La petite leçon de transparence des Amériques

Je ne sais pas si vous vous souvenez de ça et de tout le pataquès qui avait suivi avec, entre autres, les arguments plus que vaseux du consortium, dans divers mails, sur la nécessité absolue de conserver le plus grand secret sur les chiffres et sommes en jeu, au risque de voir capoter à l’époque toute négociation avec Elsevier (la sacro-sainte loi du silence étant par ailleurs la même sur toutes les négociations).

Manifestement, d’autres pays,  pas forcément mieux ou plus mal servis, négociant pourtant avec les mêmes requins, sont beaucoup plus transparents, comme me l’apprenait tantôt Jean-Claude Guédon, que je salue amicalement au passage.

Ainsi du Chili dont les rapports mis en ligne donnent tous les chiffres nécessaires. Ou ici, de l’Argentine (et je vous mets aussi dans le colis plusieurs documents officiels publics concernant l’Argentine et les marchés de documentation électronique signés là-bas).

Je ne vous fais pas à nouveau le couplet sur la transparence qui est (c’est une pure évidence) l’une de nos rares armes dans ce qui est une guerre ; et je ne redis pas que je reste persuadé que nous aurions beaucoup à gagner à l’être, transparents.

Quoi qu’il en soit, cette position de nos amis d’Amérique montre assez, en creux, à quel point l’opacité dans laquelle nous avançons de ce côté de l’Atlantique n’a strictement aucun fondement sinon celui d’une vieille habitude ridicule (j’allais écrire soumission).

Vivement l’OpenData…

Les bibliothécaires peuvent-ils alimenter Wikipédia ?

(up du 2 mai, 14h06 : attention, ma question est bien de savoir si des fiches de postes comportent explicitement la mention « Alimentation de Wikipédia » ou quelque chose comme ça ; même question sur SRV + Wikipédia ensuite - voir ceci dans les commentaires. Je ne demande pas si des bibs forment à l’encyclopédie ou organisent des ateliers sur Wikipédia, je sais bien que oui.)

Récemment, dans le cadre du Lab’UA, nous avons monté une séquence pédagogique autour de Wikipédia (c’est l’une des missions du Lab’UA, monter et tester des dispositifs d’enseignements réutilisables ensuite par les enseignants de l’UA)

Le dispositif ayant bien fonctionné, contact a été pris depuis avec les collègues en charge des dispositifs de formation initiale et continue de notre maison mère (que je salue – les collègues et la maison-mère), pour leur proposer de mettre en place quelque chose de cet ordre auprès des jeunes (ou pas) padawans découvrant le métier, ou des moins jeunes (ou pas) bénéficiant d’une remise à jour de leurs compétences.

Bien entendu, l’insertion d’un tel dispositif dans des formations déjà lancées ne se fait pas comme cela, et l’idée est donc encore à traiter/intégrer éventuellement dans les formations côté Enssib.

Un échange avec la collègue en charge de la formation continue m’a toutefois interpellé, lorsque ladite collègue m’a indiqué fort à propos que les attentes côté formation continue et, plus précisément, hiérarchie des formés (entendre, validateurs des demandes de stages côté établissement), étaient plutôt sur des modules (je la cite avec son accord) :

« à visée d’adaptation au poste de travail ou de développement des compétences dans un cadre professionnel (…) la formation doit avoir une application immédiate et directe dans un cadre professionnel. »

On voit le point qui me pose question. C’est celui de savoir si la production de savoirs et plus spécifiquement ici, le travail dans Wikipédia, peut être une priorité professionnelle dans les bibliothèques ou, formulé autrement, s’il est envisageable d’avoir, dans les équipes et les fiches de poste, des ressources humaines dédiées officiellement, peu ou prou, à l’alimentation (et à la maintenance) de Wikipédia.

On se doute que je vais répondre « Oui », pour plusieurs raisons :

  • Wikipédia étant largement utilisé par nos publics (et nous), il ne me semble pas absurde que nous « renvoyions » l’ascenseur vers l’encyclopédie en participant à sa qualité générale ;
  • la logique des Communs dont Wikipédia est une manifestation devrait nous parler intimement en tant que professionnels et nous amener à des actions concrètes ;
  • lorsque l’on parle d’approche encyclopédique et de neutralité, on parle en même temps de Wikipédia ET des bibliothèques : cette proximité d’approche devrait/pourrait conduire à une convergence de fait ;
  • au-delà des logiques d’entrepôt qui sont toujours les nôtres et qui à l’évidence sont destinées à muter (je pense disparaître), la médiation vers les savoirs et, par « percolation », la production de savoirs, est manifestement un champ dont nous devons/pouvons nous saisir ;
  • enfin, s’il y a bien une catégorie professionnelle qui, me semble-t-il, est armée intellectuellement et culturellement, mais aussi concrètement (nous avons le cul assis sur des monceaux de documentation qui ne demandent qu’à servir à soutenir une démarche encyclopédique) et du point rédactionnel (nous savons toutes et tous écrire) pour être une profession de Wikipédien/nes c’est les bibliothécaires, non ?

Quoi qu’il en soit, je suis curieux de savoir si, dans vos boutiques, des personnels sont chargés via leur fiche de poste d’alimenter et maintenir Wikipédia. Les commentaires sont ouverts pour vos témoignages.