{"id":243,"date":"2017-02-22T18:52:00","date_gmt":"2017-02-22T17:52:00","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/?p=243"},"modified":"2024-11-09T18:57:27","modified_gmt":"2024-11-09T17:57:27","slug":"la-double-crise-europeenne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/la-double-crise-europeenne\/","title":{"rendered":"La double crise europ\u00e9enne"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Tribune publi\u00e9e dans Les Echos, le 22\/2\/2017<\/em><br><br><strong>Alors qu\u2019elle s\u2019appr\u00eate \u00e0 c\u00e9l\u00e9brer les soixante ans du trait\u00e9 de Rome, l\u2019Union europ\u00e9enne est confront\u00e9e \u00e0 une crise existentielle dont on ne per\u00e7oit toujours pas l\u2019issue.<\/strong><br><em>Par David Cayla et Coralie Delaume<\/em><br><br>L\u2019Europe se meurt. Le trait\u00e9 de Rome dont nous f\u00eatons le 60<sup>\u00e8me<\/sup> anniversaire a engag\u00e9 le continent dans un processus politique historique qui visait \u00e0 la fois \u00e0 rapprocher les peuples et \u00e0 leur garantir une prosp\u00e9rit\u00e9 commune.<br><br>Mais aujourd\u2019hui, les constats sont lugubres. Comme le rappelle tr\u00e8s bien Joseph Stiglitz dans son dernier livre, l\u2019euro est un \u00e9chec. Non seulement ils n\u2019a pas su prot\u00e9ger l\u2019Europe des effets de la crise des surprimes, mais la r\u00e9cession a \u00e9t\u00e9 plus forte de ce c\u00f4t\u00e9-ci de l\u2019Atlantique qu\u2019aux \u00c9tats-Unis. La crise grecque n\u2019est toujours pas r\u00e9solue malgr\u00e9 la reddition de son Premier ministre Alexis Tsipras et une application strictes des mesures pr\u00e9vues par les autorit\u00e9s europ\u00e9ennes. De son c\u00f4t\u00e9, la Commission essaie de d\u00e9fendre de timides avanc\u00e9es sur la directive d\u00e9tachement ou pour lutter contre les paradis fiscaux, mais elle se heurte \u00e0 l\u2019hostilit\u00e9 des pays concern\u00e9s. La crise migratoire de 2015 a d\u2019ailleurs d\u00e9montr\u00e9 le peu de solidarit\u00e9 qui existe aujourd\u2019hui au sein de l\u2019Union. Ainsi, malgr\u00e9 le vote britannique sur le Brexit, l\u2019Europe fait du sur place, incapable de se r\u00e9former. La seule chose que parvient \u00e0 faire la Commission est de pr\u00e9server un fragile \u00e9quilibre en refusant \u00e0 la fois de sanctionner les faramineux exc\u00e9dents allemands et les d\u00e9ficits espagnols et portugais.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>Bref, pour se sauver, l\u2019Union en est r\u00e9duite \u00e0 ne pas appliquer ses propres r\u00e8gles. C\u2019est sans doute la raison pour laquelle son pr\u00e9sident Jean-Claude Juncker a r\u00e9cemment fait part de ses doutes et a annonc\u00e9 qu\u2019il renon\u00e7ait par avance \u00e0 un second mandat \u00e0 la t\u00eate de la Commission.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00c9checs de la d\u00e9mocratisation et du march\u00e9 unique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les institutions europ\u00e9ennes doivent faire face \u00e0 une double crise. Une crise d\u00e9mocratique tout d\u2019abord, cons\u00e9quence d\u2019une d\u00e9fiance populaire qui n\u2019a cess\u00e9 de se renforcer depuis l\u2019\u00e9chec du trait\u00e9 constitutionnel de 2005. Cette crise trouve ses racines dans le choix fait il y a soixante ans de construire une Europe fond\u00e9e sur des institutions supranationales ind\u00e9pendantes. \u00c0 mesure que le projet europ\u00e9en s\u2019est approfondi, ces institutions ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de pouvoirs croissants, ce qui a progressivement d\u00e9natur\u00e9 l\u2019exercice d\u00e9mocratique qui continue de s\u2019exercer prioritairement \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale. Les tentatives pour d\u00e9mocratiser l\u2019UE se sont sold\u00e9es par des \u00e9checs. Le Parlement europ\u00e9en n\u2019a pratiquement acquis aucun des pouvoirs dont b\u00e9n\u00e9ficie ordinairement un Parlement et reste soumis au bon vouloir de la Commission et du Conseil pour l\u00e9gif\u00e9rer.<\/p>\n\n\n\n<p>La seconde crise europ\u00e9enne est celle de la prosp\u00e9rit\u00e9 et du d\u00e9veloppement. Dans les ann\u00e9es 1980, le tournant pris \u00e0 l\u2019initiative de Jacques Delors pour cr\u00e9er un grand march\u00e9 des facteurs de production puis une zone mon\u00e9taire unique sans les accompagner de transferts financiers a contribu\u00e9 \u00e0 acc\u00e9l\u00e9rer les processus de divergence \u00e9conomique. Il en est r\u00e9sult\u00e9 une d\u00e9sindustrialisation de l\u2019Europe p\u00e9riph\u00e9rique au profit des pays du c\u0153ur. L\u2019Allemagne, en particulier, a su attirer \u00e0 elle l\u2019essentiel des investissements productifs de l\u2019Union et en a profit\u00e9 pour r\u00e9organiser son industrie en profitant de la sous-traitance \u00e0 bas co\u00fbt que lui permettait l\u2019entr\u00e9e des pays d\u2019Europe centrale dans l\u2019Union. Face \u00e0 ce c\u0153ur \u00e9conomique extr\u00eamement performant, les pays de la p\u00e9riph\u00e9rie ont connu un ass\u00e8chement industriel qui s\u2019est transform\u00e9 en crise de l\u2019endettement. Certains se sont r\u00e9fugi\u00e9s dans des strat\u00e9gies non coop\u00e9ratives en usant du dumping fiscal (Irlande, Luxembourg, Chypre\u2026) ou social (Roumanie, Bulgarie, pays baltes\u2026), pour r\u00e9sister aux forces de divergence. La plupart des pays d\u2019Europe du sud en revanche, parce qu\u2019ils avaient fait le pari d\u2019un d\u00e9veloppement dans les r\u00e8gles, ont \u00e9t\u00e9 balay\u00e9s par la crise de l\u2019euro et ont pay\u00e9 extr\u00eamement cher leur manque d\u2019esprit combatif.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Peut-on sauver l\u2019Union europ\u00e9enne&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019Europe du march\u00e9 unique punit les bons \u00e9l\u00e8ves et r\u00e9compense les d\u00e9linquants. C\u2019est ce syst\u00e8me aberrant qui est aujourd\u2019hui contest\u00e9 de toute part. Est-il r\u00e9formable&nbsp;? C\u2019est ce que tentent de nous convaincre quelques intellectuels tels Thomas Piketty ou Michel Aglietta, qui pensent pouvoir r\u00e9soudre les crises de l\u2019Union par un saut f\u00e9d\u00e9ral qui imposerait une solidarit\u00e9 des pays du c\u0153ur envers ceux de la p\u00e9riph\u00e9rie. En somme, faire payer \u00e0 l\u2019Allemagne l\u2019avantage qu\u2019elle tire du march\u00e9 unique et de l\u2019euro. Mais cette derni\u00e8re est-elle pr\u00eate \u00e0 payer&nbsp;? Et les peuples sont-ils pr\u00eats \u00e0 ce saut f\u00e9d\u00e9ral&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>La difficult\u00e9 est qu\u2019en s\u2019acharnant, au nom de l\u2019Europe qu\u2019il faut sauver, \u00e0 proposer des solutions impraticables, on finit par d\u00e9fendre un <em>statut quo<\/em> mortif\u00e8re. Or, il faudra bien \u00e0 un moment admettre que si la situation pr\u00e9sente n\u2019est pas tenable et si les solutions pour s\u2019en sortir ne sont pas applicables, alors c\u2019est qu\u2019il faut se pr\u00e9parer \u00e0 la possibilit\u00e9 que le projet europ\u00e9en soit mortel.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>David Cayla<\/strong> est \u00e9conomiste \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Angers et membre du collectif <em>Les \u00e9conomistes atterr\u00e9s<\/em>.<br><strong>Coralie Delaume<\/strong> et essayiste. Elle anime le blog l\u2019Ar\u00e8ne nue. Ils ont co-\u00e9crit <em>La fin de l\u2019Union europ\u00e9enne<\/em> (Michalon, 2017).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tribune publi\u00e9e dans Les Echos, le 22\/2\/2017 Alors qu\u2019elle s\u2019appr\u00eate \u00e0 c\u00e9l\u00e9brer les soixante ans du trait\u00e9 de Rome, l\u2019Union europ\u00e9enne est confront\u00e9e \u00e0 une crise existentielle dont on ne per\u00e7oit toujours pas l\u2019issue.Par David Cayla et Coralie Delaume L\u2019Europe &hellip; <a href=\"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/la-double-crise-europeenne\/\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":4569,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[83873,113,38],"tags":[],"class_list":["post-243","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-analyse-economique","category-la-fin-de-lunion-europeenne","category-union-europeenne"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/243","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4569"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=243"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/243\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":245,"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/243\/revisions\/245"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=243"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=243"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=243"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}