{"id":121,"date":"2017-01-30T10:26:29","date_gmt":"2017-01-30T09:26:29","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/dictionnairefeministes\/?p=121"},"modified":"2017-01-30T11:31:38","modified_gmt":"2017-01-30T10:31:38","slug":"garconne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/dictionnairefeministes\/2017\/01\/30\/garconne\/","title":{"rendered":"GAR\u00c7ONNE"},"content":{"rendered":"<p align=\"justify\" style=\"text-indent:2em\">\u00c0 la fois \u00ab type \u00bb de femme \u2013 la jeune femme \u00ab moderne \u00bb \u2013 et mode, notamment vestimentaire, la gar\u00e7onne incarne v\u00e9ritablement les Ann\u00e9es folles. Elle est per\u00e7ue comme le produit d\u2019un contexte particulier : l\u2019apr\u00e8s-guerre et ses femmes \u00e9mancip\u00e9es parce qu\u2019elles ont pris l\u2019habitude de l\u2019ind\u00e9pendance et des responsabilit\u00e9s, qu\u2019elles sont plus souvent seules, que l\u2019autorit\u00e9 masculine s\u2019est affaiblie, ou encore parce que la jeune g\u00e9n\u00e9ration veut oublier les ann\u00e9es sombres et profiter de la vie. La gar\u00e7onne s\u2019inscrit aussi, pour les contemporains, dans la logique du f\u00e9minisme qui avait d\u00e9j\u00e0 construit, \u00e0 la Belle \u00c9poque, un autre \u00ab type \u00bb, celui de la \u00ab femme nouvelle \u00bb. Mais la gar\u00e7onne est-elle vraiment f\u00e9ministe ?<\/p>\n<p align=\"justify\" style=\"text-indent:2em\">Pour la mode, incontestablement, la connotation est f\u00e9ministe. La silhouette juv\u00e9nile, simplifi\u00e9e, filiforme, souple et d\u00e9li\u00e9e, sportive, d\u00e9corset\u00e9e est une v\u00e9ritable r\u00e9volution. Les cheveux courts, coup\u00e9s au carr\u00e9, sont une transformation spectaculaire, de m\u00eame que la coupe des v\u00eatements : tailleurs compos\u00e9s d\u2019une veste et d\u2019une jupe, alors vus comme masculins, robes taille basse effa\u00e7ant les rondeurs. Les seins menus sont \u00e0 la mode. La gar\u00e7onne montre ses jambes, ses bras ; elle s\u2019expose au soleil pour obtenir un h\u00e2le d\u00e9sormais recherch\u00e9 ; elle nage avec des maillots de bain. Cette mode est fortement critiqu\u00e9e, en particulier par l\u2019\u00c9glise catholique, qui la trouve immodeste, impudique, immorale. Comme, de son c\u00f4t\u00e9, la mode masculine affiche quelques signes de f\u00e9minisation, l\u2019impression d\u2019une inversion, voire d\u2019une indiff\u00e9renciation des sexes r\u00e9v\u00e8le une sorte de panique morale. Les f\u00e9ministes, dans leur ensemble, ne sont pas loin de la partager. L\u2019adh\u00e9sion se fait surtout chez les plus jeunes, tandis que les femmes \u00e2g\u00e9es peinent \u00e0 r\u00e9viser leurs habitudes. L\u2019androgynie qui se d\u00e9gage de la gar\u00e7onne d\u00e9range : il y a, chez beaucoup de f\u00e9ministes, une sorte de patriotisme du f\u00e9minin qui s\u2019offusque devant les mannequins sans seins, sans fesses et sans hanches. Le \u00ab trouble dans le genre \u00bb, si \u00e9clatant dans la r\u00e9vision des marqueurs de la f\u00e9minit\u00e9, pose un vrai probl\u00e8me politique. Le masculin doit-il \u00eatre le r\u00e9f\u00e9rent de l\u2019\u00e9galit\u00e9 ? Aurel, romanci\u00e8re f\u00e9ministe, critique les \u00ab pr\u00e9tendues affranchies qui, depuis la fin de la guerre, copient servilement l\u2019homme \u00bb (<em>Simplicit\u00e9 f\u00e9minine, au secours !<\/em>, Paris, Sansot, 1921). Entre la mode et les milieux f\u00e9ministes, le rapport est donc indirect. Chanel n\u2019est pas f\u00e9ministe. La mode, associ\u00e9e \u00e0 la frivolit\u00e9, au luxe, n\u2019est pas un terrain d\u2019action militante.<\/p>\n<p align=\"justify\" style=\"text-indent:2em\">Comment ne pas associer \u00e0 cette mode le scandale du roman <em>La Gar\u00e7onne<\/em> de Victor Margueritte ? Sorti en 1922, ce roman \u00e0 th\u00e8se f\u00e9ministe d\u00e9crit l\u2019affranchissement d\u2019une jeune fille de la bourgeoisie, qui veut vivre sa vie\u2026 comme un \u00ab gar\u00e7on \u00bb. Tromp\u00e9e par son fianc\u00e9 qui entretient une ma\u00eetresse, elle refuse le mariage arrang\u00e9 par ses parents. La jeune femme se m\u00e9tamorphose. Elle coupe ses cheveux, les teint en roux, et devient l\u2019amante d\u2019une chanteuse de music-hall. Ind\u00e9pendante sur le plan \u00e9conomique, elle veut aussi l\u2019\u00eatre sur tous les plans. Elle explore les plaisirs charnels, s\u2019\u00e9tourdit dans les dancings, s\u2019\u00e9vade dans les fumeries d\u2019opium\u2026 C\u2019est un homme f\u00e9ministe, Georges Blanchet, qui la sauve de l\u2019autodestruction et l\u2019\u00e9pouse tandis qu\u2019elle laisse repousser ses cheveux.<\/p>\n<p align=\"justify\" style=\"text-indent:2em\">Victor Margueritte met en avant le devoir du \u00ab peintre de moeurs \u00bb qui doit \u00ab retracer \u2013 jusqu\u2019\u00e0 en donner le d\u00e9go\u00fbt, <em>comme \u00e0 Monique<\/em> \u2013 le spectacle des pires turpitudes \u00bb. \u00ab <em>La Gar\u00e7onne<\/em> n\u2019est qu\u2019une \u00e9tape dans cette marche in\u00e9vitable du F\u00e9minisme, vers le but magnifique qu\u2019il atteindra \u00bb, \u00e9crit-il. La fin \u00ab morale \u00bb ne rach\u00e8te pas le reste de l\u2019ouvrage, jug\u00e9 pornographique. Le Vatican le met \u00e0 l\u2019Index et la Ligue des p\u00e8res de familles nombreuses demande \u00e0 la L\u00e9gion d\u2019honneur de radier l\u2019auteur, qui a bafou\u00e9 la devise de l\u2019ordre cr\u00e9\u00e9 par Napol\u00e9on \u00ab Honneur et patrie \u00bb. Le livre est en effet vendu comme le portrait fid\u00e8le de la jeune Fran\u00e7aise et traduit en plusieurs langues. Premi\u00e8re dans les annales de la L\u00e9gion d\u2019honneur, Victor Margueritte est radi\u00e9. Le scandale rebondit au cin\u00e9ma (censure) et au th\u00e9\u00e2tre (incidents). Sur le plan tactique, l\u2019association avec la cause f\u00e9ministe est dangereuse, la bataille pour le droit de vote est \u00e2pre et les militantes craignent des amalgames. Sur le fond, les f\u00e9ministes d\u00e9sapprouvent cette vision de l\u2019\u00e9mancipation f\u00e9minine. Elles partagent les critiques de la presse, unanime \u00e0 condamner un roman choquant. Pour la romanci\u00e8re Marcelle Tinayre, \u00ab les \u00e9mancip\u00e9es de l\u2019ancienne morale [\u2026] vivent en hommes parce qu\u2019elles aiment trop les hommes ou \u2013 quelquefois \u2013 parce qu\u2019elles ne les aiment pas assez et que leur vie, litt\u00e9rairement glorifi\u00e9e, leur para\u00eet une \u00e9l\u00e9gance. [\u2026] Le f\u00e9minisme n\u2019a rien \u00e0 voir dans ces affaires intimes \u00bb (dans <em>La Femme \u00e9mancip\u00e9e<\/em>, Paris, Montaigne, 1927). M\u00eame les plus \u00e0 gauche, telle Louise Bodin, dans <em>L\u2019Humanit\u00e9<\/em>, accablent l\u2019auteur au style racoleur et estiment que Monique n\u2019est qu\u2019une \u00ab vicieuse \u00bb ind\u00e9fendable.<\/p>\n<p align=\"justify\" style=\"text-indent:2em\">La gar\u00e7onne \u2013 type social et mode \u2013 d\u00e9range les f\u00e9ministes alors m\u00eame qu\u2019elle est identifi\u00e9e comme leur cr\u00e9ation. Certes il ne s\u2019agit pas d\u2019une marque d\u00e9pos\u00e9e. Mais ce que la gar\u00e7onne soul\u00e8ve, ce dont elle est le nom, est bien au coeur des d\u00e9sirs et des peurs li\u00e9es \u00e0 la modernit\u00e9. Le mythe ainsi cr\u00e9\u00e9 sera plus fort que la r\u00e9alit\u00e9 d\u2019une p\u00e9riode plus orient\u00e9e vers l\u2019ordre moral que vers une r\u00e9elle \u00e9mancipation sexuelle des femmes. Sa part de lumi\u00e8re appara\u00eetra, avec le temps, comme une anticipation de la r\u00e9volution des moeurs des ann\u00e9es 1960-1970.<\/p>\n<p align=\"justify\" style=\"text-indent:2em\">&bull; Sources : Margueritte V ., <em>La Gar\u00e7onne<\/em>, r\u00e9\u00e9dition pr\u00e9fac\u00e9e par Yannick Ripa, Paris, Payot &amp; Rivages, 2013.<\/p>\n<p align=\"justify\" style=\"text-indent:2em\">&bull; Bibliographie : Bard C ., \u00ab Lectures de La Gar\u00e7onne \u00bb, <em>Les Temps Modernes<\/em>, n\u00b0 593, avril-mai 1997, p. 76-93 ; <em>Les Filles de Marianne<\/em>, Paris, Fayard, 1995 ; <em>Les Gar\u00e7onnes. Modes et fantasmes des Ann\u00e9es folles<\/em>, Paris, Flammarion, 1998. \u2013 Roberts M. L., <em>Civilization without Sexes. Reconstructing Gender in Postwar France, 1917-1927<\/em>, Chicago, UCP, 1994.<\/p>\n<p align=\"right\"><strong>Christine Bard<\/strong><\/p>\n<p align=\"justify\">&rarr; Antif\u00e9minisme ; Corps ; Lib\u00e9ration sexuelle ; Litt\u00e9rature ; N\u00e9o-malthusianisme ; Premi\u00e8re Guerre mondiale ; Premi\u00e8re vague ; S\u00e9duction ; Sportives.<\/p>\n<!-- AddThis Advanced Settings generic via filter on the_content --><!-- AddThis Share Buttons generic via filter on the_content -->","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 la fois \u00ab type \u00bb de femme \u2013 la jeune femme \u00ab moderne \u00bb \u2013 et mode, notamment vestimentaire, la gar\u00e7onne incarne v\u00e9ritablement les Ann\u00e9es folles. Elle est per\u00e7ue comme le produit d\u2019un contexte particulier : l\u2019apr\u00e8s-guerre et ses &hellip; <a href=\"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/dictionnairefeministes\/2017\/01\/30\/garconne\/\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><!-- AddThis Advanced Settings generic via filter on get_the_excerpt --><!-- AddThis Share Buttons generic via filter on get_the_excerpt --><\/p>\n","protected":false},"author":12310,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[17],"tags":[23,29],"class_list":["post-121","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-apercus","tag-apercus-2","tag-thematique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/dictionnairefeministes\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/121","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/dictionnairefeministes\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/dictionnairefeministes\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/dictionnairefeministes\/wp-json\/wp\/v2\/users\/12310"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/dictionnairefeministes\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=121"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/dictionnairefeministes\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/121\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/dictionnairefeministes\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=121"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/dictionnairefeministes\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=121"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/dictionnairefeministes\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=121"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}