Pour vous, qu’est-ce qu’une Sage-Femme ?


Les idées préconçues sur le métier de sage-femme sont nombreuses. Rien de tel, pour s’y confronter, que d’aller à la rencontre d’inconnus afin de les questionner sur ce que représente, à leurs yeux, cette profession.
Voici donc quelques exemples des témoignages recueillis :

 

  • Pauline, 34 ans, mère de 2 enfants :

 «  La sage-femme réalise les cours de préparation à l’accouchement, la sophrologie, la rééducation du périnée…. C’est elle qui nous accompagne tout au long de la grossesse, jusqu’à la naissance du bébé.

J’ai vécu une seconde grossesse difficile, ma sage-femme m’a vraiment soutenu dans les épreuves et permis d’envisager l’avenir avec sérénité. »

  • Manon, 11 ans :

 «  La sage-femme ? C’est la dame qui fait accoucher les mamans ? »

  • Jean, 51 ans :

 « C’est une professionnelle spécialisée dans la santé de la femme. Elle effectue les consultations pendant la grossesse, l’accouchement et le suivi du bébé.»

  • Odile, 28 ans, 1 enfant :

 «  A mes yeux, c’est vraiment quelqu’un à l’écoute, qui répond aux questions que l’on peut se poser et surtout qui donne de nombreux conseils que ce soit sur l’allaitement, sur le développement de l’enfant, sur l’alimentation ou même sur la santé.

La sage-femme de mon secteur a en tout cas eu ce rôle-là. »

  • Pierre,  22 ans :

 « Euh… Bah… Une personne qui est là lors de l’accouchement pour veiller à son bon déroulement. »

  • Marie-Claude, 49 ans, mère de 3 enfants :

 « Un homme ou une femme qui met au monde les bébés. »

  • Alexandre, 26 ans :

 « Une personne qui s’occupe de l’avant et pendant maternité, aussi bien des parents que des enfants.

Au départ, elle conseille les parents et après elle s’occupe de l’accouchement. Elle aide les parents à préparer le retour à la maison.

Concrètement je ne sais pas trop en quoi ça consiste en fait! »

  •  Eric, 42 ans, père de 2 enfants : 

« C’est le professionnel qui aide aux accouchements et qui gère la gestation. »

  • Agathe, 21 ans :

 «  Sage-femme ? Elle donne la vie. C’est surement le plus beau métier du monde ! »

  • Arthur, 19 ans :
  « La sage- femme, c’est un peu comme une infirmière mais qui travaille dans une maternité. Elle assiste le médecin pendant l’accouchement. »
GAUDIN Florian

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ANESF : Association Nationale des Etudiants Sages-Femmes

L’ANESF est l’unique organe représentatif des étudiants sages-femmes. Créée en 1987, elle représente aujourd’hui 4000 étudiants : elle est composée d’un réseau de 31 associations actives sur les 35 écoles de sages femmes existantes.

Depuis 2002, l’ANESF est adhérente à la Fédération des Associations Générales Étudiantes (FAGE). Ceci lui permet de s’impliquer dans les problématiques universitaires et surtout d’envisager l’avenir des étudiants sages-femmes dans le paysage de l’Enseignement Supérieur.

1. Les activités de l’ANESF

Initiateur de l’unité des étudiants sages-femmes :


L’ANESF met en relation entre-elles les associations locales : elle tisse, fédère et pérennise le réseau.

Représentant des étudiants sages-femmes dans les instances nationales :


L’ANESF est intégrée dans toutes les réflexions portant sur les études de sage-femme, elle est représentée dans l’ensemble des conseils où se traitent les problématiques des étudiants de cette filière.

Défenseur des intérêts moraux et matériels des étudiants sages-femmes :

Par le biais des associations locales, l’ANESF tente de trouver des solutions avec ses étudiants en contactant les autorités compétentes et en mobilisant son réseau.

Organe de réflexion et interlocuteur privilégié des étudiants :


Les étudiants sages-femmes par l’intermédiaire de leurs associations locales, expriment leur avis sur l’actualité. En réunion, les administrateurs ANESF énoncent cet avis. Les débats permettent d’orienter le positionnement et la ligne de conduite de l’ANESF.

Rôle de veille et d’alerte :


L’ANESF reste vigilante sur l’actualité relative aux études et à la profession de Sage-Femme. Grâce à sa coopération avec la FAGE, l’ANESF s’informe de l’évolution des problématiques de l’Enseignement Supérieur.

Centre de formation :


L’ANESF forme les associations locales (trésorerie, statuts, partenariats, communication…) notamment lors de son week-end de formation annuel.

Générateur de projets :


L’ANESF propose des actions de prévention et de solidarité (Téléthon, info ados,..)

2. Les campagnes menées par l’ANESF

LMD : réforme de l’harmonisation européenne des diplômes.


L’ANESF travaille à une optimisation de son application aux études de sage-femme.

- Décentralisation : refonte du système des aides sociales.


L’ANESF veille à la bonne application de la loi en vigueur et aux perspectives d’évolution pour un système équitables et identique à tous les étudiants.

- Remplacements des sages-femmes par les étudiants sages- femmes.

L’ANESF informe depuis plusieurs années ses étudiants sur les modalités de remplacement des sages-femmes par les étudiants, tant au niveau des qualifications requises que de la responsabilité et des assurances.

- Intégration universitaire.

L’ANESF défend une revalorisation du statut de l’étudiant sage-femme dans l’Université (Master 2), et revendique un statut universitaire de la filière sage-femme. A ce titre, les étudiants sages-femmes se sont mobilisés en octobre 2006. Sur appel de l’ANESF, 3500 étudiants sages-femmes de toute la France ont manifesté le 24 octobre 2006 à Paris.

- Incitation des étudiants sages-femmes à la recherche.


Les étudiants sages-femmes peuvent valider des unités d’enseignement pendant leurs études qui débouchent sur l’entrée en Master 2. Une campagne de l’ANESF vise à informer les étudiants à sur cette possibilité.

Évaluation du programme des études.


L’ANESF est présente au sein des commissions concernant notre formation et notre profession (Référentiel métier et formation, Conseil de perfectionnement).

Représentation à l’Université : Formation des élus, sensibilisation aux élections


L’ANESF forme les associations à l’Université et ses problématiques pour engager une dynamique de représentation des étudiants sages-femmes en son sein. Elle promeut donc les campagnes d’élections en Conseils Centraux.

Information auprès des étudiants sur leur cursus universitaire ainsi que sur leur futur métier et les perspectives d’évolution en son sein :

Recherche, Diplômes Inter Universitaires, Droit de Prescriptions médicales, responsabilité civile et professionnelle.

Solidarité, prévention, humanitaire :

L’ANESF propose des actions « clé en main » aux associations locales (organisation d’actions pour le téléthon par exemple). Elle apporte soutien et encouragements aux associations qui montent des projets dans ce domaine.

GAUDIN Florian

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Confidence d’une sage-femme : Première partie

Notre blog visant initialement à déconstruire les préjugés qui nuisent à la profession de sage-femme, et à dissiper l’équivoque qui s’étend dans les esprits profanes, nous souhaitions obtenir un entretien propice à la réflexion avec un professionnel avisé, lequel serait susceptible de nous orienter savamment sur cette problématique. C’est pourquoi notre choix c’est porté sur l’interview d’une sage-femme enseignante, douée de suffisamment d’expérience sur la scène hospitalière et le cursus de formation des étudiants sage-femme.

F : Pourriez-vous nous décrire votre parcours depuis votre bac ? Quelle formation avez-vous suivie pour devenir sage-femme ?

Depuis le bac, j’ai fait 2 années de médecine, j’ai été prise en dentaire. Je voulais être gynécologue ou sage-femme. Malheureusement la PACES n’était pas encore établie à l’époque, je ne pouvais donc m’orienter directement vers les études de sage-femme. Du coup, j’ai fait une prépa pour intégrer l’école de sage-femme.

F : Bien différent de maintenant !

Oui, j’aurai gagné une ou deux années. La première année je me suis demandée si je ne devais pas d’emblée prendre sage-femme parce que j’avais eu l’occasion de rencontrer des gynécologues : je me rendais compte au fur et à mesure du temps, parce que j’avais déjà travaillé avec une sage-femme en clinique, que l’aspect relationnel était plus important dans le métier de sage-femme que dans le métier de gynécologue. Je suis donc plutôt contente de ne pas avoir suivi cette voie, d’autant plus qu’on était deux à vouloir faire ça. Cette personne n’a pas eu gynéco non plus, et elle m’envie aujourd’hui. Finalement la vie fait bien les choses.

F : Les études de sage-femme duraient-elles 5 ans ?

Non elles ne duraient pas 5 ans. Une fois le concours en poche, on intégrait l’école pour 4 ans de formation. Avec le cursus d’aujourd’hui, je pense que j’aurai gagné deux ans, dès la première année j’aurai pu choisir sage-femme.

V : Votre première année en médecine vous a-t-elle été bénéfique pour votre formation ?

Personnellement je n’y ai vu aucun avantage, si ce n’est peut-être avoir le concours de sage-femme plus facilement. Ca ne m’a pas apporté grand chose sur le plan professionnel en tout cas.

F : Avez-vous eu du mal à trouver un emploi à la fin de vos études ?

Pas du tout. A cette époque là, on avait vraiment pas de difficulté à avoir un emploi. Ma vie personnelle a fait que je suis resté là où j’ai fait mes études.

F : Pourquoi avoir choisi le métier de sage-femme ?

Je souhaitais travailler dans le domaine de la santé, j’en étais intimement convaincu ! Je m’étais aperçu que de m’occuper de personnes malades ce n’était pas vraiment fait pour moi. Après le stage de quatrième au collège, je me suis dit : « ça sera dans ce milieu là et il n’y aura pas autre chose ! » Cette expérience m’a conforté dans ce choix.

F : Comment devient-on sage-femme aujourd’hui ?

Une voire deux années de bachotage en PACES, puis intégrer l’école de sage-femme dans un cursus de quatre ans d’étude jusqu’à l’obtention du diplôme de sage-femme.

F : Jugez-vous la formation bien adaptée à la profession de sage-femme ?

Plein de choses à faire dans la formation et à améliorer. Cependant, étant moi-même sage-femme enseignante, je ne peux pas vous en dire plus, ma réponse serait biaisée.

V : Pensez-vous que la PACES est bénéfique pour aller en sage-femme ? Ou préfériez-vous un retour à l’ancien système ?

Si on veut aller à l’université, il faut commencer par l’université. Il faut rester logique dans notre cursus. Il y a beaucoup de sages-femmes qui se sont battues justement pour qu’on puisse aller vers cette « universitarisation ». Beaucoup se sont battus pour que le concours se fasse par la PACES. Après dans les actes, il y aura probablement du temps avant que les choses évoluent Il y a du travail ! C’est un point de départ.

En parlant de la faculté, certains professeurs m’ont demandé pourquoi on ne mutualise pas ? Cela rentre dans les mœurs. Un prof de rhumato m’a dit : pourquoi vous vous organisez pas pour mutualiser ? Ce qui est nouveau ! Il y a eu des dialogues de la part des PU à l’université. Il faut maintenant que ce soit eux qui nous invite à le faire. Je pense que ça passera peut-être par cette étape là pour avoir un statut par la suite, même si il y aura du travail.

Je pense que ça passe aussi par des émissions de télévision comme « baby boom ». Finalement c’est de la vulgarisation télévisuelle mais qui fait qu’on reconnaît le travail de la sage-femme. Jusqu’à présent c’était quelque chose qu’on ne connaissait pas.

A : D’où le but du blog : déconstruire les préjugés qui tournent autour du métier de sage-femme.

Si on connaissait mieux le métier de sage-femme, cela serait surement différent, et ce ne serait pas le « parent pauvre » de la PACES. Honnêtement je pense vraiment que si on avait les tenants et aboutissants de notre profession, il y aurait peut-être plus de personnes qui finalement ne le choisirait pas par dépit.

F : A propos de ces émissions télés, nous sommes toujours dans les clichés, on voit les sages-femmes uniquement en salle de naissance et on ne voit pas le travail qu’il y a autour : avant et après l’accouchement.

Tout à fait, mais déjà cela permet de savoir que la sage-femme fait les accouchements. Ma belle-soeur a accouché dans une clinique. Quand son mari est venu me voir, c’était la sage-femme qui l’avait accouché parce que le gynéco n’était pas là, il a été surpris par le fait que la sage-femme ait rompu la poche des eaux. Comme si cela était quelque chose d’extraordinaire et de formidable que la sage-femme ait pu rompre la poche des eaux, et qu’en plus elle ait fait l’accouchement !! Je lui ai dit que c’était notre travail, que c’est notre quotidien, et qu’il n’y a rien d’exceptionnel la dedans.

Déjà en passant par cette étape là qui est de connaître vraiment notre métier en salle, même s’il n’y a pas que ça, il y a de nombreuses autres facettes heureusement de notre profession encore méconnues. Mais si déjà le public reconnaît cette qualification là, peut-être que cela lui donnera envie d’en savoir un peu plus sur cette profession.

A : Certes la télé est une vulgarisation, mais cela est un premier pas pour engager le processus de reconnaissance.

Par rapport à des patients que l’on peut croiser, il y en a qui sont vraiment étonnés et surpris de savoir ce que la sage-femme sait faire.

V : Est-ce qu’il y a des infirmières en salle de naissance, en suite de couches … Là où sont les sages-femmes y a-t-il des infirmières ?

Il y a des IBODE (infirmière de bloc opératoire diplômée d’état) au bloc opératoire. Il n’y a pas d’infirmières en salle. Il y a des infirmières puéricultrice en suites de couches. En grossesses patho, il n’y a pas d’infirmières.

V : Est-ce que ce sont les sages-femmes qui réalisent le travail infirmier dans ces services qui en sont dépourvus ?

Moi je ne l’assimile pas à un travail infirmier parce que la sage-femme va prescrire ces examens en suites de couches. Par exemple, c’est elle qui va réaliser la prise de sang effectuant un geste infirmier mais pas sur avis. Elle va faire elle-même son geste. La sage-femme est autonome dans sa manière de travailler. Pour moi, ce n’est pas le même travail.

A : Le métier est au carrefour de plusieurs compétences.

La sage-femme a des gestes identiques à l’infirmière, mais à contrario de l’infirmière la sage-femme peut le prescrire. La sage-femme a une possibilité supplémentaire de rester autonome dans son travail.

F : La sage-femme : un mélange du médecin et de l’infirmière ?

Tout à fait. On peut dire aussi que par rapport à l’interne en salle de naissance ou en suites de couches, si on est pas d’accord avec son diagnostic on peut s’y opposer et on peut donner notre avis. Ce qui est une grosse différence par rapport au travail infirmier. C’est un peu réducteur, mais l’infirmière est en quelque sorte une « exécutante », c’est à dire qu’elle peut prendre des initiatives dans l’urgence qui seront après revues par le médecin, mais elle ne peut pas prendre l’initiative elle-même de faire quelque chose ou alors a posteriori il lui faut une prescription. Dans les faits, c’est une grosse différence entre l’infirmière et la sage-femme. Ce qui ennuie des personnes que les sages-femmes aient cette autonomie là …

A : La compétence d’autonomie et la compétence médicale sont souvent occultées malheureusement.

Bien sur, après c’est à la sage-femme de savoir prendre sa place. La balle est dans votre camp !

F : Pour vous, quelles sont les compétences et les qualités les plus importantes de la sage-femme ?

Ce serait très réducteur de donner une ou deux compétences, il y en a tellement que cela serait difficile d’y répondre objectivement.

Les qualités : une grande capacité d’adaptation. Cela me semble primordial. Ce qui est intéressant dans notre métier, c’est que l’on a jamais la même patiente en face de soi. S’adapter à la patiente que l’on a en face de soi c’est primordial dans le métier de sage-femme. La patiente en face de soi va avoir des exigences, à nous de savoir qu’est-ce qui est faisable et qu’est ce qui ne l’est pas : il nous faut bien poser le cadre ! C’est aussi savoir ce que l’on va pouvoir dire ou faire avec cette patiente que l’on a en face de soi. Pour résumé : adaptation et diplomatie.

Il y a des contrats qui peuvent se passer entre la patiente et la sage-femme. Pour cela, il faut une adaptation réelle. Il faut aussi beaucoup de patience parce que ce n’est pas toujours évident de suivre une grossesse ou un accouchement ; il faut rester très calme et patient, attentif, discret. On est là pour accompagner, pas pour prendre la place, c’est très important. On est là pour accompagner, on ne doit pas empiéter sur le vécu du couple qui arrive. Il faut être à l’écoute, être disponible.

F : Quelle est la différence entre le métier de sage-femme exerçant en milieu hospitalier et une sage-femme libérale 

La sage-femme hospitalière gère plus de l’urgence que la sage-femme libérale. La sage-femme libérale peut très bien au même titre qu’un gynécologue établir un lien qui va durer, c’est à dire qu’avec la capacité qu’il nous a été donné en 2009 de pouvoir faire le suivi gynécologique de la patiente, elle va pouvoir suivre cette patiente.

Je pense que la sage-femme libérale sera plus une référence que la sage-femme hospitalière, qui elle va être là ponctuellement à des moments précis dans la vie de la patiente. C’est une différence à mon avis importante entre les libérales et les hospitalières. Les libérales vont être référentes pour une patiente. Si la patiente a un souci, elle ne va pas revenir voir la sage-femme hospitalière, elle va appeler sa sage-femme libérale pour lui poser la question.

Ce n’est pas le même mode d’exercice, même si il y a des compétences qui se regroupent : que ce soit les consultations ou le suivi dans le post-partum. Il y a aussi des sages-femmes libérales qui font des accouchements à domicile. Il y a donc aussi des compétences qui peuvent se regrouper.

F : Comment le métier de sage-femme a-t-il évolué depuis le début de votre carrière ? Que pouvez-vous nous dire sur la formation continue ?

Les sages-femmes ont une obligation de formation continue. Quand j’ai été diplômée, on n’avait pas cette obligation. La sage-femme qui veut vraiment peser dans les choix qui sont faits, si elle ne se forme pas, elle ne va pas être crédible dans son jugement ou elle ne sera pas écoutée. A la sage-femme de voir comment elle veut être considérée dans le milieu où elle travaille. La formation va de soi.

J’ai été dans les services un bon moment, j’ai tourné dans les services : grossesses pathos, suites de couches et salle, et après j’ai fait de la consultation pour des personnes en situation de précarité. Donc à ce moment là j’ai fait des formations précises sur ce thème qui ne m’avaient pas été forcément données dans les services.

GAUDIN Florian

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Confidence d’une sage-femme : Deuxième partie

F : Considérez-vous que la profession est victime d’un manque de reconnaissance et pourquoi ?

Ca dépend de là où on se place. C’est sur que l’administration ne nous reconnaît pas en tant que profession médicale. Nous sommes classés dans la catégorie profession paramédicale quand on nous envoie des papiers de la région par exemple (rires).

Après je pense que si nous avions toute une légitimité et des compétences optimales on pourrait pousser des portes afin d’obtenir cette reconnaissance. On a aussi du travail à faire de notre côté. Le travail est à faire des deux côtés. Cela passe peut-être par « l’universitarisation ». C’est à nous de montrer que l’on a des compétences et qu’il faut les faire valoir. On va nous tester. A ce moment là il faudra qu’on est des arguments suffisants pour pouvoir tenir la route.

La reconnaissance oui, mais il y a un travail à produire dans les deux sens. Il n’y a pas qu’un travail uni-latéral. On ne peut pas revendiquer quelque chose si on ne démontre pas qu’on est capable de faire.

A : Le travail est d’abord à faire sur nous-même, pour ensuite pouvoir prétendre à la reconnaissance et avoir une crédibilité concrète.

Je pense que dans toutes les fonctions il y a une légitimité à obtenir telle qu’elle soit.

F : Lors d’une formation sur l’intégration universitaire, un des premiers obstacles qui nous a été présenté fut, si l’on passait au niveau de l’université, que nos formateurs ne seraient pas doctorants.

Une chose est sure, c’est que l’on va tous devoir faire une formation universitaire si on reste sur ces postes là, c’est inévitable. A un moment donné, il faut s’engager dans un cursus qui fasse que l’on ait cette légitimité. C’est un travail que chaque enseignant va devoir faire si ce n’est pas déjà fait pour certains.

F : Que pensez-vous de la masculinisation du métier de sage-femme ?

On peut en penser que du bien, quand on est entre femmes ce n’est pas toujours simple. Qu’il y ait un peu de sang masculin je pense que c’est très bien, d’autant plus qu’il y a une sensibilité peut-être supplémentaire finalement.

Quand on est un homme sage-femme, il faut trouver sa place, ce n’est pas forcément évident. Mais honnêtement pour nous ce n’est que du bonus d’avoir une masculinisation de la profession ; après il faut qu’elle soit choisie et acceptée. C’est à dire que la plupart des hommes sage-femme, ce n’est pas forcément initialement ce qu’ils avaient choisi. Il y en a quelques uns heureusement qui choisissent cette voie là. Mais il faut être réaliste au jour d’aujourd’hui, c’est plutôt du subi. C’est caricatural ce que je dit et je ne veux pas mettre tout le monde dans le même panier mais la réalité de la vie fait qu’à partir du moment où c’est par dépit il y a un travail à faire dans l’autre sens.

Je pense qu’il faut mieux changer de voie plutôt que d’arriver à être sage-femme sans l’avoir accepté. Nous n’avons pas le droit à l’erreur dans notre profession. C’est à dire que nous sommes à un moment clef dans la vie d’un couple et qu’on doit toujours être au top. On n’a pas le droit d’être moins bien une journée, ce n’est pas respectueux pour les personnes que l’on a en face de nous.

A : Il y a « énormément d’exigences », on est à un « moment clef de la vie », etc … Pensez-vous qu’il n’y a pas une trop grande incohérence par rapport à ça et le salaire actuel des sages-femmes ?

La sage-femme va prendre une demie heure trois quart d’heure, le médecin va prendre un quart vingt minutes pour la même consultation, et l’on va être payer beaucoup moins.

A : Au niveau du salaire, on est clairement plus proche de l’infirmière.

Tout à fait, après est-ce que c’est ça l’essence de la vie ? On entend souvent « pourquoi tu as choisi sage-femme, tu vas gagner trois fois moins que si tu étais médecin ? »

On espère quand même qu’il y ait une revalorisation salariale. C’est sur que lorsque l’on compare un conducteur de la SNCF et une sage-femme qui gagne beaucoup moins avec les différences de responsabilité.

A : Donc une incohérence par rapport au niveau d’étude ? La sage-femme a un niveau master qui est tout juste reconnu, avec des compétences médicales, l’autonomie. Augmenter le salaire (sans parler qu’il faut un gros salaire pour être heureux, bien sur que non) pourrait participer à une meilleure reconnaissance et à une revalorisation légitime au niveau de la société.

Il y a eu un petit geste de fait sur les cotations des sages-femmes libérales. Il faut y aller petit à petit. Ils ne le font pas parce que s’ils le faisaient, ils devraient le faire pour les infirmières, pour les aides-soignantes, … pour tout le monde finalement.

A : Je pense qu’on ne peut pas comparer la situation de la sage-femme à celle de l’infirmière ni à celle de l’aide-soignante. Je trouve que l’incohérence est beaucoup plus flagrante chez les sages-femmes. Effectivement, les instances gouvernementales ne réagissent pas pour le moment, mais n’est-ce pas à cause de l’excessive féminité du métier ? Car comme tout à chacun le sait, l’inégalité des salaires homme/femme est une réalité indubitable. Ainsi, sans en être la planche de salut, la masculinisation pourrait contribuer à cette revalorisation professionnelle.

Je demande à voir ! Je ne suis pas sur …

A : Du point de vue du salaire, je trouve que les sages-femmes sont sous-estimées.

Par rapport au salaire, si je compare mon salaire à celui de mon mari qui est médecin, si je compare son nombre d’heures à mon nombre d’heures, je gagne plus que lui. C’est à dire que si je compare mon nombre d’heure effectif de travail à son nombre d’heure effectif, et si je rapporte aux salaires respectifs, clairement je gagne plus que lui.

Nous ne sommes pas à plaindre, ni l’un ni l’autre, par rapport au salaire ; mais en terme d’heures il faut savoir de quoi on parle.

A : On peut dire la même chose par rapport aux infirmières et aux gardes.

C’est sur mais en terme de salaire on est un peu plus cohérent. On se rapproche plus en terme d’heures, on est au 35h que ce soit les infirmières ou les sages-femmes ; les médecins ne sont pas au 35h. Cela peut être du lundi au samedi, de garde le dimanche et on recommence la semaine.

Je suis un peu biaisée par rapport à ça parce que je vois ce qu’il se passe dans d’autres professions. Si on vraiment gagner plus d’argent, il faut aller dans le privé, dans des cliniques très réputées où on gagne vraiment bien sa vie en tant que sage-femme (encore plus de surcroit en tant que médecin).

Je pense que la revalorisation salariale est importante déjà pour planter le décor : nous sommes à bac+5, c’est acté. Mais nous sommes dans l’ère de l’économie et dans le budget de la santé, donc ce n’est pas gagné.

A : Ne serait-ce aux yeux du grand public pour la reconnaissance et une meilleure considération du métier …

La reconsidération passe par nous, ça ne passe pas par le salaire.

A : Les gens s’intéressent beaucoup au salaire et savoir qu’il y a une revalorisation qui est en cohérence avec notre niveau d’étude et notre niveau de compétences pourrait favoriser une meilleure sensibilisation.

Cette reconnaissance marcherait peut-être plus en libéral qu’en hospitalier, par rapport au prix des consultations des sages-femmes ; en hospitalier cela serait moins flagrant je pense. Cela serait moins visible parce que les patientes ne paient pas à l’hôpital, elles ne savant pas combien coûte un accouchement.

A : Le fait de juste savoir qu’il y a une revalorisation et d’en entendre parler, cela pourrait peut-être favoriser un plus grand engouement pour la profession. En plus de la vulgarisation télévisuelle, le salaire pourrait peut-être être un outil favorable à la reconnaissance.

C’est possible que le salaire rentre dans le choix que l’on peut avoir d’un métier.

Dans notre profession, même si là il y a un peu plus de difficultés à trouver du travail, il y a des départs en retraite qui vont arriver. Le fait qu’on nous donne des compétences en plus, que ce soit la contraception ou le suivi du post-partum avec le prado, cela fera qu’il y a aura toujours du travail pour les sages-femmes.

A, V, F : Merci d’avoir répondu à nos questions !

GAUDIN Florian

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Maïeutique??! … Mais sage-femme, c’est accoucheuse ? Nan ?

Interrogations courantes… N’est-ce pas ? Jusqu’à présent, je vous le concède, j’ai « gratté le papier » pour vous dire plus ou moins ce que n’était pas une sage-femme, en m’appesantissant sur la déconstruction de quelques préjugés. Mais je n’ai rien fait en cela susceptible de répondre à ces questions. Qu’est-ce qu’une sage-femme ? Que fait-elle au juste ? Et qu’est- ce que la maïeutique (nom assigné à la filière en PACES) ?

À l’origine identiques, elles ne le sont plus guère. Selon moi, la maïeutique est désormais trop réductrice pour qualifier notre activité professionnelle dans son ensemble. Je m’explique. En effet, elle trouve ses racines du grec « maieutikê » (= art de faire accoucher), et plus précisément de la philosophie socratique. Celle-ci consistait pour Socrate à faire « accoucher »/à découvrir, par une série de question et feignant l’ignorance, les vérités que renfermaient son interlocuteur dans les tréfonds de son être. Or, le métier de sage-femme consistait à l’origine, et dans toute sa dimension il est vrai, à faire accoucher ( de façon plus physique…) les futures mamans. Mais cette époque est révolue ! Nous devons donc faire évoluer les mœurs et réduire le hiatus qui subsiste et sépare la réalité contemporaine des croyances collectives et sociétales. De nos jours, tellement plus vaste, le métier est devenu faramineux, tant par sa complexité que par sa diversité.

Beaucoup se plaisent à affubler notre profession du « sobriquet » (dithyrambique, penseront peut être certains) de « plus beau métier du monde », qui consiste, à leurs yeux, uniquement à « donner la vie ». Indubitablement ( je ne peux déconstruire cela) ceci demeure une part conséquente, et j’ajouterai la facette visible, de notre travail. Néanmoins, il ne saurait se réduire à « si peu ». Déclaration de grossesse, suivi et accompagnement psychologique de celle-ci, accouchement et suivi en post-partum (après accouchement), sont les facettes dont tout à chacun a conscience. Sans doute alors serez vous surpris de prendre connaissance de la myriade de richesse dont regorge ce métier qui, comme je l’ai déjà dit, est inhérent à l’Humanité. Cessons les circonlocutions, pensez vous, et passons aux choses sérieuses… Mes excuses, mais je me devais de poser un tant soit peu le sujet, tant il est délicat à traiter. Ensuite, je veux faire taire à l’avance les objections susceptibles de m’être adressées. Certes, je ne suis qu’un étudiant, et en ce sens je ne peux prétendre, seul, à vous dépeindre la profession dans sa plénitude. Pour autant, je suis certain au moins d’une chose, même de ma petitesse, c’est que la diversité et la richesse de celle-ci sont vraies. En cela, et je le dit sans la moindre acrimonie, je trouve inique (à mon sens, après c’est selon…) que l’on en occulte plus ou moins toutes les dimensions. Et la véracité de ces propos et de ceux qui vont suivre ne pourra être désavouée. J’insiste, je ne dirai certes pas tout, mais je serai vrai ! Ainsi dissipons l’équivoque, et sans être exhaustif je vais de ce pas m’atteler à la tâche, et « répertorier » plus ou moins les autres compétences et responsabilités majeures qui incombent à la sage-femme. Le détail de quelques unes d’entre elles fera l’objet, je l’espère au moins autant que vous, d’articles ultérieurs et distincts.

De nos jours donc, la sage-femme est compétente de surcroît dans la réalisation de consultations de contraception, ou/et de suivi gynécologique de prévention (« sous réserve que la sage-femme adresse la femme à un médecin en cas de pathologie » ; Ordre National des Sages-Femmes). Mais est compétente également dans l’examen post-natal dès lors que la grossesse a été normale et l’accouchement « eutocique «  (normal), et peut même être amenée à réaliser, en urgence, la réanimation du nouveau-né le cas échéant. Elle peut tout aussi bien pratiquer les soins nécessaires dans le cas de grossesse ou suites de couches physiologiques, et même pathologiques. Intervenir d’autre part dans des structures PMI (Protection Maternelle et Infantile). Sans oublier bien sûr qu’elle même peut prescrire thérapeutiques et contraceptifs, qu’elle peut réaliser l’épisiotomie, l’anesthésie loco-régionale lors du travail, ou encore les échographies dans le cadre de la surveillance de la grossesse. La sage-femme doit par dessus tout être capable de détecter ou suspecter des anomalies, et donc d’établir des diagnostics concrets, tout en faisant preuve d’empathie, d’écoute et de psychologie. Bien que la profession soit en partie technico-médicale, son pendant humain reste majeur ! Bref, la liste est encore longue, et ce serait rébarbatif de poursuivre l’énumération… J’invite donc les plus curieux à se rendre sur le site de l’Ordre National des Sages-Femmes pour étancher leur soif de curiosité. Pour les autres, je vous invite à consulter l’article d’accueil qui est accompagné d’une vidéo réalisée par l’ANESF (Association Nationale des Etudiants Sages-Femmes), accessible et bien ficelée, tout à la fois dans la simplicité et la justesse.

Alexandre Aubras

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Article 4 (partie 4): Déconstruction du tercio

« L’expérience subjective de la maternité constitue une plus-value »

 Je tiens tout d’abord à préciser que le tercio de l’article antérieur est décrit, ou du moins silencieusement ressenti, par un panel évidemment plus restreint. Panel se bornant essentiellement aux jeunes femmes qui n’ont encore aucune expérience de l’accouchement, « orchestré » par un homme, ou tout simplement aucune expérience de l’enfantement même, ce qui, bien souvent, est source de conjectures… En revanche, ces dernières prennent tout à fait conscience ultérieurement qu’une femme sage-femme, n’ayant pas enfanté, est tout à fait capable de remplir rigoureusement son rôle de professionnel en respectant scrupuleusement les règles de l’art, tout en faisant preuve d’empathie et d’un insigne dévouement à leur égard. De même, nombreuses s’accordent à dire que les hommes sages-femmes sont à la fois « doux », « maternants », et très professionnels dans l’exercice de leur profession. Que de dires flatteurs mais malheureusement réduis à la population de femmes en ayant fait l’expérience. Bien sûr, on ne peut nier l’existence possible de quelques cas contraires, même s’ils restent particuliers et isolés…La nullipare et la primipare ont donc le droit d’en douter. Mon point va désormais s’attacher, sinon à les convaincre, du moins à les rassurer, angoissées qu’elles sont, très logiquement, du premier enfantement. L’esprit est alors taraudé par l’idée de la souffrance paroxystique à venir, des complications et des risques plausibles, et par une obnubilation maladive : la normalité de l’enfant (poursuite chimérique de l’enfant parfait !). Elles s’abandonnent donc, on peut le comprendre, plus aisément à leurs émotions premières et maternelles qu’à leur raison, dans cet événement inoubliable, tant par le merveilleux qu’il revêt que par le stress envahissant qui l’accompagne.

 Premièrement, être génitrice, ou géniteur d’ailleurs, ne fait pas de vous une mère ou un père. Etre parent ne signifie pas simplement d’engendrer, encore faut-il atteindre un ordre supérieur, celui de l’éducation et de l’affectif, pour le devenir. Ces enfants deviendront « ses enfants » lorsque la génitrice, ou le géniteur, s’élèvera jusqu’à cette sphère supérieure, et alors seulement. Ainsi, l’expérience de la maternité (ou paternité) ne garantie en rien des soins plus « maternants » de la part du professionnel considéré.

Deuxièmement, pour ceux qui m’objecteraient que malgré cela, ces femmes, riches de cette expérience personnelle, ne peuvent qu’être source de conseils avisés, je répondrais que cela reviendrait à dire que toute mère serait susceptible, dans la mesure du possible, de conseiller sagement la parturiente dans ce qu’elle traverse. Comme si son expérience personnelle pouvait se substituer, plus ou moins, au savoir technique du professionnel…

Enfin, pour ceux qui s’accorderaient sur le primat du savoir technico-médical par rapport à l’expérience individuelle, mais qui soutiendraient tout de même que ce dernier représente un plus, un bénéfice indiscutable, je réfuterais en ces termes : Tout professionnel de santé à un devoir de neutralité et d’objectivité envers tous ses patients. La subjectivité n’est qu’un trompe l’œil et à pour corollaire de nous enfermer dans les recoins étroits d’une obstination. Encore une fois, on ne peut traiter deux patients de façon rigoureusement identique car chacun est différent ! En cela donc, le professionnel doit abandonner son expérience subjective de l’enfantement, si tel est le cas, et se focaliser uniquement sur le savoir technico-médical qu’il détient, tout en faisant preuve d’éclectisme et d’objectivité. Bien sûr occulter le sujet est à exclure, je n’appelle pas à une stricte considération du savoir, en marge du sujet! J’appelle à une « coexistence » entre savoir et subjectivité du sujet (la patiente), en revanche dénuée, si tel est le cas, du poids de l’expérience maternelle de l’intervenante…

 En somme, mesdames et mesdemoiselles, n’ayez crainte! Tous ces professionnels (hommes ou femmes, parents ou non) sont formés de la même manière, dans l’optique évidente d’être des professionnels compétents, riches de toutes les qualités indispensables au métier de sage-femme (à l’écoute, empathique, communiquant, diligent, diplomate, consciencieux, etc…). Les quelques cas contraires potentiels seraient particuliers et isolés, comme je le disais, mais surtout ne reposeraient aucunement sur le sexe ou l’absence de maternité (paternité) des dits professionnels !

 Alexandre Aubras

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Article 4 (partie 3): Déconstruction du Deusio

« le terme sage-femme évince l’homme d’une telle activité professionnelle»

Je dois admettre que, sous l’œil ou à l’oreille du profane, le terme porte à confusion. Il est clair que l’on ne peut instinctivement connaître sa pleine signification. Voilà pourquoi tant d’entre eux, si ce n’est la totalité, sont amenés à penser, à tord, que cette profession est exclusivement féminine. Peut être même que quelques uns confortent dans leur for intérieur l’idée que les hommes ne peuvent y avoir une place. Ainsi, pour mettre les choses au clair, je vais prendre l’Étymologie et l’Histoire à témoin !

Tout d’abord, ce serait aux alentours du XVIè siècle notamment que les autorités ecclésiastiques auraient témoigné un intérêt grandissant pour les matrones et leur impact dans l’accouchement. En effet, l’Église soupçonnait ces dernières de pratiquer la sorcellerie et même de réaliser des avortements ( véritable crime pour l’époque ). Ainsi, par son hégémonie, elle parviendra à s’octroyer la surveillance des matrones, puis très rapidement la formation (surtout « morale ») de celles-ci. Les femmes, puisque la naissance était exclusivement l’affaire des femmes à cette époque, ainsi « formées » s’affubleront du terme « sage-femme », en distinction des matrones. « Sage » faisant allusion à un assujettissement certain à la religion, à l’Église et à sa morale, elles respectaient donc plus que jamais le caractère sacré de la vie de chaque être humain. En revanche, chose affligeante mais pourtant réelle, les compétences médicales restaient encore à déplorer… Plus tard les préoccupations démographiques du XVIIIè siècle firent que les instances gouvernementales, avec l’aide des médecins, décidèrent dans un premier temps de réglementer la professionnalisation de la spécialité obstétricale, en marge des « sages-femmes ». Exclues de la formation scientifique, leurs expériences multiples et leur « savoir » n’avaient aucune légitimité. Autrement dit, nous avions à faire à une officialisation du savoir, lequel renfermant des connaissances spécifiques à l’obstétrique et assignées aux médecins. Désormais « sages-femmes » traduisait davantage l’assujettissement de celles-ci aux médecins et chirurgiens… Fort heureusement les choses évoluèrent, et l’État, alarmé par le taux de mortalité maternelle et infantile, ordonna que les sages-femmes bénéficient (bénéficiassent, pour les puristes…) d’une formation propre, et en ce sens de compétences plus médicales, dans la seconde moitié du siècle des Lumières. Enfin, le XXè siècle sera celui de la structuration, du gain de l’autonomie pour la profession et de son ouverture à la gente masculine, jusqu’alors interdite, en 1982. Dès lors le terme « sage-femme » doit s’entendre, ou se lire, de la façon suivante :

L’étymologie du mot « sage-femme » signifie dorénavant «  qui possède la connaissance (sage) de la femme (ne désignant plus le professionnel mais la parturiente elle même) ». D’ailleurs, le terme anglais « midwife » (sage-femme) ne fait allusion qu’à la « parturiente » (mid = avec, du vieil anglais, + wife = « la femme, celle qui accouche »), et non pas au sexe de l’intervenant.

Bref, Sage-femme signifie « expert, habile dans son art auprès des femmes ». Les hommes ne sont donc en aucun cas exclus par ce terme qui fait figure de dénomination générale, sans discrimination de sexe envers les professionnels.

Alexandre Aubras

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Article 4 (partie 2) : Déconstruction du primo 

« La conception féminine du soin »

 Mettons nous d’abord dans l’ambiance en soulignant deux phénomènes. En premier lieu il est connu en gynécologie, d’une manière générale, que les praticiens masculins sont perçus comme moins frustes par les patientes durant les auscultations, plus enclin à l’empathie et au « maternage » du fait justement qu’ils ne sont pas des femmes. Consciencieux, affables et à l’écoute, ils cherchent plus facilement à être rassurant auprès des femmes, conscients de la gêne occasionnée du fait de cette opposition sexuée, et cherchent plus facilement à s’enquérir sur leurs sensations et leur confort durant l’auscultation.

En second lieu, la masculinisation accrue de la profession infirmière n’a pas été perçue comme dangereuse pour le métier lui même, encore moins pernicieuse pour les patients, et semble même être plutôt bien rentrée dans les mœurs. Rien de plus à y ajouter !

Enfin, Last but not Least, prétendre de telles allégations (oui car cette pseudo « hérédité » des qualités de soins chez les femmes ne repose évidemment sur aucune preuve solide, scientifique, et en ce sens indubitable) n’est pas sérieux. N’est-il pas même sexiste de penser cela ? Question rhétorique, j’explicite de ce pas… En effet cela revient clairement à affirmer qu’il y aurait une essence propre au sexe féminin, donc en cela universelle. Or la définition rousseauiste de l’Homme repose non plus sur la raison et l’affectivité cartésiennes, mais désormais sur la liberté et la perfectibilité qui en découle, véritables pierres angulaires de la spécificité humaine sur l’animal, quant à lui assujetti aux normes immuables et intangibles de la nature, borné par cette naturalité même (l’instinct infaillible de l’animal, commun à son espèce) : « J’aperçois précisément les mêmes choses dans la machine humaine ; avec cette différence que la nature seule fait tout dans les opérations de la bête, au lieu que l’Homme concoure aux siennes en qualité d’agent libre » (Rousseau). L’Homme est donc capable de s’émanciper de ses codes naturels, de ses instincts primitifs, d’où cette idée de liberté, propice à la culture démocratique (contraire à la logique de la sélection naturelle) et à l’instauration d’une société entre individus civilisés, dans l’harmonie des relations humaines. Pour paraphraser Rousseau de nouveau: « l’Homme est un animal dénaturé ». Il est contre-nature car il peut se soustraire aux codes naturels et authentiques. De là découle la notion de perfectibilité. En ce sens où il est maître de son destin, l’Homme est susceptible d’évoluer au cours du temps et possède alors une double historicité : celle de la communauté d’une part (évolution des sociétés humaines), et la sienne propre, c’est-à-dire son expérience subjective de la vie, spécifique à chaque individu, qui définit ainsi toute la singularité de son statut ontologique. Nous sommes donc dans la ligne droite des axiomes populaires « Chacun est différent » ou « personne n’est identique » ! Ça ne vous dit rien ? De même, Jean-Paul Sartre souligne ce principe rousseauiste et avance que chez l’Homme « l’existence précède l’essence », autrement dit que les caractéristiques de l’espèce ne façonnent en aucun cas l’individu et son existence personnelle. Elles ne s’imposent pas à lui et celui-ci ne peut être enfermé dans les carcans d’une nature qui serait intrinsèque à l’espèce humaine. Chez l’animal, a contrario, les attributs de l’espèce prennent le pas sur l’existence individuelle. Chez l’animal « l’essence précède l’existence », chez l’animal… De là, on ne peut aucunement conjecturer l’idée qu’une caractéristique quelconque soit le propre d’un genre d’êtres humains, noirs ou blancs, hommes ou femmes, comme si l’existence individuelle était déterminée de part en part par l’origine ethnique à laquelle se rattache l’individu, ou encore par son sexe, sans possibilité de liberté ! En somme, le particulier s’impose face à l’universel ! L’être humain est libre, perfectible et nullement programmé par de prétendus codes, lois, ou prédéterminations… Dans ce cas le concept de l’essence féminine du soin n’est qu’une infamie, toutes les femmes ne vérifient pas un tel « concept ». Le cautionner, ou pire l’asséner,  c’est porter atteinte, métaphysiquement parlant, à leur liberté et donc nuire au principe d’égalité !

 Bref, le soin n’est pas sexué mais trouve ses racines dans l’Humanité même: Simplement, l’Homme (quelque soit son sexe) soigne son semblable en proie à l’affliction et à la maladie  !

Alexandre Aubras

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Féminité + Maternité = Le duo gagnant d’une bonne sage-femme ? (article 4, partie 1)

Voici un sujet qui mérite d’être traité avec la perspicacité nécessaire puisqu’il s’agit là encore d’une idée, presque d’un dogme, socialement établie et largement diffusée parmi la majorité.

Ainsi qu’est ce qui culturellement parlant a favorisé l’instauration puis la pérennité jusqu’à nos jours d’un tel principe ?

J’essaierai donc dans les paragraphes suivants de m’y soumettre, concis au possible, mais avec la profondeur que cela requiert. J’exposerai tout d’abord les « arguments » sociaux qui façonnent cette pensée, de façon à comprendre sa « légitimité » sociale. Finalement, et ce sera l’objet de trois autres articles, nous en déconstruirons les fondements en faisant appel à un savoir plus ou moins historique et à notre entendement.

 Primo : La conception féminine du soin sur laquelle repose notre société. En effet bon nombre d’auteurs y ont trouvé matière à réflexion. Réflexion que l’on peut résumer entre autre à un extrait d’article de B.Jacques, tiré de l’ouvrage Médecine, santé et sciences humaines, daté de l’année 2011 : « la place que les femmes occupent traditionnellement dans la production sanitaire profane est construite culturellement. Il apparaît donc comme « naturel » que les femmes du foyer prennent soin d’autrui au nom du don de soi, de la fonction de maternage incorporée ». Il s’agirait donc d’une sorte d’atavisme culturel, de compétences « innées » et socialement dévolues à la gente féminine. La femme aurait, dans la conscience plus ou moins collective, une propension naturelle à prendre soin de l’autre, au don de soi oblatif, à l’altruisme ou encore à l’empathie. En cela elle serait plus compétente que l’homme dans les activités de soin, autrement dit de tout ce qui a trait à la sphère du care.

 Deusio : Certains pourraient avancer le fait que la simple dénomination « sage-femme » évince l’homme d’une telle activité professionnelle. D’ailleurs la loi du 17 mai 1943 explicite le caractère sexué de la profession de sage-femme en alléguant les qualités féminines nécessaires à l’exercice du métier : Posséder « une connaissance interne, profonde et personnelle de la féminité », et « sont les mieux placées pour se tenir auprès d’autres femmes, pour les préparer, les rassurer, les conseiller et les aider pendant la grossesse et l’accouchement ».

 Tercio : L’expérience subjective de la maternité constitue une plus-value indéniable aux yeux des patientes. Les futures mères semblent accorder, majoritairement, une confiance éminente aux sages-femmes douées de l’expérience de la grossesse et de l’accouchement, qui apparaît alors comme une valeur indubitable. La légitimité professionnelle est dès lors confortée, voire accrue, par le vécu personnel de la sage-femme.

 Donc, à en croire les croyances sociétales, on comprend aisément que la collectivité puisse penser, ou ne serait-ce que conjecturer, qu’une sage-femme émérite est avant tout une femme, mère de surcroît, et qui use sur le plan professionnel des qualités « maternantes » que l’on assigne à celle-ci… Vous soutiendrez certainement à mon encontre que tout ceci parait logique, voire évident. Je vous concéderai alors qu’effectivement ces idées, même si elles ne sont pas nécessairement fondées en raison, restent acceptables puisque s’appuyant entre autre sur des notions de sécurité et d’instinct de conservation/protection propre à l’être humain, dès lors qu’il est ignorant sur une question essentielle et primordiale. Or la question de la naissance est cruciale en elle même puisqu’elle nécessite une prise en charge prompte et technique, et en ce sens urgente, de deux êtres humains : la femme et le nouveau-né. Bref la symbolique de la pérennité de l’Humanité. Pour autant est-il réellement inconciliable d’être une femme, de ne pas avoir enfanté, et d’exercer aux mieux la profession de sage-femme, dans les règle de l’art, avec empathie,maternage et diligence ? De même l’est-il pour l’homme qui ne connaît guère les « joies de l’enfantement » ? S’agit-il ipso facto d’une incompatibilité intrinsèque à la profession ? L’excellence d’un professionnel se réduit-elle potentiellement à ça ? Précision et Déconstruction sont à venir…

Alexandre Aubras

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La Sage-Femme, une auxiliaire du médecin ?!!

Quelle ineptie révoltante ! Et à ce point courante dans notre société que l’indignation que peuvent alors nous insuffler les dires de ces esprits ignorants, sans offusquer quiconque, est susceptible de se transcender et de justifier quelques fulminations…

Bien sûr, je ne chercherai pas ici à dénigrer d’une quelconque façon ces gens, qui ne sont en aucun cas, j’en suis sûr, malintentionnés en ces termes. Comme je vous l’ai déjà signalé dans un article précédent, l’ignorance est l’un des maux qui nuit aujourd’hui à l’épanouissement de la profession. Je veux donc être clair, mon point n’est pas de fustiger ces personnes, ni même leur maladresse, mais au contraire de les « éduquer » sur l’essence de notre métier. Or la réalité que l’on nous dépeint, plaît-il ou non, est telle que nombreux voient les sages-femmes comme des auxiliaires hospitalières, comme des paramédicaux sous la tutelle des médecins. Ainsi j’ai pensé approprié de se pencher sur le sujet quelques instants.

En effet, quand on a connaissance du cursus des cinq années post-bac qu’exige la formation jusqu’au Diplôme d’État de Sage-Femme, soit : une première année PACES sanctionnée par un numerus clausus (au même titre que médecine), à laquelle se succèdent ensuite quatre années en École de Sage-Femme, cette maladresse a de quoi irriter quelque peu. D’autant qu’une trop grande incohérence pèse, entre un niveau master tout juste reconnu, les exigences et les risques qui incombent à la profession d’un côté, et un salaire et une pseudo « reconnaissance socioprofessionnelle » qui désavoue plus ou moins tout cela de l’autre. Il me semble alors nécessaire d’insister d’emblée sur l’Autonomie de la profession, une caractéristique de premier plan qui se juxtapose alors à la Compétence Médicale (et non paramédicale) du métier de sage-femme :

« Exerçant une profession médicale, la sage-femme assure, en toute autonomie, la surveillance de la grossesse normale, du travail et de l’accouchement, ainsi que les soins à la mère et à l’enfant après l’accouchement.[...] En cas de pathologie, elle exerce le cas échéant en collaboration avec le médecin. »

(http://www.ordre-sages-femmes.fr)

La redondance étant matière d’apprentissage j’appuie donc sur le fait que la sage-femme est susceptible de prendre en charge cinq profils distincts : la femme en suivi gynécologique, la femme gestante, la femme en travail, la femme accouchée et le nouveau-né, dans les diverses circonstances qui ponctuent son activité, de la déclaration de grossesse aux suites de couches. De même je souligne, en me focalisant exclusivement sur l’accouchement, que la sage-femme en a l’apanage dès lors que celui-ci est établi comme eutocique, c’est-à-dire physiologique, ce qui revient à la très grande majorité d’entre eux. En revanche si celle-ci diagnostique un accouchement dit dystocique, autrement dit pathologique, alors elle a le devoir dans cette situation particulière de faire appel au médecin, à la suite de quoi ces derniers s’y emploieront en collaboration. A souligner qu’il ne s’agit évidemment pas d’une prise en charge absolue et unilatérale du médecin cadrée dans une relation strictement asymétrique, relation au sein de laquelle la sage-femme ne serait plus qu’une subordonnée aux ordres de celui-ci !

Aux fantasmagories de la scène hospitalière qui alimentent l’imaginaire collectif, s’oppose une réalité fort heureusement moins inique dont chacun doit avoir conscience…

Alexandre AUBRAS

 

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