Former de jeunes pros à l’alimentation de Wikipédia, un retour d’expérience #3

Le moment Battle

Pour clore en beauté ce cycle de deux journées autour des fondamentaux de Wikipédia et de comment l’utiliser concrètement, nous avons enfin organisé une brève Battle Wikipédia.

Pour mémoire, une battle Wikipédia consiste à mettre face à face deux concurrents et à leur donner une page de départ sur l’encyclopédie. Une fois les deux personnes calées sur ladite page, on leur annonce une page d’arrivée, toujours dans Wikipédia : au top départ, le challenge est de parcourir le plus rapidement possible le chemin entre ces deux pages, en utilisant exclusivement les liens présents dans l’article de départ puis les suivants – l’usage du Ctrl F pour effectuer une recherche d’occurrence sur la page affichée est ici la seule aide autorisée. Évidemment, nous avons utilisé deux ordinateurs, chacun relié à son propre vidéoprojecteur, pour que les « spectateurs » puissent suivre le parcours de chacun, et les encourager.

Les trois défis ont été (si vous voulez vous amuser à essayer) :

Page de départ Page d’arrivée
Anisette Jean Moulin
Nouvelle vague musicale yougoslave Marelle
Teurgoule Harry Potter

 

Le défi Nouvelle vague musicale yougoslave > Marelle s’est avéré particulièrement difficile pour nos deux candidats du moment. Le gagnant, qui a terminé son parcours hors délai, est finalement parvenu à rejoindre la marelle… en empruntant la route des pages « tuerie en milieu scolaire » et « jeu de non-oxygénation » ;-)

LE MOMENT Bilan

Au final, le dispositif a globalement bien fonctionné, avec des présents intéressés, concentrés et participants.

Par ailleurs, selon les retours que nous avons pu avoir lors du rapide et informel debrief final, la promo a apprécié :

  • les travaux de groupe et le fait d’avoir eu à réfléchir sur une période courte avec des camarades pas forcément croisée souvent (leur emploi du temps tendant à créer deux sous-ensembles assez étanches au sein de la promo Panist) ;
  • le fait d’être considérée par les intervenants comme un ensemble de professionnels, dans une logique de travail de pairs à pairs, et pas sur un modèle vertical « nous sommes les profs et nous savons tout, vous êtes là pour écouter la bonne parole » ;

Avec le recul, la plage Editathon était peut-être globalement trop longue – il est vrai qu’une quasi-journée consacrée à de l’édition d’articles peut s’avérer fastidieuse, surtout pour des « débutants ».

Très peu des interventions listées via le tableau des modifications (les post-its) ont concernées les groupes initiaux, et les thématiques par nous proposées lors de la première journée. Plusieurs interprétations (non exclusives) paraissent possibles :

  • les tâches d’importance repérées lors de la première journée ont pu rebuter même les plus volontaires (pour presque toutes les thématiques, l’état des lieux initial a montré qu’il y avait vraiment du travail) ;
  • le fait de casser les groupes lors de la deuxième journée, pour les faire travailler sur les scénarios, a pu ralentir ou désorganiser le traitement des thématiques alors même que nous pensions qu’il était intéressant de voir comment les groupes initiaux parviendraient à avancer sur leur thème malgré une seconde journée un peu découpée ;
  • la promo étant constituée en très grande majorité de personnes faisant leurs premiers pas sur Wikipédia, d’une part ; et les thématiques traitées étant d’autres part très professionnelles, il se peut qu’une autocensure ait eu des effets de ralentissements, avec peut-être une logique du type « je ne suis pas légitime à traiter un sujet que je connais assez mal encore » ;

Quoi qu’il en soit, ce qui constituait pour nous une première, dans la forme et dans le lieu mythique qu’est notre maison-mère, s’est avéré plus qu’intéressant, et vécu comme une réussite.

Il reste maintenant à peaufiner peut-être le dispositif et, plus certainement, à intégrer l’initiation à la rédaction dans Wikipédia au sein des autres cursus présents à l’Enssib –suivez mon regard.

Former de jeunes pros à l’alimentation de Wikipédia, un retour d’expérience #2

Journée 2

Suite aux deux premières journées évoquées précédemment, une dernière journée a réuni toute la promotion Panist. Lors de cet évènement, nous avons mené de front deux « animations », l’Editathon et un travail de réflexion de groupe, se déployant en parallèle (planning de la journée ci-dessous) :

programme

Editathon

Il s’agissait ici de passer à une phase concrète de rédaction dans Wikipédia, avec une commande globale du type « maintenant, intervenez dans Wikipédia, sur le thème qui est le vôtre, en effectuant autant de travaux que vous le pouvez à partir des observations de la séance dernière ». Au passage, nous avons également précisé qu’il était possible par ailleurs de travailler sur d’autres thèmes au choix, ou de se plonger dans un travail de relecture des ouvrages océrisés dans Wikisource, ou de se pencher sur des tâches plus « modestes » comme la correction d’articles ou de fautes – l’important pour les étudiants ici étant bien d’intervenir dans Wikipédia, de quelque manière que ce soit.

Dans tous les cas, il était demandé à chacun.e de noter sur un post-it (les couleurs n’étant pas codifées) la teneur de ses interventions dans l’encyclopédie, l’idée étant de visualiser pour le groupe la « volumétrie » desdites interventions. Au final, en fin de journée, le recueil de interventions s’est avéré pour le moins intéressant (et amusant, comme le montre le tableau ci-dessous — pensez à vous déplacer sur les côtés, vous avez une map en bas à droite pour vous repérer).

postits-panist-wikipedia-2016

Un travail de groupe

Dans le même temps, nous avons mis en place un travail de groupes autour de mises en situation déclinées toutes sur le même modèle, à savoir « vous êtes dans telle institution, vous souhaitez mettre en place telle action autour de Wikipédia, comment procédez-vous ? »

Pour casser les groupes formés lors de la journée précédente, et « forcer » un travail rapide avec des « inconnus » ou des personnes que l’on peut ne pas apprécier forcément (le contexte pro réel est empli de ces situations), les groupes ont cette fois été construits par le biais d’une distribution aléatoire de cartes numérotées, chaque carte reliant l’individu à un groupe (voilà le fichier des numéros de groupe 1 à 11 à piocher, prévu pour impression recto verso sur A4 et massicotage, 5 cartes A6 de chaque groupe)

Par ailleurs, juste avant que démarre la plage horaire réservée, sur le planning de la journée, à ces travaux, chaque groupe se voyait remettre une consigne qui constituerait la base de ses réflexions (et voici le fichier des 11 consignes pour impression recto verso et massicotage format A6)

À l’issue du (relativement) bref temps imparti, chaque groupe devait produire un poster (ci-dessous, les 11 posters) et pitcher en huit minutes maximum le résultat de ses réflexions devant l’ensemble de la promotion.

Enfin, pour finir la journée et nous remettre de nos émotions, il fallait bien un moment festif, mais il fera l’objet du dernier billet de cette série, où nous ferons également un petit retour critique sur cette expérience.

Former de jeunes pros à l’alimentation de Wikipédia, un retour d’expérience #1

La question de l’alimentation de Wikipédia et de la place de cette problématique dans le milieu professionnel est un thème pour le moins intéressant pour ce qui regarde les bibliothèques. Dans ce cadre, le propos du jour est de rendre compte en détail du travail mené récemment avec ma collègue Stéphanie Bouvier au sein de l’Enssib où Marie Defosse, consultante-formatrice et maître de conférences associé à l’Enssib, nous a proposé d’intervenir auprès de ses ouailles, en l’occurrence, les master Panist.

Nos objectifs, sur ce projet, étaient de plusieurs ordres :

  • Initier de jeunes professionnels de l’information et de de la documentation à Wikipédia ;
  • Leur faire dépasser la posture classique d’usagers passifs de l’encyclopédie pour en faire des rédacteurs actifs ;
  • Les amener également à réfléchir à la manière dont l’encyclopédie peut être intégrée dans leurs projets futurs, sitôt qu’ils seront entrés dans une vie professionnelle ;
  • De manière subreptice, les initier à Zotero, à la logique des « posters », et à un certain nombre de thématiques qu’ils seront amenés à croiser dans leur futur professionnel proche.

Organisation

Du fait du nombre important d’étudiants (une cinquantaine), nous avons procédé en deux temps et trois mouvements : la promotion du master Panist  a d’abord été scindée en deux ensembles de 25 personnes, et chaque ensemble a passé une journée avec nous. Ensuite, une seconde journée pensée sous forme d’un edit-a-thon et rassemblant l’intégralité de la promotion Panist a été l’occasion de mettre en pratique les éléments évoqués lors de la première journée.

Déroulé des séances

Le timing relativement serré, d’une part ; et le nombre assez important de personnes présentes, d’autre part, ne permettant pas d’entrer dans la démarche très « accompagnante » que nous avions déjà déployée au sein du Lab’UA, nous nous sommes organisés de manière différente, avec une logique de « saut dans le bain » assez rapide.

Journée 1

1. une première partie (09h00 – 11h00) de « cours magistral » a permis d’exposer ce qu’est Wikipédia, son environnement et son fonctionnement, à partir de ce support ; l’anatomie des articles, et la manière dont on les évalue, a ensuite été traitée afin de déclencher une prise en compte de l’environnement d’édition, de classification et d’évaluation des contenus Wikipédia dont, la plupart du temps, le « simple » usager n’a pas conscience ;

2. une seconde partie, plus exploratoire (11h00 – 15h00), s’est faite en groupes de travail, la commande étant d’étudier l’éco-système de Wikipédia autour d’une série de thèmes liés peu ou prou au monde des bibliothèques, et proposés par nos soins, à savoir :

  • Design Thinking
  • Fablabs
  • Innovation
  • Internet des objets
  • Réalité virtuelle
  • Open Access
  • Horizon 2020
  • Loi pour une République Numérique
  • Print on Demand
  • Web de Données
  • Smart City

La consigne donnée incluait l’usage de groupes Zotero pour enregistrer les différents articles repérés, à la fois pour que le groupe en conserve une trace, et dans l’optique d’une prise en main de Zotero (l’outil étant assez intuitif pour pouvoir être maîtrisé dans ses grandes lignes très rapidement).

3. enfin, pour terminer le jour (15h00 – 17h00), chaque groupe effectuait un retour synthétique, devant l’ensemble des présents, sur les premiers constats faits autour de la thématique travaillée, autour de lignes directrices déclenchées par autant de questions que nous avions suggéré de se poser à l’étude de la thématique (Comment le thème est-il traité ? Quels sont les articles liés, proches ? Quels sont les manques ? Quels articles gagneraient à être remaniés, réécrits ? Existe-t-il un article sur le sujet dans la Wikipédia anglophone, qui pourrait donner lieu à une traduction, etc. ?)

Ces retours, outre qu’il supposait de formaliser une cartographie de la thématique dans Wikipédia, nous permettaient en outre d’apporter commentaires et éclairages : la promotion ne comptant que deux ou trois personnes sur cinquante ayant une expérience d’édition d’un article dans l’encyclopédie, les étudiants découvraient le même jour l’environnement des articles et cette logique d’écosystème autour des thématiques étudiées, étant entendu que par ailleurs, la plupart de ces thématiques leur étaient largement inconnues.

Cette journée écoulée, les premières pierres étant posées, il était temps de passer à la suite : c’est l’objet du billet qui traite de la seconde journée du dispositif ici décrit.

La petite minute Drupal

En reprenant mon CV, je me suis aperçu que cela faisait maintenant 3 années au moins que j’intervenais modestement dans le cadre du Master LiMés de l’Université de Poitiers sans avoir expliqué ici ce que j’y faisais, et pourquoi. Il est temps.

Une fois par an, donc, les étudiant/e/s du M1 ont droit en guise de punition à passer quelques 18 heures avec bibi autour d’un seul sujet : Drupal.

Il s’agit bien d’un TD : en nous appuyant sur les espaces d’hébergement ouverts par le très efficace service informatique de la Fac de Lettres de Poitiers, nous installons un Drupal par personne présente, puis explorons ensemble, les mains dans le moteur, les principaux concepts, outils et modules du CMS (types de contenus, formats de texte, champs, users, rôles, gestion des images, sons et vidéos, cartes, et évidemment, le module Views).

18 heures, c’est certes court pour aborder un outil dont la courbe d’apprentissage peut sembler pentue, mais le but n’est pas que les étudiant/e/s sortent de là comme experts Drupal : le temps disponible est évidemment insuffisant, je ne me considère pas moi-même comme un expert Drupal (et donc, je pourrais difficilement former des experts) et de toutes les manières, l’objectif n’est pas là.

Mon objectif est de fait tout différent. En résumé, il s’agit, par une prise en main effective de l’outil, de faire toucher de la souris plusieurs idées :

  • l’installation, l’usage d’un CMS même réputé ardu comme Drupal ne l’est pas tant que ça et est à la portée d’à peu près n’importe quelle personne un peu vive ;
  • il est tout à fait possible pour chacun.e de se monter un site web en quelques poignées de minutes ;
  • la connaissance et la maîtrise d’un outil web type CMS font partie de la culture technique de base pour quelqu’un qui va travailler dans (je cite l’à propos de la formation) « le domaine des médiations du livre (papier ou numérique) » ;

En transversal, je veux faire passer aussi aux étudiant/e/s que :

  • il est toujours bon de savoir de quoi il retourne quand on aura à interagir avec des prestataires techniques (un prestataire qui vous facture une semaine de travail pour l’installation d’un Drupal de base est en train de vous berner, et vous le savez une fois que vous avez installé vous-même un Drupal) ;
  • ce n’est pas en théorisant sur un sujet, mais bien en faisant qu’on comprend ce qu’on fait et qu’on peut le penser/piloter dans ses visées et son éco-système ;
  • le web est un lieu incontournable (de la médiation) du livre et de l’écrit : vous pouvez soit faire semblant de l’ignorer (mais dans ce cas, vu l’intitulé de la formation et l’évolution du monde, votre carrière va être compliquée), soit prendre le truc en main y compris dans ses dimensions techniques — et ce sera plus qu’inspirant.

Évidemment, tout ce qui précède vaut aussi dans les métiers des bibliothèques mais ça, vous l’aviez compris, n’est-ce pas ?

What a wonderful world (of data)


BO : Louis Amstrong, What a wonderful world, via Archive.org

Or donc me voici de retour d’un stage organisé par la formation continue de notre maison mère, stage concernant la gestion des données de la recherche et par ricochet la place que nous pouvons/devons avoir dans l’éco-système de ce « nouvel » composant de notre paysage professionnel.

Stage intéressant dans l’ensemble, bien que me laissant l’impression bizarre d’un encore mystère global sur la manière dont ce déluge va être organisé/digéré de notre côté : il y a un côté totale impro qui me surprend toujours, surtout venant de très grosses structures mais bon, ce doit être ça, la French Touch*.

Un moment m’a particulièrement interpellé, celui où nos collègues bibliothécaires de l’EPFL sont intervenues (juste pour information, leur bibliothèque aligne sur le pont 7 personnes soit 3 ETP dédiés à l’accompagnement des chercheurs sur la gestion de leurs données sachant que globalement, la bibliothèque compte 39,6 ETP en date du 30 septembre 2015 — je vous laisse réfléchir à ce chiffre).

L’exercice par elles proposé consistait donc à dégager de X offres d’emploi issues de boutiques anglo-saxonnes des éléments du type « quels sont les compétences métier recherchées » et de produire en retour synthétique des post-it (ceux qui me connaissent savent à quel point j’aime les plans post-it, mon rêve secret étant, si mon Karma m’y autorise, de me réincarner en post-it, mais ça reste entre nous).

La conclusion manifeste de cet exercice était simple : toute une partie des compétences attendues dans ce domaine par les (futurs) employeurs (ici émergent déjà des besoins auxquels il va falloir nécessairement répondre, et vite) sont d’une part très techniques ; d’autre part bien loin des compétences actuelles d’une majeure part des professionnels des bibliothèques (je m’inclus).

Ce moment post-it a eu le mérite de faire émerger deux questions :

A/ Quand et comment la profession va-t-elle répondre à ces besoins, et surtout via quelles formations initiales et continues concrètes à la fois pour profiler rapidement des professionnels type data librarians ; et des cadres en mesure de piloter des équipes de data librarians ? (nous étions à l’Enssib, c’est aussi pour cela que l’interrogation allait de soi)

B/ Autre interrogation initiée par Solenn Bihan, que je reprends/remouline ici : ces équipes de data librarians sont/seront souvent de petites équipes (comme le sont les équipes bibnum d’ailleurs) très techniques. Comment ces compétences atypiques seront-elles reconnues dans les parcours des agents, quand on sait à quels points la reconnaissance pro semble généralement porter sur des critères fort différents de ceux esquissés ici en filigrane ? Par ailleurs, comment l’encadrement de ces équipes à compétences particulières sera-t-il valorisé dans l’évaluation et l’évolution de carrière de leurs cadres (on retombe là sur l’histoire déjà connue de tous les responsables de team techniques qui se voient quasi systématiquement écartés au moment des promotions au motif que leurs équipes ne font pas le poids numéraire face à des sections traditionnelles) ? Dit autrement, quand la compétence technique viendra-t-elle enfin égaler dans l’évaluation la compétence bibliothéconomique traditionnelle ?

Je pose ça là. Les commentaires vous sont ouverts.

PS : sinon, toujours le même plaisir trouble à revenir dans notre Vatican à nous, entre agacement (ah cet énorme potentiel que je sens sous-exploité) et agrément des discussions avec celles et ceux que l’on y recroise et qui tentent de préparer au mieux les jeunes recrues que nous enverrons au feu dans la bataille de l’information dès demain (LOL)

* en français dans le texte

Rendez-vous 12h15

Puisque nous avons maintenant un peu de recul, c’est le moment pour moi de revenir sur un dispositif précis lancé dans le cadre du lab’UA (structure sur laquelle je suis détaché depuis maintenant presque une année) : les midis du lab’UA.

Le principe des midis est simple : à une heure facilement mémorisable (12h15), pour un temps contraint (45 minutes), dans une ambiance décontractée (sandwichs welcome, café offert) et face à un public volontairement restreint (en moyenne, une dizaine de personnes, avec une capacité maximale de 20 places), faire découvrir des outils ou services en ligne dont nous pensons qu’ils pourraient être intéressants pour les enseignants-chercheurs, soit dans un cadre pédagogique, soit dans leurs pratiques de recherche.

Le dispositif croise une des missions générales du lab’UA (accompagner les demandes « numériques » des enseignants-chercheurs) en la prenant à rebours : plutôt que d’attendre des demandes du type « j’ai telle chose à faire, pouvez-vous m’aider » (demandes auxquelles évidemment, nous répondons aussi), il s’agit de montrer des existants qui pourraient, soit aider notre public dans son travail (Zotero est ici l’exemple parfait) ; soit lui ouvrir des horizons (pédagogiques mais pas seulement, cf. Orcid) nouveaux (c’est dans cette optique que le midi du lab’UA de ce huit décembre a été l’occasion de présenter Framapad : il nous semblait assez évident que l’outil pouvait donner lieu à des applications pédagogiques).

La ligne directrice du dispositif comporte aussi lorsque possible un objectif de présentation et de diffusion d’outils (libres) déployés par la DDN (Direction du Développement Numérique) qui, dans un certain nombre de cas (citons Owncloud), se veulent une réponse « locale » et « maitrisée » à des outils anglo-saxons sur lesquelles nous savons que nombre de fichiers et données sensibles sont/étaient diffusés, avec tous les risques possibles que l’on sait (coucou la NSA).

Le bilan à cette heure est très positif. Les personnes inscrites (via le site du lab’UA, grâce un module Drupal parfaitement adapté à cet usage, Registration), nous font de très bons retours : le créneau de 45 minutes permet aux présents de ne pas perdre de temps, et de repartir avec des idées et/ou des outils qui, pour certains, ont été mis en oeuvre dès après une de nos présentations. L’ambiance décontractée (quelques tables, un vidéo-projecteur, le tout dans nos locaux encore « roots ») comme la taille réduite du groupe aident à la discussion et aux échanges. Et les retours, questions, remarques, trouvent des réponses immédiates (nous sommes en face à face).

En bref : le dispositif continue, dès après les fêtes, et le programme est déjà finalisé. Encore quelques jours et il sera en ligne sur notre agenda où, au passage, vous pouvez voir le programme du trimestre passé en téléchargeant le « flyer » pdf sur la droite, pour vous faire une idée.

PS : je n’évoque pas pour l’instant ici (entre autres par souci de compacité du billet) l’autre versant de ces rendez-vous réguliers du lab’UA, à savoir les matinales — ces matinales, orientées plus spécifiquement vers la pédagogie, sont pilotées par les collègues e-pédagogie du lab’UA et traitent, sur un temps plus long (deux heures), spécifiquement, de pratiques pédagogiques. Par contre, je peux déjà vous dire, en avant-première, qu’une de ces matinales à venir consistera en un retour d’expérience de l’atelier Wikipédia dont nous avons déjà rendu compte ici.

Le mulot mort des bibliothèques

<MàJ 2 du 25 mai 2014>Merci à Christine pour la liste des postes I.T.R.F.  mais malheureusement, rien dans le tableau ne permet de déterminer si les recrutements indiqués sont à destination des bibliothèques. On reste donc dans le flou quand à la proportion d’I.T.R.F Bap E dans le monde magique des bibs </MàJ>

<MàJ du 25 mai 2014> On me fait fort justement remarquer dans l’oreillette que je pose en regard une liste de recrutement hyper-spécialisée (code4libs) à une liste de profils généralistes (Poppée) et que cela pose un problème méthodologique. Effectivement, à y réfléchir, je compare des choux et des carottes.
Il faudrait donc aligner en face de la liste des jobs code4libs l’équivalent pour nos I.T.R.F. recrutés à destination des bibliothèques, mais je n’ai pas trouvé de telle liste : merci de la signaler en commentaire si vous savez où la trouver afin que ma comparaison devienne plus scientifique.
Cela dit, je maintiens mes positions sur la suite du billet : ma comparaison choux-carottes pose problème, mais il reste vrai que la soupe des bibliothèques manque très cruellement de spécialistes du numérique, et ce n’est pas qu’une histoire de goût personnel.</MàJ>


Twitter est un outil professionnel très important pour moi (non, ce n’est pas un endroit réservé aux lolcats et autres pédophiles nazis et si vous en êtes encore là sur votre compréhension des réseaux sociaux, ce n’est peut-être pas la peine de continuer à lire) et c’est via Twitter (merci les potes) que je suis retombé sur code4libs (en résumé, un site consacré aux bibs à forte orientation numérique sur lequel j’étais déjà passé mais que j’avais arrêté de suivre, trop douloureux que c’était).

Je vous laisse aller découvrir les recrutements en cours actuellement dans les universités anglo-saxonnes et je vous laisse également mettre en regard les profils de poste en bibliothèques que nous voyons apparaître par exemple dans le très français Poppée.

Voilà, je pense que vous avez compris le problème.

Ce décalage énorme, sur lequel je me suis déjà exprimé (ça me lasse, ce radotage, vous ne pouvez pas imaginer), est à mes yeux très symptomatique de la manière dont les bibliothèques françaises gèrent le changement de civilisation actuellement en cours du fait du numérique : elles ne le gèrent pas, et continuent à penser que savoir vaguement utiliser Excel ou Word est le fin du fin numérique.

Personnellement, je pense que ce problème est lié en grande partie au fait qu’une bonne partie de notre encadrement de haut niveau n’a absolument pas compris ce qui se passe : les cadres mentaux de nos pilotes ne sont tout simplement pas en mesure de penser le bouleversement en cours et donc, encore moins, de l’accompagner. Notre encadrement fait donc ce que nous faisons tous dans ce cas, il se replie sur ce qu’il connaît, la conservation, le gardiennage de la culture (comme si le numérique était incompatible avec la culture), le blah blah théorique, la recherche bibliothéconomique (cette vaste blague).

Je pense aussi que notre recrutement doit changer. Urgemment. Certes, la fonction publique fait que l’on ne peut pas faire ce que l’on veut. Mais en attendant une évolution du recrutement et des formations initiales des bibliothécaires (on peut rêver), il me semble que nous avons deux moyens d’actions :

  • faire des recrutements contractuels sur fonds propres (au besoin en sacrifiant temporairement la documentation, papier en particulier) ;
  • et surtout, saisir toute possibilité de basculer un poste de bibliothécaire en I.T.R.F. Bap E, en cessant enfin de fonctionner dans cette logique (de caste) de maintien à tout prix de postes de bibliothécaires : des bibliothécaires, dans nos boutiques, nous en avons bien assez maintenant, ce n’est vraiment plus de cela que nous avons besoin.

J’en profite pour répondre à quelques arguments qui m’ont déjà été opposés sur ce qui précède :

  • le modèle des universités privées américaines n’est pas notre modèle : c’est vrai et tout n’est pas bon dans le modèle américain, loin s’en faut. Mais regardez la liste de jobs que je pointe. Il y a également des universités publiques. Alors, pourquoi y arrivent-elles, et pas nous ?
  • formons des bibliothécaires déjà en place, au numérique : croyez-moi, il est beaucoup beaucoup plus rapide d’acculturer un développeur aux particularités (pas si particulières, du point de vue technique) des bibliothèques, que de former un bibliothécaire au PHP ou à de la gestion système, et nous l’avons constaté in vivo dans mon équipe, avec la mise à disposition par notre DDN (c’est le nom angevin de la DSI) d’un développeur PHP sur le projet Archives Ouvertures de l’UA (lequel projet, en passant, est en production pour le moment « intranet », le produit devant être présenté en avant-première lors des JEDA du 04 et 05 juillet — inscrivez-vous) ;
  • les compétences numériques nous ont été retirées et ont été recentrées dans notre DSI : franchement, c’est normal. Comment voulez-vous qu’on prenne les bibliothèques au sérieux sur les questions numériques ? Nous avons démontré et démontrons chaque jour collectivement à quel point nous ne prenons pas le numérique en compte, puisque nous n’y consacrons que des RH indigentes (la bibnum BUA c’est 3,4 ETP, dont personne avec une formation initiale technique/informatique, quand le SCD compte 46 ETP et quand je pense qu’en fait la section numérique devrait être à 1/4 voire 1/3 des effectifs globaux des SCD) . On nous prendra au sérieux, i.e. on cessera de nous retirer des compétences numériques, quand nous donnerons place au numérique, vraiment. Ici comme partout, tout le temps, on récolte ce que l’on sème.

Voilà, un nième billet sur les mêmes thématiques, avec un arrière-goût amer de voir que nous (les bibliothèques) laissons passer une occasion incroyable de nous positionner dans ce monde d’informations et de données qui est en pleine explosion et dans lequel nous aurions toute place, si seulement nous faisions ce qu’il faut pour y être.

Allez, histoire d’en rire, le mulot.

Concours (de circonstance)

Bon, d’accord, le titre est très moyen, mais je n’ai pas réussi à m’en empêcher — la honte soit sur moi.
Assez ri, revenons à ceci où, pour les fainéants de la souris, je protestais contre l’endogamie nuisible que portent les sujets du concours de Conservateur. L’été étant passé et la bise venant, j’ai essayé de formaliser ce que pourrait être une évolution de l’actuel concours. Et donc, ci-dessous, quelques réflexions/pistes en désordre.

Une refonte totale de l’actuelle concours, avec disparition de la ridicule dissertation, semble difficile : un concours de recrutement de cadres de la fonction publique se doit apparemment de proposer cette fourche caudine et y toucher, c’est toucher aux fondements de la fonction publique, aux fondements de la République, aux fondations de l’Univers tout entier. Ok, essayons autre chose d’autant qu’après tout, une part des recrutés peut encore être composée aussi de forts en thèmes historiens, philosophes et littéraires (il faut de tout pour faire une bibliothèque).

Cette autre chose pourrait être un concours type troisième voie (la seconde, c’est le concours interne dont je suis issu, ce qui en dit assez les dangers) légèrement différent des deux premières voies, avec par exemple, à l’admissibilité, le maintien de l’écrit de synthèse (ça ne mange pas de pain d’être synthétique dans la vie, et cet écrit permet de vérifier un minimum la maîtrise de la langue écrite — il ne s’agirait pas de laisser la plèbe envahir les golfs) ; et un second volet d’admissibilité sur dossier (CV des candidats, réalisations pro, etc) avec un niveau minimum à bac +3 pour rester entre gens de bonne naissance (toujours dans le souci de protéger les golfs).

Pour l’oral, on garde une bonne vieille épreuve de langue (ça ne mange pas de pain non plus) et un « grand oral » qui porte non pas tant sur la culture générale classique du candidat (du genre, qui a écrit la Septième de Beethoven ou que pensez-vous de la poésie iranienne du 3ème siècle) que sur son parcours personnel et professionnel, et ses motivations à devenir un cadre des bibliothèques.

Il s’agirait dans cet oral, pour les jurys, de repérer les personnes aptes à devenir de bons cadres techniques des bibliothèques car, pour la Xième fois, nous avons besoin de cadres techniques, pas de purs esprits scientifiques déconnectés du réel.

Ce qui précède pourrait aider à changer un peu la composition des populations de conservateurs, surtout si on publicise ce concours vers des viviers autres que nos viviers traditionnels de recrutement (je pense évidemment aux informaticiens et autres ingénieurs en ce qu’on veut, mais en fait, à tout le monde — le but est ici d’ouvrir largement le recrutement dans toutes les directions)

En effet collatéral d’un concours troisième voie de ce type : notre sainte mère l’ENSSIB changerait de nom (entre autres réformes sur son enseignement mais c’est une autre longue histoire) et deviendrait l’ENSCTSB (l’Ecole Nationale Supérieure des Cadres Techniques et Scientifiques des Bibliothèques), manière de rappeler au passage quels sont nos besoins réels de formation et ce que doit être un conservateur.

Les commentaires attendent vos avis et suggestions sur mes vagues idées (à affiner) et vos propositions (elles seront certainement intéressantes) pour une réforme réalisable.

PS : je ne parle pas ici du système des promus, qui est une quatrième voie de fait. Mais je pense qu’il est temps aussi que la promotion bibliothécaire > conservateur cesse d’être ce qu’elle est à l’évidence de manière très générale pour devenir enfin ce qu’elle devrait être, le moyen de faire progresser rapidement et sans concours supplémentaire des collègues bibliothécaires qui en veulent et font du bon boulot. En bref, la promotion doit devenir une promotion au mérite et aux potentialités exprimées, pas un cadeau de départ à la retraite, ce qu’elle est quand même souvent (no offense).

Cambouis

Je suis arrivé à la BUA en 2007 et assez vite, comme mes camarades locaux, j’ai commencé à être sollicité assez régulièrement pour des interventions autour de mon boulot, les bibliothèques, le futur, tout ça, tout ça.

Jeune et naïf et flatté des invitations, j’ai tout accepté et rapidement, (en plus d’être de moins en moins dans ma boutique à travailler, ce qui est tout de même le problème premier), je me suis épuisé à répéter souvent et un peu toujours le même discours constitué surtout de retours d’expériences BUA et de généralités qui semblaient intéresser beaucoup de monde mais n’étaient jamais suivies d’effets ou de réalisations concrètes :

  • soit que mon intervention s’insérait, à y bien réfléchir, dans une sorte de tourisme de formations et d’information qui est l’une de nos maladies professionnelles (réfléchissez une seconde au temps, à l’argent public, à l’énergie dépensés dans ces multiples journées d’études qui ne produisent strictement rien du tout) ;
  • soit que les gens présents, qui voulaient mettre en oeuvre de choses dont nous avions parlé, étaient ensuite bloqués par leur N+X ;

(à mon avis, c’était un peu des deux).

Lassé de parler dans le vide et de participer à ce tourisme qui me hérisse, j’ai donc fait depuis maintenant plusieurs gros mois un moratoire sur mes interventions extérieures, refusant tout pour me laisser le temps de souffler et de réfléchir à la manière dont je pouvais essayer quand même d’être cohérent avec ce que je pense par ailleurs de la nécessité que notre métier a de se réformer (concrètement, professionnellement s’entend) très rapidement.

Les demandes d’interventions continuant à arriver, j’ai terminé de réfléchir (hier matin, quelque chose comme ça) : je vais donc préciser le cadre dans lequel j’accepte éventuellement d’intervenir.

Donc, pour toutes les demandes à venir, ma réponse sera :

  • Éventuellement oui pour des interventions avec un noyau central sous forme de TD ou TP, sur des cas concrets, et donc oui pour du cambouis, des trucs mains dans la machine, du genre « on se colle sur des PC et on sue ensemble et on monte un site ou un blog ou on bidouille un epub » (exemple type de choses acceptées dans ce cadre, l’intervention à la Roche sur Yon récemment, et celle à venir, à Poitiers, en mars, qui sera un gros TD Drupal étalé sur plusieurs semaines) ;
  • Non (de manière certaine) pour des retours d’expériences et/ou interventions blah blah sur des thématiques du genre « les bibliothèques, le web et après », « Réseaux sociaux VS bibliothéconomie blah blah », « Les portails de bibliothèques peuvent-ils résoudre la faim dans le monde et rendre la vue aux aveugles », etc (liste non exhaustive).

Voilà. C’est un peu rude, mais ça a le mérite d’être clair.

Mon généraliste n’est pas un spécialiste

Un billet récent parlant en fait de tout autre chose a vu émerger dans ses commentaires une des questions qui me tiennent à coeur, celle de savoir si les négociations Couperin doivent être menées par des volontaires de la profession (dont je salue ici l’engagement), ou par des négociateurs extérieurs spécialisés, recrutés seulement pour cela.

Cette problématique, en fait, croise la problématique plus large de notre (non)professionnalisation dans les domaines qui ne sont pas traditionnellement au coeur notre métier. En l’espèce, il me semble que nous avons collectivement tendance à penser que, parce que nous sommes des généralistes, nous saurons ou savons remplir toutes les fonctions, y compris les plus spécialisées.

Et il me semble que c’est une grave erreur dont on constate les effets, donc, sans doute sur les négociations commerciales dont il est question plus haut (je reste persuadé que les éditeurs nous baladent un peu comme ils le veulent), mais aussi, par exemple :

  • quand nous nous piquons de monter des supports de comm’ visuelle dont, très souvent, le principal effet est de faire saigner les yeux de ceux qui les regardent (la comm’, c’est un métier, il y a des écoles pour ça) ;
  • quand nous nous engageons en toute bonne foi dans des dossiers du type « portail » de bibliothèques et autres outils informatiques « très techniques » avec comme bagage le seul léger vernis acquis au cours de notre formation (l’informatique, c’est un métier, il y a des écoles pour ça) ;

avec pour effets, si je reprends les deux exemples ci-dessus :

  • de nous faire perdre toute crédibilité auprès de nos usagers et d’obtenir, au mieux, un effet de confortation dans l’image ringarde que nous avons encore souvent ; au pire, un magnifique effet repoussoir ;
  • de nous retrouver avec des usines (informatique) à gaz que nous ne maîtrisons pas, qui ne fonctionnent pas, ne rendent pas les services attendus, et ont coûté à la collectivité des sommes avec plusieurs zéros quand des outils plus performants et beaucoup moins chers existent (en l’espèce d’ailleurs, je constate souvent que le fait de savoir à peu près de quoi on parle dans ce domaine évite que l’on me raconte et vende n’importe quoi sous couvert d’un discours technique totalement bidon mais indécelable par un cons’ généraliste) ;

De fait, je pense que dès que nous sortons de notre coeur de métier (i.e. la documentation, sa gestion et sa mise à disposition) et quelle que soit notre entrain à nous attaquer à ces questions de spécialistes, nous prenons le risque certain de mal faire (sauf très rares exceptions qui ne constitueront jamais la règle).

En résumé, le fait de savoir sous quelle cote sont rangés les manuels de commerce ou de comm’ ou d’informatique ne fait pas de nous des commerciaux ou des communicants ou des informaticiens, mais montre simplement que nous savons où est la documentation — c’est tout et c’est ça notre métier.

Et l’une des conséquences logiques des constats de ce billet est que notre formation initiale ne doit plus être une formation de généralistes comme elle continue à l’être, mais une formation de vrais spécialistes à l’issue de laquelle on trouvera enfin sur le terrain des (bib)managers, des (bib)communicants,  des (bib)négociateurs, des (bib)informaticiens, etc.

Sans cette logique de spécialisation qui participe de notre professionnalisation collective encore très largement à faire, nous continuerons à être ce que nous sommes : de très bons élèves, emplis de bonne volonté et de courage, et qui sont surtout des proies faciles.