Cambouis

Je suis arrivé à la BUA en 2007 et assez vite, comme mes camarades locaux, j’ai commencé à être sollicité assez régulièrement pour des interventions autour de mon boulot, les bibliothèques, le futur, tout ça, tout ça.

Jeune et naïf et flatté des invitations, j’ai tout accepté et rapidement, (en plus d’être de moins en moins dans ma boutique à travailler, ce qui est tout de même le problème premier), je me suis épuisé à répéter souvent et un peu toujours le même discours constitué surtout de retours d’expériences BUA et de généralités qui semblaient intéresser beaucoup de monde mais n’étaient jamais suivies d’effets ou de réalisations concrètes :

  • soit que mon intervention s’insérait, à y bien réfléchir, dans une sorte de tourisme de formations et d’information qui est l’une de nos maladies professionnelles (réfléchissez une seconde au temps, à l’argent public, à l’énergie dépensés dans ces multiples journées d’études qui ne produisent strictement rien du tout) ;
  • soit que les gens présents, qui voulaient mettre en oeuvre de choses dont nous avions parlé, étaient ensuite bloqués par leur N+X ;

(à mon avis, c’était un peu des deux).

Lassé de parler dans le vide et de participer à ce tourisme qui me hérisse, j’ai donc fait depuis maintenant plusieurs gros mois un moratoire sur mes interventions extérieures, refusant tout pour me laisser le temps de souffler et de réfléchir à la manière dont je pouvais essayer quand même d’être cohérent avec ce que je pense par ailleurs de la nécessité que notre métier a de se réformer (concrètement, professionnellement s’entend) très rapidement.

Les demandes d’interventions continuant à arriver, j’ai terminé de réfléchir (hier matin, quelque chose comme ça) : je vais donc préciser le cadre dans lequel j’accepte éventuellement d’intervenir.

Donc, pour toutes les demandes à venir, ma réponse sera :

  • Éventuellement oui pour des interventions avec un noyau central sous forme de TD ou TP, sur des cas concrets, et donc oui pour du cambouis, des trucs mains dans la machine, du genre « on se colle sur des PC et on sue ensemble et on monte un site ou un blog ou on bidouille un epub » (exemple type de choses acceptées dans ce cadre, l’intervention à la Roche sur Yon récemment, et celle à venir, à Poitiers, en mars, qui sera un gros TD Drupal étalé sur plusieurs semaines) ;
  • Non (de manière certaine) pour des retours d’expériences et/ou interventions blah blah sur des thématiques du genre « les bibliothèques, le web et après », « Réseaux sociaux VS bibliothéconomie blah blah », « Les portails de bibliothèques peuvent-ils résoudre la faim dans le monde et rendre la vue aux aveugles », etc (liste non exhaustive).

Voilà. C’est un peu rude, mais ça a le mérite d’être clair.

10 thoughts on “Cambouis

  1. Le hasard a fait que, depuis quelques semaines, j’ai assisté à plusieurs de ces journées d’étude que je situerais dans la deuxième catégorie de ton classement (classe tourisme, donc). Y intervenaient entre autres François Bon, Lionel Maurel et Olivier Ertzscheid, pour ne citer qu’eux. Pas de cambouis, rien à appliquer dans mon quotidien professionnel pour l’instant. Pourtant, tellement de découvertes, de rencontres, d’idées qui germent que le quotidien me paraît plus léger et que je suis plus inventive et motivée pour l’améliorer.
    Par ailleurs, je suis persuadée que le fait que toi, Nicolas Alarcon et Olivier Tacheau ayez accepté beaucoup d’interventions pendant quelques années a contribué à faire bouger les BU. Pas du jour au lendemain évidemment, mais elles ont doucement évolué parce que vous avez été des moteurs.
    Après, qu’une certaine lassitude s’installe, je ne peux que le comprendre, sans pouvoir m’empêcher de le regretter.

  2.  » je suis plus inventive et motivée pour l’améliorer » : je n’en doute pas, mais je crains qu’on tombe rapidement dans mon point #2 (blocage N+X)…
    Pour l’influence que nous avons pu avoir, franchement, je vais émettre les plus grands doutes. En théorie, éventuellement. En pratique, mouais…

    Pour la lassitude, de mon côté, elle ne porte que sur le blah blah – au moins, les mains dans le cambouis, j’ai l’impression d’avancer et de faire avancer – micro-avancées, mais c’est déjà ça

  3. Et le service après-vente ?
    Parce que « faire avec », c’est bien, mais maintenir…….
    Sans parler des restrictions des responsables informatiques.
    Ceci dit, ton retour à ce poste est une bonne nouvelle :)

    • Donne à manger à quelqu’un, il n’aura plus faim un jour. Apprends-lui à pêcher, etc… : quand tu as appris, tu peux aussi maintenir ou apprendre à maintenir ;)
      Pour les restrictions DSI : certes, mais à force de travail et en construisant une compétence que les collègues DSI finiront par reconnaître, on y arrive. En ne faisant rien parce que la DSI pourrait bloquer, rien n’arrive – logique ;)

      • Oui, oui, bien sûr.
        J’ai vu aussi certains collègues se lancer dans des projets plus parce que c’est dans l’air du temps que par réelle conviction… Quelle pérennité pour ces projets ? Faire des formations sur les aspects techniques, c’est bien et c’est ce qui m’a manqué par moment mais je ne suis pas sûr que ça empêchera le phénomène de tourisme de formation. Le collègue envoyé là sans conviction par un chef qui lui a discerné le potentiel de l’outil. Mais bon, je vois sûrement le côté obscure de la Force : comme pour les allocs, on parle tout le temps de ceux qui en profitent, pas de ceux qui en bénéficient ;)

  4. « Le hasard a fait », (comme dirait Carenes ;-) que je suis en formation initiale de bibliothécaire, sorte de longue journée d’étude avec des retours d’expérience et un peu de cambouis.

    J’en suis satisfait, c’est un contexte certes différent de la formation continue. Pourtant, je me demande : pourquoi, quand on te demande une intervention, mettons sur le retour d’expérience/web/etc., tu ne leur dis pas : ok, sur les 4h je fais une heure de retour d’expérience, et après on crée l’expérience, on touche de nos doigts proprets le cambouis ? On peut supposer que quelqu’un qui souhaite faire intervenir Daniel Bourrion sait pourquoi il fait appel à lui : il est donc logique qu’on suive son raisonnement, et surtout sa façon d’appréhender le métier !

    (ou alors je suis à côté de la plaque et j’ai trop d’espoirs ? Et je crois naïvement qu’on peut toucher au cambouis en 3h ?)

    • Sur le retour d’expériences, comme j’explique ci-dessus, j’ai fait, blah blah blah, je laisse tomber.

      Donc maintenant, si on me demande un truc sur le web en 4 heures, ce sera plutôt non, ma réponse. Parce que pour comprendre le web avec ses mains, faut un peu plus que 4 heures… Et si quelqu’un qui construit une formation web pour les bibs ne pense pas que ça (le web) vaut plus de 4 heures, je suis pas certain d’avoir envie d’y aller, tu vois ?

      Par ailleurs, jusqu’à maintenant, les dernières fois qu’on m’a demandé un truc 4 heures sur le web, j’ai dit « ok, mais plus longtemps et sous forme de TD » – plus jamais eu de réponses sauf tout récemment (enfin) à Poitiers (enfin, en l’espèce, la demande initiale était déjà sur un truc long sous forme de TD – comme quoi il y a de l’espoir).

    • Au passage, mon commentaire me fait remarquer ça : qu’est-ce que ça veut dire, de n’accorder que 4 heures au web, dans une formation pro de bibs ?… On en est rendu où pour faire ça, nous, collectivement ?

  5. « bloqués par leur N+X »…

    …ou bloqués en transversal, par un autre service de l’université en réunion de coordination. ;-)

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