{"id":120,"date":"2017-01-30T10:18:02","date_gmt":"2017-01-30T09:18:02","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/dictionnairefeministes\/?p=120"},"modified":"2017-01-30T11:31:51","modified_gmt":"2017-01-30T10:31:51","slug":"hommes-feministes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/dictionnairefeministes\/2017\/01\/30\/hommes-feministes\/","title":{"rendered":"HOMMES FEMINISTES"},"content":{"rendered":"<p align=\"justify\" style=\"text-indent:2em\">Depuis la constitution d\u2019un mouvement f\u00e9ministe organis\u00e9 \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle, des hommes, bien que minoritaires, ont toujours particip\u00e9 aux luttes f\u00e9ministes. C\u2019est d\u2019ailleurs un homme, L\u00e9on Richer, qui s\u2019impose comme \u00ab p\u00e8re du f\u00e9minisme \u00bb en contribuant \u00e0 initier le mouvement \u00e0 partir de 1869. La mixit\u00e9 est alors de mise et on peut estimer la part des hommes \u00e0 environ un tiers des quelques centaines de militant.e.s f\u00e9ministes jusqu\u2019aux ann\u00e9es 1890. Mais progressivement les femmes affirment leur autonomie et entendent prendre la t\u00eate du combat. Les hommes, bien qu\u2019ils constituent toujours des militants recherch\u00e9s pour les diff\u00e9rentes ressources (notamment politiques et \u00e9conomiques) qu\u2019ils d\u00e9tiennent tendanciellement plus que les femmes, sont ainsi progressivement \u00e9cart\u00e9s des postes de direction des associations \u00e0 partir des ann\u00e9es 1900-1910. Cette nouvelle configuration historique conduit alors \u00e0 une baisse notable de la part des hommes au sein d\u2019effectifs militants qui ne cessent de cro\u00eetre, pour atteindre \u00e0 peine 10 % \u00e0 la veille de la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale.<\/p>\n<p align=\"justify\" style=\"text-indent:2em\">Les ann\u00e9es 1970 sont symbolis\u00e9es par la non-mixit\u00e9 du Mouvement de lib\u00e9ration des femmes (MLF). En effet, influenc\u00e9es par les mouvements des femmes et des Noirs aux \u00c9tats-Unis et ayant fait l\u2019exp\u00e9rience du sexisme dans les groupes politiques, notamment au moment de Mai 68, les militantes f\u00e9ministes posent la non-mixit\u00e9 en condition politique de l\u2019\u00e9mancipation des femmes. Pour autant, les hommes ne sont pas absents de toutes les mobilisations f\u00e9ministes des ann\u00e9es 1970. Au ml f, la non-mixit\u00e9 s\u2019impose pour les groupes de parole et les assembl\u00e9es g\u00e9n\u00e9rales mais les manifestations de rue et certains \u00e9v\u00e9nements sont ouverts aux hommes, \u00e0 condition de respecter les conditions pos\u00e9es par les militantes (comme \u00eatre en fin de cort\u00e8ge, assurer la cr\u00e8che lors des journ\u00e9es de la Mutualit\u00e9 de 1971, etc.). Mais ces conditions restrictives se r\u00e9v\u00e8lent peu attractives pour les hommes qui sont rares \u00e0 s\u2019y engager. En revanche, la lutte pour l\u2019avortement libre et gratuit entre 1973 et 1975 se structure autour d\u2019associations mixtes comme le Mouvement pour la libert\u00e9 de l\u2019avortement et de la contraception (MLAC), le Mouvement fran\u00e7ais pour le planning familial (MFPF) et Choisir. Les hommes sont alors plus nombreux \u00e0 s\u2019y investir mais les tensions n\u00e9es de la division sexu\u00e9e du travail militant (particuli\u00e8rement au MLAC o\u00f9 les femmes d\u00e9noncent la division entre les femmes qui \u00e9coutent les femmes venues avorter et les hommes, m\u00e9decins qui pratiquent les avortements) et le vote de la loi conduisent \u00e0 un d\u00e9sengagement massif des hommes. Des initiatives de groupes d\u2019hommes d\u00e9sireux de lutter contre \u00ab la virilit\u00e9 obligatoire \u00bb naissent dans la seconde moiti\u00e9 des ann\u00e9es 1970 mais restent marginales (au plus quelques centaines d\u2019hommes) et ne perdurent pas au-del\u00e0 de la premi\u00e8re moiti\u00e9 des ann\u00e9es 1980.<\/p>\n<p align=\"justify\" style=\"text-indent:2em\">Les ann\u00e9es 1980 et 1990 sont marqu\u00e9es par une large f\u00e9minisation des effectifs militants. Mais \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990 l\u2019arriv\u00e9e d\u2019une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration militante se distingue par la mise en avant de la mixit\u00e9, \u00e0 l\u2019image de l\u2019association Mix-Cit\u00e9 cr\u00e9\u00e9e en 1997. Dans le m\u00eame temps, des militantes ayant connu les ann\u00e9es 1970 constituent \u00e9galement des collectifs mixtes comme le Collectif national pour les droits des femmes (CNDF) ou Les Chiennes de garde. Pour autant, les militantes, qu\u2019elles aient milit\u00e9 dans les ann\u00e9es 1970 ou qu\u2019elles en revendiquent la filiation, sont conscientes des rapports de pouvoir entre hommes et femmes qui peuvent se (re)produire \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des groupes militants et y sont particuli\u00e8rement attentives. D\u00e8s lors, les hommes sont peu nombreux \u00e0 s\u2019investir dans ces groupes puisque l\u2019on peut estimer \u00e0 moins de 15 % leur part parmi les militant.e.s des collectifs mixtes. Les discours de forte valorisation de la pr\u00e9sence des hommes sont en net recul \u00e0 partir des ann\u00e9es 2010.<\/p>\n<p align=\"justify\" style=\"text-indent:2em\">Si les contextes militants sont donc plus ou moins attractifs pour les hommes, les hommes qui s\u2019engagent ont des profils sp\u00e9cifiques. De classes moyennes ou sup\u00e9rieures intellectuelles et non racialis\u00e9s, ils cumulent d\u2019abord des caract\u00e9ristiques sociales favorables \u00e0 l\u2019engagement politique. De plus, ils ont connu dans leur famille, leur scolarit\u00e9, leur couple ou leur profession des exp\u00e9riences susceptibles de les sensibiliser aux revendications f\u00e9ministes. Cependant, ces pr\u00e9dispositions ne se traduisent par l\u2019engagement qu\u2019\u00e0 la faveur de \u00ab disponibilit\u00e9s biographiques \u00bb (faibles contraintes professionnelles, conjugales et\/ou parentales) et de l\u2019insertion dans des groupes politiques proches des collectifs f\u00e9ministes. En effet, c\u2019est par leur pr\u00e9sence dans des lieux militants proches des f\u00e9ministes (\u00ab n\u00e9buleuse r\u00e9publicaine \u00bb sous la IIIe R\u00e9publique, extr\u00eame gauche dans les ann\u00e9es 1970, diff\u00e9rents r\u00e9seaux politiques de la gauche depuis les ann\u00e9es 2000) que certains hommes d\u00e9couvrent les mouvements f\u00e9ministes. \u00c0 ce moment de leur trajectoire, leurs dispositions sont alors activ\u00e9es par la rencontre avec les groupes f\u00e9ministes et permettent le passage \u00e0 l\u2019engagement. La p\u00e9rennit\u00e9 de leur militantisme est assur\u00e9e par un ensemble de r\u00e9tributions, parfois mat\u00e9rielles, plus souvent symboliques, ou par l\u2019accumulation de savoirs et savoir-faire reconvertibles dans d\u2019autres espaces sociaux. D\u00e8s lors, l\u2019affaiblissement de ces r\u00e9tributions, ou leur concurrence avec d\u2019autres sph\u00e8res sociales telles que la famille ou la profession, fragilise le militantisme, conduisant au d\u00e9sengagement.<\/p>\n<p align=\"justify\" style=\"text-indent:2em\">&bull; Sources : Jacquemart A., <em>Les Hommes dans les mouvements f\u00e9ministes. Socio-histoire d\u2019un engagement improbable<\/em>, Rennes, PUR, 2015.<\/p>\n<p align=\"right\"><strong>Alban Jacquemart<\/strong><\/p>\n<p align=\"justify\">&rarr; Contraception et avortement ; Deuxi\u00e8me vague ; Droit ; MLF ; Planning familial ; Premi\u00e8re vague ; Suffragisme ; Troisi\u00e8me vague.<\/p>\n<!-- AddThis Advanced Settings generic via filter on the_content --><!-- AddThis Share Buttons generic via filter on the_content -->","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis la constitution d\u2019un mouvement f\u00e9ministe organis\u00e9 \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle, des hommes, bien que minoritaires, ont toujours particip\u00e9 aux luttes f\u00e9ministes. 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