{"id":119,"date":"2017-01-30T10:11:58","date_gmt":"2017-01-30T09:11:58","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/dictionnairefeministes\/?p=119"},"modified":"2017-01-30T11:32:12","modified_gmt":"2017-01-30T10:32:12","slug":"perrot-michelle-michelle-roux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/dictionnairefeministes\/2017\/01\/30\/perrot-michelle-michelle-roux\/","title":{"rendered":"PERROT Michelle [Michelle ROUX]"},"content":{"rendered":"<p align=\"justify\" style=\"text-indent:2em\">N\u00e9e le 18 mai 1928 \u00e0 Paris (XIIe arr.). Michelle Perrot est n\u00e9e dans une famille de la bourgeoisie commer\u00e7ante parisienne. Son p\u00e8re, n\u00e9gociant en cuirs dans le quartier de Saint-Denis, antimilitariste, anticl\u00e9rical, souhaite que sa fille (unique) devienne m\u00e9decin, \u00e0 tout le moins qu\u2019elle fasse des \u00e9tudes sup\u00e9rieures, apr\u00e8s son \u00e9ducation au cours Bossuet, institution pour jeunes filles pieuses de bonne famille, o\u00f9 la jeune fille s\u2019est d\u00e9couvert un int\u00e9r\u00eat pour Bergson, l\u2019existentialisme et le marxisme.<\/p>\n<p align=\"justify\" style=\"text-indent:2em\">En 1946, apr\u00e8s son baccalaur\u00e9at, elle entre \u00e0 la Sorbonne o\u00f9 le sentiment de faire partie du \u00ab camp des injustes \u00bb, la \u00ab honte \u00bb et le \u00ab remords d\u2019\u00eatre n\u00e9e prot\u00e9g\u00e9e \u00bb et d\u2019avoir v\u00e9cu une enfance ais\u00e9e entre meubles anciens et ch\u00e2teau de vacances, tout en \u00e9tant attir\u00e9e par le Paris populaire des Halles, l\u2019orientent vers l\u2019histoire sociale et l\u2019\u00e9tude du monde ouvrier. Elle d\u00e9couvre alors la libert\u00e9 et, avec \u00e9blouissement, les grands historiens du moment : Victor-Louis Tapi\u00e9, Pierre Renouvin et surtout Ernest Labrousse, aupr\u00e8s duquel se pressent Michelle Perrot et ses contemporains ; l\u2019historien conseille en 1949 \u00e0 la jeune historienne de travailler sur les coalitions ouvri\u00e8res de la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle, plut\u00f4t que sur Simone de Beauvoir, sujet jug\u00e9 indigne d\u2019une th\u00e8se.<\/p>\n<p align=\"justify\" style=\"text-indent:2em\">Un temps mystique et catholique pratiquante au point de former, lyc\u00e9enne, une section de la JECF (Jeunesse \u00e9tudiante chr\u00e9tienne f\u00e9minine), elle s\u2019\u00e9loigne peu \u00e0 peu de la religion, est attir\u00e9e par le communisme et fr\u00e9quente ponctuellement la cellule anim\u00e9e par Annie Kriegel.<\/p>\n<p align=\"justify\" style=\"text-indent:2em\">A partir de 1951, professeure agr\u00e9g\u00e9e au lyc\u00e9e de jeunes filles de Caen, elle a pour coll\u00e8gues et amies Mona Ozouf et Nicole Le Douarin qui partagent son int\u00e9r\u00eat pour la question des relations entre les sexes. En 1953, elle \u00e9pouse Jean-Claude Perrot, historien et enseignant lui aussi, avec lequel elle forme un couple de compagnons de route \u00ab fascin\u00e9s mais h\u00e9sitants \u00bb du PCF, chr\u00e9tiens de gauche en rupture progressive avec une \u00c9glise jug\u00e9e trop ferm\u00e9e.<\/p>\n<p align=\"justify\" style=\"text-indent:2em\">D\u00e8s le d\u00e9but des ann\u00e9es 1950, Michelle Perrot milite contre la guerre d\u2019Alg\u00e9rie, adh\u00e8re \u00e0 l\u2019Union des femmes fran\u00e7aises, organisation communiste qui entend mobiliser contre le conflit alg\u00e9rien, prend m\u00eame, avec son mari, sa carte au Parti communiste mais la rend au bout de trois ans, en 1958.<\/p>\n<p align=\"justify\" style=\"text-indent:2em\">De 1957 \u00e0 1960, elle est d\u00e9tach\u00e9e au CNRS. Avec Jean Maitron, qui anime l\u2019Institut fran\u00e7ais d\u2019histoire sociale, elle organise diff\u00e9rentes manifestations scientifiques, dont, en 1960, un colloque sur \u00ab le militant ouvrier \u00bb, qui donne naissance \u00e0 la principale revue d\u2019histoire ouvri\u00e8re, puis d\u2019histoire sociale en g\u00e9n\u00e9ral, <em>Le Mouvement social<\/em>. Assistante d\u2019Ernest Labrousse \u00e0 l\u2019Institut d\u2019histoire \u00e9conomique et sociale de la Sorbonne, elle est au coeur des \u00e9v\u00e9nements de Mai 68 auxquels elle participe avec enthousiasme et qui apposent une empreinte ind\u00e9l\u00e9bile sur l\u2019orientation de ses travaux : elle r\u00eave alors d\u2019une \u00ab universit\u00e9 critique \u00bb (Perrot, 1998) au point de quitter la vieille universit\u00e9 parisienne pour la toute nouvelle Paris VII-Jussieu, d\u00e8s 1969. En 1971, elle soutient sa th\u00e8se d\u2019\u00c9tat sur <em>Les Ouvriers en gr\u00e8ve, 1871-1890<\/em>, publi\u00e9e en 1974 et qui contribue \u00e0 la naissance de la sociologie historique.<\/p>\n<p align=\"justify\" style=\"text-indent:2em\">Certes les femmes n\u2019occupent qu\u2019une petite partie de ce travail de recherche, la gr\u00e8ve \u00e9tant, au XIXe si\u00e8cle, un \u00ab acte viril \u00bb et l\u2019historienne se r\u00e9v\u00e8le beaucoup plus sensible \u00ab \u00e0 la x\u00e9nophobie [\u2026] qu\u2019au sexisme ouvrier \u00bb (Perrot, 2006) ; mais au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970, dans le sillage du mouvement de femmes auquel elle participe \u00ab \u00e0 la base \u00bb, Michelle Perrot op\u00e8re sa \u00ab conversion f\u00e9ministe \u00bb (Perrot, 1998) et s\u2019engage dans ce qui est alors un domaine en construction et devient un axe principal de ses travaux, l\u2019histoire des femmes.<\/p>\n<p align=\"justify\" style=\"text-indent:2em\">En 1973, devenue professeure, elle organise avec Fabienne Bock et Pauline Schmitt le premier cours sur les femmes \u00e0 Jussieu, intitul\u00e9 \u00ab Les femmes ont-elles une histoire ? \u00bb. La r\u00e9flexion s\u2019approfondit gr\u00e2ce au GEF (Groupe d\u2019\u00e9tudes f\u00e9ministes) fond\u00e9 en 1974 par Michelle Perrot et Fran\u00e7oise Basch : de ce groupe \u2013 non mixte \u2013 d\u2019\u00e9tudes f\u00e9ministes \u00e9mergent de nouveaux th\u00e8mes de recherche (place de la psychanalyse, sexualit\u00e9, travail domestique\u2026) et se nouent des liens avec des chercheuses am\u00e9ricaines. De m\u00eame, \u00e0 partir de 1978-1979, Michelle Perrot co-anime (avec Arlette Farge, C\u00e9cile Dauphin, Christiane Klapisch, etc.) un s\u00e9minaire de lecture \u00e0 l\u2019origine de la revue <em>P\u00e9n\u00e9lope<\/em>, des premiers <em>Cahiers pour l\u2019histoire des femmes<\/em> et du colloque de 1983, \u00ab Une histoire des femmes est-elle possible ? \u00bb. Ainsi se constitue le noyau dur de l\u2019\u00e9quipe dirig\u00e9e par Michelle Perrot et Georges Duby autour de l\u2019<em>Histoire des femmes en Occident<\/em> (Plon, 1991-1992). Cette entreprise \u00e9ditoriale rend visibles les recherches nouvelles men\u00e9es dans les universit\u00e9s occidentales et fait \u00ab entrer l\u2019histoire des femmes dans l\u2019Histoire \u00bb (<em>Clio<\/em>, 2010).<\/p>\n<p align=\"justify\" style=\"text-indent:2em\">La priorit\u00e9 donn\u00e9e par l\u2019historienne aux recherches sur les femmes s\u2019inscrit dans une entreprise \u00e0 plus large vis\u00e9e, en continuit\u00e9 avec ses premiers travaux de recherche : il s\u2019agit de donner une histoire et de rendre la parole aux \u00ab silences de l\u2019histoire \u00bb : outre les femmes, les ouvriers gr\u00e9vistes, mais aussi les prisonniers, le monde carc\u00e9ral dans son ensemble. Ainsi Michelle Perrot entreprend-elle d\u00e8s 1972 des recherches sur l\u2019histoire des prisons qui la rapprochent de Michel Foucault puis de Robert Badinter pour le s\u00e9minaire sur \u00ab la prison r\u00e9publicaine \u00bb (1986-1991). Explorer les zones d\u2019ombre, c\u2019est aussi s\u2019int\u00e9resser \u00e0 la vie priv\u00e9e, longtemps absente, comme les femmes, des pr\u00e9occupations historiennes ; ainsi Michelle Perrot est-elle sollicit\u00e9e en 1982 par Georges Duby pour diriger le tome de l\u2019<em>Histoire de la vie priv\u00e9e<\/em> consacr\u00e9 au XIXe si\u00e8cle. Cette exp\u00e9rience constitue pour elle un \u00ab v\u00e9ritable laboratoire \u00bb \u00e0 l\u2019origine de cours et s\u00e9minaires qu\u2019elle organise \u00e0 Jussieu, notamment avec Arlette Farge. Son <em>Histoire de chambres<\/em> publi\u00e9e en 2009 (prix Femina Essai) s\u2019inscrit comme un prolongement, plus personnel, de cette r\u00e9flexion sur l\u2019intimit\u00e9, la vie de tous les jours, la relation aux objets familiers.<\/p>\n<p align=\"justify\" style=\"text-indent:2em\">Cette attention au quotidien, cette r\u00e9vision des rapports entre centre et p\u00e9riph\u00e9rie qui accorde \u00e0 la seconde autant d\u2019int\u00e9r\u00eat historique qu\u2019au premier, correspondent \u00e0 un moment de renouvellement des m\u00e9thodes et des sources. Les travaux de Michelle Perrot pr\u00e9sentent une grande proximit\u00e9 avec l\u2019anthropologie \u2013 les \u00e9crits de Fran\u00e7oise H\u00e9ritier, en particulier \u2013 et proposent une r\u00e9flexion \u00e9pist\u00e9mologique sur les pratiques de l\u2019histoire ; ils contribuent \u00e0 la mise en valeur de nouvelles sources qui viennent compenser une certaine invisibilit\u00e9 des femmes dans les archives publiques, dans les statistiques entre autres : journaux intimes, correspondances, r\u00e9cits divers, livres de raison, etc., d\u00e9nich\u00e9s dans des fonds priv\u00e9s, des papiers de famille, offrent l\u2019opportunit\u00e9 d\u2019une relecture genr\u00e9e de l\u2019histoire et la red\u00e9couverte de l\u2019histoire sous un jour nouveau (la figure de George Sand, \u00e9tudi\u00e9e par Michelle Perrot depuis une quinzaine d\u2019ann\u00e9es, s\u2019en trouve ainsi redessin\u00e9e).<\/p>\n<p align=\"justify\" style=\"text-indent:2em\">Si elle adopte le terme de \u00ab genre \u00bb comme outil d\u2019analyse, th\u00e9oris\u00e9 par l\u2019Am\u00e9ricaine Joan W. Scott en 1988, Michelle Perrot \u00e9prouve en revanche des r\u00e9ticences \u00e0 parler de \u00ab recherches f\u00e9ministes \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire militantes, et souhaite dissocier engagement et travail scientifique. Elle n\u2019en \u00e9nonce pas moins sa dette \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019un mouvement qui lui permet de se trouver elle-m\u00eame et de construire son cheminement de chercheuse.<\/p>\n<p align=\"justify\" style=\"text-indent:2em\">Pr\u00e9sidente des \u00ab Rendez-vous de l\u2019histoire \u00bb de Blois (en 2014, \u00ab Les rebelles \u00bb), pr\u00e9faci\u00e8re recherch\u00e9e, collaboratrice au \u00ab Jeudi des Livres \u00bb du quotidien <em>Lib\u00e9ration<\/em> ou encore productrice et animatrice de l\u2019\u00e9mission <em>Les Lundis de l\u2019histoire<\/em> (France Culture) o\u00f9 elle consacre des \u00e9missions aux recherches sur les femmes, Michelle Perrot a \u00e0 coeur de diffuser l\u2019histoire des femmes et du genre vers un public non sp\u00e9cialiste, tout en encadrant de nombreuses th\u00e8ses.<\/p>\n<p align=\"justify\" style=\"text-indent:2em\">Michelle Perrot est chevali\u00e8re de la L\u00e9gion d\u2019honneur, offici\u00e8re de l\u2019ordre national du M\u00e9rite. En 2014, elle a re\u00e7u le prix Simone de Beauvoir pour la libert\u00e9 des femmes.<\/p>\n<p align=\"justify\" style=\"text-indent:2em\">&bull; Oeuvres (s\u00e9lection) : L<em>es Ouvriers en gr\u00e8ve, 1871-1890<\/em>, Paris\/La Haye, Mouton, 1974. \u2013 \u00ab D\u00e9linquance et syst\u00e8me p\u00e9nitentiaire en France au XIXe si\u00e8cle \u00bb, <em>Annales<\/em>. \u00e9sc, vol. 30, no 1, 1975, p. 67-91. \u2013 Avec G. Duby &amp; P. Ari\u00e8s (dir.), <em>Histoire de la vie priv\u00e9e, t. IV : De la R\u00e9volution \u00e0 la Grande Guerre<\/em>, Paris, Le Seuil, r\u00e9\u00e9d. 1999, dir. par M. Perrot. \u2013 Avec G. Duby (dir.), <em>Histoire des femmes en Occident<\/em>, Paris, Plon, 1990-1991 (5 vol.). \u2013 <em>Les Femmes ou les silences de l\u2019histoire<\/em>, Paris, Flammarion, 1998. \u2013 <em>Les Ombres de l\u2019histoire. Crime et ch\u00e2timent au XIXe si\u00e8cle<\/em>, Paris, Flammarion, 2001. \u2013 <em>Mon histoire des femmes<\/em>, Paris, Le Seuil, 2006. \u2013 <em>Histoire de chambres<\/em>, Paris, Le Seuil, 2009. \u2013 <em>M\u00e9lancolie ouvri\u00e8re<\/em>, Paris, Grasset, 2012. \u2013 <em>Des femmes rebelles. Olympe de Gouges, Flora Tristan, George Sand<\/em>, Tunis, Elylyzad poche, 2014.<\/p>\n<p align=\"justify\" style=\"text-indent:2em\">&bull; Bibliographie : DBMOF. \u2013 DUC. \u2013 Perrot M., \u00ab L\u2019Air du temps \u00bb, dans P. Nora (dir.), <em>Essais d\u2019ego-histoire<\/em>, Paris, Gallimard, 1987, p. 241-292. \u2013 Rochefort F. &amp; Th\u00e9baud F., \u00ab Entretien avec Michelle Perrot \u00bb, <em>Clio<\/em>, n\u00b0 32, 2010, p. 217-231. \u2013 Maruani M. &amp; Rogerat C., \u00ab L\u2019histoire de Michelle Perrot \u00bb, <em>Travail, genre et soci\u00e9t\u00e9s<\/em>, n\u00b0 8, 2002\/2, p. 5-20.<\/p>\n<p align=\"right\"><strong>Isabelle Lacoue-Labarthe<\/strong><\/p>\n<p align=\"justify\">&rarr; Alg\u00e9rie ; Catholicisme ; Communistes ; \u00c9ducation ; Litt\u00e9rature ; M\u00e9dias ; Ouvri\u00e8res ; Prison ; Recherche ; Union des femmes fran\u00e7aises.<\/p>\n<!-- AddThis Advanced Settings generic via filter on the_content --><!-- AddThis Share Buttons generic via filter on the_content -->","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>N\u00e9e le 18 mai 1928 \u00e0 Paris (XIIe arr.). Michelle Perrot est n\u00e9e dans une famille de la bourgeoisie commer\u00e7ante parisienne. 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