{"id":30,"date":"2013-09-27T08:35:47","date_gmt":"2013-09-27T07:35:47","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/?p=30"},"modified":"2021-08-07T09:02:31","modified_gmt":"2021-08-07T08:02:31","slug":"faire-des-economies-rend-il-plus-riche","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/faire-des-economies-rend-il-plus-riche\/","title":{"rendered":"Faire des \u00e9conomies rend-il plus riche ?"},"content":{"rendered":"<p>Alors que le gouvernement pr\u00e9sente son projet de loi de finance pour 2014, la presse et l&rsquo;opposition s&rsquo;interrogent en ch\u0153ur. Les fran\u00e7ais sont-ils trop tax\u00e9s ? La baisse des d\u00e9penses publiques de 15 milliards annonc\u00e9e fi\u00e8rement par le ministre des finances n&rsquo;est-elle qu&rsquo;un artifice ? Et les arguments techniques ne manquent pas. A coups d&rsquo;infographies p\u00e9dagogiques, d&rsquo;interviews de Pierre Gattaz et d\u2019assertions d&rsquo;experts venant de la galaxie ordo-lib\u00e9rale, le peuple finit par se ranger \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence du \u00ab bon p\u00e8re de famille \u00bb : pour \u00eatre plus riche il faut payer moins d&rsquo;imp\u00f4ts, et pour diminuer les imp\u00f4ts il faut faire baisser les d\u00e9ficits et les d\u00e9penses publics. Le gouvernement aurait donc bien raison de se lancer dans la croisade des cures d&rsquo;amaigrissement de l\u2019\u00c9tat.<!--more--><\/p>\n<p>Difficile, dans ce contexte, de faire entendre une expression dissonante. Et pourtant, trois si\u00e8cles de pens\u00e9e \u00e9conomique invalident ces raisonnements simplistes. S&rsquo;il suffisait d&rsquo;\u00e9quilibrer ses comptes publics pour devenir riche, le Portugal de Salazar serait devenu la puissance \u00e9conomique de l&rsquo;Europe, et les \u00c9tats-Unis de Reagan un pays en voie de d\u00e9veloppement.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;argent n&rsquo;est pas synonyme de richesse<\/strong><\/p>\n<p>Entendons-nous bien : il existe des pays riches et des pays pauvres. Il existe des p\u00e9riodes de prosp\u00e9rit\u00e9 et des p\u00e9riodes de r\u00e9gression. C&rsquo;est justement en voulant comprendre l&rsquo;origine de ces \u00e9carts que la science \u00e9conomique a \u00e9merg\u00e9 en tant que discipline autonome. Car la premi\u00e8re question \u00e0 laquelle elle a voulu r\u00e9pondre \u00e9tait le produit d&rsquo;un paradoxe. Pourquoi l&rsquo;Espagne du XVII\u00e8me si\u00e8cle qui, gr\u00e2ce \u00e0 ses colonies du Nouveau monde, avait la main mise sur la production de m\u00e9taux pr\u00e9cieux, s&rsquo;\u00e9tait-elle tellement appauvrie ? Pour r\u00e9soudre cette question on a d\u00fb se rendre \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence : l&rsquo;argent et les m\u00e9taux pr\u00e9cieux, s&rsquo;ils sont signes de richesse, ne sont pas sources de richesse.<\/p>\n<p>Mais si l&rsquo;argent n&rsquo;est pas synonyme de richesse, qu&rsquo;est-ce donc que la richesse ? Cette question hante encore aujourd&rsquo;hui les manuels d&rsquo;\u00e9conomie. On peut cependant tenter une r\u00e9ponse pragmatique. La richesse exprime l&rsquo;ensemble des biens dont nous avons l&rsquo;usage et qui participent \u00e0 notre bien-\u00eatre. Ainsi, selon Jean-Marie Harribey <sup>1<\/sup>, la richesse sociale d&rsquo;un pays n&rsquo;exprime rien d&rsquo;autre que la somme des valeurs d&rsquo;usage auxquels nous avons collectivement acc\u00e8s. Autrement dit, l&rsquo;argent, qui permet d&rsquo;obtenir de la richesse, n&rsquo;est pas de la richesse. On ne tire en effet aucun bien-\u00eatre d&rsquo;un billet de vingt euros, \u00e0 part celui de l&rsquo;\u00e9changer contre un bon repas \u00e0 la terrasse d&rsquo;un bistrot. Le repas est la richesse, l&rsquo;argent une mani\u00e8re de l&rsquo;acqu\u00e9rir.<\/p>\n<p><strong>Trois types de richesse<\/strong><\/p>\n<p>Mais toutes les richesses ne sont pas acquises par de l&rsquo;argent. Il existe en effet de nombreux biens non achetables. La lumi\u00e8re du soleil, une plage en \u00e9t\u00e9, un beau paysage&#8230; La nature prodigue gratuitement des bienfaits qui ont un immense impact sur notre bien-\u00eatre, \u00e0 tel point que nous sommes pr\u00eats \u00e0 payer cher pour les pr\u00e9server. La loi littoral permet par exemple de pr\u00e9server la gratuit\u00e9 et la beaut\u00e9 de nos c\u00f4tes, et l&rsquo;\u00e9tablissement de parcs r\u00e9gionaux et nationaux prot\u00e8ge de grands territoires du pouvoir destructeur de certaines forces \u00e9conomiques.<\/p>\n<p>Autre richesse gratuite, le temps que nous prenons pour nous-m\u00eames. Ce temps peut \u00eatre mis \u00e0 profit pour notre bien-\u00eatre en nous reposant, en effectuant des travaux domestiques, en rendant service \u00e0 la voisine&#8230; Toutes ces activit\u00e9s contribuent \u00e0 la richesse sociale et participent au bien-\u00eatre. Certaines, d&rsquo;ailleurs, se substituent \u00e0 une d\u00e9pense. On peut soi-m\u00eame repeindre son salon ou embaucher un peintre pour le faire. Le r\u00e9sultat en termes d&rsquo;apport de richesse est \u00e0 peu pr\u00e8s identique.<\/p>\n<p>Enfin, il existe des richesses dont le co\u00fbt est d\u00e9connect\u00e9 de la consommation. C&rsquo;est le cas du patrimoine de richesse accumul\u00e9 par la soci\u00e9t\u00e9. Le canal du Midi, la tour Eiffel, le r\u00e9seau routier sont des richesses dont nous disposons aujourd&rsquo;hui sans les payer (sauf les autoroutes). Ce co\u00fbt a en effet d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 pay\u00e9 par les g\u00e9n\u00e9rations pr\u00e9c\u00e9dentes et nous n&rsquo;avons qu&rsquo;\u00e0 entretenir ce patrimoine pour en b\u00e9n\u00e9ficier. C&rsquo;est aussi le cas de tous les services publics. De l&rsquo;\u00e9clairage des rues jusqu&rsquo;\u00e0 notre syst\u00e8me de sant\u00e9, en passant par l&rsquo;\u00e9ducation, la s\u00e9curit\u00e9 des villes&#8230; nous b\u00e9n\u00e9ficions de tr\u00e8s nombreux avantages dont nous ne payons qu&rsquo;un faible co\u00fbt pour y avoir acc\u00e8s. <\/p>\n<p>Au final, la richesse sociale disponible se divise en deux grandes cat\u00e9gories : la richesse marchande (celle dont on paie le droit d&rsquo;usage) et la richesse non marchande (celle dont on ne paie pas l&rsquo;usage). La richesse non marchande se divise elle-m\u00eame en deux sous-cat\u00e9gories : la richesse gratuite (les bienfaits de la nature et l&rsquo;usage que l&rsquo;on fait de son temps libre) et la richesse non gratuite mais dont le co\u00fbt n&rsquo;est pas directement support\u00e9 par les usagers (le patrimoine public et les services publics). Au total, nous nous trouvons en face de trois cat\u00e9gories de richesses : la richesse marchande, la richesse gratuite et la richesse publique.<\/p>\n<p><strong>Indispensable richesse publique<\/strong><\/p>\n<p>Confondre argent et richesse est donc une grave erreur, car l&rsquo;argent ne permet d&rsquo;acheter qu&rsquo;un seul type de richesse, celle qui est g\u00e9n\u00e9r\u00e9e dans la sph\u00e8re marchande. Aussi, une soci\u00e9t\u00e9 ne s&rsquo;enrichit pas en d\u00e9vastant la nature, en d\u00e9truisant son patrimoine ou en augmentant la dur\u00e9e du travail. Elle ne s&rsquo;enrichit pas non plus en r\u00e9duisant ses d\u00e9penses publiques. Car la production de services publics constitue une part importante de la richesse sociale. Ainsi, en 2013, l&rsquo;INSEE estime que les services publics en nature offerts aux citoyens fran\u00e7ais ont repr\u00e9sent\u00e9 le quart de leur consommation effective. Cette proportion s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve \u00e0 plus de 70 % du revenu des m\u00e9nages les plus pauvres, mais ne repr\u00e9sente que 10 % de celui des m\u00e9nages les plus riches <sup>2<\/sup>. Non seulement la richesse publique constitue une part importante de la richesse sociale, mais sa r\u00e9partition est aussi bien plus \u00e9galitaire que la celle de la richesse marchande. Autrement dit, diminuer les imp\u00f4ts en diminuant les d\u00e9penses publiques n&rsquo;est qu&rsquo;un moyen d&rsquo;augmenter la part de la richesse marchande au d\u00e9triment de la richesse publique. Rien n&rsquo;indique que les citoyens fran\u00e7ais s&rsquo;en trouveront plus riches.<\/p>\n<p>Notes<\/p>\n<p><sup>1<\/sup> Jean-Marie Harribey (2013), La richesse la valeur et l&rsquo;inestimable, fondements d&rsquo;une critique socio-\u00e9cologique de l&rsquo;\u00e9conomie capitaliste, Les Liens qui Lib\u00e8rent.<br \/>\n<sup>2<\/sup> La derni\u00e8re <a href=\"https:\/\/www.epsilon.insee.fr\/jspui\/handle\/1\/517\">\u00e9tude de l&rsquo;INSEE<\/a> qui rend compte des liens entre niveaux de revenus et services publics date de 2009 et n&rsquo;\u00e9tudie que les chiffres de l&rsquo;ann\u00e9e 2003. Elle n&rsquo;en est pas moins \u00e9difiante.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Alors que le gouvernement pr\u00e9sente son projet de loi de finance pour 2014, la presse et l&rsquo;opposition s&rsquo;interrogent en ch\u0153ur. Les fran\u00e7ais sont-ils trop tax\u00e9s ? 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