Article 4 (partie 3): Déconstruction du Deusio

« le terme sage-femme évince l’homme d’une telle activité professionnelle»

Je dois admettre que, sous l’œil ou à l’oreille du profane, le terme porte à confusion. Il est clair que l’on ne peut instinctivement connaître sa pleine signification. Voilà pourquoi tant d’entre eux, si ce n’est la totalité, sont amenés à penser, à tord, que cette profession est exclusivement féminine. Peut être même que quelques uns confortent dans leur for intérieur l’idée que les hommes ne peuvent y avoir une place. Ainsi, pour mettre les choses au clair, je vais prendre l’Étymologie et l’Histoire à témoin !

Tout d’abord, ce serait aux alentours du XVIè siècle notamment que les autorités ecclésiastiques auraient témoigné un intérêt grandissant pour les matrones et leur impact dans l’accouchement. En effet, l’Église soupçonnait ces dernières de pratiquer la sorcellerie et même de réaliser des avortements ( véritable crime pour l’époque ). Ainsi, par son hégémonie, elle parviendra à s’octroyer la surveillance des matrones, puis très rapidement la formation (surtout « morale ») de celles-ci. Les femmes, puisque la naissance était exclusivement l’affaire des femmes à cette époque, ainsi « formées » s’affubleront du terme « sage-femme », en distinction des matrones. « Sage » faisant allusion à un assujettissement certain à la religion, à l’Église et à sa morale, elles respectaient donc plus que jamais le caractère sacré de la vie de chaque être humain. En revanche, chose affligeante mais pourtant réelle, les compétences médicales restaient encore à déplorer… Plus tard les préoccupations démographiques du XVIIIè siècle firent que les instances gouvernementales, avec l’aide des médecins, décidèrent dans un premier temps de réglementer la professionnalisation de la spécialité obstétricale, en marge des « sages-femmes ». Exclues de la formation scientifique, leurs expériences multiples et leur « savoir » n’avaient aucune légitimité. Autrement dit, nous avions à faire à une officialisation du savoir, lequel renfermant des connaissances spécifiques à l’obstétrique et assignées aux médecins. Désormais « sages-femmes » traduisait davantage l’assujettissement de celles-ci aux médecins et chirurgiens… Fort heureusement les choses évoluèrent, et l’État, alarmé par le taux de mortalité maternelle et infantile, ordonna que les sages-femmes bénéficient (bénéficiassent, pour les puristes…) d’une formation propre, et en ce sens de compétences plus médicales, dans la seconde moitié du siècle des Lumières. Enfin, le XXè siècle sera celui de la structuration, du gain de l’autonomie pour la profession et de son ouverture à la gente masculine, jusqu’alors interdite, en 1982. Dès lors le terme « sage-femme » doit s’entendre, ou se lire, de la façon suivante :

L’étymologie du mot « sage-femme » signifie dorénavant «  qui possède la connaissance (sage) de la femme (ne désignant plus le professionnel mais la parturiente elle même) ». D’ailleurs, le terme anglais « midwife » (sage-femme) ne fait allusion qu’à la « parturiente » (mid = avec, du vieil anglais, + wife = « la femme, celle qui accouche »), et non pas au sexe de l’intervenant.

Bref, Sage-femme signifie « expert, habile dans son art auprès des femmes ». Les hommes ne sont donc en aucun cas exclus par ce terme qui fait figure de dénomination générale, sans discrimination de sexe envers les professionnels.

Alexandre Aubras

Licence Creative Commons
Ce(tte) œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 3.0 non transposé.