{"id":42,"date":"2014-10-07T09:51:12","date_gmt":"2014-10-07T08:51:12","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/?p=42"},"modified":"2021-08-07T11:06:09","modified_gmt":"2021-08-07T10:06:09","slug":"1973-1990-les-derives-du-fmi-ou-linvention-du-consensus-de-washington-68","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/1973-1990-les-derives-du-fmi-ou-linvention-du-consensus-de-washington-68\/","title":{"rendered":"1973-1990 : Les d\u00e9rives du FMI ou l\u2019invention du \u00ab Consensus de Washington \u00bb 6\/8"},"content":{"rendered":"<p><em>Sixi\u00e8me \u00e9pisode de la s\u00e9rie <strong>Le glorieux pass\u00e9 de l\u2019aust\u00e9rit\u00e9<\/strong><\/em><br \/>\n<a href=\"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/2014\/10\/07\/1918-1925-dettes-publiques-inflation-et-dogmatisme-monetaire-15\/\"><em>Vers l&rsquo;\u00e9pisode 1<\/em><\/a><\/p>\n<p>Le syst\u00e8me de Bretton Woods s\u2019effondre au d\u00e9but des ann\u00e9es 70, victime des d\u00e9s\u00e9quilibres commerciaux et financiers qui sont apparus \u00e0 la suite de l\u2019extraordinaire croissance \u00e9conomique de l\u2019Europe. Le seul dollar ne pouvait plus suffire \u00e0 assurer la base mon\u00e9taire d\u2019un monde dans lequel la part de l\u2019\u00e9conomie am\u00e9ricaine devenait de plus en plus faible. En 1971, le pr\u00e9sident am\u00e9ricain Richard Nixon d\u00e9cide unilat\u00e9ralement de suspendre la convertibilit\u00e9 du dollar en or. Cette d\u00e9cision contraignit la plupart des pays industrialis\u00e9s \u00e0 sortir du syst\u00e8me de Bretton Woods en 1973, en abandonnant le principe des parit\u00e9s fixes.<!--more--><\/p>\n<p>Ce grand bouleversement mon\u00e9taire va profond\u00e9ment modifier les \u00e9quilibres \u00e9conomiques issus de l\u2019apr\u00e8s-guerre. Chaque pays redevient individuellement responsable de sa monnaie, et la valeur de chaque monnaie est progressivement soumise au froid arbitrage des march\u00e9s financiers. Si cela pose peu de probl\u00e8mes aux pays industrialis\u00e9s, il n\u2019en va pas de m\u00eame pour les pays en voie de d\u00e9veloppement. La cons\u00e9quence de la fin de Bretton Woods est d\u2019aboutir \u00e0 une augmentation massive des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat pour les \u00e9conomies les plus fragiles qui doivent d\u00e9fendre leur monnaie. Or, les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat d\u00e9terminent le co\u00fbt de l\u2019emprunt. Pour les pays en voie de d\u00e9veloppement qui s\u2019\u00e9taient engag\u00e9s dans une strat\u00e9gie d\u2019investissement public c\u2019est la fin brutale d\u2019un mod\u00e8le de d\u00e9veloppement fond\u00e9 sur les investissements publics. D\u00e8s la fin des ann\u00e9es 70, de nombreux pays en voie d\u2019industrialisation, notamment les pays d\u2019Am\u00e9rique du sud, connaissent une grave crise de leurs finances publiques. Cette crise de la dette culminera en 1982 avec la cessation de paiement du Mexique.<\/p>\n<p>D\u00e9pourvu de ses fonctions r\u00e9gulatrices depuis la fin du syst\u00e8me de Bretton Woods, le FMI saisit l\u2019opportunit\u00e9 de cette crise pour se donner un nouveau r\u00f4le : il se chargera d\u2019aider les pays en voie de d\u00e9veloppement \u00e0 sortir de leurs probl\u00e8mes de dette. Ce faisant, l\u2019institution se trouva vite confront\u00e9e au m\u00eame dilemme que lors des ann\u00e9es trente. Comment assurer \u00e0 la fois la d\u00e9fense de la monnaie, le remboursement des cr\u00e9ances publiques et la reprise \u00e9conomique ? A vrai dire, les deux premiers objectifs \u00e9taient li\u00e9s. Comme les pays en voie de d\u00e9veloppement avaient principalement emprunt\u00e9 en dollar, demander le remboursement int\u00e9gral des dettes \u00e9tait une mani\u00e8re de les contraindre \u00e0 soutenir la valeur de leur monnaie . Lorsqu\u2019il s\u2019av\u00e9ra que certains de ces \u00c9tats \u00e9taient insolvables, le FMI, qui repr\u00e9sentait davantage les int\u00e9r\u00eats des pays cr\u00e9anciers que ceux des populations concern\u00e9es, fit tout ce qui \u00e9tait en son pouvoir pour que le remboursement soit maximum. Les paiements \u00e9taient \u00e9tal\u00e9s, les dettes restructur\u00e9es le plus l\u00e9g\u00e8rement possible, et le FMI pr\u00eatait ce qui \u00e9tait n\u00e9cessaire pour assurer la transition d\u2019une dette \u00e0 l\u2019autre.<\/p>\n<p>On l\u2019aura compris, la croissance \u00e9conomique des pays en voie de d\u00e9veloppement n\u2019\u00e9tait pas l\u2019objectif prioritaire du FMI. En finan\u00e7ant de nouveaux pr\u00eats, assortis de conditions tr\u00e8s strictes, l\u2019institution internationale fut l\u2019instigatrice de politiques de rigueur dans les pays en voie de d\u00e9veloppement au cours des ann\u00e9es 80-90. Les politiques d\u2019ajustement structurel, comme on les appela, profit\u00e8rent \u00e9galement d\u2019un contexte politique tr\u00e8s favorable avec l\u2019arriv\u00e9e au pouvoir de Ronald Reagan aux \u00c9tats-Unis et de Margaret Thatcher au Royaume-Uni, deux personnalit\u00e9s aux id\u00e9es tr\u00e8s lib\u00e9rales\u2026 et qui s\u2019av\u00e9raient \u00eatre par ailleurs les principaux financiers et d\u00e9cisionnaires des politiques du FMI.<\/p>\n<p>Partout o\u00f9 la crise de la dette n\u00e9cessitait l\u2019assistance du FMI, ce dernier imposait un programme en trois points :<\/p>\n<p>1.\tD\u00e9fense de la monnaie du pays et remboursement maximal de la dette ext\u00e9rieure,<br \/>\n2.\tDiminution des d\u00e9ficits publics par la baisse drastique des d\u00e9penses,<br \/>\n3.\tLib\u00e9ralisation de l\u2019\u00e9conomie et mise en \u0153uvre de programmes de privatisations et de r\u00e9formes structurelles (diminution des droits de douanes, ouverture aux capitaux \u00e9trangers, baisse des salaires et assouplissement du march\u00e9 du travail).<\/p>\n<p>Les politiques du FMI \u00e9taient tellement pr\u00e9visibles et similaires partout o\u00f9 il intervenait, qu\u2019elles furent qualifi\u00e9es de doctrine de la \u00ab taille unique \u00bb. Les situations particuli\u00e8res des pays, leur histoire, les contextes sociaux, \u00e9taient ni\u00e9s. Chaque pays devait se v\u00eatir du m\u00eame corset. Les gouvernements, dont certains \u00e9taient d\u00e9mocratiques et l\u00e9gitimes, avaient beau protester, ils ne recevraient aucune aide sans avoir d\u2019abord accept\u00e9 les conditions du pr\u00eat. Une \u00e9quipe du FMI s\u2019installait dans la capitale et v\u00e9rifiait que les conditions \u00e9taient bien respect\u00e9es avant de d\u00e9bloquer les tranches successives d\u2019un pr\u00eat.<\/p>\n<p>Dans son livre<em> La grande d\u00e9sillusion<\/em> (2002), l\u2019\u00e9conomiste keyn\u00e9sien Joseph Stiglitz, prix Nobel d\u2019\u00e9conomie, raconte son exp\u00e9rience en tant que responsable de l\u2019\u00e9quipe d\u2019\u00e9conomistes de la Banque mondiale. A cette \u00e9poque, la Banque mondiale et le FMI tentent de coordonner leurs politiques, ce qui signifie que la Banque mondiale n\u2019accepte de pr\u00eater \u00e0 un pays qu\u2019une fois le \u00ab sauvetage \u00bb engag\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire une fois les conditions du pr\u00eat du FMI accept\u00e9es et mises en \u0153uvre. Or, pour Stiglitz, en exigeant ces conditions, les institutions internationales d\u00e9passaient parfois largement le cadre de leurs fonctions : \u00ab Dans certains cas, on \u2018\u2018profitait de l&rsquo;occasion\u2019\u2019 \u2013 on utilisait Ia crise pour imposer des changements que Ie FMI et la Banque mondiale r\u00e9clamaient depuis longtemps. Mais, dans d&rsquo;autres, c&rsquo;\u00e9tait de la pure politique de puissance : on extorquait une concession sans grande valeur, uniquement pour montrer qui \u00e9tait le ma\u00eetre. \u00bb<\/p>\n<p>En 1990, l\u2019\u00e9conomiste John Williamson, en faisant le bilan des politiques du FMI men\u00e9es en Am\u00e9rique latine durant les ann\u00e9es 80, leur attribuera le sobriquet de \u00ab Consensus de Washington \u00bb, du nom de la ville qui abrite les si\u00e8ges des trois principales institutions qui en sont \u00e0 l\u2019origine : Le Fonds mon\u00e9taire international, la Banque mondiale et\u2026 le d\u00e9partement du Tr\u00e9sor am\u00e9ricain. \u00c0 partir des ann\u00e9es 1990, tous les \u00e9conomistes qui en firent le bilan constat\u00e8rent l\u2019\u00e9chec patent de ces politiques \u00e0 aider les \u00e9conomies dans lesquelles cette doctrine \u00e9tait mise en application. Tant en Am\u00e9rique latine qu\u2019en Afrique ou en Asie, chaque fois qu\u2019un pays avait fait appel au FMI il en sortait plus pauvre et plus mis\u00e9rable que ses voisins. Cependant, nulle part ailleurs qu\u2019en Argentine cet \u00e9chec ne fut plus effroyable.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/2014\/10\/07\/1945-1975-la-parenthese-keynesienne-des-trente-glorieuses\/\">\u2190 \u00c9pisode pr\u00e9c\u00e9dent<\/a><br \/>\n<a href=\"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/2014\/10\/07\/1989-2003-la-crise-argentine-que-se-vayan-todos-78\/#more-44\">\u00c9pisode suivant \u2192<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sixi\u00e8me \u00e9pisode de la s\u00e9rie Le glorieux pass\u00e9 de l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 Vers l&rsquo;\u00e9pisode 1 Le syst\u00e8me de Bretton Woods s\u2019effondre au d\u00e9but des ann\u00e9es 70, victime des d\u00e9s\u00e9quilibres commerciaux et financiers qui sont apparus \u00e0 la suite de l\u2019extraordinaire croissance \u00e9conomique &hellip; <a href=\"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/1973-1990-les-derives-du-fmi-ou-linvention-du-consensus-de-washington-68\/\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":4569,"featured_media":35,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[59,48],"tags":[52,71,72,69,70],"class_list":["post-42","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-histoire-de-leconomie","category-le-glorieux-passe-de-lausterite","tag-austerite","tag-consensus-de-washington","tag-developpement","tag-fmi","tag-stiglitz"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/42","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4569"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=42"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/42\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":47,"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/42\/revisions\/47"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/wp-json\/wp\/v2\/media\/35"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=42"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=42"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=42"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}