{"id":36,"date":"2014-10-07T09:22:21","date_gmt":"2014-10-07T08:22:21","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/?p=36"},"modified":"2021-08-07T16:55:52","modified_gmt":"2021-08-07T15:55:52","slug":"1925-1926-les-consequences-economiques-de-m-churchill-25","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/1925-1926-les-consequences-economiques-de-m-churchill-25\/","title":{"rendered":"1925-1926 : Les cons\u00e9quences \u00e9conomiques de M. Churchill 2\/8"},"content":{"rendered":"<p><em>Deuxi\u00e8me \u00e9pisode de la s\u00e9rie <strong>Le glorieux pass\u00e9 de l\u2019aust\u00e9rit\u00e9<\/strong><\/em><br \/>\n<a href=\"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/2014\/10\/07\/1918-1925-dettes-publiques-inflation-et-dogmatisme-monetaire-15\/\"><em>Vers l&rsquo;\u00e9pisode 1<\/em><\/a><\/p>\n<p>En ce 22 f\u00e9vrier 1925, Winston Churchill, chancelier de l\u2019\u00e9chiquier, c\u2019est-\u00e0-dire ministre des finances du gouvernement britannique, est pris de doutes. Dans une lettre qu\u2019il adresse \u00e0 l\u2019un de ses conseillers au minist\u00e8re il \u00e9crit :<!--more--><\/p>\n<blockquote><p>Le Gouverneur se montre parfaitement satisfait au spectacle de la Grande-Bretagne ayant \u00e0 la fois le meilleur cr\u00e9dit au monde et 1 250 000 ch\u00f4meurs. Ce pays manque de biens de consommation, et 1 250 000 personnes manquent de travail. [\u2026] Il est possible que vous avanciez que le ch\u00f4mage aurait \u00e9t\u00e9 beaucoup plus r\u00e9pandu sans la politique financi\u00e8re poursuivie, qu\u2019il n\u2019y ait pas une demande suffisante de biens de consommation, soit \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, soit \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, pour exiger le travail de ces 1 250 000 ch\u00f4meurs, qu\u2019il n\u2019y ait pour eux rien d\u2019autre \u00e0 faire que de pendre comme une pierre au cou de l\u2019industrie et des revenus publics, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019ils soient totalement d\u00e9moralis\u00e9s. Vous avez peut-\u00eatre raison, mais, dans ce cas, c\u2019est une des conclusions les plus sombres auxquelles on soit jamais arriv\u00e9. [\u2026] La mer est pleine de naufrages fameux. Cependant si je pouvais voir une issue, plus volontiers que tout autre, je l\u2019emprunterais. Je verrais volontiers les Finances moins glorieuses, et l\u2019Industrie plus satisfaite.<\/p><\/blockquote>\n<p>Le Gouverneur dont il est question au d\u00e9but de cette lettre est celui de la banque d\u2019Angleterre. Depuis des mois, la banque centrale anglaise fait pression sur le gouvernement pour que soit enfin r\u00e9tablie la convertibilit\u00e9 en or de la livre sterling. Pour le lobby bancaire, dont la Banque d\u2019Angleterre est le plus \u00e9minent repr\u00e9sentant, le taux de convertibilit\u00e9 doit \u00eatre le m\u00eame que celui d\u2019avant-guerre, soit 3,9 g d\u2019or par livre sterling. Churchill est conscient que ce taux, sur\u00e9valu\u00e9, ne correspond plus \u00e0 l\u2019\u00e9tat de l\u2019\u00e9conomie britannique, \u00e9cras\u00e9e par le ch\u00f4mage, et dont l\u2019industrie peine \u00e0 retrouver ses parts de march\u00e9 \u00e0 l\u2019exportation. Pour les cr\u00e9anciers, au contraire, le taux de change \u00e9lev\u00e9 de la livre est une aubaine. Il permet de valoriser les patrimoines financiers et limite les risques inflationnistes en rendant les importations moins ch\u00e8res. Faute de formation en \u00e9conomie, et donc d\u2019arguments, Churchill finit par c\u00e9der \u00e0 la pression de la City et se range \u00e0 l\u2019avis des conseillers du Tr\u00e9sor. Le 28 avril 1925, la livre retrouve son taux de convertibilit\u00e9 en or de 1914.<\/p>\n<p>En apprenant la nouvelle, Keynes est furieux. \u00ab Pourquoi a-t-il fait une telle sottise ? \u00bb \u00e9crit-il dans un court essai : <em>Les cons\u00e9quences \u00e9conomiques de M. Churchill<\/em>, publi\u00e9 en juillet 1925. Augmenter la livre de 10%, \u00e9crit-il, cela revient \u00e0 augmenter la charge de la dette de 750 millions de livres, et \u00e0 transf\u00e9rer un milliard de livres de la poche de chacun d\u2019entre nous \u00e0 la poche des rentiers. Car, explique Keynes, contrairement \u00e0 ce que croient les lib\u00e9raux, les prix ne s\u2019ajustent pas uniform\u00e9ment dans tous les secteurs. Si les prix pouvaient baisser, une sur\u00e9valuation de 10% de la livre n\u2019aurait aucune cons\u00e9quence. Il suffirait de baisser tous les prix de 10% et la situation \u00e9conomique reviendrait \u00e0 son niveau ant\u00e9rieur. Mais croire une telle chose c\u2019est faire preuve d\u2019une grave m\u00e9connaissance du fonctionnement r\u00e9el de l\u2019\u00e9conomie. Les prix font de la r\u00e9sistance, les contrats ne peuvent \u00eatre modifi\u00e9s du jour au lendemain, notamment les contrats de dettes. D\u2019autant que parmi les prix, il y a celui du travail, le salaire. Or, sur\u00e9valuer la livre, c\u2019est sur\u00e9valuer le travail anglais par rapport au travail des autres nations. Keynes a bien conscience que la cons\u00e9quence imm\u00e9diate d\u2019une livre trop ch\u00e8re se traduira in\u00e9vitablement par une pression \u00e0 la baisse des salaires nominaux, par un ch\u00f4mage accru dans l\u2019industrie et par une r\u00e9volte sociale.<\/p>\n<p>En 1926, la politique d\u2019aust\u00e9rit\u00e9, cons\u00e9quence de la sur\u00e9valuation de la livre, produit les effets pr\u00e9vus par Keynes. Le 3 mai, face au patronat qui exige une baisse de leurs salaires, les mineurs anglais se mettent en gr\u00e8ve, qui se transforme tr\u00e8s vite en conflit social g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9. Apr\u00e8s une vaste campagne de communication o\u00f9 syndicats et gouvernement s\u2019affrontent pour rallier les classes moyennes \u00e0 leur camp, les gr\u00e9vistes capitulent. La victoire politique de Winston Churchill l\u2019am\u00e8nera \u00e0 maintenir le cap de l\u2019aust\u00e9rit\u00e9. D\u00e8s lors, malgr\u00e9 la baisse des salaires, en fin de compte obtenue par le patronat, l\u2019\u00e9conomie britannique continuera de porter, jusqu\u2019\u00e0 la crise de 1929, les stigmates de la politique mon\u00e9taire du gouvernement conservateur. Jamais le ch\u00f4mage ne descendra en dessous du million et l\u2019\u00e9conomie britannique conna\u00eetra une grave crise industrielle, dont elle ne sortira qu\u2019apr\u00e8s la seconde guerre mondiale.<\/p>\n<p>Plus tard, en promettant \u00ab du sang et des larmes \u00bb \u00e0 son peuple qui vient de l\u2019\u00e9lire, en mai 1940, et qui alors affronte seul l\u2019Allemagne hitl\u00e9rienne, Winston Churchill prouvera qu\u2019il est meilleur chef de guerre que ministre des finances. Il finira par se r\u00e9concilier avec Keynes, lequel prendra la t\u00eate de la d\u00e9l\u00e9gation britannique charg\u00e9e de n\u00e9gocier, avec les repr\u00e9sentants am\u00e9ricains, les accords de Bretton Woods qui fonderont la prosp\u00e9rit\u00e9 des trente glorieuses.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/2014\/10\/07\/1918-1925-dettes-publiques-inflation-et-dogmatisme-monetaire-15\/\">\u2190 \u00c9pisode pr\u00e9c\u00e9dent<\/a><br \/>\n<a href=\"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/2014\/10\/07\/1930-1933-les-decrets-de-la-misere-du-chancelier-bruning-35\/\">\u00c9pisode suivant \u2192<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Deuxi\u00e8me \u00e9pisode de la s\u00e9rie Le glorieux pass\u00e9 de l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 Vers l&rsquo;\u00e9pisode 1 En ce 22 f\u00e9vrier 1925, Winston Churchill, chancelier de l\u2019\u00e9chiquier, c\u2019est-\u00e0-dire ministre des finances du gouvernement britannique, est pris de doutes. 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