{"id":125,"date":"2017-01-30T11:05:49","date_gmt":"2017-01-30T10:05:49","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/dictionnairefeministes\/?p=125"},"modified":"2017-01-30T11:30:01","modified_gmt":"2017-01-30T10:30:01","slug":"bourgeois-louise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/dictionnairefeministes\/2017\/01\/30\/bourgeois-louise\/","title":{"rendered":"BOURGEOIS Louise"},"content":{"rendered":"<p align=\"justify\" style=\"text-indent:2em\">N\u00e9e le 25 d\u00e9cembre 1911 \u00e0 Paris (VIe arr.), d\u00e9c\u00e9d\u00e9e le 31 mai 2010 \u00e0 New York (\u00c9tats-Unis). Peintre, dessinatrice, graveuse, sculptrice, Louise Bourgeois est l\u2019une des artistes les plus importantes de la fin du XXe si\u00e8cle. Figure singuli\u00e8re et pionni\u00e8re, elle est devenue \u00e0 partir des ann\u00e9es 1990, malgr\u00e9 une reconnaissance tardive, une r\u00e9f\u00e9rence essentielle pour de nombreux artistes.<\/p>\n<p align=\"justify\" style=\"text-indent:2em\">Tr\u00e8s jeune, Louise Bourgeois dessine les parties manquantes des tapisseries que restaurent ses parents, dans l\u2019atelier de Choisy-le-Roi puis d\u2019Antony. Elle grandit dans un univers f\u00e9minin de couturi\u00e8res, parmi les pelotes de fils de laine, les aiguilles et l\u2019histoire de l\u2019art. Sa m\u00e8re, pragmatique et f\u00e9ministe, dirige le travail, tandis que son p\u00e8re collectionne les antiquit\u00e9s et court le jupon. Il introduit dans la maison sa ma\u00eetresse Sadie, une jeune Anglaise, engag\u00e9e comme gouvernante pour les enfants. Cette double trahison, qui met en p\u00e9ril l\u2019\u00e9quilibre familial, perturbe profond\u00e9ment la jeune Louise, qui se sent manipul\u00e9e par les adultes. Une faille s\u2019ouvre\u2026 un traumatisme, qu\u2019elle n\u2019\u00e9voquera qu\u2019en 1982 dans un texte intitul\u00e9 \u00ab A child abuse \u00bb, paru dans <em>Artforum<\/em>. \u00c9l\u00e8ve au lyc\u00e9e F\u00e9nelon, puis \u00e9tudiante en math\u00e9matiques \u00e0 la Sorbonne, elle suit dans les ann\u00e9es 1930 les cours de diverses acad\u00e9mies et \u00e9coles d\u2019art. Apr\u00e8s la mort pr\u00e9coce de sa m\u00e8re, qu\u2019elle a longtemps soign\u00e9e et accompagn\u00e9e pendant ses longs s\u00e9jours dans le Midi, elle fait, en 1932, un voyage en Russie avec son professeur Paul Colin. Puis elle travaille avec son p\u00e8re qui tient une petite galerie d\u2019art et d\u2019antiquit\u00e9s boulevard Saint-Germain ; c\u2019est l\u00e0 qu\u2019elle rencontre en 1938 son futur \u00e9poux Robert Goldwater, jeune \u00e9tudiant am\u00e9ricain qui vient de terminer sa th\u00e8se sur le primitivisme et l\u2019art moderne. Elle l\u2019\u00e9pouse et part \u00e0 New York, apr\u00e8s avoir adopt\u00e9 un enfant fran\u00e7ais, Michel, qui la rejoindra en 1939. Elle aura par la suite deux autres gar\u00e7ons, Jean-Louis et Alain, qui tous deux portent son nom.<\/p>\n<p align=\"justify\" style=\"text-indent:2em\">Ses premi\u00e8res peintures de la fin des ann\u00e9es 1940 sont consacr\u00e9es au th\u00e8me de la femme-maison, omnipr\u00e9sent dans son oeuvre. Cette maison symbolise pour elle l\u2019enfermement domestique, mais aussi la tension entre la g\u00e9om\u00e9trie et l\u2019organique, le corps et l\u2019architecture. Maison qui enferme mais aussi qui prot\u00e8ge. Ne pouvant travailler dans leur logement trop \u00e9troit avec les trois enfants, Louise commence ses premi\u00e8res sculptures en bois sur la terrasse de leur immeuble. Ses sculptures totems et f\u00e9tiches qu\u2019elle appelle Personnages ont pour but d\u2019exorciser le mal du pays. Puis elle traverse une longue p\u00e9riode de d\u00e9pression, cons\u00e9cutive \u00e0 la mort de son p\u00e8re. Il faudra attendre l\u2019exposition de Lucy Lippard, <em>Eccentric Abstraction<\/em> (1966), pour qu\u2019elle puisse montrer \u00e0 nouveau ses derniers travaux organiques, r\u00e9alis\u00e9s en pl\u00e2tre ou en latex. C\u2019est dans cette nouvelle s\u00e9rie qu\u2019elle r\u00e9alise la c\u00e9l\u00e8bre <em>Fillette<\/em> (1968), grand p\u00e9nis en latex qu\u2019elle tient dans ses bras, dans la photographie de Robert Mapplethorpe. En 1973, apr\u00e8s la mort de son mari, Louise jette par la fen\u00eatre son four et, se lib\u00e9rant des astreintes m\u00e9nag\u00e8res, se consacre compl\u00e8tement \u00e0 son travail artistique. Elle r\u00e9alise en une oeuvre symptomatique la liquidation de l\u2019autorit\u00e9 patriarcale : <em>The Destruction of the Father<\/em> (1974) : amoncellement de monticules en r\u00e9sine pos\u00e9s sur une table et \u00e9voquant l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une grotte, festin cannibale qui lui permet de r\u00e9gler ses comptes avec la figure du p\u00e8re. \u00ab C\u2019\u00e9tait une pi\u00e8ce tr\u00e8s meurtri\u00e8re, dira-t-elle, une pulsion qui survient lorsqu\u2019on est trop tendu et que l\u2019on se retourne contre celui que l\u2019on aime le plus \u00bb (Bourgeois, 1982).<\/p>\n<p align=\"justify\" style=\"text-indent:2em\">Les ann\u00e9es 1970 sont marqu\u00e9es par les marches f\u00e9ministes (<em>No march<\/em>, 1972) : elle soutient les protestations de jeunes artistes femmes et participe \u00e0 de nombreuses expositions militantes organis\u00e9es par le Mouvement de lib\u00e9ration des femmes.<\/p>\n<p align=\"justify\" style=\"text-indent:2em\">Louise Bourgeois a toujours eu une attitude ambivalente par rapport au mouvement f\u00e9ministe. C\u2019est, pour elle qui vient d\u2019une autre g\u00e9n\u00e9ration, indiff\u00e9rente aux questions du genre, \u00ab un dilemme qui ne se r\u00e9sout pas \u00bb, confie-t-elle \u00e0 Jacqueline Caux en 2003. Quand on lui pose la question pr\u00e9cise de son appartenance au mouvement f\u00e9ministe, elle d\u00e9clare : \u00ab je n\u2019ai aucun commentaire \u00e0 faire. Je suis une femme, je n\u2019ai donc pas besoin d\u2019\u00eatre f\u00e9ministe \u00bb (Caux, 2003). Si son oeuvre est cependant revendiqu\u00e9e par de nombreuses artistes femmes, c\u2019est qu\u2019elle fut l\u2019une des premi\u00e8res \u00e0 parler ouvertement de l\u2019ambivalence sexuelle \u2013 nous sommes tous homme-femme \u2013, de l\u2019\u00e9rotisme, du priv\u00e9 et du politique, du corps et de la sexualit\u00e9.<\/p>\n<p align=\"justify\" style=\"text-indent:2em\">En 1983, elle a enfin une v\u00e9ritable reconnaissance gr\u00e2ce \u00e0 la r\u00e9trospective organis\u00e9e par Deborah Wye au Museum of Modern Art de New York. C\u2019est la premi\u00e8re fois que le mus\u00e9e consacre ainsi l\u2019oeuvre d\u2019une artiste femme. \u00c0 partir de l\u00e0, son oeuvre fait l\u2019objet d\u2019une reconnaissance nationale et internationale. Elle participe \u00e0 <em>Documenta<\/em>, avec <em>Precious Liquids<\/em> (1992, Centre Pompidou, Paris), repr\u00e9sente les \u00c9tats-Unis \u00e0 la Biennale de Venise en 1995 et est pr\u00e9sente dans toutes les grandes manifestations d\u2019art contemporain. Elle inaugure alors un nouveau type de sculpture-assemblage, les <em>Cells,<\/em> cellules de bois ou cages de fer qui sont des lieux de m\u00e9moire lui permettant de r\u00e9activer, par la r\u00e9union d\u2019objets disparates, les souvenirs d\u2019enfance : <em>Chambre des parents, Chambre des enfants<\/em> (1995).<\/p>\n<p align=\"justify\" style=\"text-indent:2em\">\u00ab Les f\u00e9ministes m\u2019ont prise comme mod\u00e8le, comme une m\u00e8re. Mais \u00e7a m\u2019ennuie. \u00c7a ne m\u2019int\u00e9resse pas d\u2019\u00eatre une m\u00e8re. Je suis encore une fille qui cherche \u00e0 comprendre qui elle est \u00bb, d\u00e9clare-t-elle en 1990 (Bourgeois, 2008). \u00ab Mon f\u00e9minisme s\u2019exprime dans un int\u00e9r\u00eat soutenu pour ce que font les femmes \u00bb, d\u00e9clare-t-elle \u00e0 Donald Kuspit en 1988 (Kuspit, 1988). Elle a su en effet incarner dans son travail toutes les facettes de la f\u00e9minit\u00e9, y compris la maternit\u00e9 et la dimension phallique de la femme.<\/p>\n<p align=\"justify\" style=\"text-indent:2em\">Ses derni\u00e8res oeuvres sont consacr\u00e9es au th\u00e8me de l\u2019araign\u00e9e, qui repr\u00e9sente sa m\u00e8re fileuse et protectrice, \u00e0 des gouaches sur le th\u00e8me de la maternit\u00e9 et du couple, ainsi qu\u2019\u00e0 des sculptures molles en tissu, ou en morceaux de tapisserie, qui \u00e9voquent les \u00e2ges de la vie.<\/p>\n<p align=\"justify\" style=\"text-indent:2em\">&bull; R\u00e9f\u00e9rences: Bourgeois L., dans Catalogue Louise Bourgeois, NY, Moma, 1982, p. 95 ; T44. Circa 1990. Dans Catalogue Louise Bourgeois, Paris Centre Pompidou, 2008. \u2013 Caux J., <em>Tiss\u00e9e tendue au fil des jours, la toile de Louise Bourgeois<\/em>, Paris, Le Seuil, 2003. \u2013 Kuspit D ., <em>Louise Bourgeois<\/em>, New York , Random House, 1988 ; dans <em>Louise Bourgeois, \u00e9crits et entretiens<\/em>, Paris, Lelong, 2000, p. 171.<\/p>\n<p align=\"justify\" style=\"text-indent:2em\">&bull; Oeuvres : Catalogue <em>Louise Bourgeois<\/em>, Paris, Centre Georges-Pompidou, 2008.<\/p>\n<p align=\"justify\" style=\"text-indent:2em\">&bull; Bibliographie : Bernadac M.-L., <em>Louise Bourgeois<\/em>, Paris, Flammarion, 2008. \u2013 Bernadac M.-L. &amp; Obist H.-U. (\u00e9d.), <em>Louise Bourgeois. Destruction du p\u00e8re. Reconstruction du p\u00e8re. \u00c9crits et entretiens<\/em>, Paris, Lelong, 2000. \u2013 DUC.<\/p>\n<p align=\"right\"><strong>Marie-Laure Bernadac<\/strong><\/p>\n<p align=\"justify\">&rarr; Art.<\/p>\n<!-- AddThis Advanced Settings generic via filter on the_content --><!-- AddThis Share Buttons generic via filter on the_content -->","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>N\u00e9e le 25 d\u00e9cembre 1911 \u00e0 Paris (VIe arr.), d\u00e9c\u00e9d\u00e9e le 31 mai 2010 \u00e0 New York (\u00c9tats-Unis). Peintre, dessinatrice, graveuse, sculptrice, Louise Bourgeois est l\u2019une des artistes les plus importantes de la fin du XXe si\u00e8cle. 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