{"id":146,"date":"2021-10-23T08:55:00","date_gmt":"2021-10-23T07:55:00","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/?p=146"},"modified":"2022-09-11T07:40:12","modified_gmt":"2022-09-11T06:40:12","slug":"la-social-ecologie-est-elle-lavenir-de-la-gauche","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/la-social-ecologie-est-elle-lavenir-de-la-gauche\/","title":{"rendered":"La social-\u00e9cologie est-elle l\u2019avenir de la gauche\u00a0?"},"content":{"rendered":"\n<p>Anne Hidalgo, Yannick Jadot et Jean-Luc M\u00e9lenchon sont au moins d\u2019accord sur une chose. Les projets de gauche classiques fond\u00e9s sur la seule d\u00e9fense des cat\u00e9gories populaires sont d\u00e9sormais insuffisants. Face \u00e0 l\u2019urgence climatique et aux limites que la nature nous impose, les politiques sociales doivent s\u2019accompagner d\u2019une ambitieuse transformation \u00e9cologique de notre syst\u00e8me productif et de nos modes de vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce double objectif, social et \u00e9cologique, se retrouve dans presque tous les discours. Pour d\u00e9fendre sa candidature, Hidalgo pr\u00f4ne l\u2019av\u00e8nement d\u2019une \u00ab&nbsp;<em>R\u00e9publique sociale et \u00e9cologique<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;; Jadot de son c\u00f4t\u00e9 souhaite que les politiques publiques soient consacr\u00e9es \u00ab&nbsp;<em>au climat, \u00e0 la justice sociale, \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 femmes-hommes<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;; quant \u00e0 M\u00e9lenchon, il ne propose rien de moins que \u00ab&nbsp;<em>l\u2019harmonie des \u00eatres humains entre eux et avec la nature<\/em>&nbsp;\u00bb par le biais d\u2019une \u00ab&nbsp;<em>planification \u00e9cologique et d\u00e9mocratique<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p><strong>Gilets jaunes et Rise for climate<\/strong><br><br>Quoi de mieux en effet, pour lancer une campagne \u00e9lectorale d\u2019opposition, que de conjuguer les deux mouvements sociaux les plus embl\u00e9matiques du quinquennat Macron\u00a0? D\u2019un c\u00f4t\u00e9 les Gilets jaunes qui ont incarn\u00e9 les angoisses d\u2019une France populaire\u00a0; de l\u2019autre le mouvement <em>Rise for climate<\/em>, dont Greta Thunberg fut la figure tut\u00e9laire, qui exige des gouvernements une action plus forte dans leur lutte contre le changement climatique. \u00ab\u00a0Fin du mois, fin du monde, m\u00eame combat\u00a0!\u00a0\u00bb affirment en ch\u0153ur les candidats de gauche. Mais la construction d\u2019un v\u00e9ritable mouvement social et \u00e9cologique est-elle possible\u00a0? Peut-on associer de mani\u00e8re convaincante les revendications de deux \u00e9lectorats si diff\u00e9rents\u00a0? Ce qui est certain, c\u2019est que la jonction entre les manifestations pour le climat et celles des Gilets jaunes ne s\u2019est pas spontan\u00e9ment produite. Les cort\u00e8ges rest\u00e8rent distincts et les pancartes \u00e9taient loin de raconter la m\u00eame histoire. La jeunesse urbaine et \u00e9duqu\u00e9e qui s\u2019inqui\u00e8te pour le climat parvint difficilement \u00e0 se fondre dans France p\u00e9riph\u00e9rique qui occupa les ronds-points.<\/p>\n\n\n\n<p>Les contradictions apparaissent dans les discours m\u00eame des candidats. Par exemple, apr\u00e8s avoir estim\u00e9 que la vitesse sur autoroute \u00e9tait trop \u00e9lev\u00e9e, Hidalgo s\u2019est sentie oblig\u00e9e de donner quelques gages aux automobilistes&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>La transition \u00e9cologique ne se fera pas contre ceux qui, aujourd\u2019hui, ne parviennent plus \u00e0 boucler leurs fins de mois, parce que les loyers, l\u2019\u00e9nergie et les carburants augmentent mais pas leurs salaires<\/em>&nbsp;\u00bb expliqua-t-elle dans <em>Lib\u00e9ration<\/em> avant de proposer de baisser la TVA sur les carburants. Baisser le prix de l\u2019essence&nbsp;? Ce n\u2019est pas le projet de Jadot qui souhaite interdire la vente de tout v\u00e9hicule \u00e0 moteur thermique d\u2019ici 2030. \u00ab&nbsp;<em>Les \u00e9cologistes assument que le carbone, parce qu\u2019il participe du d\u00e9r\u00e8glement climatique, doit \u00eatre davantage tax\u00e9<\/em>&nbsp;\u00bb, affirmait-il en 2018. La candidature \u00e0 la pr\u00e9sidentielle a assoupli son discours, l\u2019amenant aujourd\u2019hui \u00e0 d\u00e9fendre le ch\u00e8que carburant. Pour M\u00e9lenchon, enfin, la solution passe par le blocage des prix, une fa\u00e7on astucieuse de donner l\u2019impression de d\u00e9fendre le pouvoir d\u2019achat sans pour autant appeler \u00e0 baisser les prix des carburants.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un projet social-\u00e9cologique<\/strong><br><br>Laissons l\u00e0 les accommodements que tout candidat \u00e0 l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle est in\u00e9vitablement amen\u00e9 \u00e0 faire pour adapter son discours \u00e0 l\u2019actualit\u00e9. Le probl\u00e8me de la compatibilit\u00e9 entre les projets sociaux et \u00e9cologiques est complexe. Pour autant, il existe bien quelques points de convergence.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un article publi\u00e9 en 2015, l\u2019\u00e9conomiste \u00c9loi Laurent propose de d\u00e9finir ce que pourrait \u00eatre un v\u00e9ritable projet social-\u00e9cologique<a id=\"_ftnref1\" href=\"#_ftn1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>. Pour l\u2019auteur, le d\u00e9veloppement durable repose sur plusieurs \u00e9quilibres qu\u2019il convient d\u2019articuler ensemble. Le \u00ab\u00a0d\u00e9veloppement inclusif\u00a0\u00bb suppose de concilier les objectifs \u00e9conomiques et les besoins sociaux\u00a0; \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9conomie verte\u00a0\u00bb implique de rendre compatibles l\u2019\u00e9conomie et la protection de l\u2019environnement. Enfin, Laurent note un troisi\u00e8me \u00e9quilibre\u00a0: l\u2019arbitrage entre le social et l\u2019\u00e9cologie, qu\u2019il nomme \u00ab\u00a0social-\u00e9cologie\u00a0\u00bb et qui serait, selon lui, d\u00e9laiss\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour \u00c9loi Laurent, tout l\u2019objet de la social-\u00e9cologie est de montrer que, loin de s\u2019opposer, le social et l\u2019\u00e9cologie fonctionnent ensemble. Par exemple, il existe un lien entre le niveau d\u2019in\u00e9galit\u00e9 d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 et ses atteintes \u00e0 l\u2019environnement. \u00c0 cela, plusieurs raisons. Premi\u00e8rement, les \u00e9missions individuelles de CO2 d\u00e9pendent en grande partie des revenus. En France, la consommation moyenne des 50% les moins riches correspond au niveau d\u2019\u00e9missions qu\u2019il faudrait atteindre pour respecter nos engagements climatiques. Ainsi, en ramenant les revenus des m\u00e9nages autour du revenu m\u00e9dian \u00ab\u00a0<em>il serait possible de baisser simultan\u00e9ment les in\u00e9galit\u00e9s de revenu et les \u00e9missions de CO2<\/em>\u00a0\u00bb. La deuxi\u00e8me raison pour laquelle la r\u00e9duction des in\u00e9galit\u00e9s est indispensable \u00e0 la protection de l\u2019environnement est que la pollution touche majoritairement les populations les plus d\u00e9favoris\u00e9es qui habitent dans des environnements d\u00e9grad\u00e9s, pr\u00e8s des incin\u00e9rateurs et des voies rapides, dans des zones inondables, tout en ayant peu de capacit\u00e9 \u00e0 se prot\u00e9ger des catastrophes naturelles. Ainsi, les populations les plus riches se sentent moins concern\u00e9es \u2013 et sont d\u00e8s lors peu incit\u00e9es \u00e0 modifier leurs comportements et \u00e0 organiser la transition \u00e9cologique. Plus largement, on peut penser que si les effets de la pollution \u00e9taient mieux r\u00e9partis et davantage ressentis par les classes sup\u00e9rieures, il serait plus simple de faire accepter des mesures protectrices de l\u2019environnement.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, l\u2019\u00e9cologie ne peut se d\u00e9sint\u00e9resser du social. En effet le discours \u00e9cologique, qui implique un changement profond des comportements, est inaudible pour la partie de la population qui est d\u00e9j\u00e0 victime de rel\u00e9gation \u00e9conomique. Pour s\u2019int\u00e9resser \u00e0 la biosph\u00e8re, il faut b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019un certain niveau de confort et avoir le sentiment que les efforts seront justement r\u00e9partis, ce qui est loin d\u2019\u00eatre \u00e9vident si les injustices ressenties sont flagrantes.<\/p>\n\n\n\n<p>Les politiques \u00e9cologique et sociale devraient pouvoir \u00eatre concili\u00e9es estime \u00c9loi Laurent. Elles s\u2019appuient d\u2019ailleurs sur des mesures communes. Toutes deux n\u00e9cessitent, par exemple, de sortir des rapports marchands et de rendre \u00e0 l\u2019\u00c9tat et aux acteurs publics un r\u00f4le moteur dans la r\u00e9gulation \u00e9conomique. Les deux projets d\u00e9fendent l\u2019id\u00e9e qu\u2019il faudrait se lib\u00e9rer de certaines contraintes internationales, revoir les trait\u00e9s de libre-\u00e9change et mettre en place une taxe carbone aux fronti\u00e8res pour limiter le dumping \u00e9cologique et social et favoriser la relocalisation d\u2019une partie de la production. Enfin, le social et l\u2019\u00e9cologie n\u00e9cessitent tous les deux des investissements dans les transports publics, dans l\u2019urbanisme et un meilleur am\u00e9nagement du territoire.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les quatre grandes contradictions de la gauche \u00e9cologique<\/strong><br><br>Mais s\u2019il n\u2019y avait que des convergences, comment expliquer les difficult\u00e9s actuelles de la gauche\u00a0? Historiquement, son tournant \u00e9cologique est concomitant \u00e0 son d\u00e9crochage \u00e9lectoral. Plus les partis de gauche se montrent concern\u00e9s par l\u2019environnement et la plan\u00e8te, plus leur base \u00e9lectorale se r\u00e9tr\u00e9cie autour des classes moyennes et sup\u00e9rieures, abandonnant les classes populaires \u00e0 l\u2019extr\u00eame droite. Pour expliquer ce ph\u00e9nom\u00e8ne, il est possible d\u2019\u00e9voquer quatre grandes contradictions. Or, face \u00e0 ces contradictions, les responsables politiques de gauche semblent \u00eatre dans le d\u00e9ni. Le probl\u00e8me est qu\u2019en refusant d\u2019admettre l\u2019existence de ces contradictions et de s\u2019en expliquer, ils suscitent la m\u00e9fiance et perdent en cr\u00e9dibilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le premier non-dit concerne les questions europ\u00e9ennes et internationales. Comme nous l\u2019avons mentionn\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment, l\u2019un des points de convergence entre le social et l\u2019\u00e9cologie est la question des trait\u00e9s de libre-\u00e9change qu\u2019il faudrait imp\u00e9rativement revoir afin d\u2019y inclure des normes sociales et \u00e9cologiques. Mais comment concr\u00e8tement y parvenir alors que la politique commerciale est une comp\u00e9tence exclusive de l\u2019Union europ\u00e9enne\u00a0? Comment, plus g\u00e9n\u00e9ralement, transformer les rapports de force au sein de l\u2019UE alors que les int\u00e9r\u00eats fran\u00e7ais et allemands, sur ce point, apparaissent profond\u00e9ment contradictoires\u00a0? Les exc\u00e9dents commerciaux sont \u00e0 la base du mod\u00e8le \u00e9conomique allemand\u00a0; on peut donc douter que la premi\u00e8re puissance \u00e9conomique europ\u00e9enne accepte de bon gr\u00e9 une ren\u00e9gociation globale des accords commerciaux. Face \u00e0 ce blocage, la solution \u00ab\u00a0sociale\u00a0\u00bb serait de r\u00e9affirmer la souverainet\u00e9 nationale et d\u2019assumer le rapport de force avec les autorit\u00e9s europ\u00e9ennes. Mais cette r\u00e9affirmation du souverainisme est en contradiction avec la strat\u00e9gie \u00e9cologique qui est, pour sa part, fond\u00e9e sur le principe du multilat\u00e9ralisme et des accords internationaux. La lutte contre le changement climatique suppose en effet des engagements internationaux contraignants entre les pays. Or, on ne peut \u00e0 la fois d\u00e9fendre le souverainisme social et l\u2019internationalisme \u00e9cologique.<\/p>\n\n\n\n<p>Le deuxi\u00e8me d\u00e9ni du discours social-\u00e9cologique se rapporte \u00e0 la consommation. Les \u00e9cologistes, et plus particuli\u00e8rement les partisans de la d\u00e9croissance, portent un discours fond\u00e9 sur la limitation des consommations polluantes allant des v\u00e9hicules individuels \u00e0 la consommation de viande en passant par le transport a\u00e9rien, l\u2019usage d\u2019Amazon ou le \u00ab&nbsp;<em>pavillon avec jardin<\/em>&nbsp;\u00bb qui, \u00e0 entendre la ministre du logement Emmanuelle Wargon, ne serait plus un mod\u00e8le \u00ab&nbsp;<em>soutenable<\/em>&nbsp;\u00bb. Le probl\u00e8me est que le discours social de la gauche a toujours \u00e9t\u00e9 la d\u00e9fense du pouvoir d\u2019achat et la hausse des salaires. La contradiction, ici, est flagrante. Comment d\u00e9fendre d\u2019un c\u00f4t\u00e9 le droit des classes populaires \u00e0 consommer tout en expliquant, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, que l\u2019exc\u00e8s global de consommation nuit \u00e0 la plan\u00e8te&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Pour se sortir de ce pi\u00e8ge, les \u00e9cologistes expliquent qu\u2019il existe des consommations inutiles ou nuisibles et que l\u2019effort doit porter sur une red\u00e9finition de nos besoins. Mais ce discours, loin de rassurer, suscite une angoisse suppl\u00e9mentaire puisqu\u2019il implique un jugement moral vis-\u00e0-vis de certaines consommations qui seraient jug\u00e9es inutiles sans qu\u2019on ne pr\u00e9cise jamais par qui, comment, et selon quels crit\u00e8res. La crainte est que le discours \u00e9cologiste ne se transforme en une restriction de la libert\u00e9 du consommateur. Cette angoisse est renforc\u00e9e par le caract\u00e8re moralisateur de certains militants qui se targuent de comportements de consommation responsables (ne plus prendre l\u2019avion, ne plus manger de viande, se d\u00e9placer \u00e0 v\u00e9lo\u2026) Ces discours, qui rel\u00e8vent de la distinction au sens de Bourdieu, ne favorisent pas l\u2019acceptation du message par les classes populaires.<\/p>\n\n\n\n<p>Le troisi\u00e8me point aveugle du discours social-\u00e9cologique concerne le r\u00f4le des experts et la confiance qu\u2019on leur porte. Les militants \u00e9cologistes et les classes sup\u00e9rieures sont naturellement conduits \u00e0 faire confiance aux experts et au discours scientifique, en particulier parce que ces experts sont des personnes qui leur ressemblent davantage socialement. C\u2019est loin d\u2019\u00eatre le cas chez les classes populaires. Durant l\u2019\u00e9pisode pand\u00e9mique on a pu constater que les taux de vaccination (et donc la confiance qu\u2019on accorde aux vaccins) \u00e9taient largement corr\u00e9l\u00e9s aux revenus, ce qui fait que les d\u00e9partements les plus pauvres, en particulier en outre-mer, \u00e9taient aussi ceux o\u00f9 l\u2019on se vaccinaient le moins.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une d\u00e9fiance nourrie par l&rsquo;exp\u00e9rience n\u00e9olib\u00e9rale<\/strong><br><br>La question climatique est \u00e9galement une question scientifique. Les rapports du GIEC qui \u00e9tudient en d\u00e9tail les cons\u00e9quences du r\u00e9chauffement global ne peuvent avoir d\u2019influence que s\u2019ils apparaissent cr\u00e9dibles aux yeux du plus grand nombre. Le probl\u00e8me est que, dans l\u2019actualit\u00e9 r\u00e9cente, \u00ab\u00a0l\u2019expertise\u00a0\u00bb a souvent servi la cause du n\u00e9olib\u00e9ralisme. Les \u00e9conomistes sont les premiers \u00e0 avoir d\u00e9fendu l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 et la flexibilit\u00e9 salariale au nom de la comp\u00e9titivit\u00e9. Ils ont ainsi largement particip\u00e9 au discr\u00e9dit de la parole des experts. Or, les parall\u00e8les entre les discours n\u00e9olib\u00e9raux et \u00e9cologiques existent. Dans les deux cas, il s\u2019agit d\u2019expliquer qu\u2019il faut accepter des contraintes au nom de principes sup\u00e9rieurs et imp\u00e9ratifs\u00a0: la mondialisation d\u2019un c\u00f4t\u00e9, la lutte contre le r\u00e9chauffement climatique de l\u2019autre. Mais apr\u00e8s quarante ans de lutte contre un discours n\u00e9olib\u00e9ral erron\u00e9, comment rendre cr\u00e9dible, aupr\u00e8s des classes populaires, les rapports alarmistes des experts sur le climat qui eux n\u2019ont rien d\u2019erron\u00e9s mais apparaissent impos\u00e9s d\u2019en haut\u00a0?<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, la quatri\u00e8me contradiction de la social-\u00e9cologie r\u00e9side dans son rapport \u00e0 la d\u00e9mocratie. La gauche sociale d\u00e9fend les libert\u00e9s individuelles et combat les d\u00e9rives autoritaires. En p\u00e9riode de croissance \u00e9conomique, il est possible et relativement simple de porter un discours progressiste d\u2019\u00e9mancipation individuelle, puisque chaque g\u00e9n\u00e9ration conna\u00eet un niveau de vie sup\u00e9rieur \u00e0 celui de la pr\u00e9c\u00e9dente. Il est d\u2019ailleurs int\u00e9ressant de noter que la d\u00e9mocratisation des soci\u00e9t\u00e9s \u00e9merge au moment de l\u2019apparition du capitalisme industriel, \u00e0 la fin du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, et que la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale s\u2019installe d\u00e9finitivement au cours du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, lorsque les taux de croissance d\u00e9passent les 2% par an.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais comment organiser la d\u00e9croissance ou toute autre forme de restriction collective de nos modes de production et de consommation sans porter atteinte aux libert\u00e9s individuelles et aux principes d\u00e9mocratiques&nbsp;? Trop souvent, le discours \u00e9cologique suppose, en se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience de la convention citoyenne, que le d\u00e9bat d\u00e9mocratique suffirait \u00e0 rendre l\u00e9gitime des d\u00e9cisions qui vont pousser des millions de personnes \u00e0 s\u2019adapter \u00e0 un monde enti\u00e8rement nouveau. L\u2019exp\u00e9rience r\u00e9elle de la d\u00e9mocratie s\u2019av\u00e8re bien souvent bien d\u00e9cevante sur ce point. La conscience \u00e9cologique et les d\u00e9bats ne produisent pas spontan\u00e9ment l\u2019acceptation de contraintes qui touchent \u00e0 des questions aussi sensibles que celles de nos modes de vie. En somme, le risque est grand que les projets social-\u00e9cologiques port\u00e9s par la gauche peinent \u00e0 convaincre une majorit\u00e9 d\u2019\u00e9lecteurs.<br><br>Tant que les candidats de gauche nieront les contradictions qui existent entre ces deux enjeux politiques, et tant qu\u2019ils refuseront d\u2019expliquer comment ils vont les arbitrer, leurs discours risquent de continuer de susciter du d\u00e9sint\u00e9r\u00eat et de la m\u00e9fiance. La gauche ne peut \u00e0 la fois d\u00e9fendre le multilat\u00e9ralisme et le souverainiste, le pouvoir d\u2019achat et la remise en cause du droit illimit\u00e9 \u00e0 la consommation. Elle doit clarifier sa position vis-\u00e0-vis des experts et des scientifiques et expliquer comment elle prot\u00e9gera les libert\u00e9s individuelles tout en imposant un contr\u00f4le renforc\u00e9 de notre syst\u00e8me \u00e9conomique. Si elle continue \u00e0 se complaire dans les mots creux et l\u2019ambigu\u00eft\u00e9, elle donnera l\u2019impression que son nouveau discours de protection de l\u2019environnement n\u2019est qu\u2019une mani\u00e8re de rel\u00e9guer \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-plan la d\u00e9fense des int\u00e9r\u00eats des classes populaires.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\"><sup>[1]<\/sup><\/a> Laurent, \u00c9loi. \u00ab&nbsp;La social-\u00e9cologie&nbsp;: une perspective th\u00e9orique et empirique&nbsp;\u00bb, <em>Revue fran\u00e7aise des affaires sociales<\/em>, no. 1-2, 2015, pp. 125-143.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Anne Hidalgo, Yannick Jadot et Jean-Luc M\u00e9lenchon sont au moins d\u2019accord sur une chose. Les projets de gauche classiques fond\u00e9s sur la seule d\u00e9fense des cat\u00e9gories populaires sont d\u00e9sormais insuffisants. Face \u00e0 l\u2019urgence climatique et aux limites que la nature &hellip; <a href=\"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/la-social-ecologie-est-elle-lavenir-de-la-gauche\/\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":4569,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[171,196],"tags":[266,270,269,268,267,264,265],"class_list":["post-146","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-democratie-2","category-ecologie","tag-eco-socialisme","tag-ecologisme","tag-eloi-laurent","tag-hidalgo","tag-jadot","tag-melenchon","tag-social-ecologie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/146","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4569"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=146"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/146\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":187,"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/146\/revisions\/187"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=146"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=146"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=146"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}