La Sorcière

Illustration d'une Sorcière

Illustration d’une Sorcière

Qu’est-ce qu’une sorcière ? Entre histoire et légende

Du latin sors (« sort » et « destin »), les sorcières (ou sorciers) sont des personnes démoniaques possédant les secrets de la magie. En Occident, elles sont considérées comme les femmes du démon ou du diable. Elles incarnent la nature dans son aspect occulte, mais aussi l’étrangeté qui se cache derrière les apparences. Les capacités de la sorcière sont vastes, allant du talent de lancer des sortilèges à celui de se métamorphoser à volonté pour se déguiser. Techniquement, ce sont des magiciennes dans le sens qu’elles sont liées au surnaturel, à la différence qu’elles sont clairement liées aux ténèbres, au domaine diabolique. Il est globalement admis qu’elles peuvent aussi voler à l’aide d’un balai.

Dès l’antiquité, on considère qu’il existe des sorcières en Thessalie. Elles puiseraient leur énergie magique dans la Lune qu’elles attirent près de la Terre pour augmenter leur pouvoir. Elle possède déjà des outils que l’on retrouve aujourd’hui dans nos légendes : une boule de cristal, un chaudron et un miroir magique. Déjà, ses pouvoirs sont étoffés : elle peut voir les choses que les humains ne peuvent voir grâce à sa « seconde vue », peut entrer en relation avec les morts, prédire l’avenir et revenir dans le temps. Elle fait donc office autant de diseuse de bonne-aventure, que de prêtresse, de guérisseuse et de nécromancienne.

Dans l’imaginaire populaire, la sorcière est laide, vieille et coiffée d’un chapeau pointu. Avec ses traits difformes et son nez crochu, elle fait peur à voir et se prépare toujours pour un mauvais coup, généralement armée d’un grimoire pour lancer une incantation. Il faut savoir que cette image n’est pas partagée par l’ensemble des cultures dans laquelle la sorcière apparaît. De prime abord, lorsque l’on pense aux Grecs, les belles Circé et Médée n’ont rien de la vieille et hideuse femme qui se cache sous son chapeau. Parmi les sorcières du folklore japonais, la Yama-Uba est dépeinte comme assez hideuse alors qu’une autre créature pouvant utiliser la magie, la Yuki-Onna, est d’une beauté glaciale. En Indonésie, c’est Rangda qui représente la sorcière maléfique. Elle est certes laide, mais cette fois son aspect est plus proche du monstre que d’une vieille femme. Pour plus d’informations sur Rangda, cliquez ICI.

Alors pourquoi la sorcière est-elle toujours considérée comme malfaisante ? En réalité, c’est son usage de la magie qui effraie. Déjà en Mésopotamie, la magie est divisée en deux parties : celle faisant partie des cultes (magie blanche) et celle pratiquée par les sorciers, servant à faire le mal (magie noire). La magie et ses effets ont, dans le monde grec et à Rome, été considérés au mieux comme de la charlatanerie, au pire comme un acte démoniaque. Elle était « utilisée » pour lire dans le destin ou pour entrer en transe et comprendre les secrets de la vie après la mort. Toutes sortes d’amulettes et de maléfices furent inventés pour se protéger ou maudire ses ennemis. La magie n’a donc rien à voir avec la piété religieuse (la foi) et ceci dans quasiment toutes les mythologies mondiales de même que dans les religions monothéistes actuelles.

Le Sabbat des Sorcières, Fancisco de Goya (1798)

Le Sabbat des Sorcières, Fancisco de Goya (1798)

Il est évident que la magie ou les sorcières ne sont que fiction.  Toutefois, la chasse aux sorcières a véritablement existé : les institutions religieuses chrétiennes, considérant que cette pratique ésotérique existe vraiment (en se basant sur le fait que ce n’est pas beaucoup plus incroyable que de croire en une force surnaturelle suprême ayant créé le monde) mais qu’elle ne provient pas des bienfaits de Dieu, ils ont associé la magie à Satan. Elles sont positionnées en contradiction avec la pureté de la Vierge Marie, « idéal » de la femme chrétienne. Rapidement, ce lien avec le diable devient très puissant et on considère que la sorcière est l’épouse ou l’amante de Lucifer. On leur donne pour réputation de répandre les épidémies, la famine et la mort par leur sortilèges.

Cette chasse aux sorcières a eu lieu entre 1450 et 1700, une époque où l’Église possède un immense pouvoir sur les sociétés occidentales. Concrètement, la chasse concrète a plus ou moins eu lieu entre 1560 et 1700 (comme à Salem en 1692). On estime à près de 100 000 les victimes de cette purge ! Les femmes sont les cibles de cette lutte pour plusieurs raisons : premièrement, cette époque est connue pour sa misogynie spectaculaire. Deuxièmement, selon la religion chrétienne, les femmes sont souillées de naissance par le péché originel. C’est-à-dire qu’elles payent la conduite d’Ève cueillant le fruit défendu dans le récit de la Genèse. L’imagerie du balai volant est sans doute une stigmate de ce sexisme poussé à l’extrême.

La chasse vise en particulier les femmes étranges, majoritairement les célibataires, qui pratiqueraient des rites et dont la vie quotidienne serait mystérieuse pour le reste de la population locale. On cherche sur elles les preuves de leur nature : la stigma diaboli. La technique la plus répandue est la torture qui vise à les faire avouer. Au bout d’un moment, ces innocentes femmes, à bout, avouaient être des sorcières pour ne plus avoir à souffrir. Certains penseurs mettront fin à ces affabulations en expliquant qu’il ne s’agit que de superstitions irrationnelles. Finalement, la sorcière deviendra une véritable légende de contes pendant la période romantique.

Les sorcières célèbres dans les mythes et légendes…

Il existe bon nombre de mythes et de légendes évoquant la sorcellerie, mais en voici une liste non-exhaustive.

Isis

Isis est une déesse égyptienne, sœur et épouse d’Osiris et mère d’Horus. Contrairement au stéréotype de la sorcière occidentale, Isis est de toute beauté. Elle se sert de la magie pour infliger des malédictions, mais peut également faire le bien. Dans un mythe, elle soigne un enfant piqué par un scorpion en récitant une formule magique. Elle est également métamorphe, puisqu’elle peut faire pousser des ailes sur ses bras. Isis était déjà une magicienne à la base, mais c’est en piégeant qu’elle a obtenu des pouvoirs phénoménaux. Pour plus d’informations sur ce mythe et sur Râ, cliquez ICI et pour en savoir plus sur Isis, c’est ICI.

Hécate

Hécate est une déesse grecque chthonienne associée à la Lune et à la mort. Si elle a pour fonction de relier les Enfers, la terre et le ciel, elle est aussi la déesse des ombres mortelles et de la magie noire. Hécate est la plus grande magicienne/sorcière et la maîtresse de cet art infernal. Elle est également polymorphe, pouvant arborer l’aspect d’une chimère à trois têtes : lion, chien et cheval avec un corps de femme. Hécate est liée à tous le domaine de l’ésotérisme et patronne les sorciers et sorcières.

Circé

Représentation de Circé par Soni Alcorn Hender

Représentation de Circé par Soni Alcorn Hender

Circé est un personnage de la mythologie grecque qui apparaît dans l’Odyssée d’Homère. Vivant dans le royaume d’Aea, elle est décrite comme la plus belle et dangereuse des magiciennes. Ulysse la rencontra au cours de son voyage de retour à Ithaque : il envoya des émissaires rencontrer les habitants de cette île, mais un seul revint pour lui expliquer que tous les autres avaient été changés en pourceaux par une sorcière. Ulysse se rendit au palais de Circé pour sauver ses camarades et, aidé en chemin par Hermès qui lui confia une herbe magique, il rencontra la magicienne. Il ingéra l’herbe et ainsi aucune formule magique ni potion de Circé ne pouvait rien lui faire. Impressionnée par cet homme hors du commun, la magicienne tomba amoureuse de lui. Elle libéra les hommes transformés en cochons et Ulysse resta une année entière avec elle à profiter des joies du palais et des plaisirs de la vie…

Médée

Médée est aussi un personnage provenant d’un mythe grec. Elle est la princesse de Colchide, apparaissant dans la légende de la conquête de la Toison d’Or, contant les aventures de Jason et des Argonautes. Alors que Jason et son équipage voguait vers la Colchide pour y récupérer la toison d’or, Héra convint avec Aphrodite qu’Eros tirerait une flèche d’amour dans le cœur de Médée afin qu’elle s’éprenne de Jason et ainsi qu’elle l’aide. En effet, la jeune femme était douée de magie et pourrait donner un coup de main au héros. C’est ce qu’elle fit en donnant à Jason un onguent magique le rendant invulnérable lorsqu’il était appliqué sur la peau. La magicienne s’échappa même de son royaume avec son nouvel amour en tuant son frère au passage ! Sur le voyage du retour, Médée pria les dieux infernaux de leur accorder leur protection et cela fonctionna. Cependant, à leur retour à Corinthe, Jason l’abandonna pour une autre femme. Elle entra dans une rage folle et tua la nouvelle femme de Jason en lui faisant porter une robe ensorcelée. Le mythe se termine avec Médée tuant ses propres enfants et s’enfuyant de Corinthe en femme blessée et en sorcière convaincue.

Les stryges

Les stryges sont des démons féminins, hybrides entre une femme et un oiseau. Elles font partie du bestiaire de la mythologie romaine, selon une ancienne croyance qui n’est pas grecque d’origine. Il est difficile de les mettre dans une case précise : entre sorcières et vampires, elles visent avant tout les enfants qu’elles kidnappent ou tuent en leur suçant le sang. La stryge existe également chez les Saxons et chez les Arabes (elle est identifiée à la goule).

Morgane

Morgan Le Fay, Anthony Frederick Augustus Sandys (1864)

Morgan Le Fay, Anthony Frederick Augustus Sandys (1864)

La fée Morgane est un personnage du cycle arthurien, un thème fort de la Matière de Bretagne. Elle est la demi-sœur du roi Arthur et est une magicienne qui a tout appris de Merlin. Son rôle est parfois positif, mais l’on retient essentiellement son conflit permanent avec son demi-frère. La raison est floue, mais elle pourrait détester son frère à cause des chevaliers de la table ronde qui l’auraient rejetée en termes sentimentaux. Elle cherche alors la mort de tous les personnages principaux de la légende, de Genièvre à Gauvain. Morgane utilise ses pouvoirs à des fins maléfiques, mais elle possède également des pouvoirs de guérisseuse. Son fils (ou neveu selon les texte) est Mordred, qu’elle a eu d’une relation incestueuse avec Arthur.

Grimhild

Grimhild est une sorcière apparaissant des les mythes nordiques. Cette magnifique reine, épouse du roi Gjuki, voulait absolument que le héros Siegfried épouse sa fille, Gudrun. Malheureusement, il était marié : elle lui fit donc boire une potion magique pour qu’il oublie son épouse. La sorcière ne s’arrêta pas là car elle fit tout ce qui était en son pouvoir pour que Gunnarr, son fils, se marie avec l’ex-épouse de Siegfried, Brunhild. Finalement, Brunhild, apprenant la traitrise (contrainte par la magie) de Siegfried, le tua et se donna aussi la mort. Finalement, Grimhild mourut, consumée par ses pouvoirs.

La Banshee

La banshee est une créature fantastique de la mythologie celtique d’apparence féminine et considérée comme une messagère de la mort. Elle est une sorcière démoniaque qui a la particularité de se mettre à hurler lorsque quelqu’un est sur le point de mourir. Elles sont d’une grande beauté, peuvent se métamorphoser et infliger autant de bénédictions qu’elles peuvent lâcher d’épidémies sur leurs cibles.

Baba Yaga

Baba Yaga est un personnage provenant des légendes russes et plus généralement du folklore slave. Présente dans toute l’Europe centrale sous différents noms, cette sorcière est connue pour se repaître de la chair des enfants. Son originalité est son moyen de transport : un mortier géant qu’elle dirige avec un pilon géant. Sa maison aussi est magique : montée sur des pattes de poules, Baba Yaga pouvait la lancer à la poursuite de ses victimes. Plusieurs enfants lui échappèrent par des stratagèmes et c’est à la suite de l’évasion de Vassilissa que Baba Yaga fut changée en corbeau et perdit ses pouvoirs. Selon certaines légendes, la sorcière pouvait exaucer des vœux si des roses lui étaient offertes, mais il fallait tout de même rester sur ses gardes !

Représentation de Baba Yaga dans le comics Fables

Représentation de Baba Yaga dans les comics Fables

Okuninushi

Le kami japonais Okuninushi est autant le créateur de l’agriculture et de la médecine que de la sorcellerie. Pour plus d’informations à son sujet, cliquez ICI.

… et dans la culture populaire

La fée Carabosse

La fée malfaisante Carabosse est un personnage apparaissant dans Les Contes de Ma Mère l’Oye, un recueil de contes de Charles Perrault. Cette sorcière correspond au stéréotype listé plus haut : vieille, laide, très méchante et même bossue. Carabosse est mis en opposition avec les bonnes fées (les marraines) et est ainsi à l’origine de la malédiction qui touche la princesse dans La Belle au Bois Dormant. Son histoire la rapproche de la déesse grecque de la discorde, Eris.

La sorcière d’Hansel et Gretel

Hansel et Gretel rencontrent la Sorcière

Hansel et Gretel rencontrent la Sorcière

Ce personnage provient du conte Hansel et Gretel que l’on retrouve dans le recueil des Frères GrimKinder- und Hausmärchen. L’histoire raconte comment les frères et sœurs Hansel et Gretel se retrouvent perdus dans la forêt après que leurs parents les aient abandonnés, n’ayant plus de quoi les nourrir. Les deux enfants trouvent une maison de pain d’épice et exclusivement constituée de friandises. A l’intérieur, une sorcière les accueille et leur prépare un festin. Elle révèle assez rapidement ses intentions : manger les deux enfants une fois qu’ils seront bien engraissés. Elle enferme Hansel dans une cage et oblige Gretel à cuisiner pour le faire grossir. Le jour où le garçon doit être mangé, Gretel pousse la sorcière dans le four et les enfants s’enfuient en ayant pris soin de voler les joyaux de la vieille sorcière.

Jadis, La sorcière blanche

La sorcière blanche est un personnage apparaissant dans le deuxième tome de la saga Le Monde de Narnia de C. S. Lewis. Cette magicienne millénaire, purement maléfique et toute puissante s’est autoproclamée reine de Narnia et règne depuis 100 ans lorsque les quatre héros traversent l’armoire magique. Si elle peut manipuler les forces de la glace par enchantement, d’où son nom, elle possède également des pouvoirs qui dépassent l’entendement : dans son précédent monde, elle aurait tué tous les êtres vivants d’un seul coup en prononçant un seul mot. Jadis mourut lors de la bataille de Beruna, tuée par le lion Aslan. Symboliquement, nous pouvons voir que c’est Jésus (Aslan) qui tue Satan (Jadis), l’origine de tout le mal sur Terre (Narnia).

Karaba la sorcière

La sorcière Karaba est un personnage apparaissant dans le long-métrage d’animation franco-belgo-luxembourgeois Kirikou et la Sorcière de 1998. Le film raconte comment le très jeune et minuscule Kirikou va se servir de son intelligence pour défaire la tyrannique sorcière Karaba qui utilise sa sorcellerie et ses fétiches pour asseoir son autorité. En réalité, Karaba est une ancienne victime d’une agression de la part d’un groupe d’hommes. Ils lui auraient planté une épine dans le dos qui la ferait beaucoup souffrir mais lui confierait aussi ses pouvoirs. C’est la raison pour laquelle elle transforme tous les hommes du village en fétiches. A la fin, Kirikou lui retire l’épine et ainsi répare le mal causé. C’est une allégorie : Karaba est traumatisée par un viol collectif et Kirikou l’aide à se remettre de cette épreuve. Il devient ainsi un homme, dans le sens le plus positif du terme.

De Sabrina l’apprenti Sorcière à Hermione Granger

Avec le temps, l’image de la sorcière s’est transformée au point de rendre ces personnages positifs. Elle n’est plus laide et vieille, mais jeune, jolie et souhaitant la paix avec les humains. Parfois, elle cherche à s’intégrer, comme Samantha de Ma sorcière bien aimée ou Sabrina l’apprenti sorcière. Il y a aussi les sorciers et sorcières qui vivent en autarcie, à l’écart du monde des non-magiciens et ne cherchant pas à leur faire de mal. Parmi eux, nous pouvons citer l’ensemble des élèves de Poudlard, dont la très futée Hermione Granger, mais aussi Akko Kagari de Little Witch Academia (et bien d’autres). La culture populaire, comme elle l’a fait pour les vampires et autres monstres autrefois horrifiques et sataniques, tend à rendre toutes les créatures bienfaisantes et à faire vivre le monde entier en harmonie. Une vision très moldue des choses…

Emma Watson dans le rôle d'Hermione Granger dans Harry Potter et la Chambre des Secrets

Emma Watson dans le rôle d’Hermione Granger dans Harry Potter et la Chambre des Secrets

Barong et Rangda

Représentation de Barong

Représentation de Barong

Une légende balinaise

L’île de Bali, en Indonésie, regorge de traditions et de rites qui lui sont propres. L’une d’entre elles, si ce n’est la plus importante, est le récit du combat opposant Barong et Rangda. Ce sont-là les deux êtres mythiques majeurs de Bali et même de la province de Bali (l’île en elle-même et ses voisines), voire de l’archipel dit des petites îles de la Sonde. Ce mythe, très méconnu des européens, est pourtant plein de sens et sa forte symbolique est exprimée par le biais des danses traditionnelles balinaises.

En effet, ce n’est pas seulement un élément de folklore mais surtout la représentation de la lutte éternelle entre le bien (Barong) et le mal (Rangda), dans un cadre somme toute assez manichéen mais également complexe. Un combat incessant, car les balinais croient qu’il ne peut y avoir de vainqueur, ni de vaincu : seulement une coexistence sans fin. Toutefois, il arrive parfois que la lumière triomphe des ténèbres : Rangda ressuscite alors pour continuer le combat. Le récit qui nous donne des détails à ce sujet s’intitule le Calon Arang, qui daterait des XIVème ou XVème siècles de notre ère. Cependant, le culte serait plus ancien et remonterait à une époque antérieure à la propagation de l’hindouisme en Indonésie. Revenons donc plus en détails sur cet épisode mythologique essentiel de la culture des Balinais.

Les personnages principaux

Barong

Barong est une divinité (ou génie tutélaire) représentée sous la forme d’une sorte de lion, bien que dans d’autres régions, il peut ressembler à d’autres animaux dont voici une liste non-exhaustive :

  • Barong Ket : le lion (le plus répandu),
  • Barong Landung : le géant ou les géants (peut être originaire de Jakarta),
  • Barong Naga : le dragon,
  • Barong Macan : le tigre,
  • Barong Celeng : le sanglier,
  • Barong Asu : le chien,
  • Barong Lembu : la vache.
Quelques unes des différentes formes de la divinité Barong

Quelques unes des différentes formes de la divinité Barong

Ce caractère animal est la marque de l’animisme prégnant de l’époque de la création du mythe. Il représente les forces du « bien », les « forces existant sur Terre » et est le protecteur de l’humanité qui utilise sa magie ainsi que ses enchantements pour défendre les habitants de Bali de la magie noire exercée par son antithèse : Rangda. Barong représente aussi les forces de la nature protectrice et notamment l’esprit de la forêt. Globalement, il est la vertu, mais il est également imprévisible.

Rangda

A l’inverse de Barong, Rangda représente le mal, mais elle peut également être un symbole de protection contre le mal (combattre le feu par le feu ?). Cette deuxième divinité est une sorcière féroce, parfois décrite comme la « reine démone« , horrible et agressive, représentant la peur, la rage ainsi que la destruction dans le monde. Rangda pourrait être liée à la légende de Calon Arang, une reine du Xème siècle que l’on surnommait de la même façon et qui était veuve, ce qui est littéralement la signification de « Rangda ». Elle est associée à la déesse indienne Durga, l’une des formes de Parvati, une divinité furieuse et destructrice, armée jusqu’aux dents et parfois à Kali. Rangda est donc l’exact opposé de Barong de par sa symbolique dangereuse et ses pouvoirs hors du commun qui peuvent par exemple servir à faire tomber un adversaire en transe pour contrôler son esprit.

Il est possible que le personnage soit inspiré d’une personne réelle : Mahendradatta, une reine javanaise du XIème siècle ayant été exilée de son royaume car elle aurait pratiqué la magie noire. Suite à cet affront, la reine aurait éradiqué la moitié de la population en utilisant ses maléfices pour causer la peste. Cette hypothèse se tient donc, d’autant plus que cette reine aurait voué un culte à Durga. Dans tous les cas, la légendaire Rangda est une sorcière mangeuse d’enfants et dirigeant une armée de sorcières.

Représentation de Rangda

Représentation de Rangda

Les mythes

Calon Arang : le combat du bien et du mal

Tout commence avec la reine Calon Arang, mère du roi Airlangga (ou Erlangga) et de la princesse Ratna Manggali. Elle est déjà veuve (du roi Girah) au début du récit et a la réputation d’être une sorcière dangereuse, ayant régulièrement recours à la magie noire. Sa fille, malgré sa beauté, ne trouve pas de mari et Calon Arang commence à s’impatienter. En réalité, personne ne veut avoir affaire à la vieille sorcière ! Elle décide alors de se venger en sacrifiant une jeune fille à Durga et le lendemain la peste envahit la ville en même temps que de nombreuses inondations qui ne font pas de cadeau à la population. A partir de ce moment, il existe deux versions principales de l’histoire.

La première raconte que c’est le roi Airlangga qui trouve la solution en mariant sa sœur à un disciple de son conseiller, Empu Bahula. Le mariage dure sept jours et sept nuits et la paix revient dans le royaume. Néanmoins, c’était avant que le nouveau mari tombe sur le grimoire d’incantations magiques de Calon Arang qu’il fait passer à son maître, le conseiller du roi. La sorcière l’apprend et entre dans une rage folle : elle se jette sur cet homme qui possède maintenant son livre magique et un combat s’engage. Cependant, sans l’aide de ses formules et de la déesse Durga, Calon Arang perd l’affrontement et meurt.

Dans la seconde version, Calon Arang enseigne la magie noire à des jeunes vierges pour qu’elles deviennent des sorcières. Ensemble, elles préparent un rite magique qui portera un coup fatal au royaume. Le roi apprend les méfaits et les intentions futures de sa mère et décide d’y mettre un terme. Il envoie son premier ministre et l’armée arrêter la sorcière. Il arrive juste à temps et trouve Calan Arang, prenant alors la forme de la terrible et furieuse Rangda, qui refuse d’arrêter son rituel. Elle entre en transe et incite toute la population à l’attaquer. Cependant, une fois tous les villageois armés, elle se met à contrôler leurs esprits pour qu’ils se poignardent eux-mêmes à l’aide des poignards kris. Les prêtres du village récupèrent donc les blessés et les soignent, voire les ressuscitent pour qu’ils reprennent le combat. C’est alors qu’apparait Barong, le sauveur, qui vient détruire la sorcière. Ils deviennent alors ennemis jurés et ainsi commence le cycle des affrontements entre le bien et le mal.

Pemaksan Barong Tegaltamu

Sadewa, un prince aimé de son peuple, n’a d’autre choix que de se sacrifier à la déesse de la mort, Batari (ou Betari) Durga, lors de la fête de cette dernière. Le premier ministre et la reine-mère prennent connaissance de cette destinée funeste et décident de le sauver en tentant de le soustraire à la promesse donnée à la divinité infernale. Toutefois, un autre personnage vient s’opposer à ce dessein : la sorcière maléfique. En tant que disciple de la déesse Batari Durga, elle refuse catégoriquement que le sacrifice soit annulé.

Ainsi, elle élabore un plan : la méchante sorcière utilise ses maléfices en touchant la reine-mère afin de la rendre furieuse contre son fils, Sadewa. Par la suite, la reine se met à battre son enfant et revient sur sa décision de sauver le pauvre garçon. Elle demande au premier ministre d’emmener Sadewa au cimetière, le lieu sacré de la déesse de la mort. Cependant, le premier ministre refuse car il apprécie le prince et ne comprend pas cette décision. Ceci jusqu’à ce qu’il se fasse lui aussi envoûter par la sorcière (visiblement toute puissante !). Ni une, ni deux, il emmène Sadewa au cimetière et l’attache à un tronc qui fait directement face au temple de Batari Durga.

Le destin funeste de Sadewa semble donc scellé, mais c’est alors qu’il reçoit un coup de pouce divin : le dieu Siwa s’interpose car il aime le prince. Il décide de rendre Sadewa immortel et indestructible. La sorcière, constatant qu’elle ne réussira pas à mener à bien son plan, s’avoue vaincue et demande au prince de la tuer, vœu qu’il lui accorde afin qu’elle puisse monter au ciel. Une deuxième prêtresse de Batari Durga, Kaleta, demande alors à Sadewa de l’exécuter elle-aussi, mais celui-ci refuse. La deuxième sorcière, très mécontente, décide de menacer le prince en changeant de forme à plusieurs reprises : elle commence par un ours agressif, puis elle prend la forme d’un oiseau géant, le Garuda. Malgré tout, Sadewa ne change pas d’avis : elle n’a d’autre choix que de prendre une forme encore plus menaçante : la grande et puissante sorcière maléfique Randga. Ainsi apparaît notre antagoniste principal dans sa toute puissance, amenant avec elle les ténèbres sur le monde.

Pour lui faire face, le prince, ayant acquit de nouveaux pouvoirs, se transforme en Barong, la force toute puissante du bien. Toutefois, les deux adversaires sont de forces égales et ne réussissent pas à se départager. Barong demande alors à ses fidèles de l’aider. Une armée d’hommes s’élèvent alors contre Rangda, armés de leurs poignards magiques, les kris. Malheureusement, Rangda leur jette un maléfice qui les force à se planter leurs armes dans leur propre poitrine (cet évènement est donc commun aux deux mythes). Barong réagit rapidement en renforçant la peau des hommes afin que leurs armes ne puissent la traverser. Un prêtre arrive ensuite pour désenvouter les hommes de la transe dans laquelle Rangda les avaient plongé. Néanmoins, comme nous le savons, la lutte entre le bien et le mal ne s’arrête jamais, à l’image de ce combat. Le mythe n’a donc pas vraiment de fin : c’est un cycle sans fin qui montre la dualité qui existe dans le monde.

La tradition de Bali

Aujourd’hui, le mythe a subsisté à Bali et dans d’autres îles indonésiennes par le biais de la danse rituelle effectuée pour symboliser ces évènements mythiques. Le Calon Arang et le Pemaksan Barong Tegaltamu font l’objet de représentations, entre théâtre et danse folklorique, qui font survivre ces légendes vieilles d’un millénaire. Pour ce faire, des danseurs enfilent des costumes et des masques à l’effigie de Barong et de Rangda et interprètent la lutte continuelle entre les puissances bonnes et mauvaises dans des temples consacrés. Les deux figures mythologiques sont devenues des esprits patronnant les villages et les représentations artistiques locales sont un moyen de leur rendre hommage. Il ne faut cependant pas négliger le fait que ces danses sont devenues avec le temps des moyens de faire du tourisme plus que des cérémonies à but purement religieux. C’est là l’un des effets pervers de la venue des touristes, mais c’est en même temps l’une des raisons de la sauvegarde de ce patrimoine si spécifique.

Dans tous les cas, il faut retenir de cette légende le combat éternel du bien et du mal, représenté par Barong et Rangda, l’idée de continuité et de complémentarité (la lumière ne peut exister sans ombre et inversement). Les rituels chorégraphiques et théâtraux qui leurs sont associés permettent de mettre en lien les vivants avec le monde surnaturel auquel ils sont susceptibles de croire encore aujourd’hui. Désormais, les noms des personnages désignent tout autant la figure religieuse, le masque que la danse en fonction du contexte. Il existe évidemment beaucoup d’autres versions du mythe traditionnel de ces îles d’Indonésie, mais la synthèse qui est ici apportée peut donner un aperçu global de ces légendes et rites sacrés.

Bibliographie

Belo Jane, Rangda and Barong, New York, J.J. Augustin Publisher, 1949.

Godlewski Guy, « La Civilisation Enchantée de Bali », dans La Nouvelle Revue des Deux Mondes, 1976.

Barong et Rangda tels qu'ils sont représentés dans les jeux Persona

Barong et Rangda tels qu’ils sont représentés dans les jeux Persona