{"id":172,"date":"2014-06-19T12:19:00","date_gmt":"2014-06-19T11:19:00","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/?p=172"},"modified":"2022-09-07T13:50:01","modified_gmt":"2022-09-07T12:50:01","slug":"preface-de-quand-lausterite-tue-2014-editions-autrement","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/preface-de-quand-lausterite-tue-2014-editions-autrement\/","title":{"rendered":"Pr\u00e9face de Quand l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 tue (2014) &#8211; \u00c9ditions Autrement"},"content":{"rendered":"\n<p>Qu\u2019est-ce qu\u2019une \u00e9conomie prosp\u00e8re&nbsp;? Comment \u00e9valuer le succ\u00e8s d\u2019une politique \u00e9conomique&nbsp;? C\u2019est d\u2019apr\u00e8s leur capacit\u00e9 \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 ces questions simples que devrait \u00eatre jug\u00e9 le talent des \u00e9conomistes. Mais comme souvent en sciences sociales, et c\u2019est heureux, l\u2019analyse du succ\u00e8s ou de l\u2019\u00e9chec d\u2019une mesure donne souvent lieu \u00e0 des pol\u00e9miques et \u00e0 des interpr\u00e9tations divergentes. Ainsi certains projets pourtant utiles \u00e0 la majorit\u00e9 doivent r\u00e9guli\u00e8rement affronter, pour s\u2019imposer, l\u2019opposition d\u2019une cat\u00e9gorie qui peut \u00eatre puissante et influente. Quant \u00e0 la prosp\u00e9rit\u00e9, elle est rarement g\u00e9n\u00e9rale et \u00e9galement distribu\u00e9e. Une \u00e9conomie peut \u00eatre qualifi\u00e9e de prosp\u00e8re malgr\u00e9 la mis\u00e8re qui ronge une grande partie de sa population et inversement, la pauvret\u00e9 d\u2019un pays n\u2019emp\u00eache pas l\u2019existence d\u2019une classe d\u2019hyper-riches.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>Comment s\u2019y retrouver&nbsp;? Pour parler de prosp\u00e9rit\u00e9 ou pour \u00e9valuer la r\u00e9ussite d\u2019une politique, les \u00e9conomistes ont recours \u00e0 des indicateurs statistiques, tel que le produit int\u00e9rieur brut (PIB), le niveau d\u2019emploi, le taux d\u2019inflation, <em>etc.<\/em> Le choix des indicateurs est important, bien s\u00fbr. On ne m\u00e8nera pas la m\u00eame politique si l\u2019on choisit de s\u2019int\u00e9resser prioritairement au taux d\u2019inflation ou au taux de ch\u00f4mage, \u00e0 l\u2019\u00e9quilibre des d\u00e9penses publiques ou \u00e0 la croissance. Un autre probl\u00e8me concerne la l\u00e9gitimit\u00e9 de ces indicateurs. Le PIB est-il un bon indicateur de prosp\u00e9rit\u00e9&nbsp;? Il agr\u00e8ge &nbsp;des productions de toute nature sans s\u2019int\u00e9resser aux effets de celles-ci sur le bien-\u00eatre social et sur l\u2019environnement, sans tenir compte des in\u00e9galit\u00e9s sociales. Peut-on mesurer la richesse sans s\u2019int\u00e9resser aux conditions de sa production, au bien-\u00eatre des salari\u00e9s, au temps de travail n\u00e9cessaire pour la produire ou \u00e0 la r\u00e9partition de l\u2019effort qu\u2019il a fallu fournir&nbsp;? Enfin, et c\u2019est presque plus important, une fois les indicateurs choisis, avec leurs qualit\u00e9s et leurs d\u00e9fauts, comment appr\u00e9hender leurs relations&nbsp;? L\u2019\u00e9quilibre budg\u00e9taire est-il n\u00e9cessaire \u00e0 la croissance de long terme comme le soutiennent les lib\u00e9raux, ou bien faut-il prioritairement stimuler la croissance pour r\u00e9tablir les comptes publics comme nous le soutenons&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019int\u00e9r\u00eat principal du livre de David Stuckler et de Sanjay Basu est d\u2019\u00eatre parvenu \u00e0 \u00e9lever ces d\u00e9bats \u00e0 un niveau d\u00e9pourvu d\u2019ambigu\u00eft\u00e9. Les auteurs se proposent en effet de mesurer la prosp\u00e9rit\u00e9 en s\u2019appuyant non pas sur des donn\u00e9es \u00e9conomiques telles que le PIB, mais en observant les &nbsp;situations sanitaires des pays et leur &nbsp;\u00e9volution. La force de cette d\u00e9marche est de s\u2019appuyer sur des donn\u00e9es extr\u00eamement solides. On peut toujours contester la l\u00e9gitimit\u00e9 du PIB ou l\u2019int\u00e9r\u00eat de s\u2019int\u00e9resser au taux d\u2019inflation ou \u00e0 la balance commerciale. Mais qui peut contester la hausse de la mortalit\u00e9 et la chute dramatique de l\u2019esp\u00e9rance de vie en Russie au moment de la transition vers le capitalisme&nbsp;? Comment ne pas s\u2019interroger sur la hausse des suicides en Italie ou sur l\u2019explosion des maladies infectieuses en Gr\u00e8ce ou en Tha\u00eflande au moment de la mise en \u0153uvre de politiques d\u2019aust\u00e9rit\u00e9&nbsp;? Ce que montre d\u2019abord le livre de Stuckler et Basu, c\u2019est que le taux de suicide, l\u2019esp\u00e9rance de vie, les conditions sanitaires g\u00e9n\u00e9rales d\u2019une population sont de tr\u00e8s bons indicateurs de la prosp\u00e9rit\u00e9. Ils sont \u00e0 la fois tr\u00e8s fiables et sans aucune ambigu\u00eft\u00e9 interpr\u00e9tative.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour les \u00e9conomistes, ce travail est pr\u00e9cieux, non seulement pour ses r\u00e9sultats, mais aussi pour sa d\u00e9marche intellectuelle. Il montre que la meilleure fa\u00e7on de parler d\u2019\u00e9conomie c\u2019est de ne pas se cantonner \u00e0 l\u2019analyse des donn\u00e9es de la seule sph\u00e8re \u00e9conomique. L\u2019\u00e9conomie n\u2019est pas d\u00e9tach\u00e9e du social. Ils se d\u00e9terminent mutuellement. La mesure de la prosp\u00e9rit\u00e9 ne peut donc pas \u00eatre exclusivement \u00e9conomique&nbsp;: elle n\u00e9cessite de prendre en compte des r\u00e9alit\u00e9s qui concernent l\u2019ensemble du corps social. Aussi, le mod\u00e8le \u00e9conomique le plus efficace n\u2019est pas celui qui permet le plus grand exc\u00e9dent commercial ou qui parvient le mieux \u00e0 \u00e9quilibrer les comptes publics, mais celui qui assure la plus grande esp\u00e9rance de vie \u00e0 sa population, qui lutte le plus efficacement contre la propagation des maladies infectieuses et qui parvient le mieux \u00e0 pr\u00e9venir les d\u00e9pressions. Et m\u00eame si la sant\u00e9 fournit de tr\u00e8s pr\u00e9cieux indicateurs de prosp\u00e9rit\u00e9, rien n\u2019emp\u00eache les \u00e9conomistes de s\u2019appuyer sur d\u2019autres donn\u00e9es comme par exemple le taux de criminalit\u00e9, le nombre de sans-abri, la qualit\u00e9 environnementale ou le niveau des in\u00e9galit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Au-del\u00e0 de la d\u00e9marche, le travail des auteurs est particuli\u00e8rement pr\u00e9cieux pour ses r\u00e9sultats. Leur \u00e9tude, pr\u00e9cise et tr\u00e8s bien document\u00e9e, montre qu\u2019il existe une corr\u00e9lation ind\u00e9niable entre les politiques d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 et la d\u00e9gradation de l\u2019\u00e9tat sanitaire de la population. Les auteurs ne se contentent pas d\u2019\u00e9tablir des corr\u00e9lations lin\u00e9aires. Tous les scientifiques savent que le r\u00e9sultat d\u2019une exp\u00e9rience isol\u00e9e ne prouve rien. En toute rigueur, pour d\u00e9montrer un effet, il faut utiliser un protocole rigoureux qui permet de comparer les r\u00e9sultats d\u2019une exp\u00e9rience avec celle d\u2019un groupe de contr\u00f4le. La difficult\u00e9 est qu\u2019il est difficile de trouver un groupe de contr\u00f4le lorsqu\u2019une politique d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 est men\u00e9e et qu\u2019elle touche, par d\u00e9finition, l\u2019ensemble de la population. Les auteurs contournent cette difficult\u00e9 en s\u2019attachant \u00e0 comparer les effets de politiques \u00e9conomiques diff\u00e9rentes men\u00e9es dans des pays similaires. Les politiques \u00e9conomiques sont le produit des choix des dirigeants. Confront\u00e9 \u00e0 une crise financi\u00e8re ou \u00e9conomique, un gouvernement conservateur n\u2019agira (en principe) pas de la m\u00eame fa\u00e7on qu\u2019un gouvernement de gauche. Ces diff\u00e9rentes strat\u00e9gies produisent des r\u00e9sultats diff\u00e9rents, et c\u2019est en comparant ces r\u00e9sultats qu\u2019on peut en d\u00e9duire quelle politique est la plus favorable (ou la moins contraire) \u00e0 la prosp\u00e9rit\u00e9 sociale.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ouvrage de David Stuckler et de Sanjay Basu peut donc se lire comme une synth\u00e8se des diff\u00e9rentes exp\u00e9riences historiques men\u00e9es en r\u00e9ponse aux crises \u00e9conomiques. \u00c9tats pro <em>New-Deal<\/em> contre \u00c9tats anti <em>New-Deal<\/em> pendant les ann\u00e9es 30 aux \u00c9tats-Unis, strat\u00e9gie gradualiste contre th\u00e9rapie de choc mise en \u0153uvre apr\u00e8s la dislocation de l\u2019URSS, refus ou acceptation des rem\u00e8des du FMI pendant la crise asiatique de la fin des ann\u00e9es 90, aust\u00e9rit\u00e9 ou relance en Europe depuis 2009, accompagnement ou non des ch\u00f4meurs, mise en \u0153uvre ou non de mesures d\u2019aide au logement, <em>etc. <\/em>Chaque exp\u00e9rience nous renseigne sur les diff\u00e9rentes facettes des politiques d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 et chacune d\u00e9montre et quantifie rigoureusement les effets en termes de sant\u00e9 et de vies humaines des politiques men\u00e9es. Et le r\u00e9sultat ne&nbsp; laisse gu\u00e8re place au doute&nbsp;: partout o\u00f9 elles sont appliqu\u00e9es, les politiques d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 tuent.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais ce r\u00e9sultat, robuste et v\u00e9rifi\u00e9 statistiquement, n\u2019est pas suffisant. La guerre aussi tue. Et pourtant nous acceptons de faire la guerre lorsque les circonstances l\u2019exigent. La question n\u2019est donc pas seulement de savoir que les politiques d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 maltraitent le corps social, elle est aussi de montrer que ces politiques sont parfaitement \u00e9vitables et inutiles.<\/p>\n\n\n\n<p>Les lib\u00e9raux nous disent&nbsp;: ce n\u2019est pas l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 qui tue, c\u2019est la crise. L\u2019aust\u00e9rit\u00e9 de leur point de vue ne serait qu\u2019un moyen de sortir de la crise&nbsp;; un m\u00e9dicament d\u00e9sagr\u00e9able, comparable \u00e0 une chimioth\u00e9rapie qui affaiblit le corps pour mieux le gu\u00e9rir. Ce raisonnement tient \u00e0 un simple postulat&nbsp;: accepter un appauvrissement \u00e0 court terme pour b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019une prosp\u00e9rit\u00e9 \u00e0 long terme. Face \u00e0 ce type de raisonnement, l\u2019\u00e9conomiste J. M. Keynes avait une formule lapidaire&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00e0 long terme, nous sommes tous morts&nbsp;\u00bb, sous-entendant par-l\u00e0 que s\u2019occuper des grands \u00e9quilibres de long terme n\u2019a gu\u00e8re de sens lorsque l\u2019urgence est de r\u00e9soudre des probl\u00e8mes concrets et imm\u00e9diats.<\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9ponse de Stuckler et Basu est encore plus lapidaire. L\u2019aust\u00e9rit\u00e9 cr\u00e9e des morts \u00e0 court terme, et ces morts ne risquent pas de cr\u00e9er de la richesse \u00e0 long terme. En Russie, la th\u00e9rapie de choc profess\u00e9e par les ultra-lib\u00e9raux de l\u2019\u00e9cole de Chicago n\u2019a pas seulement affaibli les infrastructures \u00e9conomiques du pays&nbsp;: elle a engendr\u00e9 une surmortalit\u00e9 chez les hommes de 30-50 ans, c\u2019est-\u00e0-dire chez les personnes susceptibles d\u2019\u00eatre les plus productives et qui ont \u00e9t\u00e9 pouss\u00e9es au suicide et aux conduites \u00e0 risque par l\u2019absence de perspectives \u00e9conomiques. L\u2019esp\u00e9rance de vie moyenne de la population russe, qui avait atteint 70 ans au milieu des ann\u00e9es 1980, \u00e9tait tomb\u00e9e \u00e0 64 ans dix ans plus tard, principalement en raison de la hausse de la mortalit\u00e9 des jeunes hommes. Cette mortalit\u00e9 \u00e9tait parfaitement \u00e9vitable. D\u2019autres pays confront\u00e9s \u00e0 des crises majeures, comme l\u2019Islande ou la Su\u00e8de, des pays en transition comme la Pologne ou la Bi\u00e9lorussie ont choisi de r\u00e9pondre \u00e0 la difficult\u00e9 en maintenant des politiques publiques ambitieuses ou en accompagnant de mani\u00e8re plus graduelle leur transition d\u00e9licate vers le capitalisme. Le r\u00e9sultat est que dans ces pays, des morts ont \u00e9t\u00e9 \u00e9vit\u00e9es. La crise dramatique qu\u2019a subie l\u2019Islande apr\u00e8s la faillite de son syst\u00e8me bancaire n\u2019a pas entra\u00een\u00e9 d\u2019augmentation significative des suicides&nbsp;; en Su\u00e8de, la hausse du ch\u00f4mage dans les ann\u00e9es 1990 n\u2019a conduit ni \u00e0 la d\u00e9sesp\u00e9rance ni \u00e0 la hausse des troubles psychiques. En Bi\u00e9lorussie ou en Pologne la transition vers le capitalisme ne s\u2019est accompagn\u00e9e ni d\u2019une explosion de l\u2019alcoolisme ni d\u2019une hausse de la mortalit\u00e9 des jeunes hommes comme en Russie.<\/p>\n\n\n\n<p>En somme, ce ne sont pas d\u2019abord les crises \u00e9conomiques qui tuent. Le livre s\u2019ouvre d\u2019ailleurs sur une \u00e9tude d\u00e9taill\u00e9e de l\u2019\u00e9volution de la mortalit\u00e9 aux \u00c9tats-Unis pendant la grande d\u00e9pression. Au cours de cette p\u00e9riode de grande souffrance \u00e9conomique, le taux de mortalit\u00e9 a baiss\u00e9. La mise en \u0153uvre du <em>New-Deal<\/em>, la politique volontariste du pr\u00e9sident Roosevelt visant \u00e0 renforcer le syst\u00e8me national de sant\u00e9 et la baisse des accidents de la route expliquent en grande partie pourquoi la pire crise \u00e9conomique de l\u2019histoire des \u00c9tats-Unis n\u2019a pas eu d\u2019effet majeur sur la sant\u00e9 des Am\u00e9ricains. A l\u2019inverse, les coupes brutales dans les d\u00e9penses de sant\u00e9 impos\u00e9es aux Grecs par la Tro\u00efka se sont traduites par une d\u00e9gradation sans pr\u00e9c\u00e9dent de la situation sanitaire de la population. Ce n\u2019est donc pas la crise \u00e9conomique qui tue, mais bien les politiques d\u2019aust\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>La morale de cette histoire est que les hommes n\u2019ont pas le droit d\u2019\u00eatre fatalistes. Face \u00e0 ceux qui r\u00e9p\u00e8tent sans cesse qu\u2019il n\u2019y a qu\u2019une seule politique possible, les auteurs montrent qu\u2019il y a toujours plusieurs choix. La diff\u00e9rence entre la Gr\u00e8ce et l\u2019Islande, c\u2019est la d\u00e9mocratie. Lorsque la crise s\u2019est abattue sur l\u2019Islande et qu\u2019il a fallu mettre en \u0153uvre les politiques d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 impos\u00e9es par le FMI, les institutions du pays et la col\u00e8re des manifestants ont contraint le gouvernement \u00e0 organiser un r\u00e9f\u00e9rendum. A l\u2019inverse, en Gr\u00e8ce, le r\u00e9f\u00e9rendum promis par le Premier ministre pour valider le plan d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 de la Tro\u00efka n\u2019a jamais eu lieu. Dans un cas la population a pu s\u2019exprimer et s\u2019est servi de cette expression pour imposer une alternative aux politiques d\u2019aust\u00e9rit\u00e9. Dans l\u2019autre, la d\u00e9mocratie a \u00e9t\u00e9 \u00e9touff\u00e9e et les politiques d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 se sont impos\u00e9es. Le bilan, quatre ans plus tard, ne fait gu\u00e8re de doute. Le peuple islandais est en bien meilleure sant\u00e9 que le peuple grec.<\/p>\n\n\n\n<p>Toute l\u2019Europe est confront\u00e9e \u00e0 de tels choix. Le collectif des \u00c9conomistes Atterr\u00e9s s\u2019est constitu\u00e9 en r\u00e9action aux politiques men\u00e9es par la Commission et les gouvernements europ\u00e9ens qui entendaient soumettre l\u2019ensemble des politiques publiques \u00e0 l\u2019imp\u00e9ratif de l\u2019\u00e9quilibre budg\u00e9taire. Dans nos travaux, nous avons montr\u00e9 que ces politiques d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 sont inefficaces dans leurs objectifs affich\u00e9s, puisqu\u2019elles ne permettent pas de r\u00e9duire les dettes publiques, mais \u00e9galement dangereuses pour l\u2019avenir des \u00e9conomies qui la subissent ainsi que pour le projet europ\u00e9en. Le danger est que le \u00ab&nbsp;corps \u00e9conomique&nbsp;\u00bb tout entier sorte affaibli de ces cures d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 et que le projet collectif europ\u00e9en finisse par dispara\u00eetre, emport\u00e9 par la crise de son mod\u00e8le \u00e9conomique. Tout comme les auteurs de ce livre, nous pensons que le social ne peut \u00eatre distingu\u00e9 de l\u2019\u00e9conomie et qu\u2019il n\u2019y a pas de politique \u00e9conomique l\u00e9gitime sans un vrai d\u00e9bat d\u00e9mocratique. Nous pensons \u00e9galement qu\u2019un d\u00e9bat \u00e9clair\u00e9 ne peut se tenir sans une analyse rigoureuse des faits. Responsables politiques et \u00e9conomistes doivent apprendre \u00e0 mieux tirer les le\u00e7ons de l\u2019histoire. Or, trop souvent, les r\u00e9alit\u00e9s sont ni\u00e9es par confort de pens\u00e9e ou par dogmatisme id\u00e9ologique. Nous esp\u00e9rons que ce livre contribuera, comme nous essayons de le faire depuis quatre ans, \u00e0 mettre \u00e0 mal les doctrines \u00e9conomiques actuellement dominantes en Europe&nbsp;: elles se traduisent par des politiques qui n\u2019ont aucune chance de sortir l\u2019Union europ\u00e9enne, et la France en particulier, de la crise que nous subissons depuis 2008.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Qu\u2019est-ce qu\u2019une \u00e9conomie prosp\u00e8re&nbsp;? Comment \u00e9valuer le succ\u00e8s d\u2019une politique \u00e9conomique&nbsp;? C\u2019est d\u2019apr\u00e8s leur capacit\u00e9 \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 ces questions simples que devrait \u00eatre jug\u00e9 le talent des \u00e9conomistes. Mais comme souvent en sciences sociales, et c\u2019est heureux, l\u2019analyse du &hellip; <a href=\"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/preface-de-quand-lausterite-tue-2014-editions-autrement\/\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":4569,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[83873,171],"tags":[52,83864,83866,83867,83853,83865],"class_list":["post-172","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-analyse-economique","category-democratie-2","tag-austerite","tag-economistes-atterres-2","tag-heterodoxie","tag-methodologie","tag-politiques-publiques","tag-quand-lausterite-tue"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/172","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4569"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=172"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/172\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":185,"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/172\/revisions\/185"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=172"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=172"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=172"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}