{"id":178,"date":"2022-02-05T12:33:00","date_gmt":"2022-02-05T11:33:00","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/?p=178"},"modified":"2022-09-07T13:10:05","modified_gmt":"2022-09-07T12:10:05","slug":"le-populisme-de-gauche-a-t-il-un-avenir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/le-populisme-de-gauche-a-t-il-un-avenir\/","title":{"rendered":"Le populisme de gauche a-t-il un avenir\u00a0?"},"content":{"rendered":"\n<p>Depuis le milieu des ann\u00e9es 2010, inspir\u00e9e par les exemples de Podemos ou de Syriza, ainsi que par des mouvements tels que <em>Occupy Wall Street<\/em> ou <em>los Indignados<\/em>, une partie de la gauche a con\u00e7u, puis mis en \u0153uvre, une strat\u00e9gie politique fond\u00e9e sur le \u00ab&nbsp;populisme de gauche&nbsp;\u00bb. Son but \u00e9tait de r\u00e9pondre aux impasses de la gauche de gouvernement accus\u00e9e de s\u2019\u00eatre compromise, au nom du \u00ab&nbsp;r\u00e9alisme&nbsp;\u00bb et de la bonne gestion, en accompagnant et en l\u00e9gitimant le cadre n\u00e9olib\u00e9ral du capitalisme contemporain.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>Concr\u00e8tement, le \u00ab&nbsp;populisme de gauche&nbsp;\u00bb entend renouveler en profondeur les pratiques et les discours de gauche pour r\u00e9pondre au m\u00e9contentement social. L\u2019aspect populiste de cette doctrine s\u2019incarne dans le d\u00e9sir de construire une nouvelle \u00ab&nbsp;fronti\u00e8re politique&nbsp;\u00bb fond\u00e9e sur l\u2019opposition peuple \/ \u00e9lite, le premier \u00e9tant construit politiquement \u00e0 partir de luttes sociales vari\u00e9es, le second repr\u00e9sentant \u00ab&nbsp;l\u2019oligarchie&nbsp;\u00bb politique et \u00e9conomique.<\/p>\n\n\n\n<p>Tel qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 th\u00e9oris\u00e9 en 2018 par Chantal Mouffe<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\">[1]<\/a>, le populisme de gauche repose sur les principes suivants&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" type=\"1\"><li>Le rejet de la vision marxiste fond\u00e9e sur l\u2019opposition capital \/ travail. Pour Mouffe, la conception traditionnelle de la gauche n\u2019est plus audible car cette derni\u00e8re a longtemps limit\u00e9 sa d\u00e9finition du \u00ab&nbsp;peuple&nbsp;\u00bb \u00e0 une conception \u00e9conomique et les luttes politiques \u00e0 la d\u00e9fense d\u2019une classe ouvri\u00e8re essentialis\u00e9e. \u00c0 l\u2019inverse, Mouffe insiste sur le fait que des luttes nouvelles sont advenues depuis les ann\u00e9es 1970&nbsp;: mouvements antiracistes, droits des LGBT, combats \u00e9cologistes\u2026 Ces nouvelles revendications doivent \u00eatre mieux prises en compte et articul\u00e9es entre elles au sein des strat\u00e9gies de gauche.<br><\/li><li>S\u2019appuyant sur la pens\u00e9e de Gramsci, Mouffe consid\u00e8re que la soci\u00e9t\u00e9 fonctionne sur la base d\u2019une succession de phases d\u2019h\u00e9g\u00e9monies culturelles qui imposent une certaine vision du monde et s\u2019inscrivent dans les institutions. Par exemple, avec l\u2019arriv\u00e9e de Thatcher dans les ann\u00e9es 1980, l\u2019h\u00e9g\u00e9monie n\u00e9olib\u00e9rale aurait succ\u00e9d\u00e9 \u00e0 la phase de partage h\u00e9g\u00e9monique caract\u00e9ristique de l\u2019\u00e9poque keyn\u00e9sienne. Cette culture n\u00e9olib\u00e9rale se serait ensuite diffus\u00e9e au sein de l\u2019appareil d\u2019\u00c9tat qui ne peut de ce fait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un agent neutre politiquement.<br><\/li><li>La crise financi\u00e8re de 2008-2009 a entrain\u00e9 la d\u00e9stabilisation de l\u2019h\u00e9g\u00e9monie n\u00e9olib\u00e9rale. Cette situation ouvre ce que Chantal Mouffe appelle un \u00ab&nbsp;moment populiste&nbsp;\u00bb, une situation sociale qui permettrait d\u2019instaurer une nouvelle h\u00e9g\u00e9monie politique. Cette lutte pour l\u2019h\u00e9g\u00e9monie prend la forme d\u2019un affrontement entre deux visions. Une vision r\u00e9actionnaire (populisme de droite ou d\u2019extr\u00eame droite) et une vision que Chantal Mouffe entend promouvoir&nbsp;: le populisme de gauche.<br><\/li><li>Les leaders de la gauche doivent donc saisir cette opportunit\u00e9 en engageant une bataille culturelle rassemblant les mouvements de gauche et les revendications communautaires vari\u00e9es afin de \u00ab&nbsp;construire un peuple&nbsp;\u00bb sur le principe d\u2019une \u00ab&nbsp;chaine d\u2019\u00e9quivalences&nbsp;\u00bb permettant d\u2019articuler ensemble les revendications tr\u00e8s vari\u00e9es des luttes s\u2019opposant au n\u00e9olib\u00e9ralisme&nbsp;: \u00e9cologistes, f\u00e9ministes, ouvriers, anti-autoritaires, anti-racistes\u2026<br><\/li><li>Ce rassemblement du \u00ab&nbsp;peuple&nbsp;\u00bb ainsi construit par la bataille culturelle permettrait d\u2019engendrer un \u00ab&nbsp;nous&nbsp;\u00bb collectif fond\u00e9 sur l\u2019opposition avec le \u00ab&nbsp;eux&nbsp;\u00bb de \u00ab&nbsp;l\u2019oligarchie&nbsp;\u00bb. L\u2019\u00e9tablissement de cette nouvelle fronti\u00e8re peuple \/ \u00e9lite doit \u00eatre l\u2019occasion de \u00ab&nbsp;radicaliser&nbsp;\u00bb une d\u00e9mocratie fond\u00e9e sur des antagonismes qui sorte de \u00ab&nbsp;l\u2019illusion du consensus&nbsp;\u00bb<a id=\"_ftnref2\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a> caract\u00e9ristique de l\u2019\u00e8re lib\u00e9rale et de la gauche sociale-lib\u00e9rale.<\/li><\/ol>\n\n\n\n<p>\u00c0 la fin de son livre, Chantal Mouffe fait part des discussions nourries qu\u2019elle a eu avec un certain nombre d\u2019intellectuels et de responsables politiques qui ont inspir\u00e9 sa pens\u00e9e. Jean-Luc M\u00e9lenchon et Fran\u00e7ois Ruffin sont notamment cit\u00e9s. Ainsi, ce petit livre peut se lire comme la th\u00e9orie qui a nourri la strat\u00e9gie politique de la France Insoumise mais aussi comme une synth\u00e8se de la revitalisation politique tent\u00e9e par ce mouvement. Si cette strat\u00e9gie a connu des \u00e9volutions, bien d\u00e9crites par le journaliste Hadrien Mathoux<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\">[3]<\/a>, elle n\u2019en a pas moins continu\u00e9 de respecter la plupart des principes \u00e9nonc\u00e9s dans l\u2019ouvrage de Mouffe.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, la mise en \u0153uvre pratique du populisme de gauche s\u2019est av\u00e9r\u00e9e beaucoup plus difficile que ce que la th\u00e9orie sugg\u00e9rait, et le succ\u00e8s \u00e9lectoral n\u2019a pas toujours \u00e9t\u00e9 au rendez-vous. Il est donc n\u00e9cessaire d\u2019\u00e9tablir un inventaire de cette strat\u00e9gie et d\u2019en d\u00e9crire les limites.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Engager la bataille culturelle contre l\u2019extr\u00eame droite<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il ne fait plus de doute que nous sommes entr\u00e9s dans une \u00e8re identitaire. Les questions culturelles, soci\u00e9tales et migratoires sont, depuis quelques ann\u00e9es, au c\u0153ur du d\u00e9bat public et suscitent des r\u00e9actions passionn\u00e9es. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne n\u2019est pas totalement nouveau. Les grands d\u00e9bats soci\u00e9taux ont toujours \u00e9t\u00e9 des terrains de violents affrontements politiques. L\u2019IVG, la peine de mort, l\u2019\u00e9cole, les questions religieuses ou plus r\u00e9cemment le mariage pour tous ont provoqu\u00e9, et provoquent toujours, des d\u00e9bats de grande intensit\u00e9 entre la gauche et la droite.<\/p>\n\n\n\n<p>Le point commun de ces d\u00e9bats est qu\u2019ils touchent directement la vie concr\u00e8te et sont imm\u00e9diatement compr\u00e9hensibles, ce qui permet facilement de se forger un avis. Ils impliquent aussi des syst\u00e8mes de valeurs qui d\u00e9passent la question des int\u00e9r\u00eats personnels. De ce fait, ils marquent l\u2019identit\u00e9 politique de ceux qui s\u2019y adonnent. Pour cette raison, ce sont des d\u00e9bats <em>d\u2019identit\u00e9 politique<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9mergence des r\u00e9seaux sociaux a exacerb\u00e9 ces sujets au d\u00e9triment de ceux sur lesquels&nbsp;il est plus difficile de se construire une opinion, soit parce qu\u2019ils sont techniques, soit parce qu\u2019ils apparaissent \u00e9loign\u00e9s de la vie concr\u00e8te. Le fonctionnement m\u00eame des r\u00e9seaux sociaux, fond\u00e9s sur la r\u00e9action et le partage, rend m\u00e9caniquement plus visibles les sujets marqueurs d\u2019identit\u00e9 politique. S\u2019enclenche alors une boucle de r\u00e9troaction&nbsp;: les sujets identitaires suscitent plus de r\u00e9actions, les algorithmes les mettent en avant, et donc les responsables politiques et les journalistes les exploitent pour faire du buzz et se faire conna\u00eetre, ce qui renforce la place de ces th\u00e9matiques dans le d\u00e9bat public.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette transformation du syst\u00e8me m\u00e9diatique par les r\u00e9seaux sociaux est vraie pour tous les forces politiques, mais les strat\u00e9gies populistes en exacerbent les cons\u00e9quences. C\u2019est bien entendu le cas du populisme de droite qui met les questions identitaires ou des sujets telles que le \u00ab&nbsp;wokisme&nbsp;\u00bb au c\u0153ur de son discours. Le \u00ab&nbsp;America is back&nbsp;\u00bb de Donald Trump est le versant combatif de l\u2019angoissant \u00ab&nbsp;la France dispara\u00eet&nbsp;\u00bb d\u2019\u00c9ric Zemmour. Mais le populisme de gauche use des m\u00eames ressorts. La grille gramscienne rempla\u00e7ant la grille marxiste, la \u00ab&nbsp;bataille culturelle&nbsp;\u00bb est vue comme le lieu privil\u00e9gi\u00e9 de la bataille politique. Une bataille qui se joue sur les sujets marqueurs d\u2019identit\u00e9 politique, l\u2019objectif \u00e9tant de conqu\u00e9rir l\u2019h\u00e9g\u00e9monie culturelle en attisant ce qui forge la culture de gauche au d\u00e9triment du d\u00e9veloppement d\u2019une id\u00e9ologie structur\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>De fait, la strat\u00e9gie du populisme de gauche tend \u00e0 remplacer la <em>bataille id\u00e9ologique<\/em> par la <em>bataille culturelle<\/em>. C\u2019est au nom de cette logique que Jean-Luc M\u00e9lenchon et la France insoumise ont massivement investi les r\u00e9seaux sociaux, en privil\u00e9giant les th\u00e8mes marqueurs d\u2019identit\u00e9 politique au d\u00e9triment des questions europ\u00e9ennes ou industrielles, par exemple. Les discours de M\u00e9lenchon insistent sur la cr\u00e9olisation, le droit au genre, l\u2019environnement ou le bien-\u00eatre animal, montrent une forte hostilit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9nergie nucl\u00e9aire. Or, ces th\u00e8mes sont les miroirs de ceux avanc\u00e9s par le populisme de droite&nbsp;: \u00ab&nbsp;cr\u00e9olisation&nbsp;\u00bb contre \u00ab&nbsp;grand remplacement&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;anti-nucl\u00e9aire&nbsp;\u00bb contre \u00ab&nbsp;anti-\u00e9olien&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;bien-\u00eatre animal&nbsp;\u00bb contre \u00ab&nbsp;pro-chasse&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;th\u00e9orie du genre&nbsp;\u00bb contre \u00ab&nbsp;traditionalisme&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;environnement&nbsp;\u00bb contre \u00ab&nbsp;productivisme&nbsp;\u00bb\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Prenant acte de la crise du n\u00e9olib\u00e9ralisme, la campagne de M\u00e9lenchon ne fait pas du n\u00e9olib\u00e9ralisme son adversaire principal. Il tente de gagner la bataille d\u2019apr\u00e8s, en privil\u00e9giant l\u2019affrontement \u00ab&nbsp;populisme de gauche&nbsp;\u00bb contre \u00ab&nbsp;populisme de droite&nbsp;\u00bb th\u00e9oris\u00e9 par Mouffe. Ainsi, M\u00e9lenchon multiplie les face-\u00e0-face avec \u00c9ric Zemmour, consid\u00e9r\u00e9 comme le principal adversaire strat\u00e9gique. De plus, les critiques qu\u2019il adresse au gouvernement sont souvent issues du m\u00eame registre que celui qu\u2019on applique \u00e0 l\u2019extr\u00eame droite&nbsp;: \u00ab&nbsp;brutal&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;autoritaire&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;anti-d\u00e9mocratique&nbsp;\u00bb\u2026 Cela l\u2019am\u00e8ne \u00e0 renforcer ses propres th\u00e9matiques identitaires et \u00e0 d\u00e9laisser (sans l\u2019\u00e9liminer totalement) l\u2019armature marxiste fond\u00e9e sur les rapports \u00e9conomiques et les conflits de classes.<\/p>\n\n\n\n<p>Un second aspect de la bataille culturelle telle qu\u2019elle est th\u00e9oris\u00e9e par Mouffe concerne les affects. Ceux-ci auraient \u00ab&nbsp;<em>un r\u00f4le d\u00e9cisif<\/em>&nbsp;\u00bb, selon elle. \u00ab&nbsp;<em>C\u2019est le d\u00e9faut de compr\u00e9hension de la dimension affective des processus d\u2019identification qui, \u00e0 mes yeux, explique en grande partie pourquoi la gauche, prisonni\u00e8re d\u2019un cadre rationaliste, est incapable de cerner la dynamique du politique<\/em>&nbsp;\u00bb, explique Mouffe<a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\">[4]<\/a>. Privil\u00e9gier les affects sur l\u2019argumentation rationnelle serait la cl\u00e9 pour cr\u00e9er le sentiment d\u2019adh\u00e9sion militant sur lequel repose la conqu\u00eate du pouvoir. Dans ce processus, le r\u00f4le du leader est central&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>une volont\u00e9 collective ne peut pas se former sans une certaine forme de cristallisation d\u2019affects communs et les liens affectifs qui unissent un peuple \u00e0 un chef charismatique peuvent jouer un r\u00f4le important dans ce processus<\/em>&nbsp;\u00bb, \u00e9crit Mouffe.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette conception explique le r\u00f4le tr\u00e8s important qu\u2019a pris la figure de Jean-Luc M\u00e9lenchon dans la campagne de la France Insoumise. Celle-ci commence par un pl\u00e9biscite sous la forme d\u2019un parrainage citoyen et se poursuit par la mise en sc\u00e8ne constante du candidat dans des meetings tr\u00e8s travaill\u00e9s, con\u00e7us comme de grands spectacles. La personne de M\u00e9lenchon est omnipr\u00e9sente sur les r\u00e9seaux sociaux, amplifi\u00e9e par l\u2019action coordonn\u00e9e d\u2019une arm\u00e9e de militants. Cette personnalisation s\u2019explique, il est vrai, par la nature de nos institutions qui font de l\u2019\u00e9lection et de la fonction pr\u00e9sidentielle les cl\u00e9s de vo\u00fbte de la politique nationale. Mais reconnaissons que la mise en sc\u00e8ne de la campagne pr\u00e9sidentielle de la FI favorise la figure du chef au d\u00e9triment de ses conseillers et des autres d\u00e9put\u00e9s de son groupe parlementaire \u00e0 la diff\u00e9rence, par exemple, de la campagne de Val\u00e9rie P\u00e9cresse qui appara\u00eet presque syst\u00e9matiquement entour\u00e9e par d\u2019autre cadres de son parti lors de ses \u00e9v\u00e8nements m\u00e9diatiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour r\u00e9sumer, la bataille culturelle gramscienne engag\u00e9e dans le cadre du populisme de gauche, a tendance \u00e0 privil\u00e9gier les affects \u00e0 la raison, le culturel \u00e0 l\u2019id\u00e9ologique, et d\u00e9veloppe un discours qui vise \u00e0 s\u2019adresser davantage aux identit\u00e9s politiques qu\u2019aux int\u00e9r\u00eats de classe afin de rassembler son camp.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un discours ambigu vis-\u00e0-vis des institutions d\u00e9mocratiques<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le populisme, tel que je l\u2019ai identifi\u00e9 dans mon ouvrage<a href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\">[5]<\/a> proc\u00e8de non d\u2019un contenu programmatique particulier mais d\u2019une situation sociale sp\u00e9cifique caract\u00e9ris\u00e9e par une mont\u00e9e de la d\u00e9fiance institutionnelle. Cette d\u00e9fiance est elle-m\u00eame la cons\u00e9quence des politiques n\u00e9olib\u00e9rales qui, en mettant l\u2019\u00c9tat au service du march\u00e9, participent \u00e0 l\u2019affaiblissement et \u00e0 la perte de cr\u00e9dibilit\u00e9 des institutions publiques. Sur ce point, mon diagnostic rejoint celui de Chantal Mouffe.<\/p>\n\n\n\n<p>Partant du constat de cette d\u00e9fiance, ma proposition serait de transformer les pratiques politiques en sortant du cadre conceptuel n\u00e9olib\u00e9ral afin de remettre les institutions publiques \u00e0 l\u2019endroit, c\u2019est-\u00e0-dire au service de bien-\u00eatre g\u00e9n\u00e9ral plut\u00f4t que de les orienter syst\u00e9matiquement en faveur de l\u2019organisation d\u2019un march\u00e9 en concurrence. \u00c0 mon sens, cette nouvelle politique suffirait \u00e0 rel\u00e9gitimer le r\u00f4le des institutions et \u00e0 d\u00e9samorcer la contestation populiste.<\/p>\n\n\n\n<p>La proposition de Chantal Mouffe est diff\u00e9rente. Elle souhaite s\u2019appuyer sur cette d\u00e9fiance pour transformer en profondeur le fonctionnement des d\u00e9mocraties lib\u00e9rales. Ainsi, elle entend profiter de ce \u00ab&nbsp;moment populiste&nbsp;\u00bb pour d\u00e9velopper les antagonismes et susciter l\u2019\u00e9mergence d\u2019une \u00ab&nbsp;d\u00e9mocratie radicale&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le propos de Mouffe vis-\u00e0-vis des institutions est n\u00e9anmoins ambigu. D\u2019un c\u00f4t\u00e9 elle d\u00e9fend le principe de la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale et r\u00e9affirme l\u2019importance de la d\u00e9mocratie repr\u00e9sentative (contre la d\u00e9mocratie des mouvements sociaux et les processus de type tirage au sort)&nbsp;; d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9 elle semble ouverte \u00e0 l\u2019introduction de pratiques susceptibles de contourner et d\u2019affaiblir les institutions d\u00e9mocratiques. Par exemple, Mouffe estime que le r\u00f4le de l\u2019\u00c9tat n\u2019est pas d\u2019organiser et de g\u00e9rer les services publics mais de \u00ab&nbsp;<em>permettre aux citoyens de prendre en charge les services publics et de les organiser d\u00e9mocratiquement<\/em>&nbsp;\u00bb. De m\u00eame, elle estime qu\u2019il faut \u00e9viter de construire un espace public fond\u00e9 sur \u00ab&nbsp;<em>une repr\u00e9sentation totalisante qui nierait le pluralisme<\/em>&nbsp;\u00bb en permettant aux \u00ab&nbsp;<em>communaut\u00e9s particuli\u00e8res<\/em>&nbsp;\u00bb d\u2019exister et de participer aux d\u00e9cisions aux c\u00f4t\u00e9s de la \u00ab&nbsp;<em>communaut\u00e9 politique<\/em>&nbsp;\u00bb form\u00e9e par les citoyens. La nature de ces communaut\u00e9s particuli\u00e8res n\u2019est pas explicit\u00e9e. Cette vision conduit Chantal Mouffe \u00e0 promouvoir une d\u00e9mocratie plurielle dans laquelle des l\u00e9gitimit\u00e9s politiques pourraient se constituer en dehors du Parlement&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>L\u2019espace politique traditionnel du parlement n\u2019est pas le seul lieu o\u00f9 peuvent \u00eatre prises des d\u00e9cisions politiques ; si les institutions repr\u00e9sentatives doivent garder ou retrouver un r\u00f4le majeur, d\u2019autres formes de participation d\u00e9mocratique sont aussi n\u00e9cessaires pour radicaliser la d\u00e9mocratie<\/em>&nbsp;\u00bb juge-t-elle.<\/p>\n\n\n\n<p>Le populisme de gauche th\u00e9oris\u00e9 par Chantal Mouffe n\u2019est pas celui du r\u00e9publicanisme h\u00e9rit\u00e9 des lumi\u00e8res ou du <em>Contrat social<\/em> de Rousseau, qui implique une d\u00e9mocratie d\u00e9lib\u00e9rative et s\u2019impose face aux int\u00e9r\u00eats particuliers. Les transformations institutionnelles qu\u2019elle promeut reposent sur la multiplication de niveaux de l\u00e9gitimit\u00e9 en concurrence. Pour Mouffe, les espaces communautaires sont compl\u00e9mentaires de l\u2019espace politique national et permettent sa revitalisation.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce discours fait \u00e9cho au tournant plus favorable au communautarisme pris par la France Insoumise depuis 2017. Le la\u00efcard intransigeant qu\u2019\u00e9tait Jean-Luc M\u00e9lenchon au moment des attentat de 2015 contre Charlie Hebdo est devenu l\u2019un des d\u00e9fenseurs de certaines revendications islamistes, notamment lorsqu\u2019il participe en novembre 2019 \u00e0 la \u00ab&nbsp;marche contre l\u2019islamophobie&nbsp;\u00bb qui d\u00e9non\u00e7ait comme \u00ab&nbsp;liberticides&nbsp;\u00bb les lois de 2004 et de 2011 sur les signes religieux \u00e0 l\u2019\u00e9cole et le port de la burqa dans l\u2019espace public<a href=\"#_ftn6\" id=\"_ftnref6\">[6]<\/a>. Cette ann\u00e9e fut aussi celle de la rupture avec le philosophe Henri Pe\u00f1a Ruiz<a href=\"#_ftn7\" id=\"_ftnref7\">[7]<\/a>, d\u00e9fenseur de la la\u00efcit\u00e9 et du droit \u00e0 la critique de l\u2019Islam et dont les propos lors des universit\u00e9s d\u2019\u00e9t\u00e9 de la France insoumise furent l\u2019objet d\u2019une virulente pol\u00e9mique<a href=\"#_ftn8\" id=\"_ftnref8\">[8]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus largement, la vision port\u00e9e par la France insoumise est marqu\u00e9e par une profonde d\u00e9fiance institutionnelle. Le principe du r\u00e9f\u00e9rendum r\u00e9vocatoire, qui est l\u2019une des marques de fabrique des programmes propos\u00e9s par les candidats de la FI repose sur l\u2019id\u00e9e que les repr\u00e9sentants du peuple trahissent leur mandat une fois \u00e9lus et qu\u2019il faut donc pr\u00e9voir un m\u00e9canisme de r\u00e9vocation. La charte que les candidats de la FI aux l\u00e9gislatives de 2017 ont \u00e9t\u00e9 contraints de signer rel\u00e8ve de la m\u00eame logique de d\u00e9fiance. Il \u00e9tait ainsi demand\u00e9 aux candidats qu\u2019ils renoncent \u00e0 agir \u00ab&nbsp;<em>selon leurs seuls choix personnels<\/em>&nbsp;\u00bb afin de se mettre \u00ab&nbsp;<em>au service de la mobilisation du peuple<\/em>&nbsp;\u00bb et de refuser \u00ab&nbsp;<em>les tares de la 5<sup>\u00e8me<\/sup> R\u00e9publique&nbsp;<\/em>\u00bb<a href=\"#_ftn9\" id=\"_ftnref9\">[9]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>La strat\u00e9gie populiste d\u00e9veloppe une approche extr\u00eamement critique des principes qui fondent la d\u00e9mocratie repr\u00e9sentative. Elle consid\u00e8re que la l\u00e9gitimit\u00e9 politique n\u2019\u00e9mane pas d\u2019une instance d\u00e9lib\u00e9rative telle que le Parlement mais des luttes port\u00e9es par les minorit\u00e9s opprim\u00e9es. Ces luttes sont cens\u00e9es s\u2019agr\u00e9ger, se compl\u00e9ter et se renforcer collectivement. Cette attention particuli\u00e8re port\u00e9e \u00e0 l\u2019agr\u00e9gation des revendications h\u00e9t\u00e9roclites est quelque peu paradoxale pour des mouvements qui se r\u00e9clament de la gauche radicale, puisqu\u2019elle n\u2019est pas sans rappeler la strat\u00e9gie propos\u00e9e par le think tank social-d\u00e9mocrate Terra Nova qui proposait, en 2012, de reconstruire un \u00e9lectorat de gauche \u00e0 partir d\u2019un socle compos\u00e9 des jeunes, des urbains, des minorit\u00e9s des quartiers populaires, des femmes et des \u00ab&nbsp;non catholiques&nbsp;\u00bb, au d\u00e9triment de la classe ouvri\u00e8re, dont les auteurs estimaient qu\u2019elle \u00e9tait perdue pour la gauche et dans une phase de d\u00e9clin d\u00e9mographique et \u00e9lectoral<a href=\"#_ftn10\" id=\"_ftnref10\">[10]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, \u00e0 force de vouloir revitaliser la d\u00e9mocratie en combinant ensemble des luttes h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes au nom de la construction d\u2019une \u00ab&nbsp;chaine d\u2019\u00e9quivalences&nbsp;\u00bb, le populisme de gauche rejoint un imaginaire petit bourgeois, sensible aux injustices mais qui refuse de hi\u00e9rarchiser les combats politiques en mettant sur le m\u00eame plan une multitude de revendications communautaires. La limite de ce cette vision est d\u2019\u00eatre peu sensible \u00e0 la notion d\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral qui suppose de refuser certains combats au nom de la priorit\u00e9 \u00e0 accorder \u00e0 certaines revendications jug\u00e9es plus importantes. Le ralliement de l\u2019antisp\u00e9ciste Aymeric Caron \u00e0 la campagne pr\u00e9sidentielle de Jean-Luc M\u00e9lenchon est assez symptomatique de cet horizontalisme des luttes.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le crash politique de la crise Covid<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La pr\u00e9f\u00e9rence pour les affects plut\u00f4t que pour la rationalit\u00e9, la d\u00e9fiance structurelle port\u00e9e envers les institutions politiques et la strat\u00e9gie consistant \u00e0 consid\u00e9rer <em>a priori <\/em>comme l\u00e9gitimes toutes les luttes sociales port\u00e9es par des communaut\u00e9s d\u2019int\u00e9r\u00eats particuliers sans prendre la peine de d\u00e9velopper une vision du monde structur\u00e9e id\u00e9ologiquement ont conduit certains militants de la France Insoumise \u00e0 promouvoir un discours parano\u00efaque et \u00e0 surfer sur des th\u00e8ses complotistes lors de la pand\u00e9mie de Covid-19.<\/p>\n\n\n\n<p>La crise Covid peut \u00eatre vue comme un extraordinaire r\u00e9v\u00e9lateur politique. L\u2019indiff\u00e9rence sociale, l\u2019individualisme culturel et le m\u00e9pris pour les services publics a logiquement conduit une partie de la droite lib\u00e9rale \u00e0 minimiser les cons\u00e9quences du covid et \u00e0 promouvoir des strat\u00e9gies visant \u00e0 laisser prosp\u00e9rer le virus ou \u00e0 n\u2019imposer des contraintes qu\u2019aux \u00ab&nbsp;populations \u00e0 risque&nbsp;\u00bb sans qu\u2019on sache toujours tr\u00e8s bien comment les d\u00e9finir. Il n\u2019est \u00e0 ce titre pas \u00e9tonnant que Didier Raoult, dont les accointances politiques avec la droite sont av\u00e9r\u00e9es depuis des ann\u00e9es, soit devenu le chef de file des \u00ab&nbsp;rassuristes&nbsp;\u00bb. De m\u00eame, les r\u00e9actions libertariennes du journaliste Jean Quatremer fustigeant toutes les mesures sanitaires au nom des libert\u00e9s individuelles ne sont pas si \u00e9tonnantes pour ce d\u00e9fenseur du n\u00e9olib\u00e9ralisme Bruxellois. Enfin, le fait que les mouvements anti-masques et antivax soient noyaut\u00e9s par des groupuscules d\u2019extr\u00eame-droite adeptes des th\u00e9ories complotistes est plus ou moins dans l\u2019ordre des choses.<\/p>\n\n\n\n<p>En revanche, les ambigu\u00eft\u00e9s de la France Insoumise vis-\u00e0-vis de la crise sanitaire t\u00e9moignent d\u2019une profonde confusion id\u00e9ologique. Ma th\u00e8se est que cette confusion est la cons\u00e9quence de la strat\u00e9gie populiste.<\/p>\n\n\n\n<p>La crise sanitaire et les confinements ont cr\u00e9\u00e9 une grande angoisse. La gestion chaotique de la pand\u00e9mie par le gouvernement ainsi que ses multiples revirements ont l\u00e9gitimement renforc\u00e9 la d\u00e9fiance. Pass\u00e9 l\u2019\u00e9pisode de sid\u00e9ration, cette angoisse a suscit\u00e9 des mouvements de contestation contre les restrictions \u00e0 la mobilit\u00e9, contre les fermetures des lieux de socialisation, contre le port du masque et la politique vaccinale. Tr\u00e8s vite, ces mouvements ont pris des formes populistes dans le sens o\u00f9 ils \u00e9taient nourris et se nourrissaient d\u2019une d\u00e9fiance g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e envers les autorit\u00e9s politiques, m\u00e9dicales, journalistiques et scientifiques et qu\u2019ils faisaient preuve d\u2019une grande virulence.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 gauche, l\u2019ouvrage de Barbara Stiegler sur la gestion de la pand\u00e9mie<a href=\"#_ftn11\" id=\"_ftnref11\">[11]<\/a> a renforc\u00e9 l\u2019id\u00e9e que la crise Covid a \u00e9t\u00e9 instrumentalis\u00e9e par le pouvoir pour provoquer l\u2019enfermement des populations et le contr\u00f4le des libert\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>La philosophe, qui a rejoint le Parlement de l\u2019Union populaire en d\u00e9cembre 2021, estime notamment que \u00ab&nbsp;<em>ce virus ne peut avoir de cons\u00e9quences graves, dans l\u2019immense majorit\u00e9 des cas, que sur des organismes d\u00e9j\u00e0 affaiblis, soit par le grand \u00e2ge, soit par des facteurs de comorbidit\u00e9<\/em>&nbsp;\u00bb. Cette affirmation, infirm\u00e9e par le consensus m\u00e9dical, conduit Stiegler \u00e0 \u00e9crire que nous ne vivrions pas une pand\u00e9mie (\u00ab&nbsp;pan&nbsp;\u00bb \u00e9tant un pr\u00e9fixe sugg\u00e9rant la totalit\u00e9 d\u2019un ensemble), mais \u00ab&nbsp;en Pand\u00e9mie&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire sur un continent qui entendrait gouverner la soci\u00e9t\u00e9 sur le mod\u00e8le chinois.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Ce tout nouveau continent mental, avec sa langue, ses normes et son imaginaire, ce sont les dirigeants chinois qui ont \u00e9t\u00e9 les premiers \u00e0 l\u2019explorer. C\u2019est donc eux qui ont tout \u00e0 nous apprendre, tandis que les Am\u00e9ricains et leurs cousins britanniques n\u2019ont rien vu venir. En Pand\u00e9mie, c\u2019est la Chine d\u00e9sormais qui domine. Non plus seulement \u00e9conomiquement. Mais aussi moralement, culturellement et politiquement.<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Comme tout continent, la Pand\u00e9mie a une langue qui se d\u00e9cline en idiomes nationaux. Mais ceux-ci traduisent des dispositifs invent\u00e9s par la Chine&nbsp;: \u00ab&nbsp;confinement&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;d\u00e9confinement&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;reconfinement&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;tra\u00e7age&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;application&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;cas contacts&nbsp;\u00bb. C\u2019est une esth\u00e9tique nouvelle qui se dessine&nbsp;: \u00ab&nbsp;Un monde cybers\u00e9curis\u00e9 o\u00f9 chaque individu est suspect (d\u2019\u00eatre malade), fich\u00e9, trac\u00e9, code-barris\u00e9. Code vert&nbsp;: vous circulez. Code rouge&nbsp;: vous \u00eates arr\u00eat\u00e9-e. [\u2026] Comment passe-t-on du vert au rouge&nbsp;? C\u2019est automatique&nbsp;: si vous croisez des gens malades, une zone infest\u00e9e, voire des id\u00e9es douteuses<a id=\"_ftnref12\" href=\"#_ftn12\">[12]<\/a>.<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Passons sur le fait que la gestion chinoise de la pand\u00e9mie, fond\u00e9e sur la strat\u00e9gie \u00ab&nbsp;z\u00e9ro covid&nbsp;\u00bb, fut extr\u00eamement diff\u00e9rente de celle des \u00c9tats-Unis ou des pays europ\u00e9ens. Ce qui est caract\u00e9ristique de cette vision et qui t\u00e9moigne de son aspect populiste est qu\u2019elle implique une profonde d\u00e9fiance institutionnelle. Son discours s\u2019appuie sur le sch\u00e9ma suivant&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" type=\"1\"><li>Le gouvernement sert les int\u00e9r\u00eats de l\u2019oligarchie.<br><\/li><li>L\u2019oligarchie a pour projet de contr\u00f4ler et d\u2019asservir la population. Si elle n\u2019a pas cr\u00e9\u00e9 le virus, elle a profit\u00e9 de son apparition pour mette en \u0153uvre un plan de contr\u00f4le de la soci\u00e9t\u00e9.<br><\/li><li>Toutes les institutions qui participent \u00e0 la gestion de la crise sanitaire et \u00e0 la promotion du discours gouvernemental (les autorit\u00e9s m\u00e9dicales, les journalistes, les administrations des h\u00f4pitaux, les soci\u00e9t\u00e9s pharmaceutiques\u2026) participent, consciemment ou non, \u00e0 cette politique d\u2019asservissement.<\/li><\/ol>\n\n\n\n<p>Dans cet univers mental, la lutte contre les outils \u00ab&nbsp;de contr\u00f4le&nbsp;\u00bb tels que les passes sanitaire ou vaccinal devient logiquement une priorit\u00e9 politique. En d\u00e9placement en Martinique, territoire durement touch\u00e9 par le Covid et o\u00f9 le taux de vaccination est particuli\u00e8rement faible, la d\u00e9put\u00e9e FI Mathilde Panot d\u00e9clarait&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Au pouvoir, je le dis ici devant vous&nbsp;: nous mettrons fin \u00e0 cette politique autoritaire de sant\u00e9. Et le 13 janvier, lors de notre niche parlementaire [\u2026] nous allons pr\u00e9senter un texte qui demande de mettre fin au r\u00e9gime d\u2019exception de sant\u00e9, qui veut enlever le plein pouvoir sanitaire \u00e0 Emmanuel Macron, et qui mettra fin au pass sanitaire et au pass vaccinal<\/em>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn13\" id=\"_ftnref13\">[13]<\/a>. Notons que les expressions utilis\u00e9es telles que \u00ab&nbsp;politique autoritaire de sant\u00e9&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;r\u00e9gime d\u2019exception&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;plein pouvoir sanitaire&nbsp;\u00bb, renvoient \u00e0 la strat\u00e9gie d\u2019extr\u00eame-droitisation de la politique gouvernementale exprim\u00e9e plus haut.<\/p>\n\n\n\n<p>Les appels \u00e0 la mobilisation citoyenne contre les mesures sanitaires lanc\u00e9s par la France insoumise se doublent d\u2019un principe de d\u00e9fiance vis-\u00e0-vis des vaccins, notamment les vaccins \u00e0 ARN messager, pourtant les plus efficaces contre les formes graves de la maladie. \u00ab&nbsp;<em>Je ne suis pas rassur\u00e9 par un proc\u00e9d\u00e9 qui est tout \u00e0 fait nouveau et dont on ne conna\u00eet pas les cons\u00e9quences. Je pr\u00e9f\u00e8re les formes traditionnelles de vaccination<\/em>&nbsp;\u00bb, expliquait Jean-Luc M\u00e9lenchon au micro de LCI alors que la campagne de vaccination venait de d\u00e9buter. \u00ab&nbsp;<em>Je veux pouvoir choisir<\/em>&nbsp;\u00bb et ne \u00ab&nbsp;<em>pas \u00eatre un cobaye<\/em>&nbsp;\u00bb ajoutait-il<a href=\"#_ftn14\" id=\"_ftnref14\">[14]<\/a>. Un an plus tard, il apportait son soutien aux soignants guadeloup\u00e9ens en gr\u00e8ve contre l\u2019obligation vaccinale et rencontrait le leader du mouvement Elie Domota, saluant ceux \u00ab&nbsp;<em>qui ne se laissent pas mater<\/em>&nbsp;\u00bb. Dans une interview donn\u00e9e \u00e0 la chaine locale Canal 10, il exprimait ses doutes sur d\u2019\u00e9ventuelles cons\u00e9quences inflammatoires que pourraient avoir le vaccin dans une population contamin\u00e9e par le chlord\u00e9cone<a href=\"#_ftn15\" id=\"_ftnref15\">[15]<\/a>. Invit\u00e9 quelques semaines plus tard sur France Inter, Jean-Luc M\u00e9lenchon refusait d\u2019appeler publiquement ses concitoyens \u00e0 se faire vacciner, estimant qu\u2019une telle prise de position de sa part aggraverait \u00ab&nbsp;<em>la pagaille qui existe aujourd\u2019hui dans les DOM<\/em>&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;<em>Le fait d\u2019\u00eatre contamin\u00e9 n\u2019emp\u00eache pas d\u2019\u00eatre contamin\u00e9 et ne vous emp\u00eache pas de contaminer les autres<\/em>&nbsp;\u00bb ajoutait-il avant de conclure&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Moi je suis vaccin\u00e9, faites comme vous l\u2019entendez. Mais ne faisons pas croire que la vaccination est la r\u00e9ponse unique. Et c\u2019est ce que fait le gouvernement. Il passe son temps \u00e0 dire&nbsp;: \u2018\u2018si vous \u00eates vaccin\u00e9 il n\u2019y aura plus de risque\u2019\u2019. Ce n\u2019est pas vrai&nbsp;!<\/em>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn16\" id=\"_ftnref16\">[16]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Populisme de droite et populisme de gauche&nbsp;: un rapport diff\u00e9rent aux institutions<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La mani\u00e8re dont la France Insoumise s\u2019est empar\u00e9e de la politique sanitaire illustre le double rapport que le populisme de gauche entretient avec les institutions. D\u2019une part les mouvements populistes se nourrissent de la d\u00e9fiance envers les institutions, d\u2019autre part ils participent activement \u00e0 alimenter cette d\u00e9fiance. Le discours sous-jacent de tout populisme, de droite ou de gauche, est que les institutions sont corrompues par une \u00e9lite dont les int\u00e9r\u00eats sont contraires \u00e0 ceux du peuple. D\u00e8s lors, le leader populiste est amen\u00e9 \u00e0 d\u00e9crire les responsables politiques, le gouvernement, mais aussi les m\u00e9dias, les autorit\u00e9s sanitaires, les revues scientifiques, les parti politiques traditionnels\u2026 comme \u00e9tant \u00e0 la solde d\u2019un syst\u00e8me oligarchique.<\/p>\n\n\n\n<p>Le probl\u00e8me de cette vision est qu\u2019elle rompt avec le rapport traditionnel que la gauche entretient vis-\u00e0-vis des institutions. La gauche est naturellement pro-\u00c9tat, pro-\u00e9ducation publique, pro-syst\u00e8me de sant\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9, pro-science\u2026 Elle est donc spontan\u00e9ment favorable aux institutions. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, le discours de gauche porte une vision des institutions qui n\u2019est ni r\u00e9actionnaire ni ultralib\u00e9rale. \u00c0 la diff\u00e9rence de la vision r\u00e9actionnaire, la vision de gauche estime que les individus n\u2019ont pas \u00e0 se soumettre aveugl\u00e9ment ni \u00e0 se laisser dominer par des institutions sociales surplombantes (\u00c9tat, religion, traditions\u2026). Dans l\u2019approche rousseauiste, l\u2019\u00e9mancipation proc\u00e8de d\u2019un contrat de reconnaissance r\u00e9ciproque entre la soci\u00e9t\u00e9 et les individus. Ainsi, les institutions sociales tirent leur l\u00e9gitimit\u00e9 d\u2019une conjugaison \u00e9clair\u00e9e des volont\u00e9s individuelles qui s\u2019incarnent en elles. La vision de gauche se d\u00e9marque \u00e9galement de celle des ultralib\u00e9raux pour lesquels la soci\u00e9t\u00e9 se r\u00e9sume \u00e0 l\u2019addition d\u2019individus ou de communaut\u00e9s mus par leurs int\u00e9r\u00eats propres. \u00c0 l\u2019inverse, la conception institutionnaliste de la gauche reconnait que l\u2019individu pur est une fiction et que les communaut\u00e9s ne sont l\u00e9gitimes que si elles s\u2019ins\u00e8rent dans un ordre commun et acceptent les r\u00e8gles collectives.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce projet traditionnel de la gauche, l\u2019id\u00e9e de d\u00e9velopper une collaboration harmonieuse entre l\u2019individu et les institutions, est mis en danger par la strat\u00e9gie du populisme de gauche. En d\u00e9veloppant une critique aveugle fond\u00e9e sur la multiplication des antagonismes au nom de la conqu\u00eate du pouvoir et de la lutte pour l\u2019h\u00e9g\u00e9monie, en cultivant \u00ab&nbsp;le bruit et la fureur&nbsp;\u00bb pour d\u00e9l\u00e9gitimer les institutions sociales accus\u00e9es d\u2019\u00eatre sous l\u2019emprise h\u00e9g\u00e9monique du n\u00e9olib\u00e9ralisme, la gauche populiste en vient \u00e0 construire la m\u00eame repr\u00e9sentation du monde que celle des ultralib\u00e9raux. Elle produit un imaginaire dans lequel le monde serait essentiellement compos\u00e9 d\u2019individus mus par leurs passions et leurs int\u00e9r\u00eats, un monde peupl\u00e9 de personnes sans convictions partag\u00e9es, sans id\u00e9ologie, sans collectif, et dans lequel l\u2019\u00c9tat n\u2019\u00e9mane pas d\u2019une conception de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral mais serait le pur instrument d\u2019int\u00e9r\u00eats particuliers.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout projet d\u00e9mocratique suppose un minimum de confiance entre les citoyens. La gauche n\u2019a pas d\u2019avenir si son projet est de combattre les institutions qui sont au c\u0153ur de notre soci\u00e9t\u00e9. \u00ab&nbsp;Rassembler le peuple&nbsp;\u00bb est un slogan creux si on refuse d\u2019admettre que le \u00ab&nbsp;peuple&nbsp;\u00bb n\u2019est pas uniquement un rassemblement d\u2019int\u00e9r\u00eats particuliers en lutte contre l\u2019h\u00e9g\u00e9monie n\u00e9olib\u00e9rale mais un ensemble coh\u00e9rent d\u2019individus qui ont d\u00e9velopp\u00e9 des liens de confiances les uns envers les autres \u00e0 travers des institutions sociales et qui partagent un destin commun. Si le peuple n\u2019est qu\u2019une collection d\u2019int\u00e9r\u00eats, il n\u2019est gu\u00e8re diff\u00e9rent d\u2019un tas de sable dont les grains sont d\u00e9sorganis\u00e9s et s\u2019amassent sans structure, sans classe et sans nation.<\/p>\n\n\n\n<p>En fait, le populisme renforce syst\u00e9matiquement une vision du monde qui est sp\u00e9cifique \u00e0 la droite. En dessinant un monde anomique dans lequel les individus seraient livr\u00e9s \u00e0 eux-m\u00eames, il l\u00e9gitime les conceptions r\u00e9actionnaires qui entendent r\u00e9unir le peuple sous des institutions transcendantes fond\u00e9es sur la religion, les identit\u00e9s culturelles ou une vision fantasm\u00e9e de l\u2019histoire. Il participe aussi \u00e0 renforcer le discours ultralib\u00e9ral qui glorifie la libert\u00e9 individuelle et nie la l\u00e9gitimit\u00e9 de toute organisation collective, en m\u00eame temps que l\u2019existence d\u2019un bien commun. Ainsi, en d\u00e9veloppant une critique aveugle fond\u00e9e sur les affects, le populisme de gauche tend \u00e0 renforcer les visions r\u00e9actionnaires ou libertariennes de la soci\u00e9t\u00e9. Loin de d\u00e9fendre les luttes sociales en proposant une vision coh\u00e9rente, il nourrit les contestations de toute sorte, ce qui renforce la crise de confiance et affaiblit les bases de la d\u00e9mocratie.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pour une gauche de la raison<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il est important de reconna\u00eet que les populismes ne sont pas apparus sans raison. La d\u00e9fiance institutionnelle actuelle s\u2019explique par le fait que beaucoup d\u2019institutions publiques ont \u00e9t\u00e9 perverties de leur fonction initiales et que l\u2019\u00c9tat lui-m\u00eame a perdu en l\u00e9gitimit\u00e9 en se montrant impuissant \u00e0 r\u00e9pondre aux enjeux sociaux et \u00e9conomiques qui ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9s par la crise de 2008, et qu\u2019il appara\u00eet \u00e9galement impuissant \u00e0 r\u00e9pondre de mani\u00e8re satisfaisante \u00e0 la question climatique. Le cadre europ\u00e9en et la mondialisation, qui soumettent l\u2019\u00e9conomie fran\u00e7aise \u00e0 une concurrence sans v\u00e9ritable r\u00e9gulation politique, ont pouss\u00e9 les gouvernements fran\u00e7ais \u00e0 mener des politiques similaires, fond\u00e9es sur des mesures d\u2019attractivit\u00e9 au b\u00e9n\u00e9fice du capital, en esp\u00e9rant attirer les investissements et les emplois. Ces mesures ont \u00e9t\u00e9 pay\u00e9es par un accroissement de la fiscalit\u00e9 des m\u00e9nages (notamment via la hausse des taxes sur la consommation), par la baisse des retraites, mais aussi par un affaiblissement des services publics. Le sentiment de d\u00e9fiance d\u2019une grande partie de la population et le d\u00e9sint\u00e9r\u00eat grandissant qu\u2019elle \u00e9prouve envers le fonctionnement de la d\u00e9mocratie sont les cons\u00e9quences logiques de ces politiques qui semblent se mener contre les gens et non pour eux.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour autant, il faut aussi reconna\u00eetre que le rassemblement des col\u00e8res est insuffisant pour porter un v\u00e9ritable projet de gauche. On ne peut pas d\u00e9fendre et l\u00e9gitimer tous les mouvements d\u2019opposition au n\u00e9olib\u00e9ralisme au pr\u00e9texte de construire une \u00ab&nbsp;chaine d\u2019\u00e9quivalence&nbsp;\u00bb. On ne peut pas \u00e0 la fois s\u2019affirmer f\u00e9ministe et tol\u00e9rer le voilement des petites filles&nbsp;; on ne peut pas d\u2019un c\u00f4t\u00e9 d\u00e9fendre les personnels hospitaliers \u00e9puis\u00e9s par le covid et de l\u2019autre refuser d\u2019appeler la population \u00e0 se faire vacciner&nbsp;; on ne peut pas s\u2019opposer \u00e0 l\u2019int\u00e9gration europ\u00e9enne tout en renon\u00e7ant \u00e0 d\u00e9fendre le cadre national&nbsp;; on ne peut pas proposer de sortir du march\u00e9 et de la mondialisation n\u00e9olib\u00e9rale sans penser les fronti\u00e8res \u00e9conomiques et la souverainet\u00e9 nationale. Enfin, on ne peut pas articuler l\u2019\u00e9cologie et le social tout en adoptant une vision libertaire fond\u00e9e sur la d\u00e9testation de toutes contraintes et en promouvant les droits individuels \u00e0 la consommation.<\/p>\n\n\n\n<p>Un projet de gauche doit donc faire des choix. Et ces choix doivent \u00eatre fond\u00e9s sur la raison plut\u00f4t que sur les affects. Pour cela, il faut en revenir aux fondamentaux et commencer par admettre que la structuration politique d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 est d\u2019abord fond\u00e9e sur des rapports sociaux, et que ces rapports sociaux s\u2019inscrivent dans des rapports \u00e9conomiques. De ce fait, la politique ne peut se r\u00e9sumer au combat culturel. Elle doit d\u2019abord repenser les contraintes et proposer une vision coh\u00e9rente du monde au lieu de l\u00e9gitimer par avance les revendications de groupes d\u2019int\u00e9r\u00eat diverses qui affirment s\u2019opposer au n\u00e9olib\u00e9ralisme.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9velopper cette pens\u00e9e et promouvoir une vision coh\u00e9rente suppose de renoncer \u00e0 la mise en avant de th\u00e9matiques qui ne servent qu\u2019\u00e0 renforcent les identit\u00e9s politiques, \u00e0 faire du \u00ab&nbsp;like&nbsp;\u00bb sur les r\u00e9seaux sociaux et \u00e0 rassembler les militants de son camp. Ces pratiques rel\u00e8vent peut-\u00eatre d\u2019une strat\u00e9gie \u00e9lectorale efficace dans l\u2019art de faire du buzz mais ne suffisent pas \u00e0 d\u00e9velopper et \u00e0 promouvoir un projet politique. Pour cela il faut n\u00e9cessairement en passer par la hi\u00e9rarchisation des luttes, ce qui suppose de renoncer \u00e0 certains objectifs afin d\u2019en privil\u00e9gier d\u2019autres au nom de la raison et non au nom des int\u00e9r\u00eats des uns contre les int\u00e9r\u00eats des autres.<\/p>\n\n\n\n<p>La bataille culturelle n\u2019est pas dissociable de la bataille id\u00e9ologique. Mais, plus fondamentalement, la bataille id\u00e9ologique n\u00e9cessite de s\u2019appuyer sur une conception claire du bien commun et de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral. Chantal Mouffe n\u2019a pas tort d\u2019affirmer que la politique est le terrain d\u2019affrontement des antagonismes&nbsp;; elle a raison de se m\u00e9fier de l\u2019illusion commode du consensus dans laquelle la gauche gestionnaire s\u2019est fourvoy\u00e9e. Rendre du sens \u00e0 la politique, c\u2019est bien r\u00e9affirmer l\u2019existence de clivages structurants au sein de la soci\u00e9t\u00e9. Il n\u2019en reste pas moins qu\u2019une vision politique ne peut se passer d\u2019un projet de soci\u00e9t\u00e9 susceptible d\u2019int\u00e9grer les adversaires du jour dans un nouvel espace collectif \u00e0 construire.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, la gauche doit r\u00e9affirmer que son but est de construire de nouvelles institutions et d\u2019instaurer un rapport de confiance entre ces institutions et les individus. Elle doit d\u00e9fendre la d\u00e9mocratie repr\u00e9sentative et cesser de propager une vision du monde apocalyptique dans lequel pr\u00e9vaudrait la guerre de tous contre tous. Un tel tableau ne peut que susciter l\u2019effroi et renforcer le besoin d\u2019autorit\u00e9 et les visions parano\u00efaques qui sont au c\u0153ur du populisme de droite.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> Mouffe, C. <em>Pour un populisme de gauche<\/em>, Albin Michel, 2018.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> Mouffe, C. <em>L\u2019Illusion du consensus<\/em>, Albin Michel, 2016.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a> Mathoux, H. <em>M\u00e9lenchon : la chute. Comment La France insoumise s\u2019est effondr\u00e9e<\/em>, Editions du Rocher, 2020.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\">[4]<\/a> Toutes les citations sont extraites de <em>Pour un populisme de gauche<\/em> (2018).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\">[5]<\/a> Cayla, D. <em>Populisme et n\u00e9olib\u00e9ralisme, il est urgent de tout reconstruire<\/em>, De Boeck Sup\u00e9rieur, 2020.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref6\" id=\"_ftn6\">[6]<\/a> Abel Mestre \u00ab&nbsp;LFI, accus\u00e9e de complaisance avec le communautarisme, veut clarifier sa vision de la la\u00efcit\u00e9 et de la R\u00e9publique&nbsp;\u00bb, <em>Le Monde<\/em> du 27\/10\/2020.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref7\" id=\"_ftn7\">[7]<\/a> <a href=\"https:\/\/twitter.com\/jlmelenchon\/status\/1192796104183730176\">https:\/\/twitter.com\/jlmelenchon\/status\/1192796104183730176<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref8\" id=\"_ftn8\">[8]<\/a> Pezet, J. <em>Lib\u00e9ration, Checknews<\/em>, \u00ab&nbsp;Qu\u2019a dit Henri Pe\u00f1a-Ruiz sur le \u2018\u2018droit d\u2019\u00eatre islamophobe\u2019\u2019 lors de l\u2019universit\u00e9 d\u2019\u00e9t\u00e9 de La France insoumise ?&nbsp;\u00bb, 26\/08\/2019, en ligne.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref9\" id=\"_ftn9\">[9]<\/a> \u00ab&nbsp;Charte des candidat\u00b7e\u00b7s de la France insoumise&nbsp;\u00bb, en ligne sur <a href=\"https:\/\/lafranceinsoumise.fr\/campagne-legislatives-2017\/charte-candidat-e-s\/\">https:\/\/lafranceinsoumise.fr\/campagne-legislatives-2017\/charte-candidat-e-s\/<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref10\" id=\"_ftn10\">[10]<\/a> Jeanbart B., Ferrand, O. <em>Gauche&nbsp;: quelle majorit\u00e9 \u00e9lectorale pour 2012 ?<\/em>, Terra Nova, en ligne sur <a href=\"https:\/\/tnova.fr\">https:\/\/tnova.fr<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref11\" id=\"_ftn11\">[11]<\/a> Stiegler, B. <em>De la d\u00e9mocratie en pand\u00e9mie : sant\u00e9, recherche, \u00e9ducation, <\/em>Gallimard, Coll. Tract, 2021.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref12\" id=\"_ftn12\">[12]<\/a> B. Stiegler 2020, <em>op. cit<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref13\" id=\"_ftn13\">[13]<\/a> Herreros, R. \u00ab&nbsp;\u00ab\u00a0Mettre fin au pass vaccinal\u00a0\u00bb: la promesse de Panot en pleine vague \u00e9pid\u00e9mique passe mal&nbsp;\u00bb, <em>Huffpost<\/em>, 19\/12\/2021, en ligne.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref14\" id=\"_ftn14\">[14]<\/a> \u00ab&nbsp;Covid-19 : Jean-Luc M\u00e9lenchon M\u00e9lenchon \u2018\u2018pas rassur\u00e9\u2019\u2019 par le vaccin Pfizer&nbsp;\u00bb, <em>Le Figaro \/ AFP<\/em>, 10\/01\/2021, en ligne.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref15\" id=\"_ftn15\">[15]<\/a> Toussay, J. \u00ab&nbsp;Aux Antilles, Jean-Luc M\u00e9lenchon surfe sur la d\u00e9fiance li\u00e9e au chlord\u00e9cone&nbsp;\u00bb, <em>Huffpost<\/em>, 19\/12\/2021, en ligne.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref16\" id=\"_ftn16\">[16]<\/a> \u00ab&nbsp;Sixi\u00e8me R\u00e9publique, libert\u00e9s fondamentales, Union europ\u00e9enne : Jean-Luc M\u00e9lenchon r\u00e9pond aux questions du 7\/9&nbsp;\u00bb, <em>France Inter<\/em>, le 3\/01\/2022, en ligne.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis le milieu des ann\u00e9es 2010, inspir\u00e9e par les exemples de Podemos ou de Syriza, ainsi que par des mouvements tels que Occupy Wall Street ou los Indignados, une partie de la gauche a con\u00e7u, puis mis en \u0153uvre, une &hellip; <a href=\"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/le-populisme-de-gauche-a-t-il-un-avenir\/\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":4569,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[171],"tags":[83808,83811,83810,77,134,83809,203,234,83726],"class_list":["post-178","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-democratie-2","tag-chantal-mouffe","tag-covid19","tag-defiance","tag-democratie","tag-emmanuel-macron","tag-lfi","tag-populisme","tag-populisme-de-gauche","tag-presidentielle-2022"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/178","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4569"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=178"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/178\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":182,"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/178\/revisions\/182"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=178"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=178"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=178"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}