{"id":14,"date":"2021-04-18T15:24:48","date_gmt":"2021-04-18T14:24:48","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/?p=14"},"modified":"2021-08-06T16:08:51","modified_gmt":"2021-08-06T15:08:51","slug":"doit-on-avoir-peur-de-la-dette-publique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/doit-on-avoir-peur-de-la-dette-publique\/","title":{"rendered":"Doit-on avoir peur de la dette publique ?"},"content":{"rendered":"<p><em>Pour <a href=\"http:\/\/anjoulaique.blogspot.com\/\" title=\"L'Anjou La\u00efque\">l&rsquo;Anjou La\u00efque<\/a> n\u00b0136, Juillet 2021<\/em><\/p>\n<p>La crise sanitaire, l\u2019effondrement des rentr\u00e9es fiscales et les mesures de soutien engag\u00e9es pour sauver les entreprises ont co\u00fbt\u00e9 tr\u00e8s cher. La dette publique fran\u00e7aise a ainsi augment\u00e9 d\u2019environ 270 milliards d\u2019euros en 2020. Une somme \u00e0 laquelle il faudra ajouter le d\u00e9ficit de l\u2019ann\u00e9e 2021 qui sera sans doute tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9. Ce surcro\u00eet de dette publique ne risque-t-il pas de menacer les comptes publics et d\u2019emp\u00eacher notre pays de prendre les mesures d\u2019investissement n\u00e9cessaires pour financer son avenir et ses services publics ?<!--more--><\/p>\n<p>C\u2019est ce que craignent des \u00e9conomistes de gauche qui ont propos\u00e9 dans une <a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/idees\/article\/2021\/02\/05\/la-bce-peut-offrir-aux-etats-europeens-les-moyens-de-leur-reconstruction-ecologique-sociale-economique-et-culturelle_6068861_3232.html\">r\u00e9cente tribune au Monde<\/a> d\u2019annuler la part de la dette publique d\u00e9tenue par les banques centrales (environ 25% est d\u00e9tenue par la Banque de France) \u00e0 condition que \u00ab les \u00c9tats s\u2019engagent \u00e0 investir les m\u00eames montants dans la reconstruction \u00e9cologique et sociale \u00bb. Quelques semaines plus tard, un autre collectif d\u2019\u00e9conomistes, lui aussi \u00e0 gauche signe une <a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/idees\/article\/2021\/02\/27\/d-autres-solutions-que-l-annulation-de-la-dette-existent-pour-garantir-un-financement-stable-et-perenne_6071390_3232.html\">tribune<\/a> en r\u00e9ponse \u00e0 la pr\u00e9c\u00e9dente. Ils estiment que cette proposition ne ferait qu\u2019annuler une dette fictive (celle que l\u2019\u00c9tat se doit \u00e0 lui-m\u00eame) et qu\u2019elle impliquerait de \u00ab supprimer la dette d\u00e9tenue hors march\u00e9, pour la remplacer ensuite par une nouvelle dette, certes \u00ab\u00a0verdie\u00a0\u00bb, mais recontract\u00e9e sur les march\u00e9s financiers \u00bb. Les auteurs de cette seconde tribune concluent que l\u2019annulation des dettes publiques d\u00e9tenues par les banques centrales risquerait de renforcer la d\u00e9pendance vis-\u00e0-vis des march\u00e9s financiers sans apporter de solution.<\/p>\n<p>Pour y voir plus clair dans cette pol\u00e9mique, il convient de rappeler quelques faits. Premi\u00e8rement, la dette publique n\u2019est pas une dette comme les autres. En effet, les \u00c9tats ne meurent pas et peuvent donc rester ind\u00e9finiment endett\u00e9s. Comme ils ne remboursent pas le capital, la charge de la dette se limite au paiement des int\u00e9r\u00eats. Or, les int\u00e9r\u00eats n\u2019ont cess\u00e9 de baisser depuis les ann\u00e9es 80 et sont devenus n\u00e9gatifs en 2020.<\/p>\n<p>Pour bien comprendre ce que cela implique, raisonnons par analogie. En 2007, la dette publique fran\u00e7aise atteignait 60% du PIB et le taux d\u2019emprunt \u00e0 10 ans \u00e9tait d\u2019environ 4%. Imaginons qu\u2019au lieu de dette, nous parlions d\u2019un appartement de 60 m2 dont le loyer est de 4 euros par mois et par m\u00e8tre carr\u00e9. Aujourd\u2019hui, l\u2019appartement fait 120 m2, mais le co\u00fbt du loyer est tomb\u00e9 \u00e0 0 euros. De ce fait, la charge locative est nulle. Rien n\u2019emp\u00eache donc d\u2019augmenter la taille de l\u2019appartement. Sym\u00e9triquement, le r\u00e9duire de 25% n\u2019apporterait aucun b\u00e9n\u00e9fice.<\/p>\n<p>La r\u00e9alit\u00e9 est un peu plus complexe. En effet, chaque m\u00e8tre carr\u00e9 est lou\u00e9 s\u00e9par\u00e9ment et \u00e0 un prix diff\u00e9rent. Lorsque l\u2019un des baux arrive \u00e0 \u00e9ch\u00e9ance il faut donc le relouer \u00e0 un nouveau prix. De ce fait, la France continue de payer des loyers dont les prix ont \u00e9t\u00e9 n\u00e9goci\u00e9s ant\u00e9rieurement ; mais chaque nouveau bail diminue globalement le prix de l\u2019appartement. Si les taux devait rester au niveau actuel, d\u2019ici dix ou vingt ans la charge de la dette pourrait devenir pratiquement nulle vu qu\u2019elle renouvelle \u00e0 un prix nul des m\u00e8tres carr\u00e9s lou\u00e9s 4 ou 5 euros il y a 10 ou 15 ans. Il faut aussi noter que les loyers que l\u2019\u00c9tat paie \u00e0 la Banque de France lui sont int\u00e9gralement revers\u00e9s puisque cette derni\u00e8re est une administration publique.<\/p>\n<p>Si cette situation est admise par tout le monde, les partisans de l\u2019annulation estiment que la faiblesse des taux n\u2019est que conjoncturelle et pourrait s\u2019inverser \u00e0 l\u2019avenir. Dans ce cas, l\u2019appartement de 120 m2 pourrait vite devenir inabordable. Mais est-ce si s\u00fbr ? Pour le savoir il faudrait pouvoir expliquer pourquoi le co\u00fbt de l\u2019endettement est aujourd\u2019hui si faible. C\u2019est ce second fait qu\u2019il convient d\u2019\u00e9tudier.<\/p>\n<p>La majorit\u00e9 des \u00e9conomistes estime classiquement que les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat sont le r\u00e9sultat d\u2019une offre et d\u2019une demande de titres. L\u2019offre \u00e9mane des \u00c9tats qui cherchent \u00e0 se financer ; la demande \u00e9mane des \u00e9pargnants qui cherchent \u00e0 placer et \u00e0 s\u00e9curiser leur argent. La dette publique est un placement tr\u00e8s s\u00e9curis\u00e9 et, pour cette raison, tr\u00e8s recherch\u00e9. Mais comment expliquer que les \u00e9pargnants soient pr\u00eats \u00e0 payer pour pr\u00eater ? C\u2019est que ces titres ont d\u2019autres fonctions. Ils sont notamment utilis\u00e9s comme garantie pour des op\u00e9rations plus risqu\u00e9es de sp\u00e9culation financi\u00e8re. Ils sont, en quelque sorte, l\u2019huile dans les rouages de la m\u00e9canique financi\u00e8re. Sans titre public, sans cette garantie s\u00e9curis\u00e9e n\u00e9cessaire aux op\u00e9rations sp\u00e9culatives, la finance ne peut plus fonctionner. Or, une bonne partie de cette huile a \u00e9t\u00e9 retir\u00e9e du syst\u00e8me financier par les banques centrales dans le cadre des politiques de rachats de titres (les politiques dites de \u00ab quantitative easing \u00bb). En rendant artificiellement rares ces titres publics on entend les valoriser sur les march\u00e9s et permettre aux \u00c9tats de se refinancer \u00e0 moindre co\u00fbt. C\u2019est exactement ce qu\u2019il se passe.<\/p>\n<p>Tant que les banques centrales continuent \u00e0 retirer l\u2019huile, c\u2019est-\u00e0-dire tant qu\u2019elles continuent \u00e0 acheter des titres, il n\u2019y a aucune raison que les taux remontent. Nous ne sommes donc plus dans un monde o\u00f9 c\u2019est l\u2019offre et la demande des march\u00e9s financiers qui d\u00e9terminent les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat, mais dans un monde o\u00f9 le co\u00fbt de l\u2019argent est largement contr\u00f4l\u00e9 par les banques centrales. Cette finance semi-administr\u00e9e est une conqu\u00eate politique, h\u00e9rit\u00e9e de la crise de 2008, qu\u2019il faut \u00e0 tout prix pr\u00e9server. C\u2019est la raison pour laquelle il ne faut ni s\u2019inqui\u00e9ter du montant de la dette publique ni contrecarrer les efforts que m\u00e8nent la BCE pour diminuer le co\u00fbt de l\u2019argent. Par contre, il est urgent de profiter de cette situation pour investir massivement dans une \u00e9conomie plus soutenable socialement et \u00e9cologiquement.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour l&rsquo;Anjou La\u00efque n\u00b0136, Juillet 2021 La crise sanitaire, l\u2019effondrement des rentr\u00e9es fiscales et les mesures de soutien engag\u00e9es pour sauver les entreprises ont co\u00fbt\u00e9 tr\u00e8s cher. 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