{"id":34,"date":"2014-10-07T09:08:13","date_gmt":"2014-10-07T08:08:13","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/?p=34"},"modified":"2021-08-07T11:58:36","modified_gmt":"2021-08-07T10:58:36","slug":"1918-1925-dettes-publiques-inflation-et-dogmatisme-monetaire-15","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/1918-1925-dettes-publiques-inflation-et-dogmatisme-monetaire-15\/","title":{"rendered":"1918-1925 : Dettes publiques, inflation et dogmatisme mon\u00e9taire 1\/8"},"content":{"rendered":"<p><em>Premier \u00e9pisode de la s\u00e9rie <strong>Le glorieux pass\u00e9 de l\u2019aust\u00e9rit\u00e9<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Le 28 juin 1919, cinq ans jour pour jour apr\u00e8s l\u2019attentat de Sarajevo, les repr\u00e9sentants des \u00c9tats vainqueurs de la premi\u00e8re guerre mondiale se retrouvent dans la galerie des glaces du ch\u00e2teau de Versailles pour signer le trait\u00e9 du m\u00eame nom. La guerre finie, les difficult\u00e9s commencent. Et en particulier les difficult\u00e9s \u00e9conomiques. La premi\u00e8re question qui se pose est bien s\u00fbr celle de la reconstruction. Des pays entiers sont d\u00e9vast\u00e9s, des villages ras\u00e9s, des villes en ruine. Dans une Europe encore tr\u00e8s agricole, des milliers de kilom\u00e8tres carr\u00e9s de terres arables ont \u00e9t\u00e9 rendus incultivables par le labourage intensif des obus. Les millions de soldats morts sont autant de main d\u2019\u0153uvre qui manqueront \u00e0 l\u2019effort de reconstruction. Il va falloir supprimer des centaines de milliers d\u2019emplois dans l\u2019industrie d\u2019armement et reconstruire des pans entiers de l\u2019\u00e9conomie civile.<!--more--><\/p>\n<p>Comment reconstruire ? Tous les \u00c9tats sont surendett\u00e9s. En mars 1919, la dette publique de la France, int\u00e9rieure et ext\u00e9rieure, d\u00e9passe les 200 milliards de francs, soit pr\u00e8s de 230% de son PIB. Parmi ces dettes, les dettes entre alli\u00e9s. Pendant la guerre, les \u00c9tats-Unis ont en effet particip\u00e9 activement \u00e0 l\u2019effort de guerre de la France et du Royaume-Uni. La paix revenue, l\u2019addition est lourde, en particulier pour la France, qui est le pays europ\u00e9en le plus endett\u00e9, tant vis-\u00e0-vis du Royaume-Uni que des \u00c9tats-Unis. Comble de malchance, la France est \u00e9galement le premier cr\u00e9ancier de la Russie. Or, le nouveau gouvernement, issu de la r\u00e9volution bolch\u00e9vique, d\u00e9nonce les dettes contract\u00e9es par le r\u00e9gime tsariste et refuse tout remboursement.<\/p>\n<p>Pour payer ses dettes, la France demande r\u00e9paration. \u00ab L\u2019Allemagne paiera \u00bb, exige Cl\u00e9menceau. Mais l\u2019Allemagne est ruin\u00e9e, en proie \u00e0 l\u2019insurrection civique. La fragile R\u00e9publique n\u00e9e de l\u2019abdication de Guillaume II doit faire face aux forces insurrectionnelles de l\u2019extr\u00eame droite et aux gr\u00e8ves men\u00e9es par la ligue spartakiste.<\/p>\n<p>Dans ce contexte, les repr\u00e9sentants am\u00e9ricains et britanniques doutent de la capacit\u00e9 de l\u2019Allemagne \u00e0 payer les r\u00e9parations exig\u00e9es par la France. Mais comme, de leur c\u00f4t\u00e9, ils exigent de la France un remboursement int\u00e9gral de ses dettes de guerre, ils acceptent finalement de c\u00e9der aux exigences fran\u00e7aises. Les \u00e9conomistes de l\u2019\u00e9poque ne sont pas dupes. En 1919, John Meynard Keynes, alors jeune et brillant \u00e9conomiste anglais, publie un pamphlet retentissant : <em>Les cons\u00e9quences \u00e9conomiques de la paix<\/em>, dans lequel il fustige l\u2019hypocrisie du trait\u00e9 de Versailles et la vanit\u00e9 de vouloir faire payer \u00e0 l\u2019Allemagne une somme qui d\u00e9passe ses capacit\u00e9s \u00e9conomiques. D\u2019autres \u00e9conomistes vont se joindre \u00e0 la critique en soulevant notamment ce paradoxe : pour que l\u2019Allemagne paie, il faudrait que son \u00e9conomie d\u00e9gage un faramineux exc\u00e9dent commercial. Or, en m\u00eame temps qu\u2019ils exigent un paiement en or des r\u00e9parations, les alli\u00e9s feront tout pour prot\u00e9ger leur \u00e9conomie des importations allemandes.<\/p>\n<p>Troisi\u00e8me et derni\u00e8re difficult\u00e9 de l\u2019apr\u00e8s-guerre : les d\u00e9sordres mon\u00e9taires et financiers. Le gigantesque effort de guerre a conduit la plupart des puissances \u00e9conomiques (\u00e0 l\u2019exception des \u00c9tats-Unis) \u00e0 financer leurs d\u00e9penses par l\u2019endettement, et donc par cr\u00e9ation mon\u00e9taire. Pour cela, il a fallu suspendre la convertibilit\u00e9 en or des monnaies, en particulier de la livre sterling, alors principale monnaie du commerce international. Mais cette suspension est v\u00e9cue comme une menace par les milieux \u00e9conomiques et financiers. Pendant tout le XIX\u00e8me si\u00e8cle, le r\u00e9gime mon\u00e9taire des pays europ\u00e9ens avait \u00e9t\u00e9 fond\u00e9 sur les m\u00e9taux pr\u00e9cieux. La monnaie \u00e9tait remboursable en or, et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment de ce rapport \u00e9troit avec le m\u00e9tal qu\u2019elle tirait sa propre l\u00e9gitimit\u00e9. En suspendant les convertibilit\u00e9s, les gouvernements inventaient une monnaie dont la valeur fondamentale \u00e9tait inconnue, c\u2019est-\u00e0-dire suspecte. Au m\u00eame moment, la fin du conflit et la quasi-absence de production industrielle civile poussaient les prix \u00e0 la hausse. Pour les banquiers et les cr\u00e9anciers, l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 mon\u00e9taire se compl\u00e9tait d\u2019une peur de l\u2019inflation, cette inflation qui ronge les cr\u00e9ances et les revenus des rentiers.<\/p>\n<p>Dans l\u2019imaginaire des gouvernements de l\u2019\u00e9poque, la paix et la prosp\u00e9rit\u00e9 ne pouvaient \u00eatre pleinement r\u00e9tablies qu\u2019avec la stabilit\u00e9 mon\u00e9taire et le retour aux monnaies-or. C\u2019est cette m\u00e9connaissance des m\u00e9canismes fondamentaux de l\u2019\u00e9conomie qui poussera les responsables politiques de l\u2019\u00e9poque \u00e0 croire qu\u2019une \u00e9conomie forte devait forc\u00e9ment \u00eatre associ\u00e9e \u00e0 une monnaie forte. Cette erreur d\u2019analyse entra\u00eenera la mise en \u0153uvre de politiques contraires aux exigences de la reconstruction. Ce dogmatisme mon\u00e9taire qui s\u2019illustrera par l\u2019exigence d\u2019un retour \u00e0 la convertibilit\u00e9 en or des monnaies constituera le socle th\u00e9orique des politiques d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 qui pousseront l\u2019Europe vers l\u2019ab\u00eeme de la crise et de la guerre.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/2014\/10\/07\/1925-1926-les-consequences-economiques-de-m-churchill-25\/\">\u00c9pisode suivant \u2192<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Premier \u00e9pisode de la s\u00e9rie Le glorieux pass\u00e9 de l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 Le 28 juin 1919, cinq ans jour pour jour apr\u00e8s l\u2019attentat de Sarajevo, les repr\u00e9sentants des \u00c9tats vainqueurs de la premi\u00e8re guerre mondiale se retrouvent dans la galerie des glaces &hellip; <a href=\"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/1918-1925-dettes-publiques-inflation-et-dogmatisme-monetaire-15\/\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":4569,"featured_media":35,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[59,48],"tags":[55,50,53,49,54],"class_list":["post-34","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-histoire-de-leconomie","category-le-glorieux-passe-de-lausterite","tag-allemagne","tag-clemenceau","tag-entre-deux-guerres","tag-keynes","tag-traite-de-versailles"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/34","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4569"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=34"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/34\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":40,"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/34\/revisions\/40"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/wp-json\/wp\/v2\/media\/35"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=34"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=34"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=34"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}