Le Bestiaire Mythologique

Artwork de l'Hydre de Lerne par Arvalis

Artwork de l’Hydre de Lerne par Arvalis

Les Créatures de la Mythologie Gréco-Romaine

Il existe dans la mythologie gréco-romaine de très nombreuses créatures venant se placer entre le héros et sa destinée. Si ces monstres sont pour la plupart maléfiques, certains sont simplement des êtres magiques vivant plus ou moins en paix avec les humains. Dans tous les cas, ces créatures symbolisent souvent une idée ou un concept inexplicable ou dangereux pour les Grecs et les Romains et qu’il est intéressant de décrypter. Je vous propose ici une liste claire et précise de ces bêtes mythiques dans laquelle je préciserai pour chacun ses caractéristiques, sa symbolique et les mythes dans lesquels il apparaît. Attention : je ne parlerai que de la vision gréco-romaine païenne de ces bêtes et non pas de leur signification médiévale (cela vaut notamment pour les créatures comme le Dragon ou la Licorne). Ceci n’est pas une liste exhaustive : aussi, si vous avez des exemples de créatures manquantes, n’hésitez pas à me les signaler.

Les Monstres

Méduse

Artwork de Méduse par Maniakuk

Artwork de Méduse par Maniakuk

Le nom de Méduse nous vient du grec Medousa et du latin Medusa. Quasiment tous les auteurs grecs et latins font référence à ce personnage très célèbre de la mythologie. Elle est l’une des trois Gorgones, les filles de Phorcys et de Céto et fait donc partie des divinités primordiales. Ses deux sœurs se nomment Sthéno et Euryale qui sont immortelles à la différence de Méduse. Son aspect a un peu évolué au cours des siècles : d’abord monstre difforme, elle devient ensuite une femme à la chevelure de serpents et possédant des défenses de sanglier. Quiconque croise son regard se pétrifie sur place, ce qui en fait une arme exceptionnellement redoutable. Selon certains mythes, elle avait obtenu cet aspect à cause d’un châtiment d’Athéna (Minerve) ou d’Aphrodite (Vénus). Le mythe qui la met principalement en scène est celui de Persée, dans lequel le héros, aidé par Athéna et Hermès, tranche la tête de la Gorgone et s’empare de cette dernière (le gorgoneion) qui possède toujours son pouvoir pétrifiant. Son visage est ensuite placé sur le bouclier d’Athéna, l’égide. Du sang de Méduse naissent deux créatures : Pégase et le chevalier d’or Chrysaor. Aujourd’hui, Méduse a obtenu une symbolique féministe, mettant en avant son pouvoir et son autorité obtenue de facto grâce à son regard.

L’Hydre

Hercule et l'Hydre par John Singer Sargent

Hercule et l’Hydre par John Singer Sargent

Nous parlons bien évidemment de l’Hydre de Lerne, l’Hydra Lernaia en grec ou « serpent d’eau de la ville de Lerne ». Plusieurs auteurs en font état dont Apollodore, Hygin et Ovide. Cette créature possède un corps de chien et de très nombreuses têtes de serpents dont le nombre varie grandement : de 5 à 500 selon les auteurs ! L’hydre possède une faculté spéciale : lorsqu’on lui coupe une tête, deux repoussent à la place. Ce monstre, réputé immortel, avait été élevé par Héra (Junon) dans le but de le confronter à Héraclès. Il terrorisait les habitants de la région jusqu’à ce que le héros vienne le combattre dans le cadre des douze travaux. Pour contrer son talent de repousse, Héraclès demanda à son neveu Iolaos de cautériser au feu les têtes coupées afin qu’elles ne puissent plus repousser. Cependant, la dernière tête à vaincre était, elle, immortelle. Héraclès l’enterra sous un immense rocher et ainsi l’hydre fut vaincue. Le sang de la bête servit à empoisonner les flèches du héros.

Les Cyclopes

Statue d'un Cyclope (National History Museum, Londres)

Statue d’un Cyclope (National History Museum, Londres)

Le terme Cyclope provient du latin cyclops, une transcription du grec kuklôps qui se traduit par « œil rond ». Parmi les auteurs qui nous en apprennent plus sur le Cyclope, nous avons tout d’abord Hésiode, Homère, puis Euripide dans sa pièce Le Cyclope ou encore Théocrite, Virgile et Ovide. Les Cyclopes sont des êtres monstrueux comparables à des géants et ne possédant qu’un seul très grand œil à la place des deux yeux habituels. Ils sont nés de Gaia et d’Ouranos et ont été enfermés pendant longtemps par les Titans, puis libérés par les dieux pour qui ils créèrent les armes divines : le foudre, le trident et la kunée. D’autres générations de Cyclopes virent ensuite le jour et trois classes se distinguent. Tout d’abord, il y a les forgerons, intégrés et assistants d’Héphaïstos. Il existe aussi les cyclopes pastoraux, des éleveurs de moutons barbares et cannibales. De cette deuxième classe, nous pouvons citer Polyphème, le Cyclope qu’Ulysse rencontra lors de son retour à Ithaque. Alors qu’il retenait en otage l’équipage du héros en dévorant les marins jour après jour, ils se fit crever son seul œil par Ulysse (« Personne »). La troisième catégorie est celle des bâtisseurs, associés aux vestiges de Mycènes ou de Tirynthe (les murs cyclopéens). Symboliquement, les Cyclopes représentent, pour les Grecs, le refus de la civilisation et de la culture.

Les Centaures

L'Education d'Achilles par Eugène Delacroix

L’Education d’Achilles par Eugène Delacroix

Le terme provient du latin centaurus, issu lui-même du grec kentauros qui a d’abord signifié un peuple barbare de Thessalie, puis les Centaures que nous connaissons. Évidemment, les sources concernant ces créatures sont multiples : Hésiode, Homère, Pindare, Apollodore, Diodore de Sicile, Hygin et Ovide en font partie. Les Centaures sont des monstres à-demi hommes et à-demi chevaux, descendants d’Ixion et de Néphélé. C’est une tribu barbare de Thessalie éloignée du monde civilisé, une bande d’ivrognes qui apparaissent dans de nombreux mythes comme des agresseurs et des personnages lubriques. Cependant, il y a des exceptions comme Chiron, un éducateur bienveillant qui a formé les plus grands héros ou encore Pholos, un gentil centaure ayant aidé Héraclès. Néanmoins, globalement, la symbolique des Centaures est, comme pour les Satyres, celle de créatures bestiales et dangereuses, assimilées aux vices de l’orgueil, de la luxure et de la cupidité. Leur féminin est la Centauresse.

Le Sphinx

Œdipe et le Sphinx par François-Xavier Fabre

Œdipe et le Sphinx par François-Xavier Fabre

Le nom du Sphinx provient du grec sphinx, également sphinx en latin. Son origine est très probablement égyptienne, mais par suite de sa diffusion dans le monde grec, Hésiode nous en parle, suivi par Apollodore et Euripide, Diodore de Sicile, Hygin, Pline l’Ancien et Pausanias. Cet enfant d’Echidna et de Typhon apparait sous la forme d’une lionne ailée possédant une tête et un buste de femme humaine et parfois une queue de serpent. Il est décrit comme un démon ravisseur, monstre dévoreur et gardien funèbre. Le Sphinx apparaît dans le mythe d’Œdipe dans lequel la créature soumet au héros une énigme. La bête a été envoyée par Héra pour punir les Thébains du meurtre du roi Laïos et il gardait la route de Thèbes en dévorant les voyageurs. Lorsqu’Œdipe répondit correctement à l’énigme, le Sphinx fut furieux et se suicida.

Le Minotaure

Artwork de Thésée affrontant le Minotaure par Kolokas

Artwork représentant Thésée affrontant le Minotaure par Kolokas

Du grec Minotauros et du latin Minotaurus, son nom est composé de celui de son père, Minos et de tauros, signifiant tout simplement « taureau ». On retrouve le récit de ses méfaits chez Apollodore, Plutarque ou encore Ovide, dans Les Métamophoses. Cette créature très célèbre est née de l’union de Pasiphaé et du taureau blanc sacré. Le Minotaure est une bête à corps d’homme et à tête de taureau qui se cachait dans le labyrinthe créé par Dédale sur l’ordre du roi Minos. Thésée le tua et mit ainsi fin à la terreur qu’il inspirait. Pour plus d’informations sur cette créature et le mythe qui l’entoure, c’est ICI (article en cours de création !).

Les Satyres

Le Faune par Carlos Schwabe

Le Faune par Carlos Schwabe

Le terme grec saturos désigne une créature mythique de la suite de Dionysos et il a dérivé dans le latin en satyrus avant de devenir notre satyre. Les sources principales pour ces créatures sont l’Hymne à Aphrodite attribué traditionnellement à Homère et les écrits de Pausanias. Les satyres sont pourvus d’un buste d’homme, de longues cornes, d’oreilles pointues et le bas de leur corps est celui d’un bouc. Ce sont des dieux des bois et des montagnes, mais surtout des démons de la nature axés essentiellement sur les plaisirs de la chair, comme l’indique leur membre viril perpétuellement en érection. Cherchant à assouvir leurs désirs, ils poursuivent sans cesse les nymphes entre deux danses et festivités alcoolisées. Leur rôle est minimisé dans les mythes mais nous pouvons citer Marsyas et Silène. Symboliquement, les satyres représentent le reflet agrandi des penchants et des excès de la race humaine. Leurs homologues romains sont les Faunes, des créatures plus gaies et moins brutales.

Les Nymphes

Statue de Nymphe dans les jardins de Versailles

Statue de Nymphe dans les jardins de Versailles

La Nymphe vient du grec numphê signifiant « jeune fille » ou « fiancée ». Ces divinités de la nature sont des femmes personnifiant les activités créatrices de la végétation ou des milieux aquatiques, souvent liées à un endroit en particulier. Elles apparaissent souvent dans les mythes en même temps que les Satyres avec qui elles ont de nombreuses relations sexuelles, d’où le terme de nymphomanie. Belles et jeunes, les Nymphes forment souvent les cortèges de divinités liées à la nature comme Artémis, Déméter, Pan ou Dionysos.

Les Harpies

Artwork d'une Harpie par Rhineville

Artwork d’une Harpie par Rhineville

La Harpie vient du grec harpuia puis du latin harpyia. Hésiode en fait état tout autant qu’Apollonios de Rhodes, Hygin et Virgile. Elles sont trois sœurs, Aello (ou Nicothoé) signifiant « bourrasque », Ocypété signifiant « vole-vite » et Célaeno signifiant « obscurité », filles du dieu Thaumas et de l’Océanide Electre (à ne pas confondre avec la fille d’Agamemnon) et sœurs de la déesse Iris. Ce sont des créatures mi-femmes, mi-oiseaux plus rapides que le vent mais aussi très néfastes. Elles ravissent les enfants et tourmentent les mortels. Leur méchanceté pure est devenue une insulte visant les femmes acariâtres, tout comme l’Erinye Mégère.

Pégase

Mosaïque représentant Bellérophon chevauchant Pégase (Autun)

Mosaïque représentant Bellérophon chevauchant Pégase (Autun)

Le nom de Pégase nous vient du latin pegasus qui provient lui-même du terme grec pegasos, dérivé de pegai, les « sources ». Nous retrouvons la mention de cette créature merveilleuse chez de très nombreux auteurs à commencer par Hésiode dans sa Théogonie. Pindare, Apollodore, Hygin, Ovide, Pline l’Ancien et Pausanias nous parlent également de ce cheval ailé rapide comme le vent. Pégase est né du sang de Méduse décapitée par Persée. Ce dernier se servit de Pégase comme d’une monture pour sauver la jeune Andromède. Il apparait aussi dans le mythe de Bellérophon : difficile à approcher, le cheval ailé se laisse pourtant chevaucher par le pouvoir de mors d’or magiques. Ainsi, Bellérophon peut tuer la Chimère, les Solymes et les Amazones. Cependant, lorsque Bellérophon voulut s’élever vers l’Olympe, Zeus le punit pour son orgueil en le foudroyant. Pégase fut le seul à survivre et rejoint alors les écuries divines ou devint une constellation. La créature est donc purement positive, forte et pure, fidèle alliée de l’humanité.

Cerbère

Cerbère tel qu'il est représenté dans le jeu SMITE

Cerbère tel qu’il est représenté dans le jeu SMITE

Le Cerbère vient du grec Kerberos qui donna en latin Cerberus. A peu près tous les auteurs grecs et latins le citent comme le gardien des Enfers, fils d’Echidna et de Typhon. Cerbère est un chien à trois têtes (bien plus selon Hésiode et Horace) possédant une queue de reptile, parfois avec des pattes de lion et des serpents recouvrant son corps. Il est la propriété d’Hadès (Pluton) et de Perséphone (Proserpine), les souverains du royaume infernal. Gardant l’entrée de ce monde souterrain, il accueille les âmes décédées mais menace de ses crocs les vivants voulant s’aventurer ici. La bête est réputée indomptable, cependant Héraclès (Hercule) réussit à le maîtriser lors de ses douze travaux. Orphée utilisa sa lyre pour l’endormir tandis que Psyché et Enée utilisèrent de la nourriture pour l’amadouer. Il est une créature purement maléfique mais dont le rôle est essentiel à la frontière entre le monde des vivants et celui des morts.

Python

Apollon et Python, gravure de Virgil Solis

Apollon et Python, gravure de Virgil Solis

Le nom de cette créature est le même en grec et elle est représenté généralement comme un dragon femelle aux allures très reptiliennes. Elle est la fille de Gaia. Gigantesque et abominable, Python rodait dans les grottes du Mont Parnasse près de Delphes. Son rôle était de nourrir Typhon et lui avait été donné par Héra. Lorsqu’un oracle déclara qu’il mourrait de la main d’un fils de Léto, Python tenta de tuer cette dernière, mais échoua. A peine enfant, Apollon le vaincu d’une flèche et fut ainsi maître de l’Oracle de Delphes que la bête gardait. Pour apaiser la colère de Gaia devant la mort de sa fille, Apollon créa les Jeux Pythiques.

Charybde et Scylla

Charybde et Scylla

Charybde et Scylla

Ces deux monstres constituent les acteurs d’un passage important de l’Odyssée et sont repris par Apollodore, Hygin, Ovide et Virgile dans son Enéide. Charybde était une fille de Poséidon et Gaia qui vivait près du détroit de Messine. Elle avait un appétit vorace et n’hésitait pas à voler les animaux et à les dévorer. C’est ce qu’elle fit lors du dixième travail d’Héraclès en volant une partie du troupeau de Géryon. Pour cette faute, Zeus la condamna à devenir un gouffre marin qui devait avaler tout sur son passage trois fois par jour. Scylla, quant à elle, était une nymphe qui fut changée en monstre par Circé pour une histoire de jalousie amoureuse. La pauvre Scylla devint une bête terrible : un buste et une tête de femme, des gueules de chien autour de sa taille, le bas du corps terminé par une queue de poisson, mais également douze pieds griffus et six longs cous se terminant par des gueules pleines de crocs. Elle se réfugia près d’une grotte où elle attendit le passage des bateaux pour dévorer les marins. Ulysse, lors de son voyage, choisit de se rapprocher plus de Scylla que de Charybde, croyant pouvoir la combattre. Il s’en sortit mais pas sans avoir perdu six hommes. Ce détroit est traversé par plusieurs autres héros dont Enée et les Argonautes.

Les Sirènes

Stamnos représentant Ulysse et les Sirènes (British Museum)

Stamnos représentant Ulysse et les Sirènes (British Museum)

Le terme de Sirène trouve ses racines dans le grec seireîn qui donna siren en latin. On trouve la première mention de cette créature dans l’Odyssée d’Homère, puis chez bon nombre d’auteurs grecs et romains. L’erreur commune est de confondre la sirène grecque avec la sirène de l’iconographie médiévale, une femme-poisson. Celle dont on parle ici possède un corps d’oiseau pourvu d’une tête et d’une poitrine de femme humaine. Elles vivraient au large de la Sicile et attireraient les marins de leur voix envoûtante avant de les dévorer dans une prairie jonchée d’ossements humains. Ulysse réussit à s’en détourner en s’attachant au mât de son navire et en bouchant les oreilles de ses camarades avec de la cire. Ce sont des créatures purement maléfiques, séductrices redoutables mais surtout funestes.

La Chimère

Artwork de la Chimère par RiverSpirit456

Artwork de la Chimère par RiverSpirit456

Le nom de la Chimère vient du latin Chimaera, tiré du grec khimaira voulant étonnamment dire « jeune chèvre ». Son origine est anatolienne, mais la légende se diffuse en Grèce par le biais d’Homère dans l’Iliade qui nous en parle tout autant qu’Hésiode, Ovide et Apollodore. Dans sa forme la plus admise, la Chimère est composée d’un corps de lion portant une tête de chèvre sur le dos et dont la queue est un serpent. Parfois, son corps est celui d’une chèvre ou d’un autre fauve. Tout comme Cerbère, la Chimère est l’enfant d’Echidna et de Typhon. Elle court très vite, possède une haleine de feu et est immense. Ce fut le jeune Bellérophon qui l’abattu à l’aide de Pégase. Désormais, le terme désigne toute créature hybride ou toute idée irréalisable, qui restera dans le cadre de l’imaginaire.

Les Tritons

Gravure représentant un Triton

Gravure représentant un Triton

Les Tritons sont des dérivés du dieu grec Triton, fils de Poséidon (Neptune) et d’Amphitrite. On les retrouve chez Hésiode, Apollonios de Rhodes, Ovide ou encore Pline l’Ancien. Physiquement, ce sont des hommes, souvent barbus, possédant une queue de poisson, une peau pleine d’écailles et une gueule pleine de crocs. Des sirènes masculines en quelque sorte. Ceux-ci soufflent dans une conque ou une trompe et sont autant bienfaisants que cruels. Ils sont considérés comme les Satyres des mers, accompagnant les cortèges divins.

Les Licornes

Illustration d'une Licorne dans l'Historiae Animalium

Illustration d’une Licorne dans l’Historiae Animalium

Du grec monokéros, transposé en latin unicornis, la Licorne signifie littéralement « qui n’a qu’une corne ». Une Licorne est généralement considérée comme un cheval blanc possédant une corne sur le front. Cependant, cette définition n’est pas celle du départ : Ctésias en parle comme d’un âne sauvage indien au corps blanc, à la tête pourpre et possédant une corne. De même, certains auteurs grecs comme Aristote ne lui donnent pas une forme animale précise, passant du cheval à l’âne, du cerf au porc. En réalité, la licorne est plus un animal imaginé par les voyageurs qu’une créature de mythe.

Les Dragons

Artwork d'un Dragon par Ameeeeba

Artwork d’un Dragon par Ameeeeba

Le mot Dragon vient du grec drakôn, un dérivé du verbe derkomai signifiant « regarder avec intensité ». Il est bien une créature présente dans la mythologie grecque et romaine. Cette bête, probablement la plus connue grâce à l’essor de la littérature fantastique et des folklores locaux, autant occidentaux qu’orientaux, est évoquée par plusieurs auteurs comme Aristote et Pline l’Ancien comme un animal existant réellement. Le Dragon est décrit comme un farouche reptile doté d’ailes, de griffes de lion et d’une longue queue de serpent. Suivant cette base commune, les dragons peuvent ensuite varier au niveau du nombre de têtes, de la taille ou de la forme du corps. Un autre des attributs que l’on retrouve régulièrement chez le dragon est son aptitude à cracher du feu. Son symbolisme est ambigu et peut parfois être associé à la création ou à la destruction. Il est souvent le gardien des trésors.

Les Griffons

Le Griffon tel qu'il est représenté dans le jeu World of Warcraft

Le Griffon tel qu’il est représenté dans le jeu World of Warcraft

Le mot Griffon vient du latin grypus, « oiseau fabuleux », lui-même issu du grec grups désignant précisément la créature. Le Griffon apparaît dans les récits de Pline l’Ancien mais aussi dans d’autres civilisations au Proche-Orient et en Asie. Ce monstre datant du IIIème millénaire av. J-C (tout de même !) est composé des deux animaux les plus hauts dans la chaîne alimentaire terrestre et céleste : le lion et l’aigle. De très grande taille, il vit dans la montagne ou le désert et construit son nid en utilisant l’or caché dans le sol. Dans les mythes grecs, il est le serviteur des dieux et aide les Hommes en cas de besoin. Il a tout autant une fonction de gardien (trésor, caves) que de monture céleste pouvant servir au combat. Il a donc, pour les Grecs et les Romains, une symbolique positive, ce qui n’est pas le cas pour les Chrétiens.

Bibliographie

  • Guédron Martial (dir.), Monstres, Merveilles et Créatures Fantastiques, Paris, Editions Hazan, 2011.
  • Rosen Brenda, La Bible des Créatures Mythiques, Paris, Tredaniel, 2009.
  • Wilkinson Philip (dir.), Le petit Larousse illustré des Légendes et des Mythes, Paris, Larousse, 2013.
Astérion, le Gardien du Temple, une machine géante sous la forme d'un Minotaure-Centaure, une merveille artistique à Toulouse (2018)

Astérion, le Gardien du Temple, une machine géante sous la forme d’un Minotaure-Centaure, une merveille artistique à Toulouse (2018)

Athéna, la Déesse de la Sagesse

Illustration d'Athéna par YamaOrce

Illustration d’Athéna par YamaOrce

La grande déesse aux yeux pers

La déesse Athéna (Αθηνη en grec) est l’une des douze divinités olympiennes des Grecs. Ses fonctions symboliques principales sont la sagesse, la stratégie guerrière et l’artisanat. Nous pouvons également ajouter à cela un rôle de protectrice, non seulement des cités (comme Athènes), mais aussi des héros, comme nous le verrons par la suite. La justice peut également entrer dans ses attributions au sein de l’Olympe.

Ses attributs sont multiples, mais chacun symbolise un aspect de la déesse. Tout d’abord, l’égide, son équipement sacré (un bouclier ou un plastron), sur lequel est représenté la tête de Méduse. C’est un symbole de souveraineté incontestable que le regard de la Gorgone illustre : quiconque regarde l’égide est « changé en pierre », donc tout le monde ploie devant Athéna. C’est ce que l’on appelle un Gorgonéion, c’est-à-dire un dessin au pouvoir pétrifiant (dans le monde réel, symboliquement, bien entendu). Son deuxième attribut le plus important est l’olivier, arbre qu’elle a offert à la cité d’Athènes et qui est particulièrement cultivé en Grèce. Le reste de son équipement la caractérise également : sa lance et son casque, toujours à ses côtés sur chaque représentation qui est faite d’elle. Enfin, elle est souvent accompagnée de sa chouette de l’espèce chevêche dont le nom scientifique en latin rappelle sa maîtresse : Athene noctua. L’un de ses attributs est également la chasteté et c’est à ce titre qu’elle est la plus importante des trois déesses vierges, aux côtés d’Artémis et de Hestia.

A Rome, Athéna est identifiée à Minerve avec qui elle partage quasiment les mêmes fonctions. Elle est la protectrice de Rome et fait partie de la triade capitoline, les dieux les plus importants pour les romains.

Fonctions et attributs d’Athéna

Athéna possède plusieurs surnoms ou épithètes qui lui sont attribués en fonction du rôle qu’elle joue dans un contexte précis. Nous pouvons établir une liste non-exhaustive :

  • Παλλάς, Pallas (qui remplace parfois son nom complet et reprend ses caractéristiques de base),
  • Γλαυκῶπις, Glaukôpis (aux yeux pers, brillants ou de chouette),
  • Παρθένος, Parthénos (vierge),
  • Νίκη, Nikè (victorieuse),
  • Πολιάς, Polias (gardienne de la cité),
  • Πολύϐουλος, Polúboulos (bonne conseillère),
  • Ἀτρυτώνης, Atrytoné (invincible),
  • Εργανη, Ergané (patronne des potiers).

Athéna est donc une touche-à-tout qu’il est très utile de prier. Elle patronne plusieurs corps de métiers comme par exemple les potiers, les sculpteurs, les tisseurs, les artistes en général et les professeurs. Elle recevait également de nombreux noms en rapport avec les cultes pratiqués comme par exemple les Apatouries (Athéna Apatouria) ou encore en lien avec les lieux comme l’Agora (Athéna Agoraia). Un culte très important lui était bien évidemment rendu à Athènes, notamment au niveau du Parthénon et de l’Erechthéion (abritant la statue d’Athéna armée, le Palladium). Nous pouvons également parler des cités de Tirynthe, de Tégée, de Rhodes ou encore de Sparte qui possèdent toutes des sanctuaires dédiés à la déesse.

La naissance d’Athéna

Contrairement aux autres dieux, Athéna ne possède qu’un seul parent : pas parce qu’elle n’a jamais connu sa mère, mais bien parce que son père l’a enfanté seul  ! En effet, Zeus a « accouché » de sa fille par le crâne. Mais revenons un peu en arrière pour comprendre les origines de ce récit.

Exaleiptron représentant la naissance d'Athéna (Louvre)

Exaleiptron représentant la naissance d’Athéna (Louvre)

Zeus est du genre à vouloir séduire tout ce qui bouge. Ainsi, lorsqu’il croise la route de la titanide Métis, il n’a qu’une envie : s’unir à elle. Toutefois, Métis est rusée et peut se métamorphoser à volonté, ce qui complique la tâche au dieu des dieux. Cependant rien n’échappe longtemps aux ardeurs de Zeus qui met finalement la main sur Métis et la rend enceinte. Au même moment, un oracle annonce à Zeus que cet enfant est une fille, mais que si Métis enfante une nouvelle fois après celle-ci, ce serait un fils qui détrônerait son père qui naîtrait. En matière de régicide et de détrônement, Zeus s’y connait : il décide donc de remédier à ce problème sans attendre. Il feinte donc de s’unir une nouvelle fois à Métis mais à la place l’avale d’un seul coup avec sa bouche. Ainsi, c’est la fin de Métis et de l’enfant qu’elle porte…

Du moins c’est ce qu’il croyait. Un jour, alors qu’il se promenait aux abords du lac Triton, Zeus a un sacré mal de crâne. Une douleur sans précédent lui taillade la tête et il a l’impression qu’elle va exploser. Aussi se met-il à crier de toutes ses forces, à tel point que le monde entier l’entend. Hermès arrive sur les lieux le premier et comprend tout de suite ce qu’il se passe : il invite Héphaïstos à venir en aide à leur roi au plus vite (selon une autre version, il s’agit de Prométhée). Le dieu forgeron saisit alors son marteau et ouvrit une brèche dans le crâne de Zeus, afin qu’il puisse libérer ce qui s’y trouvait : Athéna, habillée et armée de la tête aux pieds. A partir de ce moment, la sage déesse devient l’enfant préféré de Zeus.

Athéna n’a donc concrètement pas de mère, mais nous pouvons lui attribuer la filiation de Métis, elle-même la personnification de la sagesse. Elle est une sorte de synthèse entre l’esprit de Zeus et Métis toute entière. Évidemment, cette naissance ne plait pas à Héra et de plus Athéna est jalousée de tous les autres dieux car elle est privilégiée par son père (c’est donc sa chouchou).

Les mythes

La création d’Athènes

La cité d’Athènes ne porte pas son nom pour rien. En effet, elle est étroitement liée à la déesse de la sagesse de par son mythe fondateur, son autochtonie. Athéna et Poséidon se disputent la protection de la cité d’Athènes et de sa région, l’Attique. Pour faire comprendre à tous les bienfaits dont il est capable, le dieu des océans frappe le sol de son trident et fait jaillir un flot d’eau qui vient remplir un puits près de l’acropole (selon d’autres légendes, il fait apparaître un cheval remarquable). Toutefois, Athéna ne se laisse pas faire : elle fait jaillir un olivier, le plus prisé des arbres de la Grèce. Ainsi, les athéniens choisissent Athéna en tant que divinité poliade, protectrice de la cité. Poséidon, furieux de cette décision, submerge alors Athènes sous les flots avant de s’apaiser devant les hommages qui lui sont rendus en guise d’excuse.

Le Parthénon, lieu sacré d'Athéna

Le Parthénon, lieu sacré d’Athéna

Un récit quelque peu différent implique une rivalité entre les sexes. A cette époque, les femmes auraient eu le droit de vote à Athènes. Justement, le choix entre Athéna et Poséidon doit se faire par suffrage et ainsi chacun vient donner son avis sur la question. Problème : tous les hommes sont pour Poséidon et toutes les femmes pour Athéna. La déesse l’emporte finalement car il y a une femme de plus que les hommes. Furieux, ces derniers décident donc de supprimer le droit de vote des femmes. Venant de ceux qui ont inventé la démocratie, ce n’est pas très classe…

Athéna la bienfaitrice

Une aide pour les héros

La déesse de la sagesse a été impliquée dans de nombreuses aventures et est très majoritairement d’une grande aide pour les mortels ou les demi-dieux.

Le jeune Bellérophon se voit recevoir ses bienfaits dans un rêve sous la forme d’un mors (un équipement d’harnachement) en or qui lui permet ensuite de dompter Pégase et d’en devenir le maître.

De même, elle est d’un grand renfort à Héraclès durant ses douze travaux : elle lui confie des cymbales d’airain pour effrayer les oiseaux du lac de Stymphale ; elle le guide à travers les Enfers lorsqu’il récupère Cerbère ; enfin elle accueille Héraclès à l’Olympe à la fin de sa vie. Pour la remercier, le demi-dieu lui offre les pommes d’or des Hespérides au cours de ses aventures.

De la même façon, il est impensable de parler du retour d’Ulysse à Ithaque (l’Odyssée) sans évoquer le rôle d’Athéna dans ce périple. En plus de lui accorder une protection permanente, elle aide Télémaque à retrouver son père en prenant la forme de Mentor.

Enfin, Persée reçoit une aide concrète de la déesse sous la forme d’un bouclier de bronze qui lui permettrait de voir le reflet de Méduse sans finir pétrifié. Elle va même jusqu’à guider son bras pour trancher la tête du monstre ! Pour la remercier, Persée lui offre la tête de la Gorgone qu’elle place sur l’égide.

Vase représentant Persée offrant la tête de Méduse à Athéna

Vase représentant Persée offrant la tête de Méduse à Athéna

Inspiratrice et inventrice

Athéna se soucie du bonheur des mortels. Aussi, elle leur offre souvent son aide pour découvrir des techniques et leur donner des idées lumineuses. Elle est celle par qui les Hommes apprennent à dompter les chevaux et à atteler les chars de guerre. Elle supervise également la construction de l’Argo dans le mythe des Argonautes. Athéna enseigne aussi à Dédale l’art de manipuler les métaux. Enfin, elle joue un rôle dans le milieu de la santé, offrant à Périclès une herbe pour sauver son ami et architecte Mnésiclès et à Asclépios le sang de Méduse, ayant des propriétés pouvant soit tuer soit rendre la vie.

Les châtiments dispensés par Athéna

Aglauros et Hersé

Athéna est une belle femme et elle fait nécessairement des émules parmi les dieux. Justement, Héphaïstos, pourtant marié à Aphrodite, tombe amoureux de la sage guerrière et projette en secret de s’unir à elle. Cependant, la parthénos n’a aucune envie de s’accoupler avec le dieu forgeron qui se met à la poursuivre, excité comme jamais. Tellement excité qu’Héphaïstos ne peut se retenir de jouir alors même qu’il n’a pas touché Athéna ! Sa semence vole jusqu’à la cuisse de la déesse aux yeux pers qui, dégoutée, nettoie cet affront à l’aide d’un tissu et le laisse tomber sur le sol terrestre. De ce fluide vital, mêlé à l’aura d’Athéna et aux ressources de la terre, Gaïa, nait un futur roi athénien : Erichtonios. Techniquement, c’est donc la déesse-mère Gaïa qui est la mère de l’enfant, mais elle refuse d’élever le fruit de cet odieux évènement.

Après la naissance d’Erichtonios La divinité de la sagesse décide donc d’élever seule Erichtonios. Toutefois, elle a plus urgent : cacher à Poséidon la naissance de cet enfant pour éviter qu’il ne la raille. Elle le cache donc dans une corbeille qu’elle confie au roi actuel d’Athènes, Cécrops, qu’il décide lui-même de donner à ses filles pour qu’elles en prennent soin. Néanmoins, elles ont l’interdiction formelle de l’ouvrir. Si Pandrosos parvient à réfréner sa curiosité, ce n’est pas le cas de ses sœurs, Aglauros et Hersé. Elles ouvrent alors le récipient sacré et y découvrent un enfant entouré d’un serpent horrible. Épouvantées et rendues folles par Athéna, elles se jettent du haut de l’acropole. Erichtonios, lui, devient plus tard roi d’Athènes et y renforce la prégnance du culte d’Athéna.

Arachné

La jeune Arachné est une lydienne, fille d’un teinturier (ou d’un paysan, ou d’un roi, selon les versions), qui est très douée dans l’art du tissage. Elle est si douée que tout le monde vient admirer ses œuvres et qu’elle ne minimise pas son arrogance à ce sujet. Athéna, déesse patronne des tisserands et elle-même tisseuse de l’Olympe, entend parler d’Arachné et décide de lui rendre une petite visite. Pour cela, elle se change en vieille dame et aborde la jeune tisseuse en lui faisant une leçon sur la modestie. Cependant, Arachné se moque des leçons de la vielle dame et ose même dire que son travail est supérieur à celui des dieux. Quelle erreur !

Athéna reprend alors sa forme habituelle et défie Arachné dans un duel de tissage. Elles s’installent donc face à face devant leur métier à tisser et se mettent à créer. Lorsque les deux concurrentes ont terminées, Athéna présente son œuvre : un tissage splendide, digne d’une déesse. Toutefois, la création d’Arachné est encore plus belle. Athéna est ulcérée de ce résultat et décide de déchirer sa toile de haut en bas pour punir sa rivale. Humiliée et terrifiée, Arachné part se pendre. Prise de remords devant ce triste sort, Athéna décide alors de métamorphoser Arachné en araignée, afin qu’elle puisse continuer à tisser des toiles. La morale de cette histoire est qu’il ne faut jamais se comparer au dieux dans quelque domaine que ce soit : cette impiété est lourdement sanctionnée.

Représentation d'Arachné dans le jeu SMITE

Représentation d’Arachné dans le jeu SMITE

Méduse

Avant de devenir le monstre que nous connaissons bien (une Gorgone), Méduse était une femme magnifique. Elle est d’ailleurs considérée comme une figure primordiale, sœur des Grées tout en étant mortelle. Elle est si belle que Poséidon s’en éprend. Cependant, Méduse ne veut pas de lui, ce qui pousse le dieu des mers à commettre un acte horrible : il la viole au beau milieu du temple d’Athéna. Voyant son lieu sacré souillé de la sorte, Athéna se venge sur Méduse (évidemment…) et la transforme en monstre : ses cheveux se métamorphosent en serpents, son regard devient pétrifiant et des défenses de sanglier lui poussent sur le visage. Une autre version, celle d’Apollodore, raconte qu’Athéna aurait transformé Méduse en Gorgone car elle était trop fière de sa beauté.

Tirésias

Le devin Tirésias n’a pas toujours été aveugle. Il le devint après avoir surpris la déesse de la sagesse qui prenait son bain. Pour se venger d’avoir vu ce que personne d’autre ne verra jamais, elle pose ses mains sur ses yeux et le rend aveugle pour le reste de sa vie. Pour compenser ce châtiment terrible, elle lui offre le pouvoir de la divination.

Ajax

Il existe deux Ajax : le Petit et le Grand. L’un et l’autre ont subi la colère de la déesse.

Le petit, aussi appelé Ajax d’Oïlée, fit l’erreur de kidnapper Casandre alors qu’elle se réfugiait dans un temple d’Athéna. Pour venger cet affront, Athéna demanda à Poséidon de déclencher une tempête meurtrière sur son bateau et envoya la peste sur sa terre natale, la Locride. Cependant, Ajax ne meurt pas de la tempête et se retrouve sur les rochers de Gyras. Il déclare alors qu’il s’en sortira malgré les intentions des dieux. C’en est trop pour Poséidon qui frappe alors le rocher sur lequel il se tient et le fait tomber dans l’eau, le tuant sur le coup.

Ajax le Grand, héros grec lors de la Guerre de Troie, se dispute les armes d’Achille avec Ulysse. Athéna le rend alors fou et Ajax se met à égorger des moutons alors qu’il croie tuer les grecs. Lorsqu’il s’en rend compte, il se tranche la gorge. Ulysse devra insister pour qu’on lui rende une sépulture.

Les combats de la déesse

La Gigantomachie

Les Géants sont le fruit d’une nouvelle tentative de Gaïa pour détrôner son petit-fils Zeus. Ils ne sont pas moins de vingt-cinq à se dresser contre l’Olympe. Cependant, les dieux sont désormais assez puissants pour les affronter et les vaincre. De plus, ils sont aidés du très puissant héros Héraclès. Athéna combat le géant Pallas, qu’elle tue et ensevelit sous un rocher avant qu’Héraclès ne l’achève. Elle porte ensuite sa peau en guise de trophée et d’armure. Elle collabore une fois de plus avec le demi-dieu, fils de Zeus, pour vaincre Encelade et l’enfermer sous l’Etna.

La Guerre de Troie

Bande dessinée tirée du jeu SMITE et représentant le combat entre Athéna et Arès

Bande dessinée tirée du jeu SMITE et représentant le combat entre Athéna et Arès

Athéna participe au conflit légendaire de Troie en prenant le parti des grecs. La raison est simple : Pâris ne l’a pas choisi comme étant la plus belle des trois déesses en compétition. Athéna n’hésite donc pas à encourager ses poulains dans la guerre et même à s’y mêler en participant à la mêlée. Sur le champ de bataille, elle se retrouve confrontée à Arès, qu’elle terrasse facilement. Pour plus de détails sur la guerre de Troie, rendez-vous sur l’article consacré à cet évènement mythologique : ICI.

Sources

  • Hésiode, La Théogonie,
  • Homère, L’Iliade,
  • Homère, L’Odyssée,
  • Ovide, Les Métamorphoses.

Bibliographie

  • Andrieu Gilbert, Athéna ou la Raison, Paris, l’Harmattan, 2017.
  • Hamilton Edith, La Mythologie, Alleur, Marabout, 1940.

Adaptations dans la culture pop

  • La déesse de la sagesse apparaît dans le manga Saint Seiya (en français, Les Chevaliers du Zodiaque) sous la forme de Saori Kido, sa réincarnation japonaise qui dirige l’ensemble des chevaliers de bronze, d’argent et d’or dans une lutte millénaire contre Hadès.
  • Athéna est la mère du personnage d’Annabeth Chase dans les romans de la saga Percy Jackson de Rick Riordan. Elle se caractérise par son absence auprès de ses enfants et par sa grande intelligence.
  • La divinité aux yeux pers est beaucoup représentée dans l’art, que ce soit en sculpture ou en peinture. Nous pouvons citer l’œuvre de Judy Chicago, The Dinner Party, ou la célèbre Pallas Athéna de Gustav Klimt.
  • Les jeux vidéos se sont aussi appropriés Athéna comme par exemple God of War ou SMITE.
Saori Kido, alias Athéna dans Saint Seiya

Saori Kido, alias Athéna dans Saint Seiya

Les Enfers

Les Enfers, par Monsu Desiderio (1622)

Les Enfers, par Monsu Desiderio (1622)

Les Enfers ou l’Hadès représentent le royaume des morts de la mythologie grecque. Le terme romain est Inferni. Il faut bien préciser que les Enfers ne sont pas du tout l’Enfer chrétien : ce n’est pas un lieu où le mal règne, mais un lieu de jugement. Cet endroit est le lieu où vont toutes les âmes des défunts après leur mort pour y être jugé, puis y résider éternellement. Dans les Enfers résident de nombreuses créatures et divinités ayant chacune un rôle propre dans le chemin des âmes vers leur destin. Le dieu guidant les morts vers les Enfers est appelé « psychopompe », et cette fonction est généralement attribuée à Hermès. Un « âme » est l’ombre d’une personne vivante, elle ne ressent plus aucune émotion et n’a plus aucune force. Elle ne fait que suivre le mouvement des ombres qui marchent vers leur jugement. Dans Homère, ce royaume est « un monde vague et ombreux habité par des ombres ». Je précise que cet article ne peut et ne sera pas exhaustif.

Géographie des Enfers

Carte hypothétique des Enfers

Carte hypothétique des Enfers

Voici pour commencer une carte possible des Enfers qui peut vous aider à visualiser ce lieu. Ce lieu est composé de plusieurs lieux ayant chacun leur utilité. Tout d’abord, la porte est Enfers est gardée par le chien à trois têtes Cerbère (dont nous parlerons après). Les âmes doivent ensuite se rendre devant les juges des Enfers, puis selon leur jugement, ils peuvent être placé dans différents lieux :

- L’Erèbe est une région des Enfers par laquelle les âmes passent dans leur chemin vers le repos éternel. On y trouve les 3 palais des dieux chthoniens : celui de la Nuit (Nyx), celui du Sommeil (les Oneiroi, enfants de Nyx et Erèbe ou Hypnos, dont Morphée) et celui des Songes (Hypnos). Les Moires (Parques en version romaine) y résident également.

- La Plaine des Asphodèles ou Champ d’Asphodèle, accueille les âmes neutres, c’est à dire qui n’ont rien fait de mal, mais rien de bien non plus durant leur vie. Ils y mènent une existence fade et vide à patienter pour l’éternité.

- Le Palais des dieux Hadès et Perséphone, où résident les deux souverains des Enfers dont nous parlerons ci-après. Ils sont entourés des Jardins de Perséphone.

- Les Champs Élysées, que l’on peut également appeler Élysée,  est un lieu de repos éternel pour les âmes ayant vécu une vie de vertu ou ayant été valeureuse. Les Iles des Bienheureux leur sont très semblables.

Illustration des Champs Élysées

Illustration des Champs Élysées

- Les Champs du Châtiment est l’inverse des champs élysées, c’est à dire que c’est un lieu de punition éternelle dans lequel séjournent les âmes ayant eu une vie pleine de vice ou ayant accompli une ou plusieurs très mauvaises actions.

- Le Tartare est la prison des Enfers. Aux origines, Tartare est une divinité, mais il est rapidement assimilé à un lieu, celui où les plus grands criminels sont enfermés et subissent constamment les pires tortures. Cette prison renferme notamment les Titans et les Géants.

Illustration du Tartare selon God of War

Illustration du Tartare selon God of War

Toute cette région est entourée de plusieurs fleuves : le Styx (fleuve de la haine mortelle, rend invulnérable), le Léthé (fleuve de l’oubli qui permet aux âmes des morts d’effacer leur mémoire et de se réincarner), l’Achéron (fleuve de la douleur dont l’eau est empoisonnée) et ses affluents le Cocyte (fleuve constitué des larmes des âmes déchues) et le Phlégéthon (fleuve de flammes entourant le Tartare).

Les Habitants des Enfers

  •  Hadès (Pluton)
Buste Romain de Pluton

Buste Romain de Pluton

Hadès est le dieu chthonien le plus important de la mythologie grecque. Son nom romain est Pluton, dieu des richesses et des métaux précieux enfouis dans le sol.Troisième frère après Zeus et Poséidon, il est le Souverain suprême des Enfers. Il ne faut pas confondre son rôle avec celui de Thanatos, dieu de la Mort ; Hadès est le dieu régnant sur les morts. Le sort attribua à Hadès de régner sur le monde souterrain et le royaume des morts, tandis que ses frères Zeus et Poséidon régneraient respectivement sur le ciel et la mer. C’est un dieu terrible et sans pitié, mais non malfaisant, qui ne quitte que très rarement son sombre empire. Il n’est jamais invité à l’Olympe lors du conseil des dieux, ni lors des banquets.

Hadès, Roi des Enfers (Woe)

Hadès, Roi des Enfers (Woe)

A l’instar de Zeus et Poséidon, il possède une arme qui lui a été forgée par les Cyclopes : le casque d’invisibilité aussi appelé la Kunée. Il possède également une lance à 2 fourches (Zeus possède l’éclair, donc 1 fourche, et Poséidon le trident, donc 3 fourches). Son animal consacré est le serpent et son arbre le cyprès. Il est souvent représenté avec le chien Cerbère.

 

  • Perséphone/Coré (Proserpine)
Illustration de Perséphone (Ashramart)

Illustration de Perséphone (Ashramart)

Perséphone est la Reine des Enfers. Son nom latin est Proserpine. A l’origine cette déesse est la fille de Déméter et de Zeus, Coré, une déesse de l’agriculture comme sa mère. Certains auteurs font de Perséphone une déesse née de Nyx, la nuit, ce qui voudrait dire qu’elle a toujours été déesse des Enfers, mais ce n’est pas la croyance la plus répandue.Un mythe, que je vais vous raconter ci-après, raconte comment Hadès la captura pour faire d’elle sa femme aux Enfers, et ainsi devenir la divinité chthonienne Perséphone.En tant que Coré, la déesse est pleine de douceurs et d’amour. En tant que Perséphone, elle devient une déesse dure et inflexible, à l’image de son mari, dont elle – malgré la façon dont s’est fait leur union – tombe amoureuse. Elle est d’ailleurs toujours en accord avec son implacable époux.

Perséphone intervient peu dans les mythes, même chthoniens, elle n’a de véritable rôle essentiel que dans son propre mythe. Perséphone cultive un jardin devant son palais et selon plusieurs auteurs les arbres, plantes et fleurs qui y poussent sont toutes en pierres précieuses, ce qui rejoint les attributs de Pluton.

Statue de Perséphone

Statue de Perséphone

 

  • Charon
Charon faisant traverser le fleuve par A. Litovchenko

Charon faisant traverser le fleuve par A. Litovchenko

Charon est le nautonier des Enfers qui conduit sur a barque les âmes de l’autre côté du Styx (ou de l’Achéron selon les auteurs), sur leur long chemin vers le jugement. Fils d’Erèbe et de Nyx, il ne consent à prendre dans sa barque que les âmes ayant eu une sépulture. En effet, les âmes doivent lui donner les deux drachmes (oboles) posées sur ses yeux (ou sous la langue) lors du rituel funéraire en guise de péage. Il est un vieillard immortel et inflexible. Généralement, il ne laisse pas passer de mortel, mais certaines circonstances ont fait qu’il n’a pas eu le choix.

 

  • Cerbère
Illustration de Cerbère

Illustration de Cerbère

Cerbère est le chien à trois têtes gardant l’entrée des Enfers. Il est le fils de 2 monstres :

- Typhon, divinité destructrice et malfaisante, assimilé parfois à un Titan, mais la plupart du temps il est juste une créature monstrueuse. Fils de Gaïa et de Tartare, son corps est recouvert d’écailles et il possède cent gueules qui crachent du feu. Il peut maîtriser les vents forts et ouragans. Durant le combat entre les Titans et les Dieux, il se bat aux côtés des Titans et finit enfermé sous l’Etna.

Illustration de Typhon par Velinov 69

Illustration de Typhon par Velinov 69

- Echidna, une créature mi-femme, mi-serpent. Elle est la mère de beaucoup de créatures mythologiques célèbres comme la Chimère, l’Hydre de Lerne, du Dragon de Colchide ou encore le Lion de Némée. Elle vit dans une caverne et attire les passants pour ensuite les dévorer.

Illustration d'Echidna

Illustration d’Echidna

Cerbère possède 3 têtes (ou 50 selon certains auteurs), une queue de dragon et l’échine hérissée de têtes de serpents. Il laisse entrer toutes les ombres mais ne leur permet jamais de sortir. Pourtant, comme nous le verrons plus tard, il est possible de passer outre ce chien monstrueux.

Vase antique représentant Héraclès maîtrisant Cerbère

Vase antique représentant Héraclès maîtrisant Cerbère

 

  • Les Erynies (Furies)
Les Remords d'Oreste, Adolphe Bouguereau (1862)

Les Remords d’Oreste, Adolphe Bouguereau (1862)

Ces déesses sont chargées de punir les coupables, filles de Nyx et Cronos selon certains, de Gaïa et Ouranos selon d’autres. Elles sont inexorables, mais justes, bien que leurs méthodes d’actions consistent principalement dans la persécution jusqu’à la mort. Elles sont 3 : Mégère (la haine), Alecto (l’implacable) et Tisiphone (la vengeance). Elles possèdent de grandes ailes, pleurent constamment des larmes de sang et possèdent, à l’instar des Gorgones, des serpents en guise de cheveux. Elles sont souvent représentées portant des fouets ou des torches.

 

  • Les Juges des Enfers
Gravure représentant les 3 juges des Enfers

Gravure représentant les 3 juges des Enfers

Les juges des Enfers sont ceux qui, vous l’aurez deviné, exécutent le jugement des âmes lors de leur arrivée et choisissent ainsi leur destin pour l’éternité. Ils sont au nombre de 3 : Minos, Rhadamanthe et Eaque. Tous les 3 étaient auparavant des rois d’ascendance divine dont la sagesse a été jugée si grande qu’ils ont été placé aux Enfers pour y officier et poursuivre leur œuvre d’équité. Rhadamanthe et Eaque instruisent la cause, et prononcent ordinairement la sentence, mais en cas d’incertitude ou d’indécision, Minos, qui occupe le siège le plus élevé entre les deux autres juges, intervient comme arbitre, et sa décision est sans appel.

 

  • Les Moires (Parques)
Les Moires, par John Melhuish Strudwick (1885)

Les Moires, par John Melhuish Strudwick (1885)

Les Moires, ou Parques en latin sont les déesses du destin. Elles sont la plupart du temps citées comme les filles de Nyx exclusivement ou avec Erèbe. Elles sont 3 : Clotho, Lachésis et Atropos. La première file le destin, la seconde le mesure avec une baguette et la troisième le tranche. La plupart du temps, elles sont représentées ou décrites comme de vieilles femmes en noir.

 

  • Autres Divinités

- Nyx : déesse représentant la nuit, elle est la fille du Chaos primordial. Elle est la mère d’à peu près toutes les divinités chthoniennes mis à part Hadès et sa femme.

- Erèbe : divinité née du Chaos, frère de Nyx. Il représente à lui seul la physionomie des Enfers, mais son rôle réel n’est pas fixe.

- Hypnos : dieu du Sommeil, fils de Nyx et d’Erèbe et frère de Thanatos. Il apporte aux mortels le repos par un croissant ou une corne qu’il porte.

- Thanatos : dieu de la Mort, fils de Nyx et d’Erèbe et frère d’Hypnos. Il est la personnification de la mort.

Mythes impliquant les Enfers

Je vais vous raconter ici quelques uns des mythes dans lesquels les Enfers apparaissent ou jouent un rôle central. Je laisse intentionnellement de côté le début du mythe d’Achille pour un autre article ainsi que la descente aux Enfers de Psyché. Ce ne sera, bien entendu, pas exhaustif.

  • L’enlèvement de Perséphone

Ce mythe est conté par Homère aux VIIIe ou VIIe siècles av. J-C. Déméter, déesse de l’agriculture, a une fille nommée Coré, que l’on dit d’une rare beauté. Un jour où cette dernière se promène, cueillant des narcisses en toute innocence à l’écart de son groupe, Hadès, le souverain des morts, surgit des Enfers sur son char de ténèbres traîné par des coursiers d’un noir de jais. Il emporte la jeune fille avec lui et, malgré ses cris de terreur et ses sanglots, personne ne l’entend.

Pluton enlevant Proserpine par Andrea Appiani

Pluton enlevant Proserpine par Andrea Appiani

Personne sauf sa mère Déméter qui perçoit l’écho de ces lamentations. Elle parcours alors toute la terre et toute la mer à la recherche de sa fille, mais elle ne la trouve pas et personne n’ose lui révéler la vérité. Cette errance dure 9 jours, durant lesquels Déméter repousse les plaisirs divins que son l’ambroisie et le nectar. Celle-ci annonce aux autres dieux qu’elle ne fera rien pousser sur la terre tant que’elle n’aura pas retrouvé sa fille. Le grand Zeus est partagé car il ne veut pas froisser son frère, mais il doit intervenir : il charge Hermès d’aller voir son frère dans les Enfers et de ramener sa fille, Perséphone devenue reine des Enfers. Lorsqu’il arrive au palais du terrible dieu, il explique à Hadès qu’il doit rendre la jeune fille à sa mère. Il accepte, mais rappelle à Perséphone que ce n’est pas une si mauvaise vie que d’être femme d’un si grand dieu que lui. Il lui demande de manger un pépin de grenade avant de s’en aller, ce qu’elle fait. Elle repart sur un chariot d’or et remonte tous les Enfers et toute la terre pour aller directement vers sa mère. Cette dernière devrait se réjouir, mais le fait que sa fille ait mangé un pépin de grenade implique qu’elle soit liée éternellement aux Enfers, et elle craint qu’elle doive y retourner. Zeus lui propose alors un arrangement : Perséphone restera dans les Enfers pendant un tiers de l’année (ou la moitié selon les formulations), pendant la saison hivernale, lorsque la terre est gelée et flétrie, tandis qu’elle remontera auprès de sa mère le reste de l’année, lorsque les rayons du soleil inondent la terre et la rende fertile. Déméter accepte à contrecœur et fait reverdir la terre. Après cela, Perséphone ne fut plus jamais la beauté radieuse et pleine de vie que Coré arborait, même si elle remontait pendant 6 mois sur la terre, elle conservait le souvenir du terrible lieu dont elle provenait. En revanche, elle semble s’être accommodé de son mari et de ses fonctions de reine des Enfers. Ce qu’il faut retenir de ce mythe est l’idée de souffrance inconsolable de Déméter, qui voit sa fille mourir chaque hiver sans pouvoir faire quelque chose. Perséphone représente ainsi le cycle des saisons : le Printemps et l’Été lorsqu’elle est sur terre avec sa mère, l’Automne et l’Hiver lorsqu’elle retourne auprès de son mari dans les Enfers.

 

  • Les Châtiments Eternels

Dans le Tartare (ou les Champs du Châtiment selon les auteurs) sont enfermés de nombreux criminels dont les actions ont été jugées assez horribles pour que leur peine soit une éternelle souffrance. Il y a bien sûr les Titans et les Géants, mais également des mortels ou demi-dieux. Parmi eux :

Le supplice de Tantale

Le supplice de Tantale

- Tantale, fils de Zeus et préféré des dieux qui l’invitent à manger à leur table (ce qui est un immense honneur), mais celui-ci méprise les dieux et cherche à leur nuire. Son crime est double : il vole aux dieux leur nectar divin, et non content de ce larcin, il invite les dieux à sa table et leur sert son propre fils, Pélops. Ceci est considéré comme un outrage sans précédent et il est condamné au supplice éternel : il est constamment dévoré par la soif et placé devant un ruisseau qui se dérobe lorsqu’il s’en approche. De même, il meurt de faim mais ne peut manger, car les fruits placés dans les arbres au dessus du ruisseau sont inaccessibles. Ce mythe montre qu’il ne faut pas outrager les dieux et que les mortels seront toujours inférieurs aux Olympiens.

- Sisyphe, roi fondateur de la cité de Corinthe. Un jour, il voit un aigle immense passer et emporter avec lui une jeune fille. Il sait qu’il s’agit de Zeus changé en aigle, et décide de prévenir le père de la jeune fille de l’identité du ravisseur. Cela ne plaît pas du tout  Zeus qui condamne Sisyphe à un éternel châtiment : pousser un rocher en haut d’une colline, et lorsqu’il atteint le sommet, le poids du rocher l’entraîne vers le bas et il doit tout recommencer, et ceci pour toujours.

- Ixion, fils d’un roi Lapithe (une tribu) dont le crime est de ne pas vouloir payer la dot qu’il doit au beau père de sa fiancée. Il décide de tuer son beau père dans un incendie. Pour le punir, Zeus le rend fou, puis, par clémence, lui rend la raison. Mais l’histoire ne s’arrête pas là : il tombe amoureux d’Héra, femme de Zeus, ce qui ne plaît évidemment pas au roi des dieux. Il lui tend alors un piège : tandis qu’Ixion croit s’unir charnellement avec Héra alors que ce n’est qu’un nuage, Hermès le flagelle en guise de punition. Rien de bien terrible vis à vis des deux autres précédents, mais c’est là que le supplice frappe car il est ensuite condamné à être attaché à une roue de feu qui roule éternellement dans les Enfers. A noter que de l’union d’Ixion avec le nuage, Néphélé, qu’il épouse, naît Centauros, père des centaures.

Les Danaïdes, Tony Robert-Fleury (1873)

Les Danaïdes, Tony Robert-Fleury (1873)

- Les Danaïdes, ces cinquante jeunes femmes, filles de Danaos sont promises à cinquante prétendants qui sont leurs cousins. Elles refusent ce mariage et avec leur père elles partent pour Argos où elles demandent asile. Finalement elles acceptent le mariage, mais après le banquet de noces, elles assassinent toutes leur mari. Toutes sauf Hypermnestre que son père emprisonne. Les 49 autres sont condamnées à un châtiment éternel : devoir remplir d’eau un tonneau percé jusqu’à la fin des temps.

 

 

 

  • Les Descentes aux Enfers

- La capture de Cerbère par Héraclès est un mythe très connu et qui met en scène le grand héros Héraclès (Hercule en latin), que l’on ne présente plus, et qui doit remplir l’un de ses douze travaux pour le compte d’Eurysthée, un roi grec. Je créerais un article spécialement sur Héraclès, aussi je vais aller très vite. La capture de Cerbère est considérée, selon les auteurs, comme l’avant-dernière ou la dernière tâche des travaux qu’Héraclès doit accomplir, et très certainement comme la plus difficile. Hadès donna son consentement, à condition qu’Héraclès n’utilise aucune arme. Héraclès réussit cependant et porte le chien infernal hors des Enfers. Fort sagement, Eurysthée dit à Héraclès qu’il ne va pas garder le chien et li demande de la ramener aux Enfers. Pendant cette descente aux Enfers, le demi-dieu croise Thésée.

- Thésée est un héros grec, fils d’Égée et d’Ethra. Il a la particularité de ne pas être fils d’un dieu ou d’une déesse et est très cher aux athéniens. Dans ce mythe, il est emmené dans les Enfers par son ami Pirithoüs, roi des Lapithes. Ce dernier perd sa première épouse et désire avoir une nouvelle femme qui ne craindrait pas la mort, c’est ainsi qu’il en vient à la conclusion de se marier avec Perséphone, reine des morts. Ce rapt est un projet hasardeux et très dangereux, aussi Thésée s’exerce auparavant en kidnappant Hélène (future femme de Ménélas) avec brio. Le temps que les deux frères d’Hélène, Castor et Pollux, viennent la chercher, Thésée et Pirithoüs sont déjà parti pour les Enfers. Malheureusement, Hadès est au courant de leurs intentions et  décide de leur tendre un piège. En geste amical, il les convie à s’asseoir sur des sièges, mais ces chaises sont magiques et les empêchent de se relever. Ce sont les Chaises de l’Oubli, qui rendent immobiles, vident leur esprit et leur font perdre la mémoire. Certains auteurs disent qu’ils y restent durant 4 années. C’est là qu’Héraclès intervient lors de sa descente aux Enfers et libère Thésée de son immobilité. En revanche, il ne peut libérer Pirithoüs, Hadès ne voulant le laisser partir car son projet était tout de même de kidnapper sa femme.

- Orphée est un héros grec fils du roi de Thrace Œagre et de la Muse Calliope. Il est le plus grand de tous les musiciens parmi les mortels et lorsqu’il joue, tout autour de lui est charmé par le son de son instrument, la lyre. Il épouse Eurydice, une dryade, mais juste après leur union elle se fait mordre par un serpent et meurt. Dévasté par cette absence, Orphée décide de se rendre dans les Enfers pour aller y chercher sa bien aimée. Grâce aux sons de sa musique, il réussit à charmer le chien Cerbère, mais également à attendrir les souverains Hadès et Perséphone. Ceux-ci décident alors de lui rendre Eurydice, mais à une seule condition : lors de sa remontée il ne devra lui jeter aucun regard, donc ne pas tourner la tête vers elle. Il accepte et emmène Eurydice avec lui, mais juste avant d’atteindre la surface, il ne peut s’empêcher de regarder son épouse, soit pour s’assurer qu’elle le suit bien, soit car il pense qu’ils ont déjà quitté le domaine infernal. Manque de chance, elle est encore dans la caverne, et son ombre s’efface peu à peu pour retourner dans son éternel séjour. Orphée tente de retourner aux Enfers, mais les dieux lui interdisent. Désespéré, il s’en va vivre une vie solitaire. Sa mort diffère selon les mythes mais celle qui revient le plus est qu’il est tué par les Ménades, ces femmes prises de folie par les effets du vin. Il est enterré par les Muses et, parfois, de son tombeau s’élève une musique divinement belle. Ce n’est bien sûr qu’une version synthétique du mythe qui est normalement plus complet.

- Ulysse est venu aux Enfers afin d’interroger l’âme du devin Tirésias sur comment rentrer chez lui. Pour cela, il se dirigea vers l’Erèbe et commença les préparatifs d’un rituel : égorger un mouton et remplir un puits de son sang. Ainsi, les âmes afflueraient vers ce puits car elles ont soif de sang. Mais Ulysse n’a besoin que de rencontrer Tirésias, aussi empêche-t-il les autres de boire le sang jusqu’à ce qu’il ait eu une réponse, celle qu’il ne fallait en aucun cas faire du mal aux bœufs du soleil, les animaux d’Apollon. Après cet entretien, Ulysse laissa les autres âmes venir boire le sang et il croisa bon nombre d’âmes de héros comme Ajax ou Achille. Il quitta ensuite les Enfers et rejoint son navire.

Adaptations

  • La Divine Comédie de Dante Alighieri

Dante Alighieri est un poète italien ayant vécu de 1265 à 1321. Son œuvre, Divine Comédie, est considérée comme l’une des plus belles réalisations poétiques et un chef d’œuvre du patrimoine mondial. Elle est éditée pour la première fois en 1555, donc à titre posthume.

Dante et Virgile aux Enfers

Dante et Virgile aux Enfers, par Eugène Delacroix (1822)

Cette œuvre raconte l’histoire de Dante qui recherche sa bien aimée Béatrice. Celle-ci est au paradis et il doit la rejoindre. Pour cela, Virgile (auteur de l’Enéide) est choisi pour être le guide de Dante afin de la retrouver. Le poème est divisé en 3 parties : Enfer, Purgatoire, et Paradis, qui divisent également l’aventure de Dante. Ici ce ne sont pas les Enfers, mais l’Enfer, donc on parle bien de chrétienté, mais le récit de ce qu’il trouve dans ce lieu rappelle bon nombre d’éléments des Enfers grecs, notamment du fait que l’auteur s’inspire de l’Enéide de Virgile et de textes bibliques comme l’Apocalypse de Paul. On y retrouve donc des éléments importants comme l’Achéron, Charon, les juges des Enfers, Cerbère, les Érinyes, etc. Le texte est jonché de référence à la mythologie grecque et cela ne le rend que plus passionnant.

 

  • Percy Jackson : Le Voleur de Foudre

Je vais ici vous parler du roman et non du film qui est parfaitement décevant. Percy Jackson est une saga littéraire fantastique écrite par Rick Riordan et dont Le Voleur de Foudre est le premier roman.

Couverture de l'édition de Percy Jackson : Le Voleur de Foudre, de Rick Riordan (Albin Michel)

Couverture de l’édition de Percy Jackson : Le Voleur de Foudre, de Rick Riordan (Albin Michel)

Percy Jackson est un adolescent qui découvre, à ses douze ans, qu’il est le fils du dieu Poséidon et que toute la mythologie grecque est réelle et existe en secret. Il rejoint alors un camp d’entraînement pour demi-dieux, dans lequel il se fait des amis, et y découvre que l’éclair de Zeus a été volé, et qu’il est le principal suspect, étant le fils de Poséidon, souvent jaloux de son frère, et qui aurait pu lui commandité le vol. Il doit alors accomplir une quête pour récupérer l’éclair. Leur principal objectif est d’atteindre les Enfers, car ils pensent que c’est Hadès qui a l’objet. Après de nombreuses aventures et dangers, ils débarquent enfin dans les Enfers, qui se situent sous des studios de cinéma à Los Angeles. Ils rencontrent donc logiquement Charon, Cerbère, Hadès, Perséphone, etc, et les mêmes lieux et fleuves que dans les mythes avec une assez bonne rigueur, même si, pour les besoins du roman, certains éléments sont imaginés.

 

  • God of War

God of War est une saga de jeux vidéos d’action basée sur le thème de la mythologie grecque et qui met en scène le guerrier spartiate Kratos dans son éternel combat pour la rédemption, puis la vengeance. L’histoire prend plusieurs fois place dans les Enfers. Je ne suis pas un expert de cette série de jeux donc je ne peux vous en dire beaucoup plus, je vous laisse une image et vous invite à vous y intéresser.

Screenshot de God of War III

Screenshot de God of War III

Je vais m’arrêter là pour cet article mais il reste beaucoup de choses à dire, beaucoup d’œuvres à citer (que je citerais sur d’autres articles) et de précisions à apporter.

Mes Sources :

Hésiode,Théogonie.

- Homère, Odyssée.

- Hygin, Fables.

- Ovide, Les Métamorphoses.

- Virgile, Enéide.

Ma Bibliographie :

- Belfiore Jean-Claude, Grand Dictionnaire de la Mythologie, Paris, Larousse, 2010.

- Commelin Pierre, Mythologie Grecque et Romaine, Paris, Commelin, 1960.

- Hamilton Edith, La Mythologie, Vervier, Marabout, 1978.

- Jouanna Danielle, Les Grecs aux Enfers, Paris, Les Belles Lettres, 2015.

- Philibert Myriam, Dictionnaire des Mythologies, Paris, Maxi Poches références, 1998.

La Guerre de Troie

Les mythes gréco-romains sont ponctués d’aventures et d’épopées réalisées par des héros, la plupart du temps des demi-dieux. Dans ces histoires, ils affrontent des monstres ou participent à des épreuves pour le pouvoir ou l’amour. Les héros sont souvent soutenus par un ou plusieurs dieux, et en même temps détestés par d’autres. Héraclès, par exemple, n’a pas du tout la faveur d’Héra. Les héros ne sont pas toujours vu comme des « bons », comme par exemple Agamemnon dans l’Iliade. Je vais tenter de vous raconter très brièvement quelques mythes afin de vous familiariser avec chacun des héros, ou du moins les plus connus.

Le croquis ci-dessous représente quelques-uns des héros présents chez Homère. De gauche à droite : Ménélas, Pâris, Diomède, Ulysse, Nestor, Achille et Agamemnon.

Les héros de Troie

Les héros de Troie

Le récit de la Guerre de Troie provient de l’Iliade d’Homère, épopée composée entre 850 et 750 av J.C. Il raconte le conflit entre les Troyens (Priam, Hector, Pâris, Enée) et les Achéens, venant de toute la Grèce (Agamemnon, Ménélas, Ulysse, Achille, Ajax, Patrocle, Diomède, Nestor). En revanche, cette oeuvre ne raconte qu’une petite partie de la guerre. Tout commence lorsque la déesse Éris, déesse de la discorde, veut se venger de ne pas avoir été conviée au banquet de l’Olympe. Elle cueille une pomme d’or du jardin des Hespérides et y grave « pour la plus belle », avant de la lancer en plein milieu de l’Olympe. Héra, Athéna et Aphrodite se réclament chacune la plus belle. Zeus ne peut pas trancher : il demande à Hermès de lui trouver l’homme le plus beau sur Terre afin que celui-ci choisisse. C’est ainsi que Pâris est choisi. C’est un troyen, exilé sur le mont Hida car il a été prédit qu’il signerait la fin de Troie. Le choix est difficile : Héra lui propose la souveraineté absolue sur l’Europe et l’Asie, Athéna la victoire de tous ses combats et Aphrodite lui offre l’amour de la plus belle femme au monde. Il choisit Aphrodite et se fait haïr par les deux autres. C’est ainsi que Pâris part trouver Hélène, fille de Zeus et de Léda, et, malheureusement pour lui, femme de Ménélas (qui est le frère d’Agamemnon).

L'enlèvement d'Hélène, Gavin Hamilton

L’enlèvement d’Hélène (G. Hamilton)

Alors que Ménélas est en voyage en Crète, Pâris séduit Hélène et l’emmène avec lui à Troie, où son père, Priam, leur donne un bon accueil. La déesse Iris prévient alors Ménélas de « l’enlèvement », et celui-ci demande l’aide de tous les grecs pour aller récupérer sa femme (pour Achille, voir article éponyme). Au moment de larguer les amarres, il n’y a pas de vent, car la déesse Artémis est en colère contre le chef des armées grecques, Agamemnon. Il décide donc de lui sacrifier sa fille en offrande (Iphigénie). Au dernier moment, Artémis revient sur ses paroles et sauve la jeune fille. En revanche, une prophétie annonce que le premier homme à fouler le sol de Troie mourra. C’est le cas de Protésilas. La guerre dure 10 ans. Durant les 9 premières années de la guerre, les grecs n’arrivent pas à prendre Troie.

Achille et Briséis (G. Cadès)

Achille et Briséis (G. Cadès)

Une querelle entre Agamemnon et Achille a lieu, car ce second désire qu’Agamemnon libère sa captive Chryséis. Celui-ci refuse, alors Apollon envoie la peste sur le camp des grecs. Achille fait pression sur Agamemnon qui accepte à une seule condition : un échange entre Chryséis et la compagne d’Achille, Briséis (on voit ici toute l’inspiration des noms…). Achille accepte à contre-cœur mais décide de ne plus se battre.

Alors que la guerre est en trêve (il y a de nombreuses trêves durant ces 10 années), Pâris propose un combat singulier à Ménélas. Le gagnant garde Hélène. Malheureusement pour les troyens, Pâris perd, mais est sauvé de la mort par Aphrodite. La trêve prend alors fin. Lors d’une bataille, Patrocle, le cousin et ami intime d’Achille, empreinte l’armure de ce dernier pour commander à ses troupes. Il réalise des exploits, mais fini tué par Hector, frère de Pâris et commandant des armées de Troie. Achille est hors de lui : il propose un combat à mort entre lui et Hector. Il tue Hector et traîne son corps derrière son char. Priam, père d’Hector et de Pâris, va secrètement chercher le corps d’Hector. Il supplie Achille de lui rendre son fils pour lui organiser des obsèques. Celui-ci accepte et l’Iliade se termine sur les funérailles d’Hector.

Achille sait que sa fin est proche, car il a appris de sa mère que son destin est tracé depuis le début, et qu’il va mourir à Troie. Apollon prend l’apparence de Pâris et décoche une flèche dans son talon, son seul point faible (les versions sur ce passage peuvent diverger). Les grecs comptaient sur la force d’Achille pour prendre Troie, ils désespèrent donc. Ulysse à l’idée de créer un cheval de bois dans lequel il est possible de cacher des hommes, afin de l’offrir aux troyens et d’attaquer la ville de l’intérieur. Croyant avoir gagné la guerre, les troyens font la fête et prennent le cheval. Les grecs sortent alors du cheval et un immense massacre commence alors, n’épargnant qu’Énée, son père Anchise et son fils qui réussissent à s’enfuir, ainsi qu’Hélène. Troie finit pillée et brûlée.

Pour plus d’informations :

- L’Iliade d’Homère et L’Enéide de Virgile.

- Les ouvrages Homère : Le Prince des Poètes, d’Alexandre Famoux et La Guerre de Troie : mythes et réalités de Nic McCarty.

- Mythologies, d’Edith Hamilton.

- Les films Troie de Wolfgang Petersen et Hélène de Troie de Robert Wise.

- Les opéras Les Troyens de Berlioz et La Belle Hélène d’Offenbach.

Pâris (Orlando Bloom) et Hélène (Diane Kruger) dans Troie

Pâris (Orlando Bloom) et Hélène (Diane Kruger) dans Troie