qui a influencé l’écriture du scénario. C’est probablement l’une des raisons pour lesquelles le film omet la question de l’hispanité des Philippines, alors même que, depuis le début du XXe siècle, un courant politique et littéraire défendait l’hispanisme aux Philippines contre l’américanisation promue par les États-Unis. Ce courant, bien qu’il ait quasiment disparu après la Seconde Guerre mondiale, était très populaire parmi l’élite philippine durant la première moitié du XXe siècle et partageait des caractéristiques avec le mouvement hispaniste présent dans les anciennes colonies espagnoles en Amérique. D’autre part, cette analyse cherchera à expliquer comment le mythe de « los últimos de Filipinas » a influencé les relations entre l’Espagne et le pays asiatique après la fin du franquisme, contribuant à diffuser l’idée qu’après 1898, l’héritage hispanique avait disparu des Philippines, à l’exception du domaine religieux. Le titre choisi pour le film de 1945, ainsi que le récit présenté dans son scénario, ont contribué à propager l’idée qu’après la perte de l’archipel et malgré près de trois siècles de colonisation, la seule trace laissée par l’empire espagnol aux Philippines était l’influence de l’Église catholique. Cet argument explique en partie pourquoi, contrairement aux anciennes colonies américaines, les gouvernements espagnols, depuis la transition démocratique, ont montré un faible intérêt pour l’archipel asiatique.
Yves Léonard, « Le lusotropicalisme, présences d’un passé imaginaire ».
L’objet de cette communication est de mettre en perspective historique le lusotropicalisme et ses usages au Portugal, en s’interrogeant sur la nature du lien avec ce « mode portugais d’être au monde » cher au sociologue brésilien Gilberto Freyre (1900-1987), supposé « suave », empreint de métissage et « non-raciste ».
Il s’agit d’essayer de réintégrer le lusotropicalisme au Portugal dans des contextes précis, du temps de son appropriation lente et ambiguë par le salazarisme, à celui de ses habits neufs (Communauté des pays de langue portugaise, lusophonie, relations avec l’Afrique et le Brésil, imaginaire national),en passant par ce temps des « Monsieur Jourdain » où les élites portugaises se mirent à faire du lusotropicalisme sans toujours le savoir.
Si le lusotropicalisme a survécu à la révolution des Œillets, il a cessé d’être hégémonique mais se perpétue sous la forme d’un néo-lusotropicalisme.
Mohamed Mimoune, « La persistance du discours impérial pendant la dictature franquiste : les discours de légitimation de la présence espagnole au Sahara Occidental (1958-1976) »
Le 10 janvier 1958, l’Espagne de Franco publiait un décret instituant la « provincialisation » de ses territoires alors seulement considérés comme des « protectorats » ou des colonies : le Sahara Occidental, l’enclave d’Ifni sur la côte atlantique et la Guinée Equatoriale. En pleine période de décolonisation à l’échelle européenne, et alors que de nombreux pays africains avaient obtenu ou étaient sur le point d’accéder à l’indépendance, l’Espagne décidait d’étendre officiellement son territoire en faisant notamment du dénommé « Sahara espagnol » sa « province 53 », qui allait donc, pendant 18 ans, faire partie intégrante du pays. La perspective de l’exploitation économique du territoire, la proximité géographique avec les Îles Canaries ainsi que la volonté de maintenir une présence outre-mer suite à la perte du protectorat au Maroc en 1956, motivèrent le régime franquiste à modifier le statut du Sahara espagnol, en le faisant passer de simple colonie à province espagnole à part entière, se montrant ainsi à contre-courant de l’histoire internationale se déroulant à ses portes.
Ainsi, afin de répondre aux différentes injonctions en faveur d’une décolonisation du territoire (résolutions de l’ONU, pressions des pays voisins ayant des vues sur cette province, mouvements nationalistes sahraouis), le régime construisit un discours visant à légitimer sa présence au Sahara, utilisant diverses stratégies ayant pour but de montrer le caractère prétendument « spécifique » du colonialisme espagnol, différent de l’impérialisme de pays tels que la France ou le Royaume-Uni.
L’analyse de ce discours à travers des extraits tirés du NO-DO ainsi que de la presse sous contrôle d’Etat comme le quotidien Ya pendant la période où le Sahara était « la province 53 », permettra de mettre en avant la persistance du discours impérial et son caractère obsolète à travers l’étude des principales caractéristiques de la représentation de ce territoire. Cette étude nous permettra de faire apparaître l’obsolescence de la rhétorique coloniale de l’Etat espagnol, et notamment sa supposée « mission civilisatrice » en Afrique – argument déjà à l’œuvre contre les Républicains pendant la guerre civile espagnole – ainsi que la glorification des réalisations du régime dans la province. Sera également étudiée l’évolution de ces caractéristiques en rapport avec les événements de la période et notamment, pendant les dernières années, avec le processus de décolonisation enclenché par l’Espagne, qui débouchera finalement sur l’occupation du territoire par le Maroc (Marche Verte) et le départ définitif des Espagnols en février 1976.
Virginie Tisserant, « Occidentaliser l’Ibéro-Amérique par l’Ibérosphère: comment le parti politique Vox tente de réécrire les relations bilatérales et la mémoire des empires ibériques »
En 1991 lorsque Francis Fukuyama publie l’ouvrage La fin de l’histoire et le dernier des hommes, il abonde en faveur du fait que la victoire du libéralisme et des démocraties libérales pousse les Etats à nouer des relations commerciales plutôt qu’à se faire la guerre. Il n’y aurait plus de troisième guerre mondiale. Une année plus tard, Samuel Huntington lui répond dans un autre ouvrage : Le choc des
civilisations et parle d’une nouvelle forme de conflit, la guerre sera ethnique, tribale ou culturelle.
En octobre 2020 dans la Carta de Madrid, la fondation Disenso rattachée au parti politique Vox évoque l’Ibérosphère pour écrire un discours alternatif à celui de l’Ibéro-amérique et contrer la nouvelle vague progressiste latino-américaine.
L’objectif affiché est de libérer la région et ses peuples de tout « déterminisme historique » et des « régimes totalitaires d’inspiration communiste ». En juin 2021, les députés de Vox au Parlement Européen organisent le premier Sommet ECR-Eurolat “pour la liberté et la démocratie en Ibéro-Amérique ».
A partir de l’étude des discours des membres de Vox ainsi que des méthodes et des pratiques du parti, cette intervention propose d’étudier la notion géopolitique d’Iberosphère dans un contexte de guerre culturelle ouverte afin d’interroger le renouveau des relations bilatérales entre l’Espagne et les pays latino-américains.
Cette dynamique de relecture de la mémoire d’empire s’inscrit dans une pratique d’implantation des réseaux d’influence et de laboratoires d’idées de la droite illibérale en Amérique latine. La revendication identitaire de l’Espagne permet de défendre « l’occidentalité de l’ibéro-amérique » et de construire un hispanisme ethnique qui entend compter dans l’élaboration et la naissance du nouvel ordre mondial.
Darío Varela Fernández, « Iberoesfera ¿el nuevo concepto de Vox para resucitar el viejo imperio? »
La irrupción con fuerza del partido de extrema derecha español en el Congreso de los diputados y en diferentes parlamentos autonómicos en el año 2019 supuso no solamente un seísmo
político sino también discursivo, simbólico e identitario; sirva de ejemplo la foto de su líder, Santiago Abascal, rodeado del resto de diputados de su partido ese mismo año en el que posa
mostrando un ejemplar de Defensa de la Hispanidad de Ramiro de Maeztu.
Un año más tarde, el mismo partido parece querer alejarse de los viejos conceptos operativos tradicionales (hispanidad, iberoamericanismo) y comienza a hacer circular uno nuevo, el de “Iberoesfera”. Así, encontramos a partir del 2020 un uso recurrente del término en discursos parlamentarios, en comunicaciones y eventos del think tank del partido (Fundación Disenso) y a través del periódico dependiente de esta última, que pasa de llamarse La Gaceta a La Gaceta de la Iberoesfera el 12 de octubre del 2020.
El objetivo principal de nuestro estudio será pues el indagar sobre la intencionalidad del concepto de nuevo cuño, del sentido que encierra el mismo y si tras éste se esconde una relectura
o intento de recrear un imaginario imperial reactualizado del espacio ibérico y sus antiguos espacios coloniales en el presente.
En un primer tiempo exploraríamos la creación del término, las primeras menciones tanto en el mundo intelectual / académico como en el mundo político y sus primeros usos para, a continuación, interesarnos sobre la promoción de este, tratando de indagar sobre la premura con la que tratan de difundirlo. Ello nos llevaría a observar si se trata de una argucia para crear o desarrollar redes de contactos con otros partidos reaccionarios en los países de lengua española y portuguesa deseosos de unirse para crear una visión unificada de sus pasados respectivos.
Acto seguido, nuestro objetivo sería el tratar de presentar cómo Vox y sus afines se representan ese pasado en común, cuál es la visión contemporánea que desde ese espacio político se hace del viejo imperio español y de si este incluye en su relato el espacio luso.
Por último, tras interesarnos a la visión del pasado, trataríamos de presentar la visión de futuro que se esconde detrás del concepto de “Iberoesfera” prestando especial atención a la plasticidad del término para tratar eventualmente de construir un relato reaccionario internacional en el que, desde el punto de vista de Vox, el liderazgo de ese nuevo viejo imperio, aunque meramente discursivo e ideológico sería, una vez más, el destino de España.
Rafael Vázquez García, “Un pasado que volver a conquistar”. El discurso de la derecha y la extrema derecha en España sobre la Hispanidad
En los últimos años, las narrativas promovidas por la derecha y la extrema derecha en España han revitalizado un discurso sobre la Hispanidad que reinterpreta el pasado imperial como un eje identitario fundamental para el nacionalismo español contemporáneo. Este fenómeno se manifiesta en una serie de temas clave que combinan un orgullo nostálgico por el pasado imperial con una oposición frontal a las corrientes progresistas, cosmopolitas y decoloniales. La propuesta pretende analizar estos discursos desde una perspectiva crítica, explorando sus raíces históricas, sus implicaciones ideológicas y su impacto en el debate público y político actual.
En esta propuesta se abordará cómo se utiliza el legado del imperio español como un recurso para reforzar el sentimiento de unidad nacional, destacando la apropiación simbólica del pasado imperial en discursos políticos, educativos y mediáticos. Para ello se explorará la exaltación del papel del imperio español como portador de una « misión civilizadora, » en la que la conquista y la colonización son reinterpretadas como actos de progreso y beneficio para los pueblos colonizados.
Igualmente se pretende examinar la narrativa que posiciona a España como defensora de la civilización occidental frente a lo considerado bárbaro o primitivo, y cómo esto se vincula a una visión idealizada de la Hispanidad como pilar de la cultura occidental. En este mismo sentido, se examinará cómo la religión católica es utilizada como eje ideológico y simbólico para reforzar una visión conservadora de la Hispanidad, vinculándola con la defensa de los valores tradicionales frente a la modernidad secularizada.
Se analizará igualmente la reivindicación de figuras históricas como Cristóbal Colón, Hernán Cortés, Francisco Pizarro y Vasco Núñez de Balboa, entre otros, y su resignificación como iconos de valentía, patriotismo y grandeza nacional.
Se abordará asimismo la resistencia a aceptar responsabilidades históricas, planteando cómo se utiliza el rechazo a las disculpas como un elemento de afirmación nacional frente a las demandas de justicia histórica provenientes de América Latina.
Por último, se analizará cómo estos discursos se posicionan en oposición directa a las corrientes decoloniales, progresistas y cosmopolitas, señalando la construcción de un enemigo cultural representado por la izquierda, el feminismo, y el movimiento “woke”.
El análisis combinará herramientas de crítica del discurso, historia cultural y estudios poscoloniales para identificar las narrativas predominantes, sus fuentes y los medios a través de los cuales se difunden.
El trabajo busca en suma contribuir al entendimiento crítico de cómo la derecha y la extrema derecha en España reinterpretan el pasado imperial español para legitimar sus agendas políticas contemporáneas, explorando las tensiones entre nacionalismo, memoria histórica y las narrativas globales de justicia social.