De comment la folie du droit d’auteur peut tuer une seconde fois le fils d’Internet

<update du 10 février> le blocage porte sur un extrait sonore de « Agnes Obel – Fuel to Fire »</update>
<update du 07 février> ça ne s’arrange pas. La vidéo est à nouveau bloquée, cf. le message Youtube ci-desous.

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Ceux qui suivent un peu se souviennent peut-être du documentaire consacré à Aaron Swartz que j’avais contribué à sous-titrer en français avec l’aide de quelques camarades. S’ils ont vu ce documentaire, je suis certain qu’ils ne l’ont pas oublié…

Depuis cette traduction, la VOSTFR de The Internet’s Own Boy vivait tranquillement sa vie sur Youtube en dépassant tout de même récemment les 150 000 vues — dont une partie, je le sais pour l’avoir pratiqué et avoir eu des échos de tels usages, était par ailleurs effectuée dans le cadre de « projections » évènementielles.

Il y a quelques jours, l’accès à la vidéo a été bloqué dans 238 pays (vous avez bien lu) du fait d’une atteinte au droit d’auteur portée par The Orchard Music / [Merlin] PIAS / [Merlin] Liberation Music au nom de : Play It Again Sam (voilà les infos présentes dans le backoffice de mon gestionnaire de vidéos Youtube)

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La BO est manifestement concernée et, si j’interprète bien le peu d’éléments disponibles, la demande de blocage liée à un enregistrement audio serait effectuée par The Orchard, un distributeur, qui relaierait/ »protègerait » ainsi le label Play It Again Sam, un troisième Larron, Merlin, jouant là-dedans un rôle qui m’échappe (je suis preneur en commentaires d’éclaircissements, si vous en avez).

J’ai contesté ce blocage, et la vidéo est à nouveau visible le temps que ma contestation soit étudiée. Mais ce blocage est révélateur :

  • de la folie du droit d’auteur qui conduit à bloquer la diffusion d’un documentaire gratuit traitant paradoxalement d’une figure interrogeant justement la question de la libre diffusion de certains biens ;
  • du risque qu’il y a à (éventuellement, si cela se vérifie) utiliser dans une production elle-même en Creative Commons des éléments sous droits (oui, faites gaffe à ça, c’est la leçon qu’on peut déjà tirer de ce blocage) ;
  • de l’idiotie que c’est d’essayer par ailleurs de bloquer les contenus de cette manière puisque le film en VOSTFR est disponible à plusieurs endroits et que donc, la démarche autour des DA est totalement vaine.

En attendant le résultat de ma contestation, qui pourrait déboucher sur un nouveau blocage, je vous invite à regarder le film en question. Il est ci-dessous et vous pouvez le trouver un peu partout, en VOSTFR, ailleurs sur le Net.

Les petits gestes changent le monde

Si vous vous souvenez, j’ai participé en juillet 2014 (avec une bande de plus ou moins barbu(e)s — à savoir @symac@btreguier@loopiloop — dont je ne connaissais initialement que le premier, magie du réseau et du travail collaboratif), à la traduction en français du documentaire sur Aaron Swartz que vous trouverez ici, et dont je vous conseille fortement le visionnage.

Tout récemment, les éditions B42 ont publié en France « Celui qui pourrait changer le monde« , ouvrage rassemblant les traductions françaises d’écrits de Aaron Swartz. Évidemment, j’ai pensé aussitôt qu’il fallait que je lise cela.

Quelqu’un d’autre y a pensé aussi : il y a quelques jours, une personne que je ne connaissais pas m’a contacté, ainsi que les autres membres du groupe de traducteurs.

Ladite personne avait vu la vidéo de « The Internet’s Own Boy«  en VOSTFR et voulait en remercier les traducteurs : elle avait donc déjà payé à l’éditeur quatre exemplaires de « Celui qui pourrait changer le monde » ainsi que les frais d’envoi destinés à nous acheminer le cadeau.

Le livre était dans mon courrier ce matin.

Ce geste m’a beaucoup touché. Outre sa délicatesse, il est en effet à mes yeux l’expression d’une certaine logique de partage désintéressé amplifiée par le levier du net et par là, la preuve que les valeurs et idées qui étaient à la base des combats de Aaron Swartz sont toujours présentes, et valent toujours la peine qu’on peut prendre pour les faire vivre.

Merci donc à toi, dont je ne dirai pas le nom, parce que tu m’as demandé de me taire.

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Quelques éléments sur les bureaux du Lab’UA rénovés, que nous venons d’investir après une très longue brève attente.

Structuré par plusieurs lignes directrices :

  • de la clarté et de la sobriété ;
  • limiter autant que possible le bruit (c’est un open-space quand même…) ;
  • faciliter les échanges et l’informel, rester dans le fluide ;
  • essayer d’avoir des choses pratiques au quotidien ;
  • et last but not least, pouvoir accueillir des visiteurs (enseignants, personnels) pour bosser avec eux et/ou leur montrer des manières de s’organiser encore un peu inédites (le lieu devenant une sorte de show-room in vivo) ;

le projet de réaménagement comportait plusieurs espaces :

  • un open-space en mesure d’accueillir 8 bureaux ;
  • une zone d’accueil pour boire le café recevoir des visiteurs et discuter de manière informelle de projets en cours ou en émergence ;
  • une zone de micro-réunions pour 6 personnes ;
  • 4 espaces fermés traditionnels permettant d’installer 6 bureaux ;
  • un studio d’enregistrement vidéo pouvant également se transformer si nécessaire en espace de réunion pour 8 personnes ;

Plusieurs modélisations ont été effectuées au cours du projet par Tristan Chevrier, l’un des membres du Lab’UA, pour nous aider à mieux voir de quoi l’on parlait. Je vous pose ci-dessous la toute dernière, réalisée juste après le choix du fournisseur (les marchés, tout ça, vous connaissez) mais avant la livraison : elle nous a permis de nous projeter dans les bureaux terminés, et elle vous permettra de comprendre l’organisation globale évoquée ci-dessus.

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Le résultat se distingue sur les photos jointes (tout n’est pas encore rangé mais ce n’est rien à côté de ma chambre). Je suis un très mauvais photographe, vous me le pardonnerez. Et les commentaires sont ouverts pour les précisions dont vous auriez besoin.

Quelques points de détails :

  • l’espace réunion, écran mural à venir, table haute trapèze (c’est malin comme idée, cela permet de ne pas avoir à se pencher quand on regarde l’écran), prises électriques insérées dans la trappe du plateau.

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  • l’espace accueil, écran mural à venir, « dossier » acoustique solidaire du canapé

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  • l’un des bureaux de l’openspace, le mien en l’occurrence. Petit détail : le dessus du bloc tiroirs à roulettes est équipé d’un coussin pour les visiteurs, cela évite de mobiliser une chaise. Précisons aussi que deux des huit bureaux de l’open-space sont électriques et permettent de travailler debout ou assis, selon les envies.

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  •  le studio d’enregistrement vidéo, avec ses spécificités techniques (je n’y connais que couic donc je n’en parle pas) est auss prévu pour pouvoir abriter des réunions de travail plus classiques (deux tables à plateaux basculants pour faciliter le rangement, et des chaises légères et empilables)

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Je vous passe les espaces de bureaux « fermés », ce sont les mêmes bureaux que dans l’open-space.

Nous avons par ailleurs disséminés quelques « paravents » acoustiques (les trucs à bandes horizontales grises et blanches) afin de casser la diffusion du son dans l’open-space. Ce n’est pas l’arme ultime (i.e. qu’il faut tout de même se réguler un peu parce que si le collègue du bureau voisin répète un solo de batterie, ça s’entend), mais ça fait globalement le job.

Enfin, toute la zone est arrosée en wifi HD pour les visiteurs.

Globalement, après quelques jours de fonctionnement, nous sommes plutôt satisfaits du résultat. Certes, ce n’est pas le type de bureaux totalement délirants qu’on peut voir parfois chez certaines boutiques de la Silicon Valley. Toutefois, au quotidien, on s’y sent plutôt pas mal, je crois, et ce n’est pas rien.

Rendez-vous 12h15

Puisque nous avons maintenant un peu de recul, c’est le moment pour moi de revenir sur un dispositif précis lancé dans le cadre du lab’UA (structure sur laquelle je suis détaché depuis maintenant presque une année) : les midis du lab’UA.

Le principe des midis est simple : à une heure facilement mémorisable (12h15), pour un temps contraint (45 minutes), dans une ambiance décontractée (sandwichs welcome, café offert) et face à un public volontairement restreint (en moyenne, une dizaine de personnes, avec une capacité maximale de 20 places), faire découvrir des outils ou services en ligne dont nous pensons qu’ils pourraient être intéressants pour les enseignants-chercheurs, soit dans un cadre pédagogique, soit dans leurs pratiques de recherche.

Le dispositif croise une des missions générales du lab’UA (accompagner les demandes « numériques » des enseignants-chercheurs) en la prenant à rebours : plutôt que d’attendre des demandes du type « j’ai telle chose à faire, pouvez-vous m’aider » (demandes auxquelles évidemment, nous répondons aussi), il s’agit de montrer des existants qui pourraient, soit aider notre public dans son travail (Zotero est ici l’exemple parfait) ; soit lui ouvrir des horizons (pédagogiques mais pas seulement, cf. Orcid) nouveaux (c’est dans cette optique que le midi du lab’UA de ce huit décembre a été l’occasion de présenter Framapad : il nous semblait assez évident que l’outil pouvait donner lieu à des applications pédagogiques).

La ligne directrice du dispositif comporte aussi lorsque possible un objectif de présentation et de diffusion d’outils (libres) déployés par la DDN (Direction du Développement Numérique) qui, dans un certain nombre de cas (citons Owncloud), se veulent une réponse « locale » et « maitrisée » à des outils anglo-saxons sur lesquelles nous savons que nombre de fichiers et données sensibles sont/étaient diffusés, avec tous les risques possibles que l’on sait (coucou la NSA).

Le bilan à cette heure est très positif. Les personnes inscrites (via le site du lab’UA, grâce un module Drupal parfaitement adapté à cet usage, Registration), nous font de très bons retours : le créneau de 45 minutes permet aux présents de ne pas perdre de temps, et de repartir avec des idées et/ou des outils qui, pour certains, ont été mis en oeuvre dès après une de nos présentations. L’ambiance décontractée (quelques tables, un vidéo-projecteur, le tout dans nos locaux encore « roots ») comme la taille réduite du groupe aident à la discussion et aux échanges. Et les retours, questions, remarques, trouvent des réponses immédiates (nous sommes en face à face).

En bref : le dispositif continue, dès après les fêtes, et le programme est déjà finalisé. Encore quelques jours et il sera en ligne sur notre agenda où, au passage, vous pouvez voir le programme du trimestre passé en téléchargeant le « flyer » pdf sur la droite, pour vous faire une idée.

PS : je n’évoque pas pour l’instant ici (entre autres par souci de compacité du billet) l’autre versant de ces rendez-vous réguliers du lab’UA, à savoir les matinales — ces matinales, orientées plus spécifiquement vers la pédagogie, sont pilotées par les collègues e-pédagogie du lab’UA et traitent, sur un temps plus long (deux heures), spécifiquement, de pratiques pédagogiques. Par contre, je peux déjà vous dire, en avant-première, qu’une de ces matinales à venir consistera en un retour d’expérience de l’atelier Wikipédia dont nous avons déjà rendu compte ici.

La Loi, c’est toi

MàJ : en plus d’appuyer mes propositions concernant les sets de données issus de la recherche (voir plus bas), je vous invite également à soutenir celle de Christine Ollendorff portant sur un alignement des délais d’embargo sur ceux de la Communauté Européenne (6 et 12 mois).

_________________

Or donc, notre gouvernement travaille actuellement sur Le projet de loi pour une République numérique — le titre est suffisant pour dire de quoi il s’agit.

So what, pensez-vous, endormi/e devant Drucker.
La démarche d’abord. Ledit projet de loi est soumis à une discussion publique ouverte et interactive en ligne, avant son envoi au conseil d’Etat et son adoption en conseil des ministres (oui, rien que ça).

Pour ceux qui se demandent encore de quoi on parle, je résume : ledit projet de loi est discutable en ligne, par nous, toi, moi, Mme Michu, ici.

Et puis, quand même, il y a dans ce projet un certain nombre de points qui nous concernent directement (franchement, un texte de loi sur le numérique, vous pensez vraiment que vous n’êtes pas concernés ?)

Pour ce qui nous concerne, nous, bibliothécaires ou assimilés, je vous fais remarquer tout particulièrement

Comme le truc est ouvert aux suggestions et ce que cela me semblait manquer, j’ai fait deux propositions qui me paraissent relever de la libre circulation du savoir (notre fond de commerce, si vous n’avez pas oublié depuis la signature des accords Elsevier — oups) :

Je vous invite à voter pour les propositions qui vous semblent les plus intéressantes, parce ce sont elles qui seront étudiées de plus près par les services du gouvernement ; et évidemment, à amender, corriger, proposer des évolutions pour ce texte qui pourrait avoir des conséquences énormes dans nos quotidiens professionnels (et personnels).

Et j’espère aussi que nos associations pros, ADBU, ABF, utiliseront au mieux cette opportunité.

PS : certes, on peut discuter de détails dans l’outil, etc ; certes, on peut se demander ce qu’il adviendra des propositions faites par ce biais. Quoi qu’il en soit, ce n’est quand même pas tous les jours que la Loi, c’est toi…

PS2 : mes deux petites propositions, c’est vraiment à l’arrache, pour poser l’idée dans le champ des possibles, comme on dit dans les réunions ; à vous d’étoffer le truc.

Des sites littéraires, de l’ISSN et du catalogue des bibliothèques

(Petit billet qui n’a strictement rien à voir avec mes activités
au lab’UA — bib un jour, bib toujours)

Or donc : je suis le tenancier de Face Écran, un site littéraire à ISSN (oui madame, et même que mon ISSN, donc, c’est 2428-7709). Et hier, alors que j’étais dans un état semi-somnolent, il me vient une question : est-ce que les bibliothécaires cataloguent/signalent ce type de publications ?

L’interrogation peut paraître étrange, mais il faut que les non-bibliothécaires (soit 99,99% de la population mondiale) sachent que les bibliothécaires aiment cataloguer et signaler, tout cataloguer et signaler, et par là, ordonner le monde, y mettre de l’ordre. Le catalogage, c’est une des grosses affaires du métier et donc, finalement, ma question n’est pas si absurde que cela peut paraître.

Je pose donc la question ici (après l’avoir posée sur mes comptes sociaux mais bon, ici, c’est bien aussi) : toi, collègue bibliothécaire, est-ce que tu catalogues/signales les sites/blogs littéraires avec ISSN ? Si oui, pourquoi, et à quoi cela te sert-il ? Si non, même question. Les commentaires te sont ouverts, tu peux te lâcher : témoignages, avis, welcome.

MàJ : un échange a déjà eu lieu sur twitter entre bibi et @Amyviolet, échange auquel @vocivelo a répondu ici — je vous colle les Q/R ci-dessous, pour les feignasses (je vous connais)

  • vous cataloguez les blogs littéraires à ISSN ?
    Si le blog a reçu un ISSN il est déjà catalogué. La question est plutôt : faut-il le signaler ? au SUDOC => créer un exemplaire ABES a minima pour rendre visible la ressource ou créer un exemplaire pour mon scd pour récupérer la notice dans mon sigb.
    Pourquoi récupérer la notice ? question de politique documentaire => décision de l’acquéreur.
  • D’autre part je doute de la pertinence de cataloguer le web=trop mouvant
    Tout comme le web, les périodiques papier sont très mouvants. Ils ont parfois des durées de vie de quelques semaines ou quelques mois. Cela n’empêche pas de les cataloguer et leur attribuer un ISSN
  • C’est pas celle-la que je prioiserais si je menais un programme de médiation à la littérature sur le web
    ça prend peu de temps d’exemplariser au SUDOC
  • L’intérêt de cataloguer les revues en ligne à ISSN
    La question est plutôt faut-il cataloguer et demander  un ISSN pour les revues en ligne ? => oui

PS1 : je n’ai pas vraiment d’avis sur la question. Cataloguer/signaler ces sites, c’est quelque part cataloguer le web et bon… Par contre, on pourrait considérer que cataloguer/signaler ces sites peut faire partie d’une politique générale de certaines bibliothèques autour du web et de la littérature en train de s’écrire et dans ce cas, ça aurait un intérêt. Vaste débat, n’est-il pas ?

PS : la BNF, elle, le fait, comme en témoigne cette réponse à la question qui m’occupe ici

Le lab est là

Un tout petit billet pour donner des nouvelles, et mettre RJ45 en pause. Donc :

  • Je suis passé à 100 % sur le dispositif du labUA depuis janvier 2015, pour la durée de l’expérience au moins (deux années) ;
  • L’ex-section bibnum BUA est devenue une mission transversale dont je n’ai plus la responsabilité, logiquement, vu l’item #1 ;
  • Le labUA a pris ses quartiers dans des espaces vides de la Bu Belle-Beille, en mode camping amélioré (il y a de l’eau pour rester propre, une cafetière et du réseau, c’est parfait), en attendant une restructuration des locaux à venir ;
  • l’équipe du labUA travaille à ses premiers projets ;

En attendant la suite, vous pouvez déjà suivre nos aventures sur notre compte twitter tout neuf.

Je m’éloigne donc des bibliothèques un moment, et il est fort probable que RJ45 passe en mode roupillon.

That’s all folks. A bientôt peut-être, ailleurs. On s’embrasse.

Felix Baumgartner

Le fils d’Internet

Le 11 janvier 2013, à New York, Aaron Swartz mettait fin à ses jours. Il avait 26 ans.

Aaron Swartz était connu pour avoir, entre autres (je ne fais pas la liste, elle est proprement incroyable), participé à l’âge de 14 ans (vous avez bien lu) à l’élaboration du format RSS ; et à peine plus vieux, à avoir également participé aux premiers pas, côté technique, des Creative Commons. Il était également un très actif militant de l’Internet et des libertés individuelles (il a dans ce cadre participé largement au blocage du projet de lois SOPA).

Au moment de sa mort, Aaron Swartz était poursuivi par la justice américaine pour avoir téléchargé 4,8 millions d’articles scientifiques issus de la base de données JSTOR, et nombreuses sont les personnes qui lient ces poursuites et ce suicide dramatique.

Un documentaire américain, The Internet’s Own Boy, est sorti tout récemment sur la vie de ce garçon étonnant et ce documentaire est à présent disponible en version sous-titrée française (1).

Je vous invite vraiment (ce sont des sortes de devoirs de vacances) à regarder ce film (2) : au delà du parcours tragique et émouvant de Aaron Swartz, ce documentaire montre très bien quels sont les débats et enjeux actuels autour d’Internet, de nos droits fondamentaux, des usages, des questions de l’accès au savoir pour tous, en soulignant comment Internet interpelle tout le « vieux monde ».

Si vous êtes un/e professionnel de la documentation et des bibliothèques, vous ne verrez plus votre travail de la même manière après ce film, j’en prends le pari.

(1) les sous-titres ont été traduits à partir de la très intéressante plateforme Amara par @symac@btreguier et moi-même, qui remercie les deux premiers. Le documentaire avec ses sous-titres est disponible via torrent ici (restez en seed, merci — je rappelle qu’un torrent peut être parfaitement légal, la preuve). Le fichier srt seul est ici. Ce film est diffusé sous CC BY-NC-SA 3.0 et ses sous-titres en français le sont également.

(2) si vous visionnez via youtube, pensez à activer les sous-titres et éventuellement à régler leur aspect via l’icône ad hoc en bas à droite de la fenêtre vidéo youtube.

Ne le dis à personne

Avant que vous filiez sur les plages, je reviens rapidement sur cette question de la confidentialité que Couperin demande à ses membres, confidentialité qui, vous l’aurez compris, me travaille. En fait, je ne la comprends pas.

Sur la période des négociations préalables à la signature des contrats, je ne vois pas pourquoi les éléments de la négociation ne doivent pas être diffusés. La confidentialité semble logique dans le cadre d’un marché concurrentiel (au hasard, une réinformatisation qui met en concurrence plusieurs prestataires, cadre dans lequel on peut supposer que le silence sur les données de la négociation nous sert).

Mais en l’occurrence, dans le cas des négociations avec les grands éditeurs scientifiques, il n’y a pas de concurrence : personne d’autre que Elsevier ne diffuse Science Direct, Elsevier (mais cela vaut pour tous les autres éditeurs scientifiques du genre, ils sont une poignée à avoir les mêmes pratiques) n’a tout simplement pas de concurrent sur ce produit spécifique et donc, diffuser les coûts en cours de négociation ne mettrait certainement pas l’éditeur en position de faiblesse par rapport à ses concurrents sur le même marché spécifique : il n’y en a pas, de concurrent.

L’autre argument qu’on nous oppose souvent concernant cette confidentialité est que ce secret nous sert par rapport aux autres pays : en ne disant rien des coûts que nous payons ou allons payer, nous serions en mesure de négocier des conditions beaucoup plus avantageuses que les collègues des autres consortia.

Hum. Cette position me gêne sur plusieurs points mais tout particulièrement, sur ce qu’elle sous-entend : notre adversaire ici, si je suis bien, ce ne serait pas l’éditeur, mais par exemple, nos collègues européens. L’enjeu ne serait pas de négocier au plus bas avec Elsevier, mais bien de négocier plus bas que nos amis belges ou anglais. Curieuse attitude, vous ne trouvez pas ? Est-ce que justement, nous n’aurions pas tous intérêt à savoir précisément ce que nos camarades paient pour pouvoir comparer les choses et négocier tous à la baisse ?

Enfin évidemment, pour terminer, je ne comprends pas la confidentialité après que les contrats aient été signés : encore une fois, on parle d’argent public, de son usage et de sommes très importantes (la licence nationale Couperin en cours de discussion, c’est quand même XXX millions d’euros sur cinq années).

Dans un documentaire que j’ai vu récemment (je reviendrai dessus plus tard en vous disant tout le bien que j’en ai pensé), une des personnes interviewées dit cette phrase très intéressante : « Les secrets servent toujours ceux qui ont déjà le pouvoir ».

En l’occurrence, par un mécanisme assez pervers, nous nous sommes laissés imposer par les éditeurs qui nous plument une clause qui nous dessert à l’évidence, et nous avons oublié un élément fondamental des marchés : sans acheteur, il n’y a pas de vente.

En l’espèce, nous ne voyons même plus que dans les discussions qui se passent entre les éditeurs et nous, la personne en position de force, c’est nous, et c’est d’autant plus vrai quand, dans un monde numérique, l’éditeur n’a plus du tout le monopole de la diffusion et que des alternatives tout à fait fonctionnelles, entendez, les Archives Ouvertes, nous permettent de sortir la tête du collet qui nous étrangle de plus en plus.

Je reste persuadé qu’un des premiers pas pour nous tirer du piège où nous sommes serait de cesser de respecter cette clause de confidentialité, de la dénoncer pour les contrats passés, et de refuser absolument de signer tout nouveau contrat la comportant.

Pour cela, le premier pas que nous pourrions faire (comme les consortia amis et voisins) serait de dégager de notre charte de l’adhérent l’item traitant de la confidentialité, et de poser cela face aux éditeurs : c’est à prendre ou à laisser.

Oui, c’est un rapport de forces. Mais la force est de notre côté.

Voilà, tout cela vous donnera peut-être matière à réfléchir au lieu de vous saouler à la paillote la plus proche.

Passez un bel été et prenez soin de vous..

Chuuuttt

 (ou comment je n’ai pas donné d’informations sur Elsevier)

En lisant ce billet, et en voyant les graphiques qu’on peut y trouver, je me suis demandé à quoi pouvait bien ressembler la répartition française des coûts VS effectifs pour les ressources Elsevier.

Je suis donc parti des chiffres 2013 pour la France. J’ai utilisé un fichier que tous les correspondants Couperin ont reçu dans leurs mails il y a quelques mois, fichier qui doit servir à calculer les coûts de la licence nationale (toujours) en cours de négociation avec Elsevier et listant donc pour vérification les clients académiques français, les effectifs qu’ils déclarent et… ce qu’ils paient.

Évidemment, j’ai eu tout de suite un problème de conscience majeur : la doctrine Couperin repose sur la confidentialité (cela m’a été assez répété tout récemment, souvenez-vous…) et c’est écrit ici, onglet Charte de l’adhérent, puis Engagement des membres. Évidemment, cette charte n’a pas grande valeur juridique et le seul risque que l’on peut finalement courir est de se voir exclu de Couperin (oh mon Dieu, ça fait peur, n’est-ce pas ?…)

Mais je me suis dit que j’allais jouer ce jeu idiot de la confidentialité pour vous montrer en creux à quel point tout ça n’a pas de sens.

Donc, voici la répartition 2013 des coûts/effectifs Elsevier pour la France. J’ai enlevé les chiffres, les échelles, les étiquettes, bref, j’ai anonymisé le truc.

Elsevier France

Trois précisions :

  • J’ai enlevé les 3 structures les plus « hautes » soit du point de vue de la dime qu’elles paient, soit du point de vue de leur effectif déclaré, parce qu’elles étaient si hautes que cela écrasait le graphique ;
  • Un certain nombre de structures sont sur les axes, tout simplement parce que leurs données (coût ou effectif) n’étaient pas présentes dans le fichier diffusé, ce qui ne lasse pas de m’étonner (par quel mystère Couperin n’a-t-il pas ces chiffres ?) d’autant qu’il s’agit de grosses structures type SCD, pas de CDI de campagne ;
  • Les totaux (je rajoute les 3 structures enlevées auparavant) sont les suivants : XXX XXX pour les effectifs et XX XXX XXX pour les coûts ;

Voilà. Vous n’en savez pas plus, et vous n’en saurez pas plus. Si vous n’avez pas le fichier Couperin, vous ne saurez pas ce que paie votre structure, vous ne saurez pas comment est dépensé l’argent public, votre argent.

Par contre, ce que vous saurez parce que je vous le dis, c’est que cet argent alimente l’extraordinaire rentabilité de la société Elsevier, qui vous remercie du fond du coeur.

Et puis, en creux, vous saurez aussi maintenant que je n’ai pas le droit de vous communiquer certaines informations ou de vous transmettre certains documents, parce qu’un consortium formé uniquement de structures publiques et fonctionnant uniquement grâce à des agents publics dont la très grande majorité est composée de bibliothécaires, accepte une « confidentialité » particulièrement malsaine qu’une entreprise privée en position de quasi-monopole lui impose (cherchez à qui profite le crime du silence et cette confidentialité… Mais si, suivez mon regard…).

En résumé, des bibliothécaires font devant vos yeux ébahis le choix volontaire de ne pas diffuser l’information qui vous concerne directement. Sacré paradoxe, vous ne trouvez pas ?