Le Bestiaire Mythologique

Artwork de l'Hydre de Lerne par Arvalis

Artwork de l’Hydre de Lerne par Arvalis

Les Créatures de la Mythologie Gréco-Romaine

Il existe dans la mythologie gréco-romaine de très nombreuses créatures venant se placer entre le héros et sa destinée. Si ces monstres sont pour la plupart maléfiques, certains sont simplement des êtres magiques vivant plus ou moins en paix avec les humains. Dans tous les cas, ces créatures symbolisent souvent une idée ou un concept inexplicable ou dangereux pour les Grecs et les Romains et qu’il est intéressant de décrypter. Je vous propose ici une liste claire et précise de ces bêtes mythiques dans laquelle je préciserai pour chacun ses caractéristiques, sa symbolique et les mythes dans lesquels il apparaît. Attention : je ne parlerai que de la vision gréco-romaine païenne de ces bêtes et non pas de leur signification médiévale (cela vaut notamment pour les créatures comme le Dragon ou la Licorne). Ceci n’est pas une liste exhaustive : aussi, si vous avez des exemples de créatures manquantes, n’hésitez pas à me les signaler.

Les Monstres

Méduse

Artwork de Méduse par Maniakuk

Artwork de Méduse par Maniakuk

Le nom de Méduse nous vient du grec Medousa et du latin Medusa. Quasiment tous les auteurs grecs et latins font référence à ce personnage très célèbre de la mythologie. Elle est l’une des trois Gorgones, les filles de Phorcys et de Céto et fait donc partie des divinités primordiales. Ses deux sœurs se nomment Sthéno et Euryale qui sont immortelles à la différence de Méduse. Son aspect a un peu évolué au cours des siècles : d’abord monstre difforme, elle devient ensuite une femme à la chevelure de serpents et possédant des défenses de sanglier. Quiconque croise son regard se pétrifie sur place, ce qui en fait une arme exceptionnellement redoutable. Selon certains mythes, elle avait obtenu cet aspect à cause d’un châtiment d’Athéna (Minerve) ou d’Aphrodite (Vénus). Le mythe qui la met principalement en scène est celui de Persée, dans lequel le héros, aidé par Athéna et Hermès, tranche la tête de la Gorgone et s’empare de cette dernière (le gorgoneion) qui possède toujours son pouvoir pétrifiant. Son visage est ensuite placé sur le bouclier d’Athéna, l’égide. Du sang de Méduse naissent deux créatures : Pégase et le chevalier d’or Chrysaor. Aujourd’hui, Méduse a obtenu une symbolique féministe, mettant en avant son pouvoir et son autorité obtenue de facto grâce à son regard.

L’Hydre

Hercule et l'Hydre par John Singer Sargent

Hercule et l’Hydre par John Singer Sargent

Nous parlons bien évidemment de l’Hydre de Lerne, l’Hydra Lernaia en grec ou « serpent d’eau de la ville de Lerne ». Plusieurs auteurs en font état dont Apollodore, Hygin et Ovide. Cette créature possède un corps de chien et de très nombreuses têtes de serpents dont le nombre varie grandement : de 5 à 500 selon les auteurs ! L’hydre possède une faculté spéciale : lorsqu’on lui coupe une tête, deux repoussent à la place. Ce monstre, réputé immortel, avait été élevé par Héra (Junon) dans le but de le confronter à Héraclès. Il terrorisait les habitants de la région jusqu’à ce que le héros vienne le combattre dans le cadre des douze travaux. Pour contrer son talent de repousse, Héraclès demanda à son neveu Iolaos de cautériser au feu les têtes coupées afin qu’elles ne puissent plus repousser. Cependant, la dernière tête à vaincre était, elle, immortelle. Héraclès l’enterra sous un immense rocher et ainsi l’hydre fut vaincue. Le sang de la bête servit à empoisonner les flèches du héros.

Les Cyclopes

Statue d'un Cyclope (National History Museum, Londres)

Statue d’un Cyclope (National History Museum, Londres)

Le terme Cyclope provient du latin cyclops, une transcription du grec kuklôps qui se traduit par « œil rond ». Parmi les auteurs qui nous en apprennent plus sur le Cyclope, nous avons tout d’abord Hésiode, Homère, puis Euripide dans sa pièce Le Cyclope ou encore Théocrite, Virgile et Ovide. Les Cyclopes sont des êtres monstrueux comparables à des géants et ne possédant qu’un seul très grand œil à la place des deux yeux habituels. Ils sont nés de Gaia et d’Ouranos et ont été enfermés pendant longtemps par les Titans, puis libérés par les dieux pour qui ils créèrent les armes divines : le foudre, le trident et la kunée. D’autres générations de Cyclopes virent ensuite le jour et trois classes se distinguent. Tout d’abord, il y a les forgerons, intégrés et assistants d’Héphaïstos. Il existe aussi les cyclopes pastoraux, des éleveurs de moutons barbares et cannibales. De cette deuxième classe, nous pouvons citer Polyphème, le Cyclope qu’Ulysse rencontra lors de son retour à Ithaque. Alors qu’il retenait en otage l’équipage du héros en dévorant les marins jour après jour, ils se fit crever son seul œil par Ulysse (« Personne »). La troisième catégorie est celle des bâtisseurs, associés aux vestiges de Mycènes ou de Tirynthe (les murs cyclopéens). Symboliquement, les Cyclopes représentent, pour les Grecs, le refus de la civilisation et de la culture.

Les Centaures

L'Education d'Achilles par Eugène Delacroix

L’Education d’Achilles par Eugène Delacroix

Le terme provient du latin centaurus, issu lui-même du grec kentauros qui a d’abord signifié un peuple barbare de Thessalie, puis les Centaures que nous connaissons. Évidemment, les sources concernant ces créatures sont multiples : Hésiode, Homère, Pindare, Apollodore, Diodore de Sicile, Hygin et Ovide en font partie. Les Centaures sont des monstres à-demi hommes et à-demi chevaux, descendants d’Ixion et de Néphélé. C’est une tribu barbare de Thessalie éloignée du monde civilisé, une bande d’ivrognes qui apparaissent dans de nombreux mythes comme des agresseurs et des personnages lubriques. Cependant, il y a des exceptions comme Chiron, un éducateur bienveillant qui a formé les plus grands héros ou encore Pholos, un gentil centaure ayant aidé Héraclès. Néanmoins, globalement, la symbolique des Centaures est, comme pour les Satyres, celle de créatures bestiales et dangereuses, assimilées aux vices de l’orgueil, de la luxure et de la cupidité. Leur féminin est la Centauresse.

Le Sphinx

Œdipe et le Sphinx par François-Xavier Fabre

Œdipe et le Sphinx par François-Xavier Fabre

Le nom du Sphinx provient du grec sphinx, également sphinx en latin. Son origine est très probablement égyptienne, mais par suite de sa diffusion dans le monde grec, Hésiode nous en parle, suivi par Apollodore et Euripide, Diodore de Sicile, Hygin, Pline l’Ancien et Pausanias. Cet enfant d’Echidna et de Typhon apparait sous la forme d’une lionne ailée possédant une tête et un buste de femme humaine et parfois une queue de serpent. Il est décrit comme un démon ravisseur, monstre dévoreur et gardien funèbre. Le Sphinx apparaît dans le mythe d’Œdipe dans lequel la créature soumet au héros une énigme. La bête a été envoyée par Héra pour punir les Thébains du meurtre du roi Laïos et il gardait la route de Thèbes en dévorant les voyageurs. Lorsqu’Œdipe répondit correctement à l’énigme, le Sphinx fut furieux et se suicida.

Le Minotaure

Artwork de Thésée affrontant le Minotaure par Kolokas

Artwork représentant Thésée affrontant le Minotaure par Kolokas

Du grec Minotauros et du latin Minotaurus, son nom est composé de celui de son père, Minos et de tauros, signifiant tout simplement « taureau ». On retrouve le récit de ses méfaits chez Apollodore, Plutarque ou encore Ovide, dans Les Métamophoses. Cette créature très célèbre est née de l’union de Pasiphaé et du taureau blanc sacré. Le Minotaure est une bête à corps d’homme et à tête de taureau qui se cachait dans le labyrinthe créé par Dédale sur l’ordre du roi Minos. Thésée le tua et mit ainsi fin à la terreur qu’il inspirait. Pour plus d’informations sur cette créature et le mythe qui l’entoure, c’est ICI (article en cours de création !).

Les Satyres

Le Faune par Carlos Schwabe

Le Faune par Carlos Schwabe

Le terme grec saturos désigne une créature mythique de la suite de Dionysos et il a dérivé dans le latin en satyrus avant de devenir notre satyre. Les sources principales pour ces créatures sont l’Hymne à Aphrodite attribué traditionnellement à Homère et les écrits de Pausanias. Les satyres sont pourvus d’un buste d’homme, de longues cornes, d’oreilles pointues et le bas de leur corps est celui d’un bouc. Ce sont des dieux des bois et des montagnes, mais surtout des démons de la nature axés essentiellement sur les plaisirs de la chair, comme l’indique leur membre viril perpétuellement en érection. Cherchant à assouvir leurs désirs, ils poursuivent sans cesse les nymphes entre deux danses et festivités alcoolisées. Leur rôle est minimisé dans les mythes mais nous pouvons citer Marsyas et Silène. Symboliquement, les satyres représentent le reflet agrandi des penchants et des excès de la race humaine. Leurs homologues romains sont les Faunes, des créatures plus gaies et moins brutales.

Les Nymphes

Statue de Nymphe dans les jardins de Versailles

Statue de Nymphe dans les jardins de Versailles

La Nymphe vient du grec numphê signifiant « jeune fille » ou « fiancée ». Ces divinités de la nature sont des femmes personnifiant les activités créatrices de la végétation ou des milieux aquatiques, souvent liées à un endroit en particulier. Elles apparaissent souvent dans les mythes en même temps que les Satyres avec qui elles ont de nombreuses relations sexuelles, d’où le terme de nymphomanie. Belles et jeunes, les Nymphes forment souvent les cortèges de divinités liées à la nature comme Artémis, Déméter, Pan ou Dionysos.

Les Harpies

Artwork d'une Harpie par Rhineville

Artwork d’une Harpie par Rhineville

La Harpie vient du grec harpuia puis du latin harpyia. Hésiode en fait état tout autant qu’Apollonios de Rhodes, Hygin et Virgile. Elles sont trois sœurs, Aello (ou Nicothoé) signifiant « bourrasque », Ocypété signifiant « vole-vite » et Célaeno signifiant « obscurité », filles du dieu Thaumas et de l’Océanide Electre (à ne pas confondre avec la fille d’Agamemnon) et sœurs de la déesse Iris. Ce sont des créatures mi-femmes, mi-oiseaux plus rapides que le vent mais aussi très néfastes. Elles ravissent les enfants et tourmentent les mortels. Leur méchanceté pure est devenue une insulte visant les femmes acariâtres, tout comme l’Erinye Mégère.

Pégase

Mosaïque représentant Bellérophon chevauchant Pégase (Autun)

Mosaïque représentant Bellérophon chevauchant Pégase (Autun)

Le nom de Pégase nous vient du latin pegasus qui provient lui-même du terme grec pegasos, dérivé de pegai, les « sources ». Nous retrouvons la mention de cette créature merveilleuse chez de très nombreux auteurs à commencer par Hésiode dans sa Théogonie. Pindare, Apollodore, Hygin, Ovide, Pline l’Ancien et Pausanias nous parlent également de ce cheval ailé rapide comme le vent. Pégase est né du sang de Méduse décapitée par Persée. Ce dernier se servit de Pégase comme d’une monture pour sauver la jeune Andromède. Il apparait aussi dans le mythe de Bellérophon : difficile à approcher, le cheval ailé se laisse pourtant chevaucher par le pouvoir de mors d’or magiques. Ainsi, Bellérophon peut tuer la Chimère, les Solymes et les Amazones. Cependant, lorsque Bellérophon voulut s’élever vers l’Olympe, Zeus le punit pour son orgueil en le foudroyant. Pégase fut le seul à survivre et rejoint alors les écuries divines ou devint une constellation. La créature est donc purement positive, forte et pure, fidèle alliée de l’humanité.

Cerbère

Cerbère tel qu'il est représenté dans le jeu SMITE

Cerbère tel qu’il est représenté dans le jeu SMITE

Le Cerbère vient du grec Kerberos qui donna en latin Cerberus. A peu près tous les auteurs grecs et latins le citent comme le gardien des Enfers, fils d’Echidna et de Typhon. Cerbère est un chien à trois têtes (bien plus selon Hésiode et Horace) possédant une queue de reptile, parfois avec des pattes de lion et des serpents recouvrant son corps. Il est la propriété d’Hadès (Pluton) et de Perséphone (Proserpine), les souverains du royaume infernal. Gardant l’entrée de ce monde souterrain, il accueille les âmes décédées mais menace de ses crocs les vivants voulant s’aventurer ici. La bête est réputée indomptable, cependant Héraclès (Hercule) réussit à le maîtriser lors de ses douze travaux. Orphée utilisa sa lyre pour l’endormir tandis que Psyché et Enée utilisèrent de la nourriture pour l’amadouer. Il est une créature purement maléfique mais dont le rôle est essentiel à la frontière entre le monde des vivants et celui des morts.

Python

Apollon et Python, gravure de Virgil Solis

Apollon et Python, gravure de Virgil Solis

Le nom de cette créature est le même en grec et elle est représenté généralement comme un dragon femelle aux allures très reptiliennes. Elle est la fille de Gaia. Gigantesque et abominable, Python rodait dans les grottes du Mont Parnasse près de Delphes. Son rôle était de nourrir Typhon et lui avait été donné par Héra. Lorsqu’un oracle déclara qu’il mourrait de la main d’un fils de Léto, Python tenta de tuer cette dernière, mais échoua. A peine enfant, Apollon le vaincu d’une flèche et fut ainsi maître de l’Oracle de Delphes que la bête gardait. Pour apaiser la colère de Gaia devant la mort de sa fille, Apollon créa les Jeux Pythiques.

Charybde et Scylla

Charybde et Scylla

Charybde et Scylla

Ces deux monstres constituent les acteurs d’un passage important de l’Odyssée et sont repris par Apollodore, Hygin, Ovide et Virgile dans son Enéide. Charybde était une fille de Poséidon et Gaia qui vivait près du détroit de Messine. Elle avait un appétit vorace et n’hésitait pas à voler les animaux et à les dévorer. C’est ce qu’elle fit lors du dixième travail d’Héraclès en volant une partie du troupeau de Géryon. Pour cette faute, Zeus la condamna à devenir un gouffre marin qui devait avaler tout sur son passage trois fois par jour. Scylla, quant à elle, était une nymphe qui fut changée en monstre par Circé pour une histoire de jalousie amoureuse. La pauvre Scylla devint une bête terrible : un buste et une tête de femme, des gueules de chien autour de sa taille, le bas du corps terminé par une queue de poisson, mais également douze pieds griffus et six longs cous se terminant par des gueules pleines de crocs. Elle se réfugia près d’une grotte où elle attendit le passage des bateaux pour dévorer les marins. Ulysse, lors de son voyage, choisit de se rapprocher plus de Scylla que de Charybde, croyant pouvoir la combattre. Il s’en sortit mais pas sans avoir perdu six hommes. Ce détroit est traversé par plusieurs autres héros dont Enée et les Argonautes.

Les Sirènes

Stamnos représentant Ulysse et les Sirènes (British Museum)

Stamnos représentant Ulysse et les Sirènes (British Museum)

Le terme de Sirène trouve ses racines dans le grec seireîn qui donna siren en latin. On trouve la première mention de cette créature dans l’Odyssée d’Homère, puis chez bon nombre d’auteurs grecs et romains. L’erreur commune est de confondre la sirène grecque avec la sirène de l’iconographie médiévale, une femme-poisson. Celle dont on parle ici possède un corps d’oiseau pourvu d’une tête et d’une poitrine de femme humaine. Elles vivraient au large de la Sicile et attireraient les marins de leur voix envoûtante avant de les dévorer dans une prairie jonchée d’ossements humains. Ulysse réussit à s’en détourner en s’attachant au mât de son navire et en bouchant les oreilles de ses camarades avec de la cire. Ce sont des créatures purement maléfiques, séductrices redoutables mais surtout funestes.

La Chimère

Artwork de la Chimère par RiverSpirit456

Artwork de la Chimère par RiverSpirit456

Le nom de la Chimère vient du latin Chimaera, tiré du grec khimaira voulant étonnamment dire « jeune chèvre ». Son origine est anatolienne, mais la légende se diffuse en Grèce par le biais d’Homère dans l’Iliade qui nous en parle tout autant qu’Hésiode, Ovide et Apollodore. Dans sa forme la plus admise, la Chimère est composée d’un corps de lion portant une tête de chèvre sur le dos et dont la queue est un serpent. Parfois, son corps est celui d’une chèvre ou d’un autre fauve. Tout comme Cerbère, la Chimère est l’enfant d’Echidna et de Typhon. Elle court très vite, possède une haleine de feu et est immense. Ce fut le jeune Bellérophon qui l’abattu à l’aide de Pégase. Désormais, le terme désigne toute créature hybride ou toute idée irréalisable, qui restera dans le cadre de l’imaginaire.

Les Tritons

Gravure représentant un Triton

Gravure représentant un Triton

Les Tritons sont des dérivés du dieu grec Triton, fils de Poséidon (Neptune) et d’Amphitrite. On les retrouve chez Hésiode, Apollonios de Rhodes, Ovide ou encore Pline l’Ancien. Physiquement, ce sont des hommes, souvent barbus, possédant une queue de poisson, une peau pleine d’écailles et une gueule pleine de crocs. Des sirènes masculines en quelque sorte. Ceux-ci soufflent dans une conque ou une trompe et sont autant bienfaisants que cruels. Ils sont considérés comme les Satyres des mers, accompagnant les cortèges divins.

Les Licornes

Illustration d'une Licorne dans l'Historiae Animalium

Illustration d’une Licorne dans l’Historiae Animalium

Du grec monokéros, transposé en latin unicornis, la Licorne signifie littéralement « qui n’a qu’une corne ». Une Licorne est généralement considérée comme un cheval blanc possédant une corne sur le front. Cependant, cette définition n’est pas celle du départ : Ctésias en parle comme d’un âne sauvage indien au corps blanc, à la tête pourpre et possédant une corne. De même, certains auteurs grecs comme Aristote ne lui donnent pas une forme animale précise, passant du cheval à l’âne, du cerf au porc. En réalité, la licorne est plus un animal imaginé par les voyageurs qu’une créature de mythe.

Les Dragons

Artwork d'un Dragon par Ameeeeba

Artwork d’un Dragon par Ameeeeba

Le mot Dragon vient du grec drakôn, un dérivé du verbe derkomai signifiant « regarder avec intensité ». Il est bien une créature présente dans la mythologie grecque et romaine. Cette bête, probablement la plus connue grâce à l’essor de la littérature fantastique et des folklores locaux, autant occidentaux qu’orientaux, est évoquée par plusieurs auteurs comme Aristote et Pline l’Ancien comme un animal existant réellement. Le Dragon est décrit comme un farouche reptile doté d’ailes, de griffes de lion et d’une longue queue de serpent. Suivant cette base commune, les dragons peuvent ensuite varier au niveau du nombre de têtes, de la taille ou de la forme du corps. Un autre des attributs que l’on retrouve régulièrement chez le dragon est son aptitude à cracher du feu. Son symbolisme est ambigu et peut parfois être associé à la création ou à la destruction. Il est souvent le gardien des trésors.

Les Griffons

Le Griffon tel qu'il est représenté dans le jeu World of Warcraft

Le Griffon tel qu’il est représenté dans le jeu World of Warcraft

Le mot Griffon vient du latin grypus, « oiseau fabuleux », lui-même issu du grec grups désignant précisément la créature. Le Griffon apparaît dans les récits de Pline l’Ancien mais aussi dans d’autres civilisations au Proche-Orient et en Asie. Ce monstre datant du IIIème millénaire av. J-C (tout de même !) est composé des deux animaux les plus hauts dans la chaîne alimentaire terrestre et céleste : le lion et l’aigle. De très grande taille, il vit dans la montagne ou le désert et construit son nid en utilisant l’or caché dans le sol. Dans les mythes grecs, il est le serviteur des dieux et aide les Hommes en cas de besoin. Il a tout autant une fonction de gardien (trésor, caves) que de monture céleste pouvant servir au combat. Il a donc, pour les Grecs et les Romains, une symbolique positive, ce qui n’est pas le cas pour les Chrétiens.

Bibliographie

  • Guédron Martial (dir.), Monstres, Merveilles et Créatures Fantastiques, Paris, Editions Hazan, 2011.
  • Rosen Brenda, La Bible des Créatures Mythiques, Paris, Tredaniel, 2009.
  • Wilkinson Philip (dir.), Le petit Larousse illustré des Légendes et des Mythes, Paris, Larousse, 2013.
Astérion, le Gardien du Temple, une machine géante sous la forme d'un Minotaure-Centaure, une merveille artistique à Toulouse (2018)

Astérion, le Gardien du Temple, une machine géante sous la forme d’un Minotaure-Centaure, une merveille artistique à Toulouse (2018)

Les Titans et les Titanides

Artwork de Cronos par MikeAzevedo

Artwork de Cronos par MikeAzevedo

Des Divinités Anciennes

La mythologie gréco-romaine nous raconte bien souvent les aventures des héros et des dieux. Cependant, une autre catégorie de personnage est aussi présente dans les mythes et légendes : les Titans. La première chose qu’il faut savoir est qu’un Titan est, selon la définition, un fils de la Terre et du Ciel, être doué d’une grande force et réalisant des entreprises gigantesques, qui gouvernait le monde avant les dieux (CNRTL). Leur puissance est telle que l’adjectif titanesque est apparu dans notre langue comme un synonyme d’immense ou de surpuissant. Les Titans (et Titanides au féminin) sont donc les enfants de Gaia et d’Ouranos (Uranus), la Terre et le Ciel, frères des Hécatonchires (géants dotés de cent bras et de cinquante têtes) et des Cyclopes. On appelle aussi les Titans les « dieux anciens » qui sont très nombreux, malgré le fait que seule une minorité n’apparaisse dans les récits mythologiques.

Il existe de multiples sources évoquant l’existence et les légendes liées aux Titans. Celui qui nous en apprend le plus est probablement Hésiode dans la Théogonie, qui conte les débuts de la création et le mythe qui va suivre. Cependant, nous pouvons également citer Apollodore et sa Bibliothèque qui apporte des renseignements complémentaires sur le sujet. Ces personnages peuvent également se retrouver dans les récits d’Homère, d’Ovide ou de Virgile. Nous ne possédons finalement que peu d’informations sur eux car ils n’apparaissent pas dans beaucoup de mythes, mais certains sont bien plus connus que d’autres. Je vous propose ici une synthèse globale sur ce thème en reprenant tout d’abord le mythe principal qui met en scène Titans et Titanides, puis en les présentant au cas par cas. Ma bibliographie est principalement constituée des sources, auxquelles nous pouvons ajouter des dictionnaires mythologiques et les synthèses comme celle d’Edith Hamilton.

La Titanomachie

Nous commençons notre histoire par l’union originelle entre Gaia (la déesse-mère de la Terre) et Ouranos (le Ciel) qui donna naissance à l’eau de la vie qui créa les lacs et les mers ainsi que les montagnes avant de donner naissances aux premiers habitants de la Terre. Après avoir enfantés les Hécatonchires (Briarée, Gyès et Cottos) et les Cyclopes (Argès, Brontès et Stéropès) qu’ils enfermèrent au Tartare car ils craignaient leur puissance destructrice, Gaia et Ouranos donnèrent naissance aux Titans : 6 Titans mâles (Cronos, Crios, Coéos, Océan, Japet, Hypérion) et 6 Titanides femelles (Rhéa, Théia, Phoebé, Téthys, Thémis et Mnémosyne).

Statue d'Ouranos à Versailles

Statue d’Ouranos à Versailles

Ouranos régnait encore sur Terre à cette époque, mais cela n’allait pas durer car Gaia lui en voulait terriblement pour avoir emprisonné les Hécatonchires et les Cyclopes. Elle demanda à son fils préféré, Cronos, de la venger en émasculant son père. Celui-ci se saisit d’une faux de diamant et lui trancha les parties tandis que ses frères et sœurs le tenaient. Des gouttes de sang tombant sur le sol naquirent les Erinyes (ou Furies à Rome), Mégère, Alecto et Tisiphone ainsi que les Méliades, des nymphes des bois. Ce sang tomba également dans la nuit (Nyx) et cette union créa la déesse Lyssa, la rage personnifiée, la folie furieuse. Enfin, certains auteurs attribuent la naissance d’Aphrodite à l’union entre le sang d’Ouranos et l’écume de la mer.

Les Titans et Titanides chassèrent le ciel émasculé de la sorte et placèrent Cronos sur le trône. Ils libérèrent les Cyclopes et les Hécatonchires du Tartare à la demande de leur mère. Cependant, ce fut de très courte durée car Cronos les y renvoya peu de temps après. Il se maria avec sa sœur Rhéa et régna sur le monde depuis le Mont Othrys. Ce règne est connu sous le nom de l’âge d’or, une période où les Hommes (la race d’or) vivaient dans la paix et l’abondance du fait de la présence des Titans sur Terre avec eux.

Néanmoins ce tableau parfait n’allait pas durer. Juste avant de se faire chasser, Ouranos avait prédit à son fils Cronos que lui aussi serait chassé du pouvoir par son propre descendant (dans certains récits, c’est un oracle qui le lui dit). Pour éviter cela, il décida d’engloutir chacun des enfants que lui donnerait son épouse Rhéa, malgré les contestations de cette dernière. Ainsi, la prophétie ne se réaliserait jamais ! Il en avait déjà avalé 5 lorsque Rhéa décida de sauver le dernier : Zeus (Jupiter). Elle envoya l’enfant en Crète chez Amalthée, une chèvre ou une nymphe (sa nature est incertaine) qui l’éleva. Amalthée donnait son lait au petit Zeus, mais aussi au petit Pan qu’elle élevait du même coup. Lorsque Cronos demanda à engloutir son sixième enfant, Rhéa lui apporta une pierre cachée dans un linceul. Il avala la pierre d’un seul coup sans se douter de la manigance.

Cronos et Rhéa par Howard David Johnson

Cronos et Rhéa par Howard David Johnson

Lorsque Zeus eut grandi, Amalthée lui révéla qui il était vraiment ainsi que la vérité sur son père. Zeus entra dans une rage plus puissante encore que celles que nous lui connaissons des différents épisodes mythologiques. Il fit la promesse de sauver ses frères et sœurs et de punir son père pour son crime. Dans cette tâche, il fut aidé par la Titanide Métis (qui représente la sagesse et la ruse) qui lui indiqua une potion qui pourrait faire régurgiter à Cronos ses enfants. Zeus administra sans tarder la boisson à son odieux père et ce dernier vomi alors deux dieux : Poséidon (Neptune) et Hadès (Pluton), ainsi que trois déesses : Héra, Hestia et Déméter. Avec l’aide de ses frères et sœurs, Zeus délivra les Cyclopes et les Hécatonchires, qui jurèrent allégeance à leur sauveur. Les Cyclopes excellaient dans l’art de manipuler les métaux et usèrent de leurs talents pour armer les dieux : le Foudre pour Zeus, le Trident pour Poséidon et la Kunée pour Hadès, un casque rendant invisible son porteur. Ainsi équipés, les dieux n’eurent aucun mal à venir à bout des Titans et à les enfermer dans le Tartare, gardé par des geôliers qui connaissent bien l’endroit, les Hécatonchires.

Les Titans et Titanides en Détails

Cronos/Kronos (Κρόνος)

Artwork de Cronos par Genzoman

Artwork de Cronos par Genzoman

Il est le roi des Titans, père des dieux et déesses et mari de Rhéa. Son attribut principal est la faucille ou la faux qui lui a servi à émasculer son père mais qui représente aussi son aspect de bienfaiteur sur Terre, en lien avec l’agriculture. Il a souvent été confondu avec Chronos, le dieu du temps primordial et parfois on lui a même confié cet attribut supplémentaire pour unifier les deux divinités. Chez les Romains, il est appelé Saturne, le dieu de l’agriculture, du temps et de la mort.

Rhéa (Ῥέα)

Cette Titanide est la sœur et femme de Cronos, mère des dieux et déesses. Elle est la représentation des forces naturelles de la terre, associée aux animaux et notamment aux bêtes féroces comme les lions. Elle a vécu un amour avec Attis, un dieu de la végétation, mais celui-ci tourna au drame : le dieu devait se marier avec une nymphe mais Rhéa, très amoureuse, ne voulait pas de ce mariage. Elle y fit obstacle, ce qui rendit fou Attis, qui s’émascula. Prise de remords, Rhéa le transforma en pin. A Rome, Rhéa est assimilée à la déesse phrygienne Cybèle, mais aussi à Ops, une déesse de la fertilité.

Rhéa telle qu'elle est représentée dans le jeu mobile Legend of the Cryptids

Rhéa telle qu’elle est représentée dans le jeu mobile Legend of the Cryptids

Océan (Ὠκεανός)

Océan (ou Océanos) est, comme son nom l’indique, le Titan des océans, des mers et des fleuves. Il est le mari de Téthys avec qui il a 3000 fils, les dieux fleuves ; et 3000 filles, les Océanides. Il serait également le père de Triptolème (un héros offrant aux Hommes la maîtrise de l’agriculture et du culte de Déméter) qu’il aurait eu avec sa mère Gaia, ainsi que des Cercopes : Passalos et Acmon, qu’il aurait eu avec sa fille Théia (une Océanide à distinguer de la Titanide Théia). Océan est souvent représenté à l’image d’un vieillard qui laisse s’échapper de son urne l’eau des mers, des fleuves et des rivières. Lors de la Titanomachie, il ne s’opposa pas aux desseins de Zeus et continua de régner sur les océans avec sa femme. Il n’est donc pas hostile aux dieux : il a d’ailleurs gardé la jeune Héra pendant ces évènements pour la protéger. Il aida aussi Héraclès lors de ses douze travaux en lui confiant la coupe en or d’Hélios.

Téthys (Τηθύς)

La benjamine des Titans et femme d’Océan est la personnification de la fécondité marine. Elle joue généralement un rôle bénéfique dans les mythes dans lesquels elle apparaît. Elle symbolise également la mer lorsque, le soir venu, elle recevait le soleil couchant.

Mosaïque romaine représentant Océan et Téthys

Mosaïque romaine représentant Océan et Téthys

Japet (Ἰαπετός)

Japet est un Titan considéré comme l’un des ancêtres de la race humaine. Il participe à l’émasculation d’Ouranos et aidera les autres Titans pendant la Titanomachie, ce qui lui vaut d’être enfermé au Tartare par Zeus. Sa compagne est Clymène ou Asia et ses fils sont nombreux : Prométhée, Epiméthée, Atlas, Ménétios et Hespéros.

Hypérion (Ὑπερίων)

Hypérion est un Titan marié à sa sœur Théia dont il a trois enfants : Hélios (le soleil), Séléné (la lune), Eos (l’aurore) et Titan (qui est aussi un Titan…). Il symbolise le feu solaire et est un dieu primordial au même titre qu’Océan (le feu et l’eau). Il est le premier être vivant à comprendre le fonctionnement des astres.

Théia (Θεια)

Femme d’Hypérion et Titanide, Théia peut aussi se voir appeler Euryphaessa, voire Basilée par le biais de Diodore de Sicile. Son nom premier veut littéralement dire « déesse », alors qu’elle n’en est même pas une, puisqu’elle est Titanide ! Il ne faut pas confondre Théia la Titanide et Théia l’Océanide, fille d’Océan.

Artwork de Théia

Artwork de Théia

Crios (Κρίος)

Crios est un Titan père d’Astréos, Pallas et Persès et parfois de Python. Sa femme est Eurybie, une déesse marine primordiale également considérée comme une Titanide. Il se battu aux côtés de son frère Cronos lors de la Titanomachie et fut donc emprisonné dans le Tartare en guise de châtiment.

Céos (Κοῖος)

Son nom peut aussi s’écrire Coéos ou Koios, voire Polos. Marié à sa sœur Phoebé, ils ont de cette union deux enfants : Léto et Astéria. C’est un Titan Sidéral, c’est-à-dire qu’il organise les constellations du Zodiaque dans l’univers en étant l’axe central de rotation. On considère également qu’il est le Titan de l’intelligence. Il est lui aussi enfermé au Tartare à l’issue de la Titanomachie.

Phoebé (Φοίϐη)

Cette Titanide est la femme de Céos comme dit ci-dessus. Elle est très liée à la lumière, à la Lune et à sa petite-fille, Artémis, avec qui on la confond parfois. Phoebé possède également le pouvoir de l’oracle de Delphes, qu’elle confia plus tard à Apollon en cadeau d’anniversaire (il reçut alors l’épithète Phébus). Contrairement à son mari, elle conserve sa place au ciel après la Titanomachie.

Thémis (Θέμις)

Statue de Thémis, la Justice

Statue de Thémis, la Justice

Cette Titanide ne s’est pas mariée avec un autre Titan, mais elle la seconde épouse de Zeus (après Métis). Elle représente la Justice, la Loi Divine et l’Equité. A ce titre, elle assiste le dieu des dieux à l’Olympe en rendant la justice à l’aide d’une balance, les yeux bandés et le glaive brandit (symboles présents dans ses représentations). Elle eut plusieurs enfants de Zeus : les Heures, les Moires, Astrée, les nymphes du fleuve Eridan, Homonoia et parfois même les Hespérides. Thémis est une Titanide pleine de sagesse et qui peut savoir l’avenir mieux que Zeus. Il ne faut pas la confondre avec sa fille, Dicé, la Justice Humaine et le Jugement Equitable.

Mnémosyne (Μνημοσύνη)

Mnémosyne est la Titanide de la Mémoire qui aurait également inventé les mots et les langues de la Terre. Elle nomma également les choses du monde afin que chacun puisse s’exprimer. Zeus jeta son dévolu sur elle lorsqu’il l’aperçut et se déguisa en berger pour l’approcher. Ainsi, ils s’unirent neuf nuits de suite et elle accouche de neuf filles, les Muses : Calliope, Clio, Melpomène, Euterpe, Erato, Terpsichore, Uranie, Thalie, et Polymnie.

Les Enfants Titanesques Célèbres

Prométhée (Προμηθεύς)

Prométhée Enchaîné par Nathan Rosario

Prométhée Enchaîné par Nathan Rosario

Il est probablement le plus connu des Titans après Cronos. Ce fils de Japet et de Thémis (ou Clymène) apparaît dans de nombreux mythes comme un bienfaiteur des Hommes. Dès les débuts de l’humanité, il est un protecteur et un enseignant pour les humains : il leur apprend notamment les savoir-faire de la navigation et de la médecine. Il est aussi celui qui établit la norme du rituel du sacrifice aux dieux. Les dieux exigeaient une offrande régulière de nourriture de la part des humains (sous la forme de fumée) alors Prométhée usa d’un stratagème : il tua un bœuf, sépara les entrailles de la viande et place des draps sur les deux tas. Évidemment, le plus gros tas était celui contenant les os et les abas et Zeus le choisit immédiatement. Les Hommes purent donc consommer la viande et laisser le reste aux dieux sous la forme de sacrifice. Furieux, Zeus décida de punir les Hommes en leur enlevant la maîtrise du feu. Ce fut encore une fois Prométhée qui intervint en volant le feu à Zeus et en l’amenant aux Hommes. Pour le châtier, Zeus le condamna de cette façon : il devrait rester enchaîné à un rocher où un aigle viendrait chaque jour lui picorer le foie tandis que cet organe se reconstruirait la nuit. Le seul moyen de le libérer de cette torture serait qu’une autre personne prenne sa place. Des centaines d’années plus tard, le centaure Chiron, qui souffrait d’un mal mortel, passa par là et échangea sa place avec le Titan. Cependant, Zeus décida de faire de Chiron une constellation plutôt que de le voir souffrir. Il fallut attendre la venue d’Héraclès pour que ce dernier tue l’aigle tourmenteur de ses propres mains. Le « transmetteur du feu » fut ainsi sauvé.

Atlas (Ἄτλας)

Atlas est le fils du Titan Japet et d’une nymphe marine, Clymène ou bien d’une Océanide, Asia. Il régnait sur la vaste île de l’Atlantide jusqu’à ce que, son peuple souffrant de dégénérescence, les dieux décident de raser totalement son île de la carte. Ils déchainèrent les flots sur l’Atlantide qui fut immergée avec tous ses habitants. Atlas tenta de se venger mais fut aussitôt vaincu. Il fut alors condamné à porter la voûte du ciel sur ses épaules pour l’éternité. Plus tard, il croisa la route de Persée à qui il refusa l’hospitalité, prétextant que son invité était un fils de Zeus. Le héros le pétrifia grâce à la tête de Méduse, le changeant en une chaîne de montagne, l’Atlas. Il est aussi le père des Hespérides à qui Héraclès (Hercule) devait voler les pommes d’or pour les douze travaux.

Atlas tel qu'il est représenté chez Marvel

Atlas tel qu’il est représenté chez Marvel

Épiméthée (Ἐπιμηθεύς)

Ce Titan est le frère de Prométhée, fils de Japet et de Clymène. D’après les mythes, il aurait créé les animaux. Il avait si bien réparti les qualités entre toutes ces bêtes qu’il oublia d’en donner aux Hommes qui finirent faibles et nus. Épiméthée est surtout connu pour la légende concernant sa femme, Pandore. Pour punir les humains après le rapt du feu par Prométhée, Zeus envoya sur Terre une mortelle de toute beauté nommée Pandore. Elle épousa notre Titan qui ne savait pas à quoi s’attendre. Les dieux confièrent à Pandore un vase rempli de maux qu’elle ne devait absolument pas ouvrir. Cependant, poussée par la curiosité, cette dernière le fit malgré tout, rependant sur Terre les afflictions et les désastres. Néanmoins, une seule bénédiction peuplait le vase : l’espérance. C’est donc là le mythe de la « boîte » de Pandore, en réalité une jarre (un pithos).

Astraeos/Astéros (Ἀστραῖος)

Fils de Crios et d’Eurybie et frère de Pallas et Persès, Astraeos est un Titan dont on sait peu de choses. Il s’unit avec Eos, la déesse de l’aurore, dont il a plusieurs enfants : les divinités des vents (Borée, Zéphyr, Euros et Notos) ainsi que les astres et étoiles. Il est aussi considéré par certains auteurs romains comme un géant, Astrée.

Pallas (Πάλλας)

Ce Titan est lui aussi assez méconnu. Il obtient de sa relation avec Nyx plusieurs enfants : Niké (victoire), Kratos (puissance, pouvoir), Zélos (ardeur, rivalité) et Bia (force, vaillance). Le monstre Scylla serait également son enfant, tout comme Séléné et Eos.

Persès (Πέρσης)

Le dernier de la fratrie est lui aussi un Titan méconnu. Il est considéré comme le géniteur de la déesse Hécate qu’il aurait eu avec Astéria, mais il est peut-être confondu avec le roi Persès, un demi-dieu fils d’Hélios.

Les Adaptations

  • Avant toute chose, vous avez sûrement déjà vu ou entendu parler du film Le Choc des Titans et de sa suite cinématographique. Si ces deux films parlent bien de mythologie et s’inspirent de plusieurs mythes, il a, en revanche, très peu (voire aucun) de liens avec les Titans. De plus, les films s’inspirent des mythes et ne sont absolument pas fidèles aux légendes originales. Ne faites pas trop confiance à Hollywood !
  • Le film Les Titans de 1962 raconte l’histoire de Cadmus, le roi de Crète, qui s’autoproclame dieu. Le Titan Crios est alors dépêché sur Terre pour le châtier. Mais tout ne va pas se passer comme prévu. Une adaptation sympathique du Titan qui, là encore, mixe plusieurs mythes différents.
  • Dans la série de romans Percy Jackson, le héros et ses acolytes sont confrontés au retour du Titan Cronos et de ses frères et sœurs. Après une lutte acharnée dans le dernier tome, Cronos est terrassé par Percy, aidé des demi-dieux et de certains dieux.
Extrait de la bande dessinée La Naissance des Dieux représentant Cronos et Rhéa

Extrait de la bande dessinée La Naissance des Dieux représentant Cronos et Rhéa

  • La bande dessinée La Naissance des Dieux de la collection « La Sagesse des Mythes » de Luc Ferry, Clothilde Bruneau, Dim D et Federico Santagati reprend la conception de l’univers et la Titanomachie. Elle illustre parfaitement le récit hésiodique du combat entre Cronos et ses enfants et la victoire finale de Zeus.
  • Le jeu vidéo Titan Quest reprend le nom des Titans pour signifier son thème mythologique. Ce hack & slash (jeu de rôle et d’action) vous plonge dans l’antiquité afin de combattre les ténèbres au cours d’un périple dans la Grèce, en Égypte et en Asie. L’un des jeux les plus sympathiques sur la thématique de la mythologie gréco-romaine !
  • Cronos est souvent représenté dans l’art sous son nom romain, Saturne. Il est peint dévorant ses enfants par de grands peintres comme Rubens et Goya. Son nom est aussi repris par Verlaine dans ses Poèmes Saturniens pour signifier leur intemporalité. Enfin, plusieurs chansons s’intitulent Saturne, comme chez Brassens ou Nekfeu.
Saturne dévorant un de ses fils par Pierre Paul Rubens

Saturne dévorant un de ses fils par Pierre Paul Rubens

Le Conflit Divin, Première Partie : Osiris

Osiris (artwork de JaniceDuke)

Osiris (artwork de JaniceDuke)

Le grand dieu Osiris

Osiris est le fils ainé de Geb (la terre) et de Nout (le ciel). Il règne sur la Terre avec à son côté sa sœur et épouse Isis. Grand roi, il apporte aux Hommes la connaissance de l’agriculture et les modèle en tant que civilisation. Son destin tragique est le début d’une crise politique sans précédent entre les dieux qui aboutira par la montée sur le trône d’Égypte du premier pharaon, Horus. Je vous propose ici de vous synthétiser ces mythes en deux parties : de la naissance à la mort d’Osiris dans un premier temps, puis de l’enfance d’Horus à sa victoire sur Seth en seconde partie.

Physiquement, Osiris est décrit comme très beau : ses membres sont d’or, sa coiffure de lapis-lazuli et sa couronne turquoise. Il est très intelligent et surtout très grand : bien plus grand que tous les Hommes sur Terre, également plus grand que les autres dieux. Sa taille a été estimée à près de 4,50 mètres !

Étonnamment, la source principale sur ces évènements mythiques n’est pas égyptienne : il s’agit de Plutarque, grand penseur grec de l’époque romaine. Cependant, nous retrouvons dans les textes égyptiens de nombreuses allusions aux épisodes du mythe, comme dans les Textes des Pyramides et les Textes des Sarcophages. Nous pouvons également citer le Grand Hymne à Osiris qui raconte la quête de son épouse Isis et de sa sœur Nephtys pour retrouver les morceaux disséminés de son corps, puis la conception d’Horus. Enfin, plusieurs papyrus nous donnent des détails sur les lamentations divines à Osiris et la tristesse du monde au moment de sa mort.

La naissance d’Osiris et de ses frères et sœurs

, le dieu du soleil, observait avec attention la totalité du monde ainsi que l’au-delà. Un jour, il découvrit que Nout était enceinte après avoir eu une relation avec Geb. Il entra dans une grande colère et interdit à la déesse d’accoucher. Cependant, Nout n’avait pas le choix : lorsqu’elle arriverait à terme, sa progéniture naîtrait et elle serait châtiée par Râ. Elle chercha en vain à se cacher, mais le dieu soleil voyait tout, ne laissant rien au hasard. C’est le dieu Thot qui vint à son secours car il était lui-même amoureux de Nout : il aurait donc tout fait pour elle. Il imagina un plan astucieux pour tromper Râ qui consistait à jouer aux dés avec la Lune. Après une très longue partie, Thot gagna et demanda un gage à la Lune : des jours additionnels dans l’année (jours épagomènes) pendant lesquels Râ ne pourrait pas surveiller ce que faisaient les dieux. C’est ainsi que Nout put mettre au monde ses enfants sans qu’elle n’ait à subir le regard inquisiteur de Râ.

Le premier jour, elle mit au monde Osiris, l’héritier de Geb et donc prochain roi de la Terre. Le second à voir le jour fut Horus l’ancien, puis le lendemain Seth naquit. A cette occasion, il blessa sa mère en déchirant son ventre pour sortir plus vite, comme un présage de la violence du dieu. Ce même jour, des violences éclatèrent dans le pays et Râ dû les calmer par la force. Les deux derniers jours naquirent les filles : Isis et Nephtys. Isis était belle et pleine d’amour, si bien que sa mère, Nout, lui dit « sois légère (is) pour ta mère », ce qui donna son nom, Isis. Il est aussi possible que les cinq enfants n’aient pas eu le même père car Nout avait de nombreux courtisans.

Osiris est né et règne sur le monde

La suite du mythe raconte comme Pamylès, un habitant de Thèbes, entendit une voix céleste lui parler. Elle lui dit que le grand roi et maître de toute chose était né, le bienfaiteur Osiris, et lui demanda de répandre la nouvelle. L’homme obéit sans plus tarder et devant sa discipline, il se vit confier l’enfant Osiris par Geb, qui lui ordonna de l’élever et de prendre soin de lui.

Le grand roi Osiris

Le grand roi Osiris

Aimé de sa mère et admiré par son père, il se vit offrir le trône, devenant ainsi le roi des Hommes et des divinités. En tant que souverain, Osiris choisit pour vizir le dieu Thot comme gage de remerciement pour avoir aidé sa mère. Il choisit comme généraux Hou et Sia. Tous s’inclinèrent devant lui, tandis que ses adversaires baissaient les yeux devant sa puissance. Tous sauf un : son frère Seth, qui préparait un mauvais coup. Ce dernier était très jaloux de son aîné qui était roi alors que lui devait errer dans le désert brûlant de jour comme de nuit. En effet, Seth, en tant que maître du désert, ne profitait pas des bienfaits apportés par Osiris sur le monde. Il était en tous points opposé à son frère : alors que Seth se nourrissait de violence, Osiris faisait tout son possible pour rétablir la paix en Égypte.

Tandis qu’il complotait dans le désert, son frère Osiris multipliait les bonnes actions à l’égard des Hommes : il créa l’orge et le blé, fit croître la végétation et veilla sur les animaux. Il transforma la vie des humains en leur apprenant à cultiver la terre et à s’occuper des troupeaux (l’élevage). Il inventa également un système de lois pour régir la vie ici-bas et ainsi stopper le chaos. Osiris combattit la guerre par l’amour et la violence par les mots qu’il maniait à la perfection grâce à la force de la persuasion. Il développa également l’art, notamment la musique.

Le grand roi était secondé par sa femme et sœur Isis, grande déesse bienfaitrice qui l’aidait dans sa tâche. Elle protégeait aussi le royaume en son absence. Isis était une très belle déesse donc l’éclat divin emplissait le palais d’une chaude lumière dès qu’elle paraissait. Sa beauté n’avait d’égal que son autorité qui amenait le peuple à la vénérer tout autant que son mari et les ennemis du royaume à ne rien tenter contre la grande souveraine d’Égypte. En amour, elle était très fidèle et le couple était très amoureux. Les deux divinités s’aimaient déjà dans le ventre de leur mère !

Isis et Osiris

Isis et Osiris

Un jour, elle découvrit avec effroi que son mari l’avait trompé avec sa sœur Nephtys (qui est l’épouse de Seth). Osiris usa de tous ses talents de persuasion afin qu’Isis lui pardonne son acte et lui refasse confiance. Il lui fit croire qu’il s’était trompé de sœur car les deux déesses étaient quasiment jumelles et Isis accepta de pardonner cet adultère. De cette union naquit Anubis, que Nephtys abandonna, par peur de la réaction de son mari Seth. La réaction d’Isis fut alors inatendue : contrairement à Héra qui châtiait promptement tous les enfants adultérins de Zeus, la déesse décida d’élever Anubis. Il devint son fidèle compagnon et son protecteur, à l’image du chien, le compagnon fidèle de l’Homme.

Le meurtre d’Osiris par Seth

Revenons à Seth, toujours aussi jaloux de son frère et coincé dans sa fonction de maître des terres désertiques. Il développa un sombre désir de mettre fin aux jours d’Osiris et pour ce faire il élabora un plan. Il persuada la reine d’Ethiopie, Aso, de l’aider dans son œuvre mortifère. Ainsi il convia tous ses amis et une multitude de dieux à un banquet somptueux au milieu duquel il plaça un coffre magnifique. Il était si beau que tous les convives se mirent en secret à le convoiter. En effet, il était fait d’or, de bois doré, de verre et de pierres précieuses et personne ne pouvait en détourner les yeux.

Chacun voulait donc l’acquérir et c’était bien ce à quoi s’attendait le vil Seth. Le coffre était très grand et pouvait accueillir un grand corps à l’intérieur. Seth proposa donc un jeu à ses convives : serait maître du coffre celui qui, s’y allongeant, le trouverait à sa taille. Comme vous vous en doutez, Osiris faisait partie de l’assemblée. Chacun l’essaya et s’y allongea, mais personne ne faisait la taille requise, personne n’étant assez grand. Ce fut enfin le tour d’Osiris qui s’y glissa et trouva le coffre parfaitement à sa taille. Avant qu’il n’ait eu le temps de se redresser, soixante-douze hommes de mains de Seth se jetèrent sur lui et scellèrent le coffre. Le coffre fut saisi et envoyé dans le fleuve. Ainsi, Osiris mourut noyé et asphyxié, ce qui signa la fin de son règne sur Terre qui aurait duré près de quatre siècles.

Le dieu Seth (artwork de Kainchaos)

Le dieu Seth (artwork de Kainchaos)

La désolation du monde et la recherche du corps

Un vent de panique balaya le pays à l’annonce de la mort du grand roi. Même la nature était déprimée : le soleil ne se levait presque plus, la lune tardait à monter, la terre était dévastée. Le chaos menaçait à nouveau de s’installer. Chaque être vivant pleurait la mort d’Osiris, mortels comme divinités. Cependant, leurs larmes irriguèrent la terre pour qu’elle continue à vivre. Dans sa douleur, Geb saigna et de son sang naquirent des pins riches en résine. Des pleurs de Chou et Tefnout furent créés les arbres de térébinthe tandis que celles de Râ devinrent des abeilles qui produisirent le miel et la cire. De la sueur versée par le dieu soleil qui tentait d’endiguer le chaos, le lin germa sur Terre. Enfin, ses crachats créèrent le bitume et le papyrus. Même le fils (pas encore conçu !) d’Osiris, Horus (le jeune), pleura et créa l’oliban sec en laissant ses larmes toucher le sol. Même mort, le grand roi continuait donc d’apporter des bienfaits au monde.

Isis, de son côté, était en deuil. La mort de son mari fut une terrible épreuve qui l’attrista au plus haut point, mais elle ne comptait pas rester les bras croisés. Elle parcourut le monde à la recherche du cadavre d’Osiris afin de pouvoir lui rendre les hommages rendus aux morts. Sa sœur, Nephtys, l’aide dans cette tâche en explorant les endroits du monde où Isis ne cherchait pas. Ce fut grâce à un groupe d’enfants qu’elle apprit que le coffre avait dérivé sur le Nil jusqu’à la mer. Elle se mit donc à chercher sans relâche par-delà les eaux et les îles jusqu’à découvrir que le coffre avait échoué près de la ville de Byblos. Cependant, un grand arbre (un tamaris) avait poussé près du coffre et le roi de Byblos avait décidé d’établir son palais en utilisant cet arbre comme colonne maîtresse. Isis l’apprit et s’infiltra parmi la cour du roi en se déguisant en mortelle. Elle réussit si bien que la reine lui confia l’éducation de son enfant. Isis s’occupa du bébé humain comme de son fils et petit à petit, elle le divinisait, jusqu’à ce qu’elle décide de le mettre dans un grand feu pour brûler tout ce qui était humain de lui et en faire un dieu. La reine découvrit ce que la nourrice divine comptait faire et voulut l’interrompre, horrifiée. Isis se révéla alors dans sa nature éblouissante de déesse et obtint de pouvoir récupérer le coffre. Elle laissa au roi et à la reine le tronc d’arbre qui devint un objet sacré.

Isis s’en alla avec le coffre qui contenait Osiris mais elle fut suivie par l’enfant qu’elle avait éduqué pendant tout ce temps. Lorsqu’elle voulut ouvrir l’objet, elle aperçut cet enfant qui l’espionnait et entra dans une colère noire : elle le foudroya à mort et la déesse l’oublia aussitôt au profit de l’amour de sa vie, son époux.

Le dernier rapport charnel du couple divin

Isis ressuscite Osiris

Isis ressuscite Osiris

Osiris était mort, mais Isis voulait absolument s’unir une dernière fois avec lui. Pour ce faire, elle se transforma en rapace portant un ankh (une croix symbole de vie) qu’elle tint entre ses serres, puis passa au-dessus de son défunt époux, ce qui le ranima en partie. Elle put alors profiter une dernière fois de son phallus et donc de sa semence qui put ainsi la féconder. Isis tomba enceinte mais le monde tremblait : cette union n’était pas naturelle et n’aurait pas dû avoir lieu, ce qui provoqua un dérèglement des lois de la nature. Cependant, Isis exultait de savoir qu’elle portait en elle celui qui reprendrait les rennes du royaume et vengerait son père injustement assassiné. La déesse dû tout de même convaincre Râ que le fils qu’elle portait en elle était bien celui d’Osiris, ce qui était difficile à croire. Néanmoins, devant l’insistance d’Isis, le dieu suprême la crut.

Elle déposa le coffre dans un lieu secret du Delta du Nil, puis alla accoucher dans un autre lieu tout aussi secret, un îlot de roseaux. L’accouchement en lui-même fut très douloureux et difficile, à tel point que la déesse eut besoin de l’assistance d’autres divinités pour mettre Horus au monde. Après qu’il fut né, il était capital qu’il soit caché aux yeux du monde et surtout à ceux de Seth.

Le corps éparpillé, puis reconstitué

De son côté, le dieu meurtrier, Seth, partit à la chasse avec sa meute comme de coutume. Cependant cette fois-ci, il tomba sur le coffre contenant le cadavre d’Osiris ! Seth ne savait alors pas pour Horus, mais lorsqu’il vit le corps de son défunt frère, il comprit qu’Isis lui avait joué un mauvais tour. Il entra dans une rage folle, découpa le corps d’Osiris en morceaux et l’éparpilla aux quatre coins de l’Égypte. Le nombre de pièces du « puzzle Osiris » s’élevait selon certains à 14, 26 pour d’autres et enfin 42 pour les plus généreux.

Toujours est-il qu’Isis découvrit la mauvaise action de Seth et se mit en quête de retrouver les morceaux démembrés de son époux. A chaque fois qu’elle trouvait une partie du corps, elle érigeait un temple à la gloire d’Osiris sur les lieux. Le culte du dieu se développa donc drastiquement, notamment à Abydos où avait été trouvée la tête ou encore sur l’île de Biggeh où se cachait la jambe du dieu. Encore une fois, Isis était aidée de sa sœur Nephtys et même peut être de son fils Horus dans cette quête qui dura douze jours.

Isis parvint donc à reconstituer le corps d’Osiris, sauf peut-être son membre viril qui aurait été jeté dans le fleuve et dévoré par trois poissons. C’est Anubis qui se charga de collecter les membres du dieu et de les stocker dans une nébride (une enveloppe de papyrus). Après cela, Anubis sécha soigneusement le cadavre, l’assouplit avec des onguents et l’emmaillota dans du lin. Ce fut la toute première momie. Les humeurs du corps d’Osiris sortirent de son enveloppe corporelle et s’en allèrent se répandre sur Terre pour nourrir et ensemencer la Terre, sur l’ordre d’Isis.

Osiris, roi des morts (papyrus)

Osiris, roi des morts (papyrus)

Sa momie fut enterrée dans l’île de Biggeh, dans un endroit que nul n’avait le droit d’approcher mis à part sa femme, Isis. Désormais, Osiris pouvait partir pour l’occident, le monde des défunts. Lorsqu’il y arriva, il reçut le sceptre, le chasse-mouches et la crosse de berger des mains de Thot. Il devint alors le souverain du monde des morts, le « pays du silence ». Il poursuivit donc son œuvre civilisatrice par-delà la mort. Osiris n’est donc plus matériellement dans le monde des vivants, mais sa lumière habite le ciel sous la forme d’Orion, placée juste au-dessus d’Isis, notre Sirius, appelée Sothis en Egypte. Si tout était réglé pour Osiris, la situation sur Terre était encore tendue. Une véritable guerre se préparait entre l’héritier légitime, Horus et le terrible Seth.

A suivre…

La Sorcière

Illustration d'une Sorcière

Illustration d’une Sorcière

Qu’est-ce qu’une sorcière ? Entre histoire et légende

Du latin sors (« sort » et « destin »), les sorcières (ou sorciers) sont des personnes démoniaques possédant les secrets de la magie. En Occident, elles sont considérées comme les femmes du démon ou du diable. Elles incarnent la nature dans son aspect occulte, mais aussi l’étrangeté qui se cache derrière les apparences. Les capacités de la sorcière sont vastes, allant du talent de lancer des sortilèges à celui de se métamorphoser à volonté pour se déguiser. Techniquement, ce sont des magiciennes dans le sens qu’elles sont liées au surnaturel, à la différence qu’elles sont clairement liées aux ténèbres, au domaine diabolique. Il est globalement admis qu’elles peuvent aussi voler à l’aide d’un balai.

Dès l’antiquité, on considère qu’il existe des sorcières en Thessalie. Elles puiseraient leur énergie magique dans la Lune qu’elles attirent près de la Terre pour augmenter leur pouvoir. Elle possède déjà des outils que l’on retrouve aujourd’hui dans nos légendes : une boule de cristal, un chaudron et un miroir magique. Déjà, ses pouvoirs sont étoffés : elle peut voir les choses que les humains ne peuvent voir grâce à sa « seconde vue », peut entrer en relation avec les morts, prédire l’avenir et revenir dans le temps. Elle fait donc office autant de diseuse de bonne-aventure, que de prêtresse, de guérisseuse et de nécromancienne.

Dans l’imaginaire populaire, la sorcière est laide, vieille et coiffée d’un chapeau pointu. Avec ses traits difformes et son nez crochu, elle fait peur à voir et se prépare toujours pour un mauvais coup, généralement armée d’un grimoire pour lancer une incantation. Il faut savoir que cette image n’est pas partagée par l’ensemble des cultures dans laquelle la sorcière apparaît. De prime abord, lorsque l’on pense aux Grecs, les belles Circé et Médée n’ont rien de la vieille et hideuse femme qui se cache sous son chapeau. Parmi les sorcières du folklore japonais, la Yama-Uba est dépeinte comme assez hideuse alors qu’une autre créature pouvant utiliser la magie, la Yuki-Onna, est d’une beauté glaciale. En Indonésie, c’est Rangda qui représente la sorcière maléfique. Elle est certes laide, mais cette fois son aspect est plus proche du monstre que d’une vieille femme. Pour plus d’informations sur Rangda, cliquez ICI.

Alors pourquoi la sorcière est-elle toujours considérée comme malfaisante ? En réalité, c’est son usage de la magie qui effraie. Déjà en Mésopotamie, la magie est divisée en deux parties : celle faisant partie des cultes (magie blanche) et celle pratiquée par les sorciers, servant à faire le mal (magie noire). La magie et ses effets ont, dans le monde grec et à Rome, été considérés au mieux comme de la charlatanerie, au pire comme un acte démoniaque. Elle était « utilisée » pour lire dans le destin ou pour entrer en transe et comprendre les secrets de la vie après la mort. Toutes sortes d’amulettes et de maléfices furent inventés pour se protéger ou maudire ses ennemis. La magie n’a donc rien à voir avec la piété religieuse (la foi) et ceci dans quasiment toutes les mythologies mondiales de même que dans les religions monothéistes actuelles.

Le Sabbat des Sorcières, Fancisco de Goya (1798)

Le Sabbat des Sorcières, Fancisco de Goya (1798)

Il est évident que la magie ou les sorcières ne sont que fiction.  Toutefois, la chasse aux sorcières a véritablement existé : les institutions religieuses chrétiennes, considérant que cette pratique ésotérique existe vraiment (en se basant sur le fait que ce n’est pas beaucoup plus incroyable que de croire en une force surnaturelle suprême ayant créé le monde) mais qu’elle ne provient pas des bienfaits de Dieu, ils ont associé la magie à Satan. Elles sont positionnées en contradiction avec la pureté de la Vierge Marie, « idéal » de la femme chrétienne. Rapidement, ce lien avec le diable devient très puissant et on considère que la sorcière est l’épouse ou l’amante de Lucifer. On leur donne pour réputation de répandre les épidémies, la famine et la mort par leur sortilèges.

Cette chasse aux sorcières a eu lieu entre 1450 et 1700, une époque où l’Église possède un immense pouvoir sur les sociétés occidentales. Concrètement, la chasse concrète a plus ou moins eu lieu entre 1560 et 1700 (comme à Salem en 1692). On estime à près de 100 000 les victimes de cette purge ! Les femmes sont les cibles de cette lutte pour plusieurs raisons : premièrement, cette époque est connue pour sa misogynie spectaculaire. Deuxièmement, selon la religion chrétienne, les femmes sont souillées de naissance par le péché originel. C’est-à-dire qu’elles payent la conduite d’Ève cueillant le fruit défendu dans le récit de la Genèse. L’imagerie du balai volant est sans doute une stigmate de ce sexisme poussé à l’extrême.

La chasse vise en particulier les femmes étranges, majoritairement les célibataires, qui pratiqueraient des rites et dont la vie quotidienne serait mystérieuse pour le reste de la population locale. On cherche sur elles les preuves de leur nature : la stigma diaboli. La technique la plus répandue est la torture qui vise à les faire avouer. Au bout d’un moment, ces innocentes femmes, à bout, avouaient être des sorcières pour ne plus avoir à souffrir. Certains penseurs mettront fin à ces affabulations en expliquant qu’il ne s’agit que de superstitions irrationnelles. Finalement, la sorcière deviendra une véritable légende de contes pendant la période romantique.

Les sorcières célèbres dans les mythes et légendes…

Il existe bon nombre de mythes et de légendes évoquant la sorcellerie, mais en voici une liste non-exhaustive.

Isis

Isis est une déesse égyptienne, sœur et épouse d’Osiris et mère d’Horus. Contrairement au stéréotype de la sorcière occidentale, Isis est de toute beauté. Elle se sert de la magie pour infliger des malédictions, mais peut également faire le bien. Dans un mythe, elle soigne un enfant piqué par un scorpion en récitant une formule magique. Elle est également métamorphe, puisqu’elle peut faire pousser des ailes sur ses bras. Isis était déjà une magicienne à la base, mais c’est en piégeant qu’elle a obtenu des pouvoirs phénoménaux. Pour plus d’informations sur ce mythe et sur Râ, cliquez ICI et pour en savoir plus sur Isis, c’est ICI.

Hécate

Hécate est une déesse grecque chthonienne associée à la Lune et à la mort. Si elle a pour fonction de relier les Enfers, la terre et le ciel, elle est aussi la déesse des ombres mortelles et de la magie noire. Hécate est la plus grande magicienne/sorcière et la maîtresse de cet art infernal. Elle est également polymorphe, pouvant arborer l’aspect d’une chimère à trois têtes : lion, chien et cheval avec un corps de femme. Hécate est liée à tous le domaine de l’ésotérisme et patronne les sorciers et sorcières.

Circé

Représentation de Circé par Soni Alcorn Hender

Représentation de Circé par Soni Alcorn Hender

Circé est un personnage de la mythologie grecque qui apparaît dans l’Odyssée d’Homère. Vivant dans le royaume d’Aea, elle est décrite comme la plus belle et dangereuse des magiciennes. Ulysse la rencontra au cours de son voyage de retour à Ithaque : il envoya des émissaires rencontrer les habitants de cette île, mais un seul revint pour lui expliquer que tous les autres avaient été changés en pourceaux par une sorcière. Ulysse se rendit au palais de Circé pour sauver ses camarades et, aidé en chemin par Hermès qui lui confia une herbe magique, il rencontra la magicienne. Il ingéra l’herbe et ainsi aucune formule magique ni potion de Circé ne pouvait rien lui faire. Impressionnée par cet homme hors du commun, la magicienne tomba amoureuse de lui. Elle libéra les hommes transformés en cochons et Ulysse resta une année entière avec elle à profiter des joies du palais et des plaisirs de la vie…

Médée

Médée est aussi un personnage provenant d’un mythe grec. Elle est la princesse de Colchide, apparaissant dans la légende de la conquête de la Toison d’Or, contant les aventures de Jason et des Argonautes. Alors que Jason et son équipage voguait vers la Colchide pour y récupérer la toison d’or, Héra convint avec Aphrodite qu’Eros tirerait une flèche d’amour dans le cœur de Médée afin qu’elle s’éprenne de Jason et ainsi qu’elle l’aide. En effet, la jeune femme était douée de magie et pourrait donner un coup de main au héros. C’est ce qu’elle fit en donnant à Jason un onguent magique le rendant invulnérable lorsqu’il était appliqué sur la peau. La magicienne s’échappa même de son royaume avec son nouvel amour en tuant son frère au passage ! Sur le voyage du retour, Médée pria les dieux infernaux de leur accorder leur protection et cela fonctionna. Cependant, à leur retour à Corinthe, Jason l’abandonna pour une autre femme. Elle entra dans une rage folle et tua la nouvelle femme de Jason en lui faisant porter une robe ensorcelée. Le mythe se termine avec Médée tuant ses propres enfants et s’enfuyant de Corinthe en femme blessée et en sorcière convaincue.

Les stryges

Les stryges sont des démons féminins, hybrides entre une femme et un oiseau. Elles font partie du bestiaire de la mythologie romaine, selon une ancienne croyance qui n’est pas grecque d’origine. Il est difficile de les mettre dans une case précise : entre sorcières et vampires, elles visent avant tout les enfants qu’elles kidnappent ou tuent en leur suçant le sang. La stryge existe également chez les Saxons et chez les Arabes (elle est identifiée à la goule).

Morgane

Morgan Le Fay, Anthony Frederick Augustus Sandys (1864)

Morgan Le Fay, Anthony Frederick Augustus Sandys (1864)

La fée Morgane est un personnage du cycle arthurien, un thème fort de la Matière de Bretagne. Elle est la demi-sœur du roi Arthur et est une magicienne qui a tout appris de Merlin. Son rôle est parfois positif, mais l’on retient essentiellement son conflit permanent avec son demi-frère. La raison est floue, mais elle pourrait détester son frère à cause des chevaliers de la table ronde qui l’auraient rejetée en termes sentimentaux. Elle cherche alors la mort de tous les personnages principaux de la légende, de Genièvre à Gauvain. Morgane utilise ses pouvoirs à des fins maléfiques, mais elle possède également des pouvoirs de guérisseuse. Son fils (ou neveu selon les texte) est Mordred, qu’elle a eu d’une relation incestueuse avec Arthur.

Grimhild

Grimhild est une sorcière apparaissant des les mythes nordiques. Cette magnifique reine, épouse du roi Gjuki, voulait absolument que le héros Siegfried épouse sa fille, Gudrun. Malheureusement, il était marié : elle lui fit donc boire une potion magique pour qu’il oublie son épouse. La sorcière ne s’arrêta pas là car elle fit tout ce qui était en son pouvoir pour que Gunnarr, son fils, se marie avec l’ex-épouse de Siegfried, Brunhild. Finalement, Brunhild, apprenant la traitrise (contrainte par la magie) de Siegfried, le tua et se donna aussi la mort. Finalement, Grimhild mourut, consumée par ses pouvoirs.

La Banshee

La banshee est une créature fantastique de la mythologie celtique d’apparence féminine et considérée comme une messagère de la mort. Elle est une sorcière démoniaque qui a la particularité de se mettre à hurler lorsque quelqu’un est sur le point de mourir. Elles sont d’une grande beauté, peuvent se métamorphoser et infliger autant de bénédictions qu’elles peuvent lâcher d’épidémies sur leurs cibles.

Baba Yaga

Baba Yaga est un personnage provenant des légendes russes et plus généralement du folklore slave. Présente dans toute l’Europe centrale sous différents noms, cette sorcière est connue pour se repaître de la chair des enfants. Son originalité est son moyen de transport : un mortier géant qu’elle dirige avec un pilon géant. Sa maison aussi est magique : montée sur des pattes de poules, Baba Yaga pouvait la lancer à la poursuite de ses victimes. Plusieurs enfants lui échappèrent par des stratagèmes et c’est à la suite de l’évasion de Vassilissa que Baba Yaga fut changée en corbeau et perdit ses pouvoirs. Selon certaines légendes, la sorcière pouvait exaucer des vœux si des roses lui étaient offertes, mais il fallait tout de même rester sur ses gardes !

Représentation de Baba Yaga dans le comics Fables

Représentation de Baba Yaga dans les comics Fables

Okuninushi

Le kami japonais Okuninushi est autant le créateur de l’agriculture et de la médecine que de la sorcellerie. Pour plus d’informations à son sujet, cliquez ICI.

… et dans la culture populaire

La fée Carabosse

La fée malfaisante Carabosse est un personnage apparaissant dans Les Contes de Ma Mère l’Oye, un recueil de contes de Charles Perrault. Cette sorcière correspond au stéréotype listé plus haut : vieille, laide, très méchante et même bossue. Carabosse est mis en opposition avec les bonnes fées (les marraines) et est ainsi à l’origine de la malédiction qui touche la princesse dans La Belle au Bois Dormant. Son histoire la rapproche de la déesse grecque de la discorde, Eris.

La sorcière d’Hansel et Gretel

Hansel et Gretel rencontrent la Sorcière

Hansel et Gretel rencontrent la Sorcière

Ce personnage provient du conte Hansel et Gretel que l’on retrouve dans le recueil des Frères GrimKinder- und Hausmärchen. L’histoire raconte comment les frères et sœurs Hansel et Gretel se retrouvent perdus dans la forêt après que leurs parents les aient abandonnés, n’ayant plus de quoi les nourrir. Les deux enfants trouvent une maison de pain d’épice et exclusivement constituée de friandises. A l’intérieur, une sorcière les accueille et leur prépare un festin. Elle révèle assez rapidement ses intentions : manger les deux enfants une fois qu’ils seront bien engraissés. Elle enferme Hansel dans une cage et oblige Gretel à cuisiner pour le faire grossir. Le jour où le garçon doit être mangé, Gretel pousse la sorcière dans le four et les enfants s’enfuient en ayant pris soin de voler les joyaux de la vieille sorcière.

Jadis, La sorcière blanche

La sorcière blanche est un personnage apparaissant dans le deuxième tome de la saga Le Monde de Narnia de C. S. Lewis. Cette magicienne millénaire, purement maléfique et toute puissante s’est autoproclamée reine de Narnia et règne depuis 100 ans lorsque les quatre héros traversent l’armoire magique. Si elle peut manipuler les forces de la glace par enchantement, d’où son nom, elle possède également des pouvoirs qui dépassent l’entendement : dans son précédent monde, elle aurait tué tous les êtres vivants d’un seul coup en prononçant un seul mot. Jadis mourut lors de la bataille de Beruna, tuée par le lion Aslan. Symboliquement, nous pouvons voir que c’est Jésus (Aslan) qui tue Satan (Jadis), l’origine de tout le mal sur Terre (Narnia).

Karaba la sorcière

La sorcière Karaba est un personnage apparaissant dans le long-métrage d’animation franco-belgo-luxembourgeois Kirikou et la Sorcière de 1998. Le film raconte comment le très jeune et minuscule Kirikou va se servir de son intelligence pour défaire la tyrannique sorcière Karaba qui utilise sa sorcellerie et ses fétiches pour asseoir son autorité. En réalité, Karaba est une ancienne victime d’une agression de la part d’un groupe d’hommes. Ils lui auraient planté une épine dans le dos qui la ferait beaucoup souffrir mais lui confierait aussi ses pouvoirs. C’est la raison pour laquelle elle transforme tous les hommes du village en fétiches. A la fin, Kirikou lui retire l’épine et ainsi répare le mal causé. C’est une allégorie : Karaba est traumatisée par un viol collectif et Kirikou l’aide à se remettre de cette épreuve. Il devient ainsi un homme, dans le sens le plus positif du terme.

De Sabrina l’apprenti Sorcière à Hermione Granger

Avec le temps, l’image de la sorcière s’est transformée au point de rendre ces personnages positifs. Elle n’est plus laide et vieille, mais jeune, jolie et souhaitant la paix avec les humains. Parfois, elle cherche à s’intégrer, comme Samantha de Ma sorcière bien aimée ou Sabrina l’apprenti sorcière. Il y a aussi les sorciers et sorcières qui vivent en autarcie, à l’écart du monde des non-magiciens et ne cherchant pas à leur faire de mal. Parmi eux, nous pouvons citer l’ensemble des élèves de Poudlard, dont la très futée Hermione Granger, mais aussi Akko Kagari de Little Witch Academia (et bien d’autres). La culture populaire, comme elle l’a fait pour les vampires et autres monstres autrefois horrifiques et sataniques, tend à rendre toutes les créatures bienfaisantes et à faire vivre le monde entier en harmonie. Une vision très moldue des choses…

Emma Watson dans le rôle d'Hermione Granger dans Harry Potter et la Chambre des Secrets

Emma Watson dans le rôle d’Hermione Granger dans Harry Potter et la Chambre des Secrets

Athéna, la Déesse de la Sagesse

Illustration d'Athéna par YamaOrce

Illustration d’Athéna par YamaOrce

La grande déesse aux yeux pers

La déesse Athéna (Αθηνη en grec) est l’une des douze divinités olympiennes des Grecs. Ses fonctions symboliques principales sont la sagesse, la stratégie guerrière et l’artisanat. Nous pouvons également ajouter à cela un rôle de protectrice, non seulement des cités (comme Athènes), mais aussi des héros, comme nous le verrons par la suite. La justice peut également entrer dans ses attributions au sein de l’Olympe.

Ses attributs sont multiples, mais chacun symbolise un aspect de la déesse. Tout d’abord, l’égide, son équipement sacré (un bouclier ou un plastron), sur lequel est représenté la tête de Méduse. C’est un symbole de souveraineté incontestable que le regard de la Gorgone illustre : quiconque regarde l’égide est « changé en pierre », donc tout le monde ploie devant Athéna. C’est ce que l’on appelle un Gorgonéion, c’est-à-dire un dessin au pouvoir pétrifiant (dans le monde réel, symboliquement, bien entendu). Son deuxième attribut le plus important est l’olivier, arbre qu’elle a offert à la cité d’Athènes et qui est particulièrement cultivé en Grèce. Le reste de son équipement la caractérise également : sa lance et son casque, toujours à ses côtés sur chaque représentation qui est faite d’elle. Enfin, elle est souvent accompagnée de sa chouette de l’espèce chevêche dont le nom scientifique en latin rappelle sa maîtresse : Athene noctua. L’un de ses attributs est également la chasteté et c’est à ce titre qu’elle est la plus importante des trois déesses vierges, aux côtés d’Artémis et de Hestia.

A Rome, Athéna est identifiée à Minerve avec qui elle partage quasiment les mêmes fonctions. Elle est la protectrice de Rome et fait partie de la triade capitoline, les dieux les plus importants pour les romains.

Fonctions et attributs d’Athéna

Athéna possède plusieurs surnoms ou épithètes qui lui sont attribués en fonction du rôle qu’elle joue dans un contexte précis. Nous pouvons établir une liste non-exhaustive :

  • Παλλάς, Pallas (qui remplace parfois son nom complet et reprend ses caractéristiques de base),
  • Γλαυκῶπις, Glaukôpis (aux yeux pers, brillants ou de chouette),
  • Παρθένος, Parthénos (vierge),
  • Νίκη, Nikè (victorieuse),
  • Πολιάς, Polias (gardienne de la cité),
  • Πολύϐουλος, Polúboulos (bonne conseillère),
  • Ἀτρυτώνης, Atrytoné (invincible),
  • Εργανη, Ergané (patronne des potiers).

Athéna est donc une touche-à-tout qu’il est très utile de prier. Elle patronne plusieurs corps de métiers comme par exemple les potiers, les sculpteurs, les tisseurs, les artistes en général et les professeurs. Elle recevait également de nombreux noms en rapport avec les cultes pratiqués comme par exemple les Apatouries (Athéna Apatouria) ou encore en lien avec les lieux comme l’Agora (Athéna Agoraia). Un culte très important lui était bien évidemment rendu à Athènes, notamment au niveau du Parthénon et de l’Erechthéion (abritant la statue d’Athéna armée, le Palladium). Nous pouvons également parler des cités de Tirynthe, de Tégée, de Rhodes ou encore de Sparte qui possèdent toutes des sanctuaires dédiés à la déesse.

La naissance d’Athéna

Contrairement aux autres dieux, Athéna ne possède qu’un seul parent : pas parce qu’elle n’a jamais connu sa mère, mais bien parce que son père l’a enfanté seul  ! En effet, Zeus a « accouché » de sa fille par le crâne. Mais revenons un peu en arrière pour comprendre les origines de ce récit.

Exaleiptron représentant la naissance d'Athéna (Louvre)

Exaleiptron représentant la naissance d’Athéna (Louvre)

Zeus est du genre à vouloir séduire tout ce qui bouge. Ainsi, lorsqu’il croise la route de la titanide Métis, il n’a qu’une envie : s’unir à elle. Toutefois, Métis est rusée et peut se métamorphoser à volonté, ce qui complique la tâche au dieu des dieux. Cependant rien n’échappe longtemps aux ardeurs de Zeus qui met finalement la main sur Métis et la rend enceinte. Au même moment, un oracle annonce à Zeus que cet enfant est une fille, mais que si Métis enfante une nouvelle fois après celle-ci, ce serait un fils qui détrônerait son père qui naîtrait. En matière de régicide et de détrônement, Zeus s’y connait : il décide donc de remédier à ce problème sans attendre. Il feinte donc de s’unir une nouvelle fois à Métis mais à la place l’avale d’un seul coup avec sa bouche. Ainsi, c’est la fin de Métis et de l’enfant qu’elle porte…

Du moins c’est ce qu’il croyait. Un jour, alors qu’il se promenait aux abords du lac Triton, Zeus a un sacré mal de crâne. Une douleur sans précédent lui taillade la tête et il a l’impression qu’elle va exploser. Aussi se met-il à crier de toutes ses forces, à tel point que le monde entier l’entend. Hermès arrive sur les lieux le premier et comprend tout de suite ce qu’il se passe : il invite Héphaïstos à venir en aide à leur roi au plus vite (selon une autre version, il s’agit de Prométhée). Le dieu forgeron saisit alors son marteau et ouvrit une brèche dans le crâne de Zeus, afin qu’il puisse libérer ce qui s’y trouvait : Athéna, habillée et armée de la tête aux pieds. A partir de ce moment, la sage déesse devient l’enfant préféré de Zeus.

Athéna n’a donc concrètement pas de mère, mais nous pouvons lui attribuer la filiation de Métis, elle-même la personnification de la sagesse. Elle est une sorte de synthèse entre l’esprit de Zeus et Métis toute entière. Évidemment, cette naissance ne plait pas à Héra et de plus Athéna est jalousée de tous les autres dieux car elle est privilégiée par son père (c’est donc sa chouchou).

Les mythes

La création d’Athènes

La cité d’Athènes ne porte pas son nom pour rien. En effet, elle est étroitement liée à la déesse de la sagesse de par son mythe fondateur, son autochtonie. Athéna et Poséidon se disputent la protection de la cité d’Athènes et de sa région, l’Attique. Pour faire comprendre à tous les bienfaits dont il est capable, le dieu des océans frappe le sol de son trident et fait jaillir un flot d’eau qui vient remplir un puits près de l’acropole (selon d’autres légendes, il fait apparaître un cheval remarquable). Toutefois, Athéna ne se laisse pas faire : elle fait jaillir un olivier, le plus prisé des arbres de la Grèce. Ainsi, les athéniens choisissent Athéna en tant que divinité poliade, protectrice de la cité. Poséidon, furieux de cette décision, submerge alors Athènes sous les flots avant de s’apaiser devant les hommages qui lui sont rendus en guise d’excuse.

Le Parthénon, lieu sacré d'Athéna

Le Parthénon, lieu sacré d’Athéna

Un récit quelque peu différent implique une rivalité entre les sexes. A cette époque, les femmes auraient eu le droit de vote à Athènes. Justement, le choix entre Athéna et Poséidon doit se faire par suffrage et ainsi chacun vient donner son avis sur la question. Problème : tous les hommes sont pour Poséidon et toutes les femmes pour Athéna. La déesse l’emporte finalement car il y a une femme de plus que les hommes. Furieux, ces derniers décident donc de supprimer le droit de vote des femmes. Venant de ceux qui ont inventé la démocratie, ce n’est pas très classe…

Athéna la bienfaitrice

Une aide pour les héros

La déesse de la sagesse a été impliquée dans de nombreuses aventures et est très majoritairement d’une grande aide pour les mortels ou les demi-dieux.

Le jeune Bellérophon se voit recevoir ses bienfaits dans un rêve sous la forme d’un mors (un équipement d’harnachement) en or qui lui permet ensuite de dompter Pégase et d’en devenir le maître.

De même, elle est d’un grand renfort à Héraclès durant ses douze travaux : elle lui confie des cymbales d’airain pour effrayer les oiseaux du lac de Stymphale ; elle le guide à travers les Enfers lorsqu’il récupère Cerbère ; enfin elle accueille Héraclès à l’Olympe à la fin de sa vie. Pour la remercier, le demi-dieu lui offre les pommes d’or des Hespérides au cours de ses aventures.

De la même façon, il est impensable de parler du retour d’Ulysse à Ithaque (l’Odyssée) sans évoquer le rôle d’Athéna dans ce périple. En plus de lui accorder une protection permanente, elle aide Télémaque à retrouver son père en prenant la forme de Mentor.

Enfin, Persée reçoit une aide concrète de la déesse sous la forme d’un bouclier de bronze qui lui permettrait de voir le reflet de Méduse sans finir pétrifié. Elle va même jusqu’à guider son bras pour trancher la tête du monstre ! Pour la remercier, Persée lui offre la tête de la Gorgone qu’elle place sur l’égide.

Vase représentant Persée offrant la tête de Méduse à Athéna

Vase représentant Persée offrant la tête de Méduse à Athéna

Inspiratrice et inventrice

Athéna se soucie du bonheur des mortels. Aussi, elle leur offre souvent son aide pour découvrir des techniques et leur donner des idées lumineuses. Elle est celle par qui les Hommes apprennent à dompter les chevaux et à atteler les chars de guerre. Elle supervise également la construction de l’Argo dans le mythe des Argonautes. Athéna enseigne aussi à Dédale l’art de manipuler les métaux. Enfin, elle joue un rôle dans le milieu de la santé, offrant à Périclès une herbe pour sauver son ami et architecte Mnésiclès et à Asclépios le sang de Méduse, ayant des propriétés pouvant soit tuer soit rendre la vie.

Les châtiments dispensés par Athéna

Aglauros et Hersé

Athéna est une belle femme et elle fait nécessairement des émules parmi les dieux. Justement, Héphaïstos, pourtant marié à Aphrodite, tombe amoureux de la sage guerrière et projette en secret de s’unir à elle. Cependant, la parthénos n’a aucune envie de s’accoupler avec le dieu forgeron qui se met à la poursuivre, excité comme jamais. Tellement excité qu’Héphaïstos ne peut se retenir de jouir alors même qu’il n’a pas touché Athéna ! Sa semence vole jusqu’à la cuisse de la déesse aux yeux pers qui, dégoutée, nettoie cet affront à l’aide d’un tissu et le laisse tomber sur le sol terrestre. De ce fluide vital, mêlé à l’aura d’Athéna et aux ressources de la terre, Gaïa, nait un futur roi athénien : Erichtonios. Techniquement, c’est donc la déesse-mère Gaïa qui est la mère de l’enfant, mais elle refuse d’élever le fruit de cet odieux évènement.

Après la naissance d’Erichtonios La divinité de la sagesse décide donc d’élever seule Erichtonios. Toutefois, elle a plus urgent : cacher à Poséidon la naissance de cet enfant pour éviter qu’il ne la raille. Elle le cache donc dans une corbeille qu’elle confie au roi actuel d’Athènes, Cécrops, qu’il décide lui-même de donner à ses filles pour qu’elles en prennent soin. Néanmoins, elles ont l’interdiction formelle de l’ouvrir. Si Pandrosos parvient à réfréner sa curiosité, ce n’est pas le cas de ses sœurs, Aglauros et Hersé. Elles ouvrent alors le récipient sacré et y découvrent un enfant entouré d’un serpent horrible. Épouvantées et rendues folles par Athéna, elles se jettent du haut de l’acropole. Erichtonios, lui, devient plus tard roi d’Athènes et y renforce la prégnance du culte d’Athéna.

Arachné

La jeune Arachné est une lydienne, fille d’un teinturier (ou d’un paysan, ou d’un roi, selon les versions), qui est très douée dans l’art du tissage. Elle est si douée que tout le monde vient admirer ses œuvres et qu’elle ne minimise pas son arrogance à ce sujet. Athéna, déesse patronne des tisserands et elle-même tisseuse de l’Olympe, entend parler d’Arachné et décide de lui rendre une petite visite. Pour cela, elle se change en vieille dame et aborde la jeune tisseuse en lui faisant une leçon sur la modestie. Cependant, Arachné se moque des leçons de la vielle dame et ose même dire que son travail est supérieur à celui des dieux. Quelle erreur !

Athéna reprend alors sa forme habituelle et défie Arachné dans un duel de tissage. Elles s’installent donc face à face devant leur métier à tisser et se mettent à créer. Lorsque les deux concurrentes ont terminées, Athéna présente son œuvre : un tissage splendide, digne d’une déesse. Toutefois, la création d’Arachné est encore plus belle. Athéna est ulcérée de ce résultat et décide de déchirer sa toile de haut en bas pour punir sa rivale. Humiliée et terrifiée, Arachné part se pendre. Prise de remords devant ce triste sort, Athéna décide alors de métamorphoser Arachné en araignée, afin qu’elle puisse continuer à tisser des toiles. La morale de cette histoire est qu’il ne faut jamais se comparer au dieux dans quelque domaine que ce soit : cette impiété est lourdement sanctionnée.

Représentation d'Arachné dans le jeu SMITE

Représentation d’Arachné dans le jeu SMITE

Méduse

Avant de devenir le monstre que nous connaissons bien (une Gorgone), Méduse était une femme magnifique. Elle est d’ailleurs considérée comme une figure primordiale, sœur des Grées tout en étant mortelle. Elle est si belle que Poséidon s’en éprend. Cependant, Méduse ne veut pas de lui, ce qui pousse le dieu des mers à commettre un acte horrible : il la viole au beau milieu du temple d’Athéna. Voyant son lieu sacré souillé de la sorte, Athéna se venge sur Méduse (évidemment…) et la transforme en monstre : ses cheveux se métamorphosent en serpents, son regard devient pétrifiant et des défenses de sanglier lui poussent sur le visage. Une autre version, celle d’Apollodore, raconte qu’Athéna aurait transformé Méduse en Gorgone car elle était trop fière de sa beauté.

Tirésias

Le devin Tirésias n’a pas toujours été aveugle. Il le devint après avoir surpris la déesse de la sagesse qui prenait son bain. Pour se venger d’avoir vu ce que personne d’autre ne verra jamais, elle pose ses mains sur ses yeux et le rend aveugle pour le reste de sa vie. Pour compenser ce châtiment terrible, elle lui offre le pouvoir de la divination.

Ajax

Il existe deux Ajax : le Petit et le Grand. L’un et l’autre ont subi la colère de la déesse.

Le petit, aussi appelé Ajax d’Oïlée, fit l’erreur de kidnapper Casandre alors qu’elle se réfugiait dans un temple d’Athéna. Pour venger cet affront, Athéna demanda à Poséidon de déclencher une tempête meurtrière sur son bateau et envoya la peste sur sa terre natale, la Locride. Cependant, Ajax ne meurt pas de la tempête et se retrouve sur les rochers de Gyras. Il déclare alors qu’il s’en sortira malgré les intentions des dieux. C’en est trop pour Poséidon qui frappe alors le rocher sur lequel il se tient et le fait tomber dans l’eau, le tuant sur le coup.

Ajax le Grand, héros grec lors de la Guerre de Troie, se dispute les armes d’Achille avec Ulysse. Athéna le rend alors fou et Ajax se met à égorger des moutons alors qu’il croie tuer les grecs. Lorsqu’il s’en rend compte, il se tranche la gorge. Ulysse devra insister pour qu’on lui rende une sépulture.

Les combats de la déesse

La Gigantomachie

Les Géants sont le fruit d’une nouvelle tentative de Gaïa pour détrôner son petit-fils Zeus. Ils ne sont pas moins de vingt-cinq à se dresser contre l’Olympe. Cependant, les dieux sont désormais assez puissants pour les affronter et les vaincre. De plus, ils sont aidés du très puissant héros Héraclès. Athéna combat le géant Pallas, qu’elle tue et ensevelit sous un rocher avant qu’Héraclès ne l’achève. Elle porte ensuite sa peau en guise de trophée et d’armure. Elle collabore une fois de plus avec le demi-dieu, fils de Zeus, pour vaincre Encelade et l’enfermer sous l’Etna.

La Guerre de Troie

Bande dessinée tirée du jeu SMITE et représentant le combat entre Athéna et Arès

Bande dessinée tirée du jeu SMITE et représentant le combat entre Athéna et Arès

Athéna participe au conflit légendaire de Troie en prenant le parti des grecs. La raison est simple : Pâris ne l’a pas choisi comme étant la plus belle des trois déesses en compétition. Athéna n’hésite donc pas à encourager ses poulains dans la guerre et même à s’y mêler en participant à la mêlée. Sur le champ de bataille, elle se retrouve confrontée à Arès, qu’elle terrasse facilement. Pour plus de détails sur la guerre de Troie, rendez-vous sur l’article consacré à cet évènement mythologique : ICI.

Sources

  • Hésiode, La Théogonie,
  • Homère, L’Iliade,
  • Homère, L’Odyssée,
  • Ovide, Les Métamorphoses.

Bibliographie

  • Andrieu Gilbert, Athéna ou la Raison, Paris, l’Harmattan, 2017.
  • Hamilton Edith, La Mythologie, Alleur, Marabout, 1940.

Adaptations dans la culture pop

  • La déesse de la sagesse apparaît dans le manga Saint Seiya (en français, Les Chevaliers du Zodiaque) sous la forme de Saori Kido, sa réincarnation japonaise qui dirige l’ensemble des chevaliers de bronze, d’argent et d’or dans une lutte millénaire contre Hadès.
  • Athéna est la mère du personnage d’Annabeth Chase dans les romans de la saga Percy Jackson de Rick Riordan. Elle se caractérise par son absence auprès de ses enfants et par sa grande intelligence.
  • La divinité aux yeux pers est beaucoup représentée dans l’art, que ce soit en sculpture ou en peinture. Nous pouvons citer l’œuvre de Judy Chicago, The Dinner Party, ou la célèbre Pallas Athéna de Gustav Klimt.
  • Les jeux vidéos se sont aussi appropriés Athéna comme par exemple God of War ou SMITE.
Saori Kido, alias Athéna dans Saint Seiya

Saori Kido, alias Athéna dans Saint Seiya

Barong et Rangda

Représentation de Barong

Représentation de Barong

Une légende balinaise

L’île de Bali, en Indonésie, regorge de traditions et de rites qui lui sont propres. L’une d’entre elles, si ce n’est la plus importante, est le récit du combat opposant Barong et Rangda. Ce sont-là les deux êtres mythiques majeurs de Bali et même de la province de Bali (l’île en elle-même et ses voisines), voire de l’archipel dit des petites îles de la Sonde. Ce mythe, très méconnu des européens, est pourtant plein de sens et sa forte symbolique est exprimée par le biais des danses traditionnelles balinaises.

En effet, ce n’est pas seulement un élément de folklore mais surtout la représentation de la lutte éternelle entre le bien (Barong) et le mal (Rangda), dans un cadre somme toute assez manichéen mais également complexe. Un combat incessant, car les balinais croient qu’il ne peut y avoir de vainqueur, ni de vaincu : seulement une coexistence sans fin. Toutefois, il arrive parfois que la lumière triomphe des ténèbres : Rangda ressuscite alors pour continuer le combat. Le récit qui nous donne des détails à ce sujet s’intitule le Calon Arang, qui daterait des XIVème ou XVème siècles de notre ère. Cependant, le culte serait plus ancien et remonterait à une époque antérieure à la propagation de l’hindouisme en Indonésie. Revenons donc plus en détails sur cet épisode mythologique essentiel de la culture des Balinais.

Les personnages principaux

Barong

Barong est une divinité (ou génie tutélaire) représentée sous la forme d’une sorte de lion, bien que dans d’autres régions, il peut ressembler à d’autres animaux dont voici une liste non-exhaustive :

  • Barong Ket : le lion (le plus répandu),
  • Barong Landung : le géant ou les géants (peut être originaire de Jakarta),
  • Barong Naga : le dragon,
  • Barong Macan : le tigre,
  • Barong Celeng : le sanglier,
  • Barong Asu : le chien,
  • Barong Lembu : la vache.
Quelques unes des différentes formes de la divinité Barong

Quelques unes des différentes formes de la divinité Barong

Ce caractère animal est la marque de l’animisme prégnant de l’époque de la création du mythe. Il représente les forces du « bien », les « forces existant sur Terre » et est le protecteur de l’humanité qui utilise sa magie ainsi que ses enchantements pour défendre les habitants de Bali de la magie noire exercée par son antithèse : Rangda. Barong représente aussi les forces de la nature protectrice et notamment l’esprit de la forêt. Globalement, il est la vertu, mais il est également imprévisible.

Rangda

A l’inverse de Barong, Rangda représente le mal, mais elle peut également être un symbole de protection contre le mal (combattre le feu par le feu ?). Cette deuxième divinité est une sorcière féroce, parfois décrite comme la « reine démone« , horrible et agressive, représentant la peur, la rage ainsi que la destruction dans le monde. Rangda pourrait être liée à la légende de Calon Arang, une reine du Xème siècle que l’on surnommait de la même façon et qui était veuve, ce qui est littéralement la signification de « Rangda ». Elle est associée à la déesse indienne Durga, l’une des formes de Parvati, une divinité furieuse et destructrice, armée jusqu’aux dents et parfois à Kali. Rangda est donc l’exact opposé de Barong de par sa symbolique dangereuse et ses pouvoirs hors du commun qui peuvent par exemple servir à faire tomber un adversaire en transe pour contrôler son esprit.

Il est possible que le personnage soit inspiré d’une personne réelle : Mahendradatta, une reine javanaise du XIème siècle ayant été exilée de son royaume car elle aurait pratiqué la magie noire. Suite à cet affront, la reine aurait éradiqué la moitié de la population en utilisant ses maléfices pour causer la peste. Cette hypothèse se tient donc, d’autant plus que cette reine aurait voué un culte à Durga. Dans tous les cas, la légendaire Rangda est une sorcière mangeuse d’enfants et dirigeant une armée de sorcières.

Représentation de Rangda

Représentation de Rangda

Les mythes

Calon Arang : le combat du bien et du mal

Tout commence avec la reine Calon Arang, mère du roi Airlangga (ou Erlangga) et de la princesse Ratna Manggali. Elle est déjà veuve (du roi Girah) au début du récit et a la réputation d’être une sorcière dangereuse, ayant régulièrement recours à la magie noire. Sa fille, malgré sa beauté, ne trouve pas de mari et Calon Arang commence à s’impatienter. En réalité, personne ne veut avoir affaire à la vieille sorcière ! Elle décide alors de se venger en sacrifiant une jeune fille à Durga et le lendemain la peste envahit la ville en même temps que de nombreuses inondations qui ne font pas de cadeau à la population. A partir de ce moment, il existe deux versions principales de l’histoire.

La première raconte que c’est le roi Airlangga qui trouve la solution en mariant sa sœur à un disciple de son conseiller, Empu Bahula. Le mariage dure sept jours et sept nuits et la paix revient dans le royaume. Néanmoins, c’était avant que le nouveau mari tombe sur le grimoire d’incantations magiques de Calon Arang qu’il fait passer à son maître, le conseiller du roi. La sorcière l’apprend et entre dans une rage folle : elle se jette sur cet homme qui possède maintenant son livre magique et un combat s’engage. Cependant, sans l’aide de ses formules et de la déesse Durga, Calon Arang perd l’affrontement et meurt.

Dans la seconde version, Calon Arang enseigne la magie noire à des jeunes vierges pour qu’elles deviennent des sorcières. Ensemble, elles préparent un rite magique qui portera un coup fatal au royaume. Le roi apprend les méfaits et les intentions futures de sa mère et décide d’y mettre un terme. Il envoie son premier ministre et l’armée arrêter la sorcière. Il arrive juste à temps et trouve Calan Arang, prenant alors la forme de la terrible et furieuse Rangda, qui refuse d’arrêter son rituel. Elle entre en transe et incite toute la population à l’attaquer. Cependant, une fois tous les villageois armés, elle se met à contrôler leurs esprits pour qu’ils se poignardent eux-mêmes à l’aide des poignards kris. Les prêtres du village récupèrent donc les blessés et les soignent, voire les ressuscitent pour qu’ils reprennent le combat. C’est alors qu’apparait Barong, le sauveur, qui vient détruire la sorcière. Ils deviennent alors ennemis jurés et ainsi commence le cycle des affrontements entre le bien et le mal.

Pemaksan Barong Tegaltamu

Sadewa, un prince aimé de son peuple, n’a d’autre choix que de se sacrifier à la déesse de la mort, Batari (ou Betari) Durga, lors de la fête de cette dernière. Le premier ministre et la reine-mère prennent connaissance de cette destinée funeste et décident de le sauver en tentant de le soustraire à la promesse donnée à la divinité infernale. Toutefois, un autre personnage vient s’opposer à ce dessein : la sorcière maléfique. En tant que disciple de la déesse Batari Durga, elle refuse catégoriquement que le sacrifice soit annulé.

Ainsi, elle élabore un plan : la méchante sorcière utilise ses maléfices en touchant la reine-mère afin de la rendre furieuse contre son fils, Sadewa. Par la suite, la reine se met à battre son enfant et revient sur sa décision de sauver le pauvre garçon. Elle demande au premier ministre d’emmener Sadewa au cimetière, le lieu sacré de la déesse de la mort. Cependant, le premier ministre refuse car il apprécie le prince et ne comprend pas cette décision. Ceci jusqu’à ce qu’il se fasse lui aussi envoûter par la sorcière (visiblement toute puissante !). Ni une, ni deux, il emmène Sadewa au cimetière et l’attache à un tronc qui fait directement face au temple de Batari Durga.

Le destin funeste de Sadewa semble donc scellé, mais c’est alors qu’il reçoit un coup de pouce divin : le dieu Siwa s’interpose car il aime le prince. Il décide de rendre Sadewa immortel et indestructible. La sorcière, constatant qu’elle ne réussira pas à mener à bien son plan, s’avoue vaincue et demande au prince de la tuer, vœu qu’il lui accorde afin qu’elle puisse monter au ciel. Une deuxième prêtresse de Batari Durga, Kaleta, demande alors à Sadewa de l’exécuter elle-aussi, mais celui-ci refuse. La deuxième sorcière, très mécontente, décide de menacer le prince en changeant de forme à plusieurs reprises : elle commence par un ours agressif, puis elle prend la forme d’un oiseau géant, le Garuda. Malgré tout, Sadewa ne change pas d’avis : elle n’a d’autre choix que de prendre une forme encore plus menaçante : la grande et puissante sorcière maléfique Randga. Ainsi apparaît notre antagoniste principal dans sa toute puissance, amenant avec elle les ténèbres sur le monde.

Pour lui faire face, le prince, ayant acquit de nouveaux pouvoirs, se transforme en Barong, la force toute puissante du bien. Toutefois, les deux adversaires sont de forces égales et ne réussissent pas à se départager. Barong demande alors à ses fidèles de l’aider. Une armée d’hommes s’élèvent alors contre Rangda, armés de leurs poignards magiques, les kris. Malheureusement, Rangda leur jette un maléfice qui les force à se planter leurs armes dans leur propre poitrine (cet évènement est donc commun aux deux mythes). Barong réagit rapidement en renforçant la peau des hommes afin que leurs armes ne puissent la traverser. Un prêtre arrive ensuite pour désenvouter les hommes de la transe dans laquelle Rangda les avaient plongé. Néanmoins, comme nous le savons, la lutte entre le bien et le mal ne s’arrête jamais, à l’image de ce combat. Le mythe n’a donc pas vraiment de fin : c’est un cycle sans fin qui montre la dualité qui existe dans le monde.

La tradition de Bali

Aujourd’hui, le mythe a subsisté à Bali et dans d’autres îles indonésiennes par le biais de la danse rituelle effectuée pour symboliser ces évènements mythiques. Le Calon Arang et le Pemaksan Barong Tegaltamu font l’objet de représentations, entre théâtre et danse folklorique, qui font survivre ces légendes vieilles d’un millénaire. Pour ce faire, des danseurs enfilent des costumes et des masques à l’effigie de Barong et de Rangda et interprètent la lutte continuelle entre les puissances bonnes et mauvaises dans des temples consacrés. Les deux figures mythologiques sont devenues des esprits patronnant les villages et les représentations artistiques locales sont un moyen de leur rendre hommage. Il ne faut cependant pas négliger le fait que ces danses sont devenues avec le temps des moyens de faire du tourisme plus que des cérémonies à but purement religieux. C’est là l’un des effets pervers de la venue des touristes, mais c’est en même temps l’une des raisons de la sauvegarde de ce patrimoine si spécifique.

Dans tous les cas, il faut retenir de cette légende le combat éternel du bien et du mal, représenté par Barong et Rangda, l’idée de continuité et de complémentarité (la lumière ne peut exister sans ombre et inversement). Les rituels chorégraphiques et théâtraux qui leurs sont associés permettent de mettre en lien les vivants avec le monde surnaturel auquel ils sont susceptibles de croire encore aujourd’hui. Désormais, les noms des personnages désignent tout autant la figure religieuse, le masque que la danse en fonction du contexte. Il existe évidemment beaucoup d’autres versions du mythe traditionnel de ces îles d’Indonésie, mais la synthèse qui est ici apportée peut donner un aperçu global de ces légendes et rites sacrés.

Bibliographie

Belo Jane, Rangda and Barong, New York, J.J. Augustin Publisher, 1949.

Godlewski Guy, « La Civilisation Enchantée de Bali », dans La Nouvelle Revue des Deux Mondes, 1976.

Barong et Rangda tels qu'ils sont représentés dans les jeux Persona

Barong et Rangda tels qu’ils sont représentés dans les jeux Persona

Les principaux dieux grecs

Les principales divinités grecques (illustration de Dim. D et Frederico Santagati)

Les principales divinités grecques (illustration de Dim. D et Frederico Santagati)

 

La religion de la Grèce antique

La mythologie grecque (et par extension romaine) se définit par son caractère polythéiste : il y a donc plusieurs divinités. Ainsi, chaque dieu représente un aspect de la nature ou de la vie des hommes, aussi bien concernant l’inné (l’amour, le ciel, la mer, la mort, etc) que l’acquis (la guerre, la chasse, la musique, la forge, etc.). Selon la tradition, le panthéon olympien (dieux résidant au Mont Olympe) se compose de 12 dieux, mais ce nombre peut varier selon les époques (notamment Hestia et Déméter). Ces dieux sont une grande famille, du fait que que plusieurs d’entre-eux se reproduisent entre frères et sœurs. Ils descendent également parmi les mortels et engendrent des demi-dieux (Héraclès, Persée, etc.) avec des humain(es), les héros des légendes et mythes que nous connaissons tous. Il est intéressant de noter le caractère humain des dieux : c’est à dire qu’ils ne sont pas parfaits, ils ont des défauts qui les font se rapprocher des croyants. Par exemple, Zeus est un incorrigible infidèle qui se met régulièrement dans des colères noires. C’est un point important qui différencie la religion des grecs et des romains des religions que nous connaissons actuellement. L’arbre généalogique des dieux est confus, mais la plupart des liens générationnels nous sont connus. En voici  une version schématisée :

Généalogie des dieux grecs (et titans)

Généalogie des dieux grecs (et titans)

Évidemment, certains liens changent en fonction de l’auteur, comme par exemple Aphrodite, fille de Zeus chez Homère et fille d’Ouranos chez Hésiode. Comme on le voit sur le schéma, la génération précédente aux dieux olympiens (Zeus, Poséidon, Hadès, etc.) est composée de douze Titans, divinités primordiales, enfants de Gaïa (la terre) et d’Ouranos (le ciel), dont Cronos et Rhéa. Pour comprendre leur importance, il faut analyser les mythes primordiaux. La religion de Rome est un peu différente car elle se base sur l’appropriation culturelle ou plutôt l’absorption. C’est la raison pour laquelle les dieux et déesses grecs ont été adaptés à la culture romaine (changement de noms, de fonctions et de symboles) mais que beaucoup d’éléments ont été gardés (mythes, héros et symbolique globale des mythes). Les Romains ré-écrivent les mythes et les transforment dans leur propre intérêt. D’ailleurs, la religion grecque n’est pas la seule a avoir été inclue dans celle des Romains comme la mythologie égyptienne par exemple. Ce principe s’appelle le syncrétisme religieux.

 

La Cosmogonie

Au commencement est le Chaos, immensité de ténèbres. Apparaissent ensuite deux divinités : Gaïa, la mère nourricière, et Eros, « l’amour qui amollit les âmes ». Leur union engendre des multitudes de dieux et d’éléments de la nature. Tandis que du Chaos naissent Nyx, la nuit noire et Erèbe, les ténèbres, Gaïa donne naissance à Ouranos (le ciel) d’elle-même, avec qui elle s’unit. En effet, Ouranos et Gaïa sont les premiers à régner sur le monde. A la naissance de chacun de ses enfants, Ouranos les enferme dans dans le sein de Gaïa (les Titans, les Hécatonchires et les Cyclopes). Furieuse, Gaïa demande à ses enfants de se venger de leur père en construisant une faux afin de le castrer (et de le détrôner). C’est Cronos qui répond à l’appel et qui émascule son père.

La mutilation d'Ouranos par Cronos de Giorgio Vasari et Gherardi Christofano

La mutilation d’Ouranos par Cronos de Giorgio Vasari et Gherardi Christofano

Il prend donc le pouvoir, amenant les Titans, ses frères et soeurs, au sommet du pouvoir. Mais Ouranos prédit à Cronos qu’il sera, lui aussi, détrôné par son propre fils. C’est la raison pour laquelle Cronos enferme ses frères Hécatonchires et Cyclopes au Tartare et qu’il avale littéralement ses enfants au moment de leur naissance (qu’il a avec Rhéa). Lors de la sixième naissance, Rhéa décide de se jouer de Cronos afin que leur enfant vive. Elle remplace le bébé emmailloté par une pierre, et celui-ci n’y voit que du feu. Dans le même temps, elle envoie cet enfants, Zeus, en Crète afin qu’il grandisse loin de son père. Zeus accomplit alors la prophétie en faisant recracher à Cronos ses enfants et en l’envoyant, lui et ses frères Titans, au Tartare. Parallèlement, il libère les Hécatonchires et les Cyclopes. C’est ainsi que Zeus devient le roi des dieux et règne en maître sur le monde. Ce n’est, bien sûr, qu’une version simplifiée du mythe qui mérite d’être largement étoffée.

 

Le panthéon des dieux grecs

Zeus

Zeus tel qu'il est représenté dans Smite

Zeus tel qu’il est représenté dans le jeu Smite

Nommé Jupiter à Rome, Zeus est le roi des dieux, père de ces derniers ainsi que des Hommes. Il est aussi le dieu du ciel et maîtrise le tonnerre. En tant que dieu des dieux, il possède une autorité suprême sur la totalité des êtres vivants. Zeus est connu pour deux traits en particulier : il est très colérique et très coureur de jupons. Ce dernier point lui vaut d’ailleurs d’avoir des enfants aux quatre coins du monde, pour le plus grand plaisir de sa femme, Héra. Parmi ses enfants divins, nous pouvons citer Hermès, Héphaïstos, Dionysos, Athéna, Coré et Arès. Il est aussi le père de nombreux demi-dieux comme Héraclès, Persée, Minos et Rhadamanthe. Son arme de prédilection est le Foudre, qu’il obtient des Cyclopes après la Titanomachie. Ses autres attributs sont le sceptre, le trône, l’aigle et la chèvre.

 

Poséidon

Poséidon (artwork de Rod Wong)

Poséidon (artwork de Rod Wong)

Appelé Neptune chez les Romains, Poséidon est le frère de Zeus et le dieu de la mer. Du moins, c’est la définition la plus répandue des fonctions du dieu. En réalité, il est aussi dieu de la terre ! En effet, lorsque Zeus a partagé les trois royaumes entre lui et se frères, il s’est donné le ciel et a donné les Enfers à Hadès. Il reste donc la terre et la mer qui reviennent à Poséidon. C’est la raison pour laquelle il est aussi le dieu des tremblements de terre et, plus étonnant, des chevaux. Lui aussi reçoit une arme des Cyclopes : le célèbre Trident. Il est également souvent représenté chevauchant un char aquatique. Comme son frère, il est colérique et n’hésite pas à déchaîner les eaux contre ses ennemis (Ulysse en sait quelque chose). Enfin, il est le père de pas moins de 43 enfants pour 27 femmes différentes !

 

Hadès

Hadès (artwork de Woe)

Hadès (artwork de Woe)

Le dernier de cette triade divine se nomme Pluton à Rome et Hadès en Grèce. Il est le dieu/roi des Enfers (attention à ne pas le confondre avec le dieu de la mort). Son accessoire de prédilection est la Kunée, un casque d’invisibilité, conféré lui aussi par les Cyclopes. S’il inspire souvent la terreur, Hadès n’est pas un mauvais dieu, bien au contraire, néanmoins il se montre souvent sans pitié voire insensible (si l’on exclue Orphée et sa lyre…). Il est même capable d’amour comme on le voit concernant sa femme Perséphone ainsi qu’avec ses quelques aventures extra-conjugales (Menthé notamment). Un autre de ses attributs est la double-fourche, pas toujours citée ou représentée. Aux Enfers, il est assisté de plusieurs créatures ou divinités : Cerbère, Hypnos, Thanatos, les Erynies, etc. (voir l’article sur les Enfers pour plus d’informations).

 

Athéna

Statue d'Athéna

Statue d’Athéna

Athéna est la Minerve romaine, déesse de la sagesse, de la stratégie guerrière, de la justice, de l’artisanat et, comme son nom l’indique, déesse poliade protectrice de la cité d’Athènes. Elle est la fille de Zeus et de Métis (nymphe océanide) mais sa naissance est un peu particulière car elle est sortie en armes du crâne de Zeus. Athéna est une déesse vierge et l’évènement de la naissance du premier athénien n’y fait pas exception si l’on considère qu’elle n’a jamais eu de rapport avec Héphaïstos. Si Athéna est sage, elle peut aussi se montrer jalouse et cruelle lorsqu’elle n’est pas en position de victoire. Ses symboles sont la chouette et l’olivier auxquels il faut ajouter le bouclier que lui a confié Zeus, l’égide, sur lequel figure la tête de Méduse. Vous trouverez plus d »informations sur Athéna dans CET ARTICLE.

 

Apollon

Illustration du dieu Apollon

Illustration du dieu Apollon

Apollon est le dieu grec des arts (musique et poésie en tête de liste), de la raison, du Soleil et de la guérison. A Rome, on l’appelle Apollo ou Phébus. Apollon est le fils de Zeus et de Léto. Il est aussi considéré comme le dieu de la beauté masculine du fait qu’il soit décrit comme le plus beau de tous les dieux. Mais attention : il n’est en rien le dieu de l’amour ! Apollon possède plusieurs autres prérogatives comme être le dieu des oracles (celles qui prédisent l’avenir, comme à Delphes) et de la médecine (surtout à Rome). A l’inverse, il peut aussi amener la maladie : il est celui qui tire une flèche de peste sur le camp grec dans l’Iliade. Enfin, en tant que dieu des arts, il a la responsabilité des neuf muses qui l’accompagnent régulièrement lors des festivités à l’Olympe (il est donc « musagète »). Ses accessoires fétiches sont l’arc et la lyre tandis que ses attributs sont la beauté, la lumière (du soleil), le laurier et les œuvres d’art.

 

HéRA

Illustration de la déesse Héra

Illustration de la déesse Héra

Héra, ou Junon à Rome, est la femme et sœur de Zeus. Elle est la déesse du mariage, de la fécondité, des femmes et elle est la protectrice des couples mariés (notamment les femmes mariées, les « Gunè »). En tant que reine, elle possède une certaine autorité mais malheureusement pour elle, son propre marie bafoue souvent cette prérogative. Elle est souvent excédée des comportements adultères de son mari qu’elle tolère malgré elle. En revanche, elle se venge facilement : Héraclès, par exemple, en a fait les frais. En bref, il ne vaut mieux pas attirer l’attention de Zeus car c’est vous qui serez victime de la jalousie d’Héra ! Ses attributs sont le paon, la génisse, le sceptre et la couronne.

 

Artémis

Artémis (artwork de Michael C. Hayes)

Artémis (artwork de Michael C. Hayes)

La Diane romaine est l’Artémis grecque. Soeur jumelle d’Apollon, elle est donc également la fille de Zeus et de Léto. Ses fonctions n’ont en revanche rien à voir avec son frère : elle est la déesse de la chasse, de la nature sauvage et de la Lune. Très indépendante, Artémis est une chasseresse éternellement vierge qui veille sur les jeunes filles en les faisant rejoindre ses rangs. Elle a un très fort lien avec les animaux qu’elle patronne. Ses attributs sont l’arc, les flèches d’argent, la Lune, la biche et l’ours. Enfin, si la virginité la caractérise, cela ne l’empêche pas d’avoir des sentiments amoureux pour des hommes comme pour Orion.

 

Aphrodite

Aphrodite telle qu'elle est représentée dans La Naissance de Vénus de Botticelli

Aphrodite telle qu’elle est représentée dans La Naissance de Vénus de Botticelli

Aphrodite, appelée Vénus à Rome, est certes la déesse de l’amour, mais aussi de la beauté, du plaisir charnel et de la procréation. Elle est née de l’émasculation d’Ouranos : son sexe tombe dans la mer et elle nait de l’écume des vagues près de Chypre (on a connu plus glamour). Même si elle est mariée à Héphaïstos, elle a de nombreux amants comme Arès, Adonis ou Hermès dont elle a un fils célèbre : Éros. Elle possède une ribambelle d’attributs dont le coquillage, la rose, le pavot, la colombe, le cygne et le bélier.

Arès

Arès tel qu'il est représenté dans l'univers DC

Arès tel qu’il est représenté dans l’univers DC

Arès est le dieu grec de la guerre, appelé Mars à Rome. Il se différencie d’Athéna car sa guerre à lui, c’est la violence extrême, le crime de sang, la barbarie et les armes. Il est le fils de Zeus et Héra et est lui-même le père des fondateurs de Rome, Rémus et Romulus. Peu apprécié par les Grecs, il est en revanche adulé par les Romains. Ses attributs sont son armure complète, ses armes (dont le glaive), le pivert et le sanglier.

Dionysos

Dionysos (peinture du Caravage)

Dionysos (peinture du Caravage)

Vous connaissez peut être Dionysos sous le nom romain de Bacchus. Fils de Zeus et Sémélé, il a dû être caché dans la cuisse de son père avant même sa naissance, de sorte qu’Héra ne pourrait le trouver pour se venger de cette énième infidélité. Dionysos est le dieu du vin, de la fête et de la folie. Ses prêtresses sont les Bacchantes, des femmes (et parfois hommes) rendues dingues par l’abus d’alcool. A un moment donné, Dionysos a remplacé Hestia dans le panthéon canonique des dieux. Ses attributs sont la thyrse (bâton surmonté d’une pomme de pin), le raisin, la vigne et la panthère.

Hermès

Statue d'Hermès de Schwetzingen (Allemagne)

Statue d’Hermès de Schwetzingen (Allemagne)

Mercure à Rome et Hermès dans le monde grec est le dieu des voyages, du commerce et des voleurs. Il a également pour fonction principale d’être le messager des dieux. Fils de Zeus et de Maïa (fille du titan Atlas), ses deux principales qualités sont la rapidité et la ruse. Hermès est aussi l’accompagnateur des âmes décédées jusqu’aux Enfers, on l’appelle alors Hermès psychopompe. Ses attributs sont la Caducée (le sceptre entouré de deux serpents), la pétase (le chapeau rond), les sandales ailées, la bourse d’argent, le bouc, la tortue et le coq.

DÉMÉTER

Déméter (artwork de Midori Harada)

Déméter (artwork de Midori Harada)

Déméter est connue sous le nom de Cérès à Rome. Soeur de Zeus, elle est la déesse de l’agriculture avec tout ce que cela implique : céréales, fertilité, moissons, etc. Sa fille est Coré/Perséphone qu’elle a eut avec Zeus (voir Perséphone dans l’article les Enfers). Déméter joue un rôle essentiel pour les Hommes qui la prient assidument. Ses attributs sont l’épi de blé, la tourterelle et le cochon.

HÉPHAÏSTOS

Statue de Vulcain (Héphaïstos)

Statue de Vulcain (Héphaïstos)

Héphaïstos est le Vulcain romain, dieu de la forge et du feu avec lequel il peut maîtriser tous les métaux. S’il est le fils de Zeus et d’Héra, il n’en est pas pour autant aimé car il est estropié après que sa propre mère l’ai jeté de l’Olympe sur Terre. Il est marié avec Aphrodite (oui, je vous le jure) mais le couple ne fonctionne pas car madame est très infidèle. Ses attributs sont le marteau, l’enclume, la masse, l’âne et le feu.

 

Hestia

Illustration de la déesse Hestia

Illustration de la déesse Hestia

Hestia, appelée Vesta à Rome, est la déesse protectrice du foyer, symbolisé par le feu sacré qu’elle représente. Elle protège donc le feu familial et la maison et très souvent convoquée pour les rites familiaux.

Vous reconnaîtrez sans doute dans les appellations latines des dieux les noms des planètes, à savoir, dans l’ordre après le soleil : Mercure, Vénus, (la Terre), Mars, Jupiter, Saturne, Uranus, Neptune et la planète considérée comme naine, Pluton. Nous pouvons aussi évoquer la planète naine Cérès. De même, les différentes lunes portent également des noms mythologiques.

 

Sources

Les sources de base sur le sujet sont :

  • Hésiode, La Théogonie,
  • Homère, L’Iliade,
  • Homère, L’Odyssée,
  • Ovide, Les Métamorphoses,
  • Virgile, L’Enéide.

Le livre Mythologie grecque et romaine de Pierre Commelin explique en détails les mythes des dieux et des héros. Pour plus de détails, l’excellent Grand dictionnaire de la mythologie grecque et romaine de Jean-Claude Belfiore.