{"id":107,"date":"2009-09-05T13:35:18","date_gmt":"2009-09-05T12:35:18","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/?p=107"},"modified":"2021-08-25T13:45:08","modified_gmt":"2021-08-25T12:45:08","slug":"amere-rentree-universitaire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.univ-angers.fr\/davidcayla\/amere-rentree-universitaire\/","title":{"rendered":"Am\u00e8re rentr\u00e9e universitaire"},"content":{"rendered":"<p>Dans une tribune parue dans Le Monde du 31 ao\u00fbt, l\u2018\u00e9conomiste Philippe Askenazy s\u2019inqui\u00e9tait de la hausse du taux d\u2019activit\u00e9 des jeunes et de leurs d\u00e9saffection pour les \u00e9tudes. Il constatait que, marqu\u00e9s par le discours d\u00e9faitiste ambiant, les jeunes bacheliers qui ne r\u00e9ussissent pas \u00e0 int\u00e9grer une fili\u00e8re s\u00e9lective pr\u00e9f\u00e8rent souvent tenter leur chance sur le march\u00e9 du travail plut\u00f4t que d\u2019aller \u00e0 la fac. On constate en effet, depuis quelques ann\u00e9es, une surprenante chute du taux de poursuite d\u2019\u00e9tude des jeunes bacheliers. Une note de la DEPP de juin dernier estimait qu\u2019en 2002 99% des d\u00e9tenteurs d\u2019un bac g\u00e9n\u00e9ral s\u2019\u00e9taient inscrits dans l\u2019enseignement sup\u00e9rieur. Ils n\u2019\u00e9taient plus que 94,8% \u00e0 faire de choix en 2007. La note montrait que le premier cycle universitaire \u00e9tait particuli\u00e8rement touch\u00e9. La fac perd des effectifs alors que les inscriptions dans toutes les autres formations sont en hausse. Elle reste pourtant la destination majoritaire des \u00e9tudiants qui ont un bac g\u00e9n\u00e9ral, et la seule qui leur soit facilement accessible. C\u2019est ainsi que les discours sur la \u00ab fac poubelle \u00bb, sur l\u2019universit\u00e9 \u00ab d\u00e9connect\u00e9e du monde r\u00e9el \u00bb, et autres poncifs du m\u00eame topo se transforment en discours d\u00e9courageant les \u00e9tudes. Avant de d\u00e9noncer la qualit\u00e9 de l\u2019enseignement universitaire, on ferait donc bien de r\u00e9fl\u00e9chir au fait qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019alternative s\u00e9rieuse \u00e0 la fac, et qu\u2019aucune formation priv\u00e9e ou publique ne peut comme elle former des centaines de milliers d\u2019\u00e9tudiants chaque ann\u00e9e.<!--more--><\/p>\n<p>C\u2019est dans ce contexte qu\u2019il convient d\u2019analyser la grave crise universitaire de l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re. Premi\u00e8re question : \u00e0 quoi donc servaient les r\u00e9formes de Val\u00e9rie P\u00e9cresse ? La politique de normalisation europ\u00e9enne des universit\u00e9s (dit : processus de Bologne) \u00e9tant aujourd\u2019hui en passe d\u2019\u00eatre achev\u00e9e, les r\u00e9formes amorc\u00e9es par la loi LRU de 2007 s\u2019inscrivent dans une autre logique, qui vise \u00e0 transformer non pas l\u2019enseignement, mais l\u2019activit\u00e9 de recherche. <\/p>\n<p>Pour  comprendre, il faut remonter \u00e0 2003. Cette ann\u00e9e l\u00e0, une \u00e9quipe de l\u2019universit\u00e9 de Shanghai \u00e9tablit de mani\u00e8re formelle (et tr\u00e8s critiquable) un classement mondial des cent meilleures universit\u00e9s. En France, ce classement fut un choc. Seules 2 des 86 universit\u00e9s fran\u00e7aises y figuraient, et la premi\u00e8re, l\u2019universit\u00e9 Paris VI, n\u2019\u00e9tait que 65\u00e8me ! Aucune grande \u00e9cole, ni Polytechnique, ni m\u00eame l\u2019ENS, n\u2019\u00e9tait class\u00e9e. Il faut dire que le classement de Shanghai, domin\u00e9 par des \u00ab performances \u00bb de recherche centr\u00e9es sur le nombre de prix Nobel et de publications, n\u2019accorde presque aucune importance \u00e0 la qualit\u00e9 de l\u2019enseignement. Or, le syst\u00e8me fran\u00e7ais de recherche fonctionne selon un mod\u00e8le diff\u00e9rent de celui des autres pays. La fragmentation des \u00e9tablissements et l\u2019existence de grands organismes de recherche publics (CNRS, INRIA, INSERM, CEA\u2026) faussent les comparaisons. De fait, la politique de recherche publique fran\u00e7aise a toujours eu tendance \u00e0 contourner l\u2019universit\u00e9. Le pouvoir, qui n\u2019a jamais su g\u00e9rer l\u2019ind\u00e9pendance du milieu acad\u00e9mique, pr\u00e9f\u00e8re cr\u00e9er ses propres structures de recherche pour r\u00e9pondre \u00e0 des objectifs <em>ad hoc<\/em>. Par exemple apr\u00e8s la guerre, pour permettre \u00e0 la France de ma\u00eetriser le nucl\u00e9aire, on pr\u00e9f\u00e8re cr\u00e9er le CEA plut\u00f4t que de passer des accords contractuels avec les universit\u00e9s publiques.<\/p>\n<p>Avec l\u2019existence du classement de Shanghai, les responsables politiques se persuadent d\u2019une chose. Pour soutenir les comparaisons internationales, la France doit changer de mod\u00e8le et, comme les autres nations, concentrer ses activit\u00e9s de recherche sur ses universit\u00e9s. Mais cette concentration implique deux cons\u00e9quences. La premi\u00e8re c\u2019est de regrouper les \u00e9tablissements g\u00e9ographiquement proches pour mettre fin \u00e0 leur \u00e9miettement. La constitution des p\u00f4les de recherche et d\u2019enseignement sup\u00e9rieur (PRES), pr\u00e9vus par la loi de 2006, \u00e9tait un premier pas dans cette direction. Mais le processus est jug\u00e9 trop lent et le bilan \u00ab mitig\u00e9 \u00bb. L\u2019id\u00e9e qui domine (et qu\u2019on retrouve dans le rapport Attali) est qu\u2019un pays comme la France ne saurait faire \u00e9merger plus d\u2019une dizaine de p\u00f4les universitaires d\u2019excellence. Il faut donc concentrer les moyens sur un nombre plus faible d\u2019\u00e9tablissements.<\/p>\n<p>C\u2019est ainsi qu\u2019on profite de la vente de 3% du capital d\u2019EDF pour lancer le Plan Campus, qui vise \u00e0 distribuer 5 milliards d\u2019euros aux dix p\u00f4les universitaires qui parviendront \u00e0 monter les meilleurs projets de collaboration. Les trois universit\u00e9s strasbourgeoises, qui proposent de fusionner, remportent imm\u00e9diatement le jackpot. Pour les campus parisiens, qui sont victimes de m\u00e9sententes entre universit\u00e9s et grandes \u00e9coles, c\u2019est plus difficile : ils devront attendre la s\u00e9ance de rattrapage pour passer. Au final, ce ne seront pas dix mais douze projets qui seront retenus : Aix-Marseille, Bordeaux, Grenoble, Lille, Lyon, Montpellier, Nancy-Metz, Paris Condorcet, Paris intra-muros, Paris Saclay, Strasbourg, Toulouse. Retenez bien ces noms : ce sont ceux des futures universit\u00e9s d\u2019\u00e9lites qui devront partir \u00e0 la conqu\u00eate du classement de Shanghai. Les autres seront juste bonnes \u00e0 amener les \u00e9tudiants au niveau licence ou master 1, \u00e0 l\u2019image des colleges anglo-saxons.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8me cons\u00e9quence de cette politique : la mise au pas et le d\u00e9mant\u00e8lement progressif des grands organismes de recherche. Objectif avou\u00e9 \u00e0 mi-mot par le gouvernement : transformer le CNRS en \u00ab agence de moyens \u00bb, et pousser ses chercheurs \u00e0 passer progressivement sous le contr\u00f4le des universit\u00e9s. Cette bataille s\u2019av\u00e8rera beaucoup plus difficile. Les chercheurs du CNRS se sont largement mobilis\u00e9s contre une logique qu\u2019ils per\u00e7oivent comme une agression sans fondement, d\u2019autant qu\u2019ils collaborent d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s bien avec les universitaires. La col\u00e8re prend de telles proportions qu\u2019un conseil d\u2019administration doit se tenir sous surveillance polici\u00e8re en novembre 2008. Par prudence, le suivant sera d\u00e9localis\u00e9 au CERN, sur la fronti\u00e8re franco-suisse.<\/p>\n<p>Mais plus fondamentalement, ce qui emp\u00eache le gouvernement de rattacher les grands laboratoires publics de recherche aux universit\u00e9s c\u2019est sa traditionnelle m\u00e9fiance envers la gouvernance universitaire. L\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019aise avec une structure sans v\u00e9ritable chef, fond\u00e9e sur un principe de coll\u00e9gialit\u00e9.<\/p>\n<p>Comment piloter la recherche fran\u00e7aise si on abandonne les commandes \u00e0 des universit\u00e9s surpuissantes et incontr\u00f4lables ? La loi LRU et les d\u00e9crets relatifs aux statuts des enseignants-chercheurs ont \u00e9t\u00e9 la r\u00e9ponse idiote \u00e0 cette grande question. Dans l\u2019esprit de nos gouvernants, pour que la recherche fran\u00e7aise ne soit pas exclusivement entre les mains des chercheurs, il fallait cr\u00e9er une institution capable de les soumettre. Cette institution, on a cru la trouver dans l\u2019ex\u00e9cutif universitaire, et plus particuli\u00e8rement dans sa pr\u00e9sidence. Remarquons que cette id\u00e9e a \u00e9t\u00e9 largement soutenue par le lobby de la Conf\u00e9rence des pr\u00e9sidents d\u2019universit\u00e9 qui avait trouv\u00e9 l\u00e0 une bonne occasion d&rsquo;accroitre le pouvoir de ses membres. Mais les enseignants-chercheurs, dont l\u2019\u00e9valuation est traditionnellement confi\u00e9e \u00e0 des instances nationales, n\u2019avaient pas du tout envie de se soumettre \u00e0 l\u2019ex\u00e9cutif de leurs universit\u00e9s, au risque de perdre leur autonomie et de renforcer une autre tradition bien fran\u00e7aise : le mandarinat.<\/p>\n<p>Premier effet de la loi LRU : les pr\u00e9sidents d\u2019universit\u00e9 qui avaient majoritairement soutenu les r\u00e9formes perdent leur poste. Ils avaient un peu oubli\u00e9 qu\u2019ils devaient leurs mandats aux m\u00eames dont ils voulaient rogner l\u2019autonomie. Malgr\u00e9 l\u2019\u00e9chec qui se profile, le gouvernement s\u2019ent\u00eate dans sa logique, ce qui conduit au plus important mouvement de gr\u00e8ve universitaire depuis mai 68 : des universit\u00e9s bloqu\u00e9es pendant des mois, des examens repouss\u00e9s, des cours all\u00e9g\u00e9s d\u2019une partie de leur programme. Finalement, la r\u00e9forme passe en force, sur le champ de ruine d\u2019une universit\u00e9 unanimement hostile au projet.<\/p>\n<p>Ceux qui voulaient mettre l\u2019universit\u00e9 \u00ab au c\u0153ur de la recherche fran\u00e7aise \u00bb pour se conformer aux mod\u00e8les de recherche anglo-saxons ont rendu ce c\u0153ur bien malade ! Inutile de dire que beaucoup de jeunes bacheliers, cette ann\u00e9e, ont d\u00fb s\u00e9rieusement s\u2019interroger avant de s\u2019inscrire en fac. Quel beau g\u00e2chis !<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans une tribune parue dans Le Monde du 31 ao\u00fbt, l\u2018\u00e9conomiste Philippe Askenazy s\u2019inqui\u00e9tait de la hausse du taux d\u2019activit\u00e9 des jeunes et de leurs d\u00e9saffection pour les \u00e9tudes. 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