Le Bestiaire Mythologique

Artwork de l'Hydre de Lerne par Arvalis

Artwork de l’Hydre de Lerne par Arvalis

Les Créatures de la Mythologie Gréco-Romaine

Il existe dans la mythologie gréco-romaine de très nombreuses créatures venant se placer entre le héros et sa destinée. Si ces monstres sont pour la plupart maléfiques, certains sont simplement des êtres magiques vivant plus ou moins en paix avec les humains. Dans tous les cas, ces créatures symbolisent souvent une idée ou un concept inexplicable ou dangereux pour les Grecs et les Romains et qu’il est intéressant de décrypter. Je vous propose ici une liste claire et précise de ces bêtes mythiques dans laquelle je préciserai pour chacun ses caractéristiques, sa symbolique et les mythes dans lesquels il apparaît. Attention : je ne parlerai que de la vision gréco-romaine païenne de ces bêtes et non pas de leur signification médiévale (cela vaut notamment pour les créatures comme le Dragon ou la Licorne). Ceci n’est pas une liste exhaustive : aussi, si vous avez des exemples de créatures manquantes, n’hésitez pas à me les signaler.

Les Monstres

Méduse

Artwork de Méduse par Maniakuk

Artwork de Méduse par Maniakuk

Le nom de Méduse nous vient du grec Medousa et du latin Medusa. Quasiment tous les auteurs grecs et latins font référence à ce personnage très célèbre de la mythologie. Elle est l’une des trois Gorgones, les filles de Phorcys et de Céto et fait donc partie des divinités primordiales. Ses deux sœurs se nomment Sthéno et Euryale qui sont immortelles à la différence de Méduse. Son aspect a un peu évolué au cours des siècles : d’abord monstre difforme, elle devient ensuite une femme à la chevelure de serpents et possédant des défenses de sanglier. Quiconque croise son regard se pétrifie sur place, ce qui en fait une arme exceptionnellement redoutable. Selon certains mythes, elle avait obtenu cet aspect à cause d’un châtiment d’Athéna (Minerve) ou d’Aphrodite (Vénus). Le mythe qui la met principalement en scène est celui de Persée, dans lequel le héros, aidé par Athéna et Hermès, tranche la tête de la Gorgone et s’empare de cette dernière (le gorgoneion) qui possède toujours son pouvoir pétrifiant. Son visage est ensuite placé sur le bouclier d’Athéna, l’égide. Du sang de Méduse naissent deux créatures : Pégase et le chevalier d’or Chrysaor. Aujourd’hui, Méduse a obtenu une symbolique féministe, mettant en avant son pouvoir et son autorité obtenue de facto grâce à son regard.

L’Hydre

Hercule et l'Hydre par John Singer Sargent

Hercule et l’Hydre par John Singer Sargent

Nous parlons bien évidemment de l’Hydre de Lerne, l’Hydra Lernaia en grec ou « serpent d’eau de la ville de Lerne ». Plusieurs auteurs en font état dont Apollodore, Hygin et Ovide. Cette créature possède un corps de chien et de très nombreuses têtes de serpents dont le nombre varie grandement : de 5 à 500 selon les auteurs ! L’hydre possède une faculté spéciale : lorsqu’on lui coupe une tête, deux repoussent à la place. Ce monstre, réputé immortel, avait été élevé par Héra (Junon) dans le but de le confronter à Héraclès. Il terrorisait les habitants de la région jusqu’à ce que le héros vienne le combattre dans le cadre des douze travaux. Pour contrer son talent de repousse, Héraclès demanda à son neveu Iolaos de cautériser au feu les têtes coupées afin qu’elles ne puissent plus repousser. Cependant, la dernière tête à vaincre était, elle, immortelle. Héraclès l’enterra sous un immense rocher et ainsi l’hydre fut vaincue. Le sang de la bête servit à empoisonner les flèches du héros.

Les Cyclopes

Statue d'un Cyclope (National History Museum, Londres)

Statue d’un Cyclope (National History Museum, Londres)

Le terme Cyclope provient du latin cyclops, une transcription du grec kuklôps qui se traduit par « œil rond ». Parmi les auteurs qui nous en apprennent plus sur le Cyclope, nous avons tout d’abord Hésiode, Homère, puis Euripide dans sa pièce Le Cyclope ou encore Théocrite, Virgile et Ovide. Les Cyclopes sont des êtres monstrueux comparables à des géants et ne possédant qu’un seul très grand œil à la place des deux yeux habituels. Ils sont nés de Gaia et d’Ouranos et ont été enfermés pendant longtemps par les Titans, puis libérés par les dieux pour qui ils créèrent les armes divines : le foudre, le trident et la kunée. D’autres générations de Cyclopes virent ensuite le jour et trois classes se distinguent. Tout d’abord, il y a les forgerons, intégrés et assistants d’Héphaïstos. Il existe aussi les cyclopes pastoraux, des éleveurs de moutons barbares et cannibales. De cette deuxième classe, nous pouvons citer Polyphème, le Cyclope qu’Ulysse rencontra lors de son retour à Ithaque. Alors qu’il retenait en otage l’équipage du héros en dévorant les marins jour après jour, ils se fit crever son seul œil par Ulysse (« Personne »). La troisième catégorie est celle des bâtisseurs, associés aux vestiges de Mycènes ou de Tirynthe (les murs cyclopéens). Symboliquement, les Cyclopes représentent, pour les Grecs, le refus de la civilisation et de la culture.

Les Centaures

L'Education d'Achilles par Eugène Delacroix

L’Education d’Achilles par Eugène Delacroix

Le terme provient du latin centaurus, issu lui-même du grec kentauros qui a d’abord signifié un peuple barbare de Thessalie, puis les Centaures que nous connaissons. Évidemment, les sources concernant ces créatures sont multiples : Hésiode, Homère, Pindare, Apollodore, Diodore de Sicile, Hygin et Ovide en font partie. Les Centaures sont des monstres à-demi hommes et à-demi chevaux, descendants d’Ixion et de Néphélé. C’est une tribu barbare de Thessalie éloignée du monde civilisé, une bande d’ivrognes qui apparaissent dans de nombreux mythes comme des agresseurs et des personnages lubriques. Cependant, il y a des exceptions comme Chiron, un éducateur bienveillant qui a formé les plus grands héros ou encore Pholos, un gentil centaure ayant aidé Héraclès. Néanmoins, globalement, la symbolique des Centaures est, comme pour les Satyres, celle de créatures bestiales et dangereuses, assimilées aux vices de l’orgueil, de la luxure et de la cupidité. Leur féminin est la Centauresse.

Le Sphinx

Œdipe et le Sphinx par François-Xavier Fabre

Œdipe et le Sphinx par François-Xavier Fabre

Le nom du Sphinx provient du grec sphinx, également sphinx en latin. Son origine est très probablement égyptienne, mais par suite de sa diffusion dans le monde grec, Hésiode nous en parle, suivi par Apollodore et Euripide, Diodore de Sicile, Hygin, Pline l’Ancien et Pausanias. Cet enfant d’Echidna et de Typhon apparait sous la forme d’une lionne ailée possédant une tête et un buste de femme humaine et parfois une queue de serpent. Il est décrit comme un démon ravisseur, monstre dévoreur et gardien funèbre. Le Sphinx apparaît dans le mythe d’Œdipe dans lequel la créature soumet au héros une énigme. La bête a été envoyée par Héra pour punir les Thébains du meurtre du roi Laïos et il gardait la route de Thèbes en dévorant les voyageurs. Lorsqu’Œdipe répondit correctement à l’énigme, le Sphinx fut furieux et se suicida.

Le Minotaure

Artwork de Thésée affrontant le Minotaure par Kolokas

Artwork représentant Thésée affrontant le Minotaure par Kolokas

Du grec Minotauros et du latin Minotaurus, son nom est composé de celui de son père, Minos et de tauros, signifiant tout simplement « taureau ». On retrouve le récit de ses méfaits chez Apollodore, Plutarque ou encore Ovide, dans Les Métamophoses. Cette créature très célèbre est née de l’union de Pasiphaé et du taureau blanc sacré. Le Minotaure est une bête à corps d’homme et à tête de taureau qui se cachait dans le labyrinthe créé par Dédale sur l’ordre du roi Minos. Thésée le tua et mit ainsi fin à la terreur qu’il inspirait. Pour plus d’informations sur cette créature et le mythe qui l’entoure, c’est ICI (article en cours de création !).

Les Satyres

Le Faune par Carlos Schwabe

Le Faune par Carlos Schwabe

Le terme grec saturos désigne une créature mythique de la suite de Dionysos et il a dérivé dans le latin en satyrus avant de devenir notre satyre. Les sources principales pour ces créatures sont l’Hymne à Aphrodite attribué traditionnellement à Homère et les écrits de Pausanias. Les satyres sont pourvus d’un buste d’homme, de longues cornes, d’oreilles pointues et le bas de leur corps est celui d’un bouc. Ce sont des dieux des bois et des montagnes, mais surtout des démons de la nature axés essentiellement sur les plaisirs de la chair, comme l’indique leur membre viril perpétuellement en érection. Cherchant à assouvir leurs désirs, ils poursuivent sans cesse les nymphes entre deux danses et festivités alcoolisées. Leur rôle est minimisé dans les mythes mais nous pouvons citer Marsyas et Silène. Symboliquement, les satyres représentent le reflet agrandi des penchants et des excès de la race humaine. Leurs homologues romains sont les Faunes, des créatures plus gaies et moins brutales.

Les Nymphes

Statue de Nymphe dans les jardins de Versailles

Statue de Nymphe dans les jardins de Versailles

La Nymphe vient du grec numphê signifiant « jeune fille » ou « fiancée ». Ces divinités de la nature sont des femmes personnifiant les activités créatrices de la végétation ou des milieux aquatiques, souvent liées à un endroit en particulier. Elles apparaissent souvent dans les mythes en même temps que les Satyres avec qui elles ont de nombreuses relations sexuelles, d’où le terme de nymphomanie. Belles et jeunes, les Nymphes forment souvent les cortèges de divinités liées à la nature comme Artémis, Déméter, Pan ou Dionysos.

Les Harpies

Artwork d'une Harpie par Rhineville

Artwork d’une Harpie par Rhineville

La Harpie vient du grec harpuia puis du latin harpyia. Hésiode en fait état tout autant qu’Apollonios de Rhodes, Hygin et Virgile. Elles sont trois sœurs, Aello (ou Nicothoé) signifiant « bourrasque », Ocypété signifiant « vole-vite » et Célaeno signifiant « obscurité », filles du dieu Thaumas et de l’Océanide Electre (à ne pas confondre avec la fille d’Agamemnon) et sœurs de la déesse Iris. Ce sont des créatures mi-femmes, mi-oiseaux plus rapides que le vent mais aussi très néfastes. Elles ravissent les enfants et tourmentent les mortels. Leur méchanceté pure est devenue une insulte visant les femmes acariâtres, tout comme l’Erinye Mégère.

Pégase

Mosaïque représentant Bellérophon chevauchant Pégase (Autun)

Mosaïque représentant Bellérophon chevauchant Pégase (Autun)

Le nom de Pégase nous vient du latin pegasus qui provient lui-même du terme grec pegasos, dérivé de pegai, les « sources ». Nous retrouvons la mention de cette créature merveilleuse chez de très nombreux auteurs à commencer par Hésiode dans sa Théogonie. Pindare, Apollodore, Hygin, Ovide, Pline l’Ancien et Pausanias nous parlent également de ce cheval ailé rapide comme le vent. Pégase est né du sang de Méduse décapitée par Persée. Ce dernier se servit de Pégase comme d’une monture pour sauver la jeune Andromède. Il apparait aussi dans le mythe de Bellérophon : difficile à approcher, le cheval ailé se laisse pourtant chevaucher par le pouvoir de mors d’or magiques. Ainsi, Bellérophon peut tuer la Chimère, les Solymes et les Amazones. Cependant, lorsque Bellérophon voulut s’élever vers l’Olympe, Zeus le punit pour son orgueil en le foudroyant. Pégase fut le seul à survivre et rejoint alors les écuries divines ou devint une constellation. La créature est donc purement positive, forte et pure, fidèle alliée de l’humanité.

Cerbère

Cerbère tel qu'il est représenté dans le jeu SMITE

Cerbère tel qu’il est représenté dans le jeu SMITE

Le Cerbère vient du grec Kerberos qui donna en latin Cerberus. A peu près tous les auteurs grecs et latins le citent comme le gardien des Enfers, fils d’Echidna et de Typhon. Cerbère est un chien à trois têtes (bien plus selon Hésiode et Horace) possédant une queue de reptile, parfois avec des pattes de lion et des serpents recouvrant son corps. Il est la propriété d’Hadès (Pluton) et de Perséphone (Proserpine), les souverains du royaume infernal. Gardant l’entrée de ce monde souterrain, il accueille les âmes décédées mais menace de ses crocs les vivants voulant s’aventurer ici. La bête est réputée indomptable, cependant Héraclès (Hercule) réussit à le maîtriser lors de ses douze travaux. Orphée utilisa sa lyre pour l’endormir tandis que Psyché et Enée utilisèrent de la nourriture pour l’amadouer. Il est une créature purement maléfique mais dont le rôle est essentiel à la frontière entre le monde des vivants et celui des morts.

Python

Apollon et Python, gravure de Virgil Solis

Apollon et Python, gravure de Virgil Solis

Le nom de cette créature est le même en grec et elle est représenté généralement comme un dragon femelle aux allures très reptiliennes. Elle est la fille de Gaia. Gigantesque et abominable, Python rodait dans les grottes du Mont Parnasse près de Delphes. Son rôle était de nourrir Typhon et lui avait été donné par Héra. Lorsqu’un oracle déclara qu’il mourrait de la main d’un fils de Léto, Python tenta de tuer cette dernière, mais échoua. A peine enfant, Apollon le vaincu d’une flèche et fut ainsi maître de l’Oracle de Delphes que la bête gardait. Pour apaiser la colère de Gaia devant la mort de sa fille, Apollon créa les Jeux Pythiques.

Charybde et Scylla

Charybde et Scylla

Charybde et Scylla

Ces deux monstres constituent les acteurs d’un passage important de l’Odyssée et sont repris par Apollodore, Hygin, Ovide et Virgile dans son Enéide. Charybde était une fille de Poséidon et Gaia qui vivait près du détroit de Messine. Elle avait un appétit vorace et n’hésitait pas à voler les animaux et à les dévorer. C’est ce qu’elle fit lors du dixième travail d’Héraclès en volant une partie du troupeau de Géryon. Pour cette faute, Zeus la condamna à devenir un gouffre marin qui devait avaler tout sur son passage trois fois par jour. Scylla, quant à elle, était une nymphe qui fut changée en monstre par Circé pour une histoire de jalousie amoureuse. La pauvre Scylla devint une bête terrible : un buste et une tête de femme, des gueules de chien autour de sa taille, le bas du corps terminé par une queue de poisson, mais également douze pieds griffus et six longs cous se terminant par des gueules pleines de crocs. Elle se réfugia près d’une grotte où elle attendit le passage des bateaux pour dévorer les marins. Ulysse, lors de son voyage, choisit de se rapprocher plus de Scylla que de Charybde, croyant pouvoir la combattre. Il s’en sortit mais pas sans avoir perdu six hommes. Ce détroit est traversé par plusieurs autres héros dont Enée et les Argonautes.

Les Sirènes

Stamnos représentant Ulysse et les Sirènes (British Museum)

Stamnos représentant Ulysse et les Sirènes (British Museum)

Le terme de Sirène trouve ses racines dans le grec seireîn qui donna siren en latin. On trouve la première mention de cette créature dans l’Odyssée d’Homère, puis chez bon nombre d’auteurs grecs et romains. L’erreur commune est de confondre la sirène grecque avec la sirène de l’iconographie médiévale, une femme-poisson. Celle dont on parle ici possède un corps d’oiseau pourvu d’une tête et d’une poitrine de femme humaine. Elles vivraient au large de la Sicile et attireraient les marins de leur voix envoûtante avant de les dévorer dans une prairie jonchée d’ossements humains. Ulysse réussit à s’en détourner en s’attachant au mât de son navire et en bouchant les oreilles de ses camarades avec de la cire. Ce sont des créatures purement maléfiques, séductrices redoutables mais surtout funestes.

La Chimère

Artwork de la Chimère par RiverSpirit456

Artwork de la Chimère par RiverSpirit456

Le nom de la Chimère vient du latin Chimaera, tiré du grec khimaira voulant étonnamment dire « jeune chèvre ». Son origine est anatolienne, mais la légende se diffuse en Grèce par le biais d’Homère dans l’Iliade qui nous en parle tout autant qu’Hésiode, Ovide et Apollodore. Dans sa forme la plus admise, la Chimère est composée d’un corps de lion portant une tête de chèvre sur le dos et dont la queue est un serpent. Parfois, son corps est celui d’une chèvre ou d’un autre fauve. Tout comme Cerbère, la Chimère est l’enfant d’Echidna et de Typhon. Elle court très vite, possède une haleine de feu et est immense. Ce fut le jeune Bellérophon qui l’abattu à l’aide de Pégase. Désormais, le terme désigne toute créature hybride ou toute idée irréalisable, qui restera dans le cadre de l’imaginaire.

Les Tritons

Gravure représentant un Triton

Gravure représentant un Triton

Les Tritons sont des dérivés du dieu grec Triton, fils de Poséidon (Neptune) et d’Amphitrite. On les retrouve chez Hésiode, Apollonios de Rhodes, Ovide ou encore Pline l’Ancien. Physiquement, ce sont des hommes, souvent barbus, possédant une queue de poisson, une peau pleine d’écailles et une gueule pleine de crocs. Des sirènes masculines en quelque sorte. Ceux-ci soufflent dans une conque ou une trompe et sont autant bienfaisants que cruels. Ils sont considérés comme les Satyres des mers, accompagnant les cortèges divins.

Les Licornes

Illustration d'une Licorne dans l'Historiae Animalium

Illustration d’une Licorne dans l’Historiae Animalium

Du grec monokéros, transposé en latin unicornis, la Licorne signifie littéralement « qui n’a qu’une corne ». Une Licorne est généralement considérée comme un cheval blanc possédant une corne sur le front. Cependant, cette définition n’est pas celle du départ : Ctésias en parle comme d’un âne sauvage indien au corps blanc, à la tête pourpre et possédant une corne. De même, certains auteurs grecs comme Aristote ne lui donnent pas une forme animale précise, passant du cheval à l’âne, du cerf au porc. En réalité, la licorne est plus un animal imaginé par les voyageurs qu’une créature de mythe.

Les Dragons

Artwork d'un Dragon par Ameeeeba

Artwork d’un Dragon par Ameeeeba

Le mot Dragon vient du grec drakôn, un dérivé du verbe derkomai signifiant « regarder avec intensité ». Il est bien une créature présente dans la mythologie grecque et romaine. Cette bête, probablement la plus connue grâce à l’essor de la littérature fantastique et des folklores locaux, autant occidentaux qu’orientaux, est évoquée par plusieurs auteurs comme Aristote et Pline l’Ancien comme un animal existant réellement. Le Dragon est décrit comme un farouche reptile doté d’ailes, de griffes de lion et d’une longue queue de serpent. Suivant cette base commune, les dragons peuvent ensuite varier au niveau du nombre de têtes, de la taille ou de la forme du corps. Un autre des attributs que l’on retrouve régulièrement chez le dragon est son aptitude à cracher du feu. Son symbolisme est ambigu et peut parfois être associé à la création ou à la destruction. Il est souvent le gardien des trésors.

Les Griffons

Le Griffon tel qu'il est représenté dans le jeu World of Warcraft

Le Griffon tel qu’il est représenté dans le jeu World of Warcraft

Le mot Griffon vient du latin grypus, « oiseau fabuleux », lui-même issu du grec grups désignant précisément la créature. Le Griffon apparaît dans les récits de Pline l’Ancien mais aussi dans d’autres civilisations au Proche-Orient et en Asie. Ce monstre datant du IIIème millénaire av. J-C (tout de même !) est composé des deux animaux les plus hauts dans la chaîne alimentaire terrestre et céleste : le lion et l’aigle. De très grande taille, il vit dans la montagne ou le désert et construit son nid en utilisant l’or caché dans le sol. Dans les mythes grecs, il est le serviteur des dieux et aide les Hommes en cas de besoin. Il a tout autant une fonction de gardien (trésor, caves) que de monture céleste pouvant servir au combat. Il a donc, pour les Grecs et les Romains, une symbolique positive, ce qui n’est pas le cas pour les Chrétiens.

Bibliographie

  • Guédron Martial (dir.), Monstres, Merveilles et Créatures Fantastiques, Paris, Editions Hazan, 2011.
  • Rosen Brenda, La Bible des Créatures Mythiques, Paris, Tredaniel, 2009.
  • Wilkinson Philip (dir.), Le petit Larousse illustré des Légendes et des Mythes, Paris, Larousse, 2013.
Astérion, le Gardien du Temple, une machine géante sous la forme d'un Minotaure-Centaure, une merveille artistique à Toulouse (2018)

Astérion, le Gardien du Temple, une machine géante sous la forme d’un Minotaure-Centaure, une merveille artistique à Toulouse (2018)

Les Titans et les Titanides

Artwork de Cronos par MikeAzevedo

Artwork de Cronos par MikeAzevedo

Des Divinités Anciennes

La mythologie gréco-romaine nous raconte bien souvent les aventures des héros et des dieux. Cependant, une autre catégorie de personnage est aussi présente dans les mythes et légendes : les Titans. La première chose qu’il faut savoir est qu’un Titan est, selon la définition, un fils de la Terre et du Ciel, être doué d’une grande force et réalisant des entreprises gigantesques, qui gouvernait le monde avant les dieux (CNRTL). Leur puissance est telle que l’adjectif titanesque est apparu dans notre langue comme un synonyme d’immense ou de surpuissant. Les Titans (et Titanides au féminin) sont donc les enfants de Gaia et d’Ouranos (Uranus), la Terre et le Ciel, frères des Hécatonchires (géants dotés de cent bras et de cinquante têtes) et des Cyclopes. On appelle aussi les Titans les « dieux anciens » qui sont très nombreux, malgré le fait que seule une minorité n’apparaisse dans les récits mythologiques.

Il existe de multiples sources évoquant l’existence et les légendes liées aux Titans. Celui qui nous en apprend le plus est probablement Hésiode dans la Théogonie, qui conte les débuts de la création et le mythe qui va suivre. Cependant, nous pouvons également citer Apollodore et sa Bibliothèque qui apporte des renseignements complémentaires sur le sujet. Ces personnages peuvent également se retrouver dans les récits d’Homère, d’Ovide ou de Virgile. Nous ne possédons finalement que peu d’informations sur eux car ils n’apparaissent pas dans beaucoup de mythes, mais certains sont bien plus connus que d’autres. Je vous propose ici une synthèse globale sur ce thème en reprenant tout d’abord le mythe principal qui met en scène Titans et Titanides, puis en les présentant au cas par cas. Ma bibliographie est principalement constituée des sources, auxquelles nous pouvons ajouter des dictionnaires mythologiques et les synthèses comme celle d’Edith Hamilton.

La Titanomachie

Nous commençons notre histoire par l’union originelle entre Gaia (la déesse-mère de la Terre) et Ouranos (le Ciel) qui donna naissance à l’eau de la vie qui créa les lacs et les mers ainsi que les montagnes avant de donner naissances aux premiers habitants de la Terre. Après avoir enfantés les Hécatonchires (Briarée, Gyès et Cottos) et les Cyclopes (Argès, Brontès et Stéropès) qu’ils enfermèrent au Tartare car ils craignaient leur puissance destructrice, Gaia et Ouranos donnèrent naissance aux Titans : 6 Titans mâles (Cronos, Crios, Coéos, Océan, Japet, Hypérion) et 6 Titanides femelles (Rhéa, Théia, Phoebé, Téthys, Thémis et Mnémosyne).

Statue d'Ouranos à Versailles

Statue d’Ouranos à Versailles

Ouranos régnait encore sur Terre à cette époque, mais cela n’allait pas durer car Gaia lui en voulait terriblement pour avoir emprisonné les Hécatonchires et les Cyclopes. Elle demanda à son fils préféré, Cronos, de la venger en émasculant son père. Celui-ci se saisit d’une faux de diamant et lui trancha les parties tandis que ses frères et sœurs le tenaient. Des gouttes de sang tombant sur le sol naquirent les Erinyes (ou Furies à Rome), Mégère, Alecto et Tisiphone ainsi que les Méliades, des nymphes des bois. Ce sang tomba également dans la nuit (Nyx) et cette union créa la déesse Lyssa, la rage personnifiée, la folie furieuse. Enfin, certains auteurs attribuent la naissance d’Aphrodite à l’union entre le sang d’Ouranos et l’écume de la mer.

Les Titans et Titanides chassèrent le ciel émasculé de la sorte et placèrent Cronos sur le trône. Ils libérèrent les Cyclopes et les Hécatonchires du Tartare à la demande de leur mère. Cependant, ce fut de très courte durée car Cronos les y renvoya peu de temps après. Il se maria avec sa sœur Rhéa et régna sur le monde depuis le Mont Othrys. Ce règne est connu sous le nom de l’âge d’or, une période où les Hommes (la race d’or) vivaient dans la paix et l’abondance du fait de la présence des Titans sur Terre avec eux.

Néanmoins ce tableau parfait n’allait pas durer. Juste avant de se faire chasser, Ouranos avait prédit à son fils Cronos que lui aussi serait chassé du pouvoir par son propre descendant (dans certains récits, c’est un oracle qui le lui dit). Pour éviter cela, il décida d’engloutir chacun des enfants que lui donnerait son épouse Rhéa, malgré les contestations de cette dernière. Ainsi, la prophétie ne se réaliserait jamais ! Il en avait déjà avalé 5 lorsque Rhéa décida de sauver le dernier : Zeus (Jupiter). Elle envoya l’enfant en Crète chez Amalthée, une chèvre ou une nymphe (sa nature est incertaine) qui l’éleva. Amalthée donnait son lait au petit Zeus, mais aussi au petit Pan qu’elle élevait du même coup. Lorsque Cronos demanda à engloutir son sixième enfant, Rhéa lui apporta une pierre cachée dans un linceul. Il avala la pierre d’un seul coup sans se douter de la manigance.

Cronos et Rhéa par Howard David Johnson

Cronos et Rhéa par Howard David Johnson

Lorsque Zeus eut grandi, Amalthée lui révéla qui il était vraiment ainsi que la vérité sur son père. Zeus entra dans une rage plus puissante encore que celles que nous lui connaissons des différents épisodes mythologiques. Il fit la promesse de sauver ses frères et sœurs et de punir son père pour son crime. Dans cette tâche, il fut aidé par la Titanide Métis (qui représente la sagesse et la ruse) qui lui indiqua une potion qui pourrait faire régurgiter à Cronos ses enfants. Zeus administra sans tarder la boisson à son odieux père et ce dernier vomi alors deux dieux : Poséidon (Neptune) et Hadès (Pluton), ainsi que trois déesses : Héra, Hestia et Déméter. Avec l’aide de ses frères et sœurs, Zeus délivra les Cyclopes et les Hécatonchires, qui jurèrent allégeance à leur sauveur. Les Cyclopes excellaient dans l’art de manipuler les métaux et usèrent de leurs talents pour armer les dieux : le Foudre pour Zeus, le Trident pour Poséidon et la Kunée pour Hadès, un casque rendant invisible son porteur. Ainsi équipés, les dieux n’eurent aucun mal à venir à bout des Titans et à les enfermer dans le Tartare, gardé par des geôliers qui connaissent bien l’endroit, les Hécatonchires.

Les Titans et Titanides en Détails

Cronos/Kronos (Κρόνος)

Artwork de Cronos par Genzoman

Artwork de Cronos par Genzoman

Il est le roi des Titans, père des dieux et déesses et mari de Rhéa. Son attribut principal est la faucille ou la faux qui lui a servi à émasculer son père mais qui représente aussi son aspect de bienfaiteur sur Terre, en lien avec l’agriculture. Il a souvent été confondu avec Chronos, le dieu du temps primordial et parfois on lui a même confié cet attribut supplémentaire pour unifier les deux divinités. Chez les Romains, il est appelé Saturne, le dieu de l’agriculture, du temps et de la mort.

Rhéa (Ῥέα)

Cette Titanide est la sœur et femme de Cronos, mère des dieux et déesses. Elle est la représentation des forces naturelles de la terre, associée aux animaux et notamment aux bêtes féroces comme les lions. Elle a vécu un amour avec Attis, un dieu de la végétation, mais celui-ci tourna au drame : le dieu devait se marier avec une nymphe mais Rhéa, très amoureuse, ne voulait pas de ce mariage. Elle y fit obstacle, ce qui rendit fou Attis, qui s’émascula. Prise de remords, Rhéa le transforma en pin. A Rome, Rhéa est assimilée à la déesse phrygienne Cybèle, mais aussi à Ops, une déesse de la fertilité.

Rhéa telle qu'elle est représentée dans le jeu mobile Legend of the Cryptids

Rhéa telle qu’elle est représentée dans le jeu mobile Legend of the Cryptids

Océan (Ὠκεανός)

Océan (ou Océanos) est, comme son nom l’indique, le Titan des océans, des mers et des fleuves. Il est le mari de Téthys avec qui il a 3000 fils, les dieux fleuves ; et 3000 filles, les Océanides. Il serait également le père de Triptolème (un héros offrant aux Hommes la maîtrise de l’agriculture et du culte de Déméter) qu’il aurait eu avec sa mère Gaia, ainsi que des Cercopes : Passalos et Acmon, qu’il aurait eu avec sa fille Théia (une Océanide à distinguer de la Titanide Théia). Océan est souvent représenté à l’image d’un vieillard qui laisse s’échapper de son urne l’eau des mers, des fleuves et des rivières. Lors de la Titanomachie, il ne s’opposa pas aux desseins de Zeus et continua de régner sur les océans avec sa femme. Il n’est donc pas hostile aux dieux : il a d’ailleurs gardé la jeune Héra pendant ces évènements pour la protéger. Il aida aussi Héraclès lors de ses douze travaux en lui confiant la coupe en or d’Hélios.

Téthys (Τηθύς)

La benjamine des Titans et femme d’Océan est la personnification de la fécondité marine. Elle joue généralement un rôle bénéfique dans les mythes dans lesquels elle apparaît. Elle symbolise également la mer lorsque, le soir venu, elle recevait le soleil couchant.

Mosaïque romaine représentant Océan et Téthys

Mosaïque romaine représentant Océan et Téthys

Japet (Ἰαπετός)

Japet est un Titan considéré comme l’un des ancêtres de la race humaine. Il participe à l’émasculation d’Ouranos et aidera les autres Titans pendant la Titanomachie, ce qui lui vaut d’être enfermé au Tartare par Zeus. Sa compagne est Clymène ou Asia et ses fils sont nombreux : Prométhée, Epiméthée, Atlas, Ménétios et Hespéros.

Hypérion (Ὑπερίων)

Hypérion est un Titan marié à sa sœur Théia dont il a trois enfants : Hélios (le soleil), Séléné (la lune), Eos (l’aurore) et Titan (qui est aussi un Titan…). Il symbolise le feu solaire et est un dieu primordial au même titre qu’Océan (le feu et l’eau). Il est le premier être vivant à comprendre le fonctionnement des astres.

Théia (Θεια)

Femme d’Hypérion et Titanide, Théia peut aussi se voir appeler Euryphaessa, voire Basilée par le biais de Diodore de Sicile. Son nom premier veut littéralement dire « déesse », alors qu’elle n’en est même pas une, puisqu’elle est Titanide ! Il ne faut pas confondre Théia la Titanide et Théia l’Océanide, fille d’Océan.

Artwork de Théia

Artwork de Théia

Crios (Κρίος)

Crios est un Titan père d’Astréos, Pallas et Persès et parfois de Python. Sa femme est Eurybie, une déesse marine primordiale également considérée comme une Titanide. Il se battu aux côtés de son frère Cronos lors de la Titanomachie et fut donc emprisonné dans le Tartare en guise de châtiment.

Céos (Κοῖος)

Son nom peut aussi s’écrire Coéos ou Koios, voire Polos. Marié à sa sœur Phoebé, ils ont de cette union deux enfants : Léto et Astéria. C’est un Titan Sidéral, c’est-à-dire qu’il organise les constellations du Zodiaque dans l’univers en étant l’axe central de rotation. On considère également qu’il est le Titan de l’intelligence. Il est lui aussi enfermé au Tartare à l’issue de la Titanomachie.

Phoebé (Φοίϐη)

Cette Titanide est la femme de Céos comme dit ci-dessus. Elle est très liée à la lumière, à la Lune et à sa petite-fille, Artémis, avec qui on la confond parfois. Phoebé possède également le pouvoir de l’oracle de Delphes, qu’elle confia plus tard à Apollon en cadeau d’anniversaire (il reçut alors l’épithète Phébus). Contrairement à son mari, elle conserve sa place au ciel après la Titanomachie.

Thémis (Θέμις)

Statue de Thémis, la Justice

Statue de Thémis, la Justice

Cette Titanide ne s’est pas mariée avec un autre Titan, mais elle la seconde épouse de Zeus (après Métis). Elle représente la Justice, la Loi Divine et l’Equité. A ce titre, elle assiste le dieu des dieux à l’Olympe en rendant la justice à l’aide d’une balance, les yeux bandés et le glaive brandit (symboles présents dans ses représentations). Elle eut plusieurs enfants de Zeus : les Heures, les Moires, Astrée, les nymphes du fleuve Eridan, Homonoia et parfois même les Hespérides. Thémis est une Titanide pleine de sagesse et qui peut savoir l’avenir mieux que Zeus. Il ne faut pas la confondre avec sa fille, Dicé, la Justice Humaine et le Jugement Equitable.

Mnémosyne (Μνημοσύνη)

Mnémosyne est la Titanide de la Mémoire qui aurait également inventé les mots et les langues de la Terre. Elle nomma également les choses du monde afin que chacun puisse s’exprimer. Zeus jeta son dévolu sur elle lorsqu’il l’aperçut et se déguisa en berger pour l’approcher. Ainsi, ils s’unirent neuf nuits de suite et elle accouche de neuf filles, les Muses : Calliope, Clio, Melpomène, Euterpe, Erato, Terpsichore, Uranie, Thalie, et Polymnie.

Les Enfants Titanesques Célèbres

Prométhée (Προμηθεύς)

Prométhée Enchaîné par Nathan Rosario

Prométhée Enchaîné par Nathan Rosario

Il est probablement le plus connu des Titans après Cronos. Ce fils de Japet et de Thémis (ou Clymène) apparaît dans de nombreux mythes comme un bienfaiteur des Hommes. Dès les débuts de l’humanité, il est un protecteur et un enseignant pour les humains : il leur apprend notamment les savoir-faire de la navigation et de la médecine. Il est aussi celui qui établit la norme du rituel du sacrifice aux dieux. Les dieux exigeaient une offrande régulière de nourriture de la part des humains (sous la forme de fumée) alors Prométhée usa d’un stratagème : il tua un bœuf, sépara les entrailles de la viande et place des draps sur les deux tas. Évidemment, le plus gros tas était celui contenant les os et les abas et Zeus le choisit immédiatement. Les Hommes purent donc consommer la viande et laisser le reste aux dieux sous la forme de sacrifice. Furieux, Zeus décida de punir les Hommes en leur enlevant la maîtrise du feu. Ce fut encore une fois Prométhée qui intervint en volant le feu à Zeus et en l’amenant aux Hommes. Pour le châtier, Zeus le condamna de cette façon : il devrait rester enchaîné à un rocher où un aigle viendrait chaque jour lui picorer le foie tandis que cet organe se reconstruirait la nuit. Le seul moyen de le libérer de cette torture serait qu’une autre personne prenne sa place. Des centaines d’années plus tard, le centaure Chiron, qui souffrait d’un mal mortel, passa par là et échangea sa place avec le Titan. Cependant, Zeus décida de faire de Chiron une constellation plutôt que de le voir souffrir. Il fallut attendre la venue d’Héraclès pour que ce dernier tue l’aigle tourmenteur de ses propres mains. Le « transmetteur du feu » fut ainsi sauvé.

Atlas (Ἄτλας)

Atlas est le fils du Titan Japet et d’une nymphe marine, Clymène ou bien d’une Océanide, Asia. Il régnait sur la vaste île de l’Atlantide jusqu’à ce que, son peuple souffrant de dégénérescence, les dieux décident de raser totalement son île de la carte. Ils déchainèrent les flots sur l’Atlantide qui fut immergée avec tous ses habitants. Atlas tenta de se venger mais fut aussitôt vaincu. Il fut alors condamné à porter la voûte du ciel sur ses épaules pour l’éternité. Plus tard, il croisa la route de Persée à qui il refusa l’hospitalité, prétextant que son invité était un fils de Zeus. Le héros le pétrifia grâce à la tête de Méduse, le changeant en une chaîne de montagne, l’Atlas. Il est aussi le père des Hespérides à qui Héraclès (Hercule) devait voler les pommes d’or pour les douze travaux.

Atlas tel qu'il est représenté chez Marvel

Atlas tel qu’il est représenté chez Marvel

Épiméthée (Ἐπιμηθεύς)

Ce Titan est le frère de Prométhée, fils de Japet et de Clymène. D’après les mythes, il aurait créé les animaux. Il avait si bien réparti les qualités entre toutes ces bêtes qu’il oublia d’en donner aux Hommes qui finirent faibles et nus. Épiméthée est surtout connu pour la légende concernant sa femme, Pandore. Pour punir les humains après le rapt du feu par Prométhée, Zeus envoya sur Terre une mortelle de toute beauté nommée Pandore. Elle épousa notre Titan qui ne savait pas à quoi s’attendre. Les dieux confièrent à Pandore un vase rempli de maux qu’elle ne devait absolument pas ouvrir. Cependant, poussée par la curiosité, cette dernière le fit malgré tout, rependant sur Terre les afflictions et les désastres. Néanmoins, une seule bénédiction peuplait le vase : l’espérance. C’est donc là le mythe de la « boîte » de Pandore, en réalité une jarre (un pithos).

Astraeos/Astéros (Ἀστραῖος)

Fils de Crios et d’Eurybie et frère de Pallas et Persès, Astraeos est un Titan dont on sait peu de choses. Il s’unit avec Eos, la déesse de l’aurore, dont il a plusieurs enfants : les divinités des vents (Borée, Zéphyr, Euros et Notos) ainsi que les astres et étoiles. Il est aussi considéré par certains auteurs romains comme un géant, Astrée.

Pallas (Πάλλας)

Ce Titan est lui aussi assez méconnu. Il obtient de sa relation avec Nyx plusieurs enfants : Niké (victoire), Kratos (puissance, pouvoir), Zélos (ardeur, rivalité) et Bia (force, vaillance). Le monstre Scylla serait également son enfant, tout comme Séléné et Eos.

Persès (Πέρσης)

Le dernier de la fratrie est lui aussi un Titan méconnu. Il est considéré comme le géniteur de la déesse Hécate qu’il aurait eu avec Astéria, mais il est peut-être confondu avec le roi Persès, un demi-dieu fils d’Hélios.

Les Adaptations

  • Avant toute chose, vous avez sûrement déjà vu ou entendu parler du film Le Choc des Titans et de sa suite cinématographique. Si ces deux films parlent bien de mythologie et s’inspirent de plusieurs mythes, il a, en revanche, très peu (voire aucun) de liens avec les Titans. De plus, les films s’inspirent des mythes et ne sont absolument pas fidèles aux légendes originales. Ne faites pas trop confiance à Hollywood !
  • Le film Les Titans de 1962 raconte l’histoire de Cadmus, le roi de Crète, qui s’autoproclame dieu. Le Titan Crios est alors dépêché sur Terre pour le châtier. Mais tout ne va pas se passer comme prévu. Une adaptation sympathique du Titan qui, là encore, mixe plusieurs mythes différents.
  • Dans la série de romans Percy Jackson, le héros et ses acolytes sont confrontés au retour du Titan Cronos et de ses frères et sœurs. Après une lutte acharnée dans le dernier tome, Cronos est terrassé par Percy, aidé des demi-dieux et de certains dieux.
Extrait de la bande dessinée La Naissance des Dieux représentant Cronos et Rhéa

Extrait de la bande dessinée La Naissance des Dieux représentant Cronos et Rhéa

  • La bande dessinée La Naissance des Dieux de la collection « La Sagesse des Mythes » de Luc Ferry, Clothilde Bruneau, Dim D et Federico Santagati reprend la conception de l’univers et la Titanomachie. Elle illustre parfaitement le récit hésiodique du combat entre Cronos et ses enfants et la victoire finale de Zeus.
  • Le jeu vidéo Titan Quest reprend le nom des Titans pour signifier son thème mythologique. Ce hack & slash (jeu de rôle et d’action) vous plonge dans l’antiquité afin de combattre les ténèbres au cours d’un périple dans la Grèce, en Égypte et en Asie. L’un des jeux les plus sympathiques sur la thématique de la mythologie gréco-romaine !
  • Cronos est souvent représenté dans l’art sous son nom romain, Saturne. Il est peint dévorant ses enfants par de grands peintres comme Rubens et Goya. Son nom est aussi repris par Verlaine dans ses Poèmes Saturniens pour signifier leur intemporalité. Enfin, plusieurs chansons s’intitulent Saturne, comme chez Brassens ou Nekfeu.
Saturne dévorant un de ses fils par Pierre Paul Rubens

Saturne dévorant un de ses fils par Pierre Paul Rubens

Le Conflit Divin, Première Partie : Osiris

Osiris (artwork de JaniceDuke)

Osiris (artwork de JaniceDuke)

Le grand dieu Osiris

Osiris est le fils ainé de Geb (la terre) et de Nout (le ciel). Il règne sur la Terre avec à son côté sa sœur et épouse Isis. Grand roi, il apporte aux Hommes la connaissance de l’agriculture et les modèle en tant que civilisation. Son destin tragique est le début d’une crise politique sans précédent entre les dieux qui aboutira par la montée sur le trône d’Égypte du premier pharaon, Horus. Je vous propose ici de vous synthétiser ces mythes en deux parties : de la naissance à la mort d’Osiris dans un premier temps, puis de l’enfance d’Horus à sa victoire sur Seth en seconde partie.

Physiquement, Osiris est décrit comme très beau : ses membres sont d’or, sa coiffure de lapis-lazuli et sa couronne turquoise. Il est très intelligent et surtout très grand : bien plus grand que tous les Hommes sur Terre, également plus grand que les autres dieux. Sa taille a été estimée à près de 4,50 mètres !

Étonnamment, la source principale sur ces évènements mythiques n’est pas égyptienne : il s’agit de Plutarque, grand penseur grec de l’époque romaine. Cependant, nous retrouvons dans les textes égyptiens de nombreuses allusions aux épisodes du mythe, comme dans les Textes des Pyramides et les Textes des Sarcophages. Nous pouvons également citer le Grand Hymne à Osiris qui raconte la quête de son épouse Isis et de sa sœur Nephtys pour retrouver les morceaux disséminés de son corps, puis la conception d’Horus. Enfin, plusieurs papyrus nous donnent des détails sur les lamentations divines à Osiris et la tristesse du monde au moment de sa mort.

La naissance d’Osiris et de ses frères et sœurs

, le dieu du soleil, observait avec attention la totalité du monde ainsi que l’au-delà. Un jour, il découvrit que Nout était enceinte après avoir eu une relation avec Geb. Il entra dans une grande colère et interdit à la déesse d’accoucher. Cependant, Nout n’avait pas le choix : lorsqu’elle arriverait à terme, sa progéniture naîtrait et elle serait châtiée par Râ. Elle chercha en vain à se cacher, mais le dieu soleil voyait tout, ne laissant rien au hasard. C’est le dieu Thot qui vint à son secours car il était lui-même amoureux de Nout : il aurait donc tout fait pour elle. Il imagina un plan astucieux pour tromper Râ qui consistait à jouer aux dés avec la Lune. Après une très longue partie, Thot gagna et demanda un gage à la Lune : des jours additionnels dans l’année (jours épagomènes) pendant lesquels Râ ne pourrait pas surveiller ce que faisaient les dieux. C’est ainsi que Nout put mettre au monde ses enfants sans qu’elle n’ait à subir le regard inquisiteur de Râ.

Le premier jour, elle mit au monde Osiris, l’héritier de Geb et donc prochain roi de la Terre. Le second à voir le jour fut Horus l’ancien, puis le lendemain Seth naquit. A cette occasion, il blessa sa mère en déchirant son ventre pour sortir plus vite, comme un présage de la violence du dieu. Ce même jour, des violences éclatèrent dans le pays et Râ dû les calmer par la force. Les deux derniers jours naquirent les filles : Isis et Nephtys. Isis était belle et pleine d’amour, si bien que sa mère, Nout, lui dit « sois légère (is) pour ta mère », ce qui donna son nom, Isis. Il est aussi possible que les cinq enfants n’aient pas eu le même père car Nout avait de nombreux courtisans.

Osiris est né et règne sur le monde

La suite du mythe raconte comme Pamylès, un habitant de Thèbes, entendit une voix céleste lui parler. Elle lui dit que le grand roi et maître de toute chose était né, le bienfaiteur Osiris, et lui demanda de répandre la nouvelle. L’homme obéit sans plus tarder et devant sa discipline, il se vit confier l’enfant Osiris par Geb, qui lui ordonna de l’élever et de prendre soin de lui.

Le grand roi Osiris

Le grand roi Osiris

Aimé de sa mère et admiré par son père, il se vit offrir le trône, devenant ainsi le roi des Hommes et des divinités. En tant que souverain, Osiris choisit pour vizir le dieu Thot comme gage de remerciement pour avoir aidé sa mère. Il choisit comme généraux Hou et Sia. Tous s’inclinèrent devant lui, tandis que ses adversaires baissaient les yeux devant sa puissance. Tous sauf un : son frère Seth, qui préparait un mauvais coup. Ce dernier était très jaloux de son aîné qui était roi alors que lui devait errer dans le désert brûlant de jour comme de nuit. En effet, Seth, en tant que maître du désert, ne profitait pas des bienfaits apportés par Osiris sur le monde. Il était en tous points opposé à son frère : alors que Seth se nourrissait de violence, Osiris faisait tout son possible pour rétablir la paix en Égypte.

Tandis qu’il complotait dans le désert, son frère Osiris multipliait les bonnes actions à l’égard des Hommes : il créa l’orge et le blé, fit croître la végétation et veilla sur les animaux. Il transforma la vie des humains en leur apprenant à cultiver la terre et à s’occuper des troupeaux (l’élevage). Il inventa également un système de lois pour régir la vie ici-bas et ainsi stopper le chaos. Osiris combattit la guerre par l’amour et la violence par les mots qu’il maniait à la perfection grâce à la force de la persuasion. Il développa également l’art, notamment la musique.

Le grand roi était secondé par sa femme et sœur Isis, grande déesse bienfaitrice qui l’aidait dans sa tâche. Elle protégeait aussi le royaume en son absence. Isis était une très belle déesse donc l’éclat divin emplissait le palais d’une chaude lumière dès qu’elle paraissait. Sa beauté n’avait d’égal que son autorité qui amenait le peuple à la vénérer tout autant que son mari et les ennemis du royaume à ne rien tenter contre la grande souveraine d’Égypte. En amour, elle était très fidèle et le couple était très amoureux. Les deux divinités s’aimaient déjà dans le ventre de leur mère !

Isis et Osiris

Isis et Osiris

Un jour, elle découvrit avec effroi que son mari l’avait trompé avec sa sœur Nephtys (qui est l’épouse de Seth). Osiris usa de tous ses talents de persuasion afin qu’Isis lui pardonne son acte et lui refasse confiance. Il lui fit croire qu’il s’était trompé de sœur car les deux déesses étaient quasiment jumelles et Isis accepta de pardonner cet adultère. De cette union naquit Anubis, que Nephtys abandonna, par peur de la réaction de son mari Seth. La réaction d’Isis fut alors inatendue : contrairement à Héra qui châtiait promptement tous les enfants adultérins de Zeus, la déesse décida d’élever Anubis. Il devint son fidèle compagnon et son protecteur, à l’image du chien, le compagnon fidèle de l’Homme.

Le meurtre d’Osiris par Seth

Revenons à Seth, toujours aussi jaloux de son frère et coincé dans sa fonction de maître des terres désertiques. Il développa un sombre désir de mettre fin aux jours d’Osiris et pour ce faire il élabora un plan. Il persuada la reine d’Ethiopie, Aso, de l’aider dans son œuvre mortifère. Ainsi il convia tous ses amis et une multitude de dieux à un banquet somptueux au milieu duquel il plaça un coffre magnifique. Il était si beau que tous les convives se mirent en secret à le convoiter. En effet, il était fait d’or, de bois doré, de verre et de pierres précieuses et personne ne pouvait en détourner les yeux.

Chacun voulait donc l’acquérir et c’était bien ce à quoi s’attendait le vil Seth. Le coffre était très grand et pouvait accueillir un grand corps à l’intérieur. Seth proposa donc un jeu à ses convives : serait maître du coffre celui qui, s’y allongeant, le trouverait à sa taille. Comme vous vous en doutez, Osiris faisait partie de l’assemblée. Chacun l’essaya et s’y allongea, mais personne ne faisait la taille requise, personne n’étant assez grand. Ce fut enfin le tour d’Osiris qui s’y glissa et trouva le coffre parfaitement à sa taille. Avant qu’il n’ait eu le temps de se redresser, soixante-douze hommes de mains de Seth se jetèrent sur lui et scellèrent le coffre. Le coffre fut saisi et envoyé dans le fleuve. Ainsi, Osiris mourut noyé et asphyxié, ce qui signa la fin de son règne sur Terre qui aurait duré près de quatre siècles.

Le dieu Seth (artwork de Kainchaos)

Le dieu Seth (artwork de Kainchaos)

La désolation du monde et la recherche du corps

Un vent de panique balaya le pays à l’annonce de la mort du grand roi. Même la nature était déprimée : le soleil ne se levait presque plus, la lune tardait à monter, la terre était dévastée. Le chaos menaçait à nouveau de s’installer. Chaque être vivant pleurait la mort d’Osiris, mortels comme divinités. Cependant, leurs larmes irriguèrent la terre pour qu’elle continue à vivre. Dans sa douleur, Geb saigna et de son sang naquirent des pins riches en résine. Des pleurs de Chou et Tefnout furent créés les arbres de térébinthe tandis que celles de Râ devinrent des abeilles qui produisirent le miel et la cire. De la sueur versée par le dieu soleil qui tentait d’endiguer le chaos, le lin germa sur Terre. Enfin, ses crachats créèrent le bitume et le papyrus. Même le fils (pas encore conçu !) d’Osiris, Horus (le jeune), pleura et créa l’oliban sec en laissant ses larmes toucher le sol. Même mort, le grand roi continuait donc d’apporter des bienfaits au monde.

Isis, de son côté, était en deuil. La mort de son mari fut une terrible épreuve qui l’attrista au plus haut point, mais elle ne comptait pas rester les bras croisés. Elle parcourut le monde à la recherche du cadavre d’Osiris afin de pouvoir lui rendre les hommages rendus aux morts. Sa sœur, Nephtys, l’aide dans cette tâche en explorant les endroits du monde où Isis ne cherchait pas. Ce fut grâce à un groupe d’enfants qu’elle apprit que le coffre avait dérivé sur le Nil jusqu’à la mer. Elle se mit donc à chercher sans relâche par-delà les eaux et les îles jusqu’à découvrir que le coffre avait échoué près de la ville de Byblos. Cependant, un grand arbre (un tamaris) avait poussé près du coffre et le roi de Byblos avait décidé d’établir son palais en utilisant cet arbre comme colonne maîtresse. Isis l’apprit et s’infiltra parmi la cour du roi en se déguisant en mortelle. Elle réussit si bien que la reine lui confia l’éducation de son enfant. Isis s’occupa du bébé humain comme de son fils et petit à petit, elle le divinisait, jusqu’à ce qu’elle décide de le mettre dans un grand feu pour brûler tout ce qui était humain de lui et en faire un dieu. La reine découvrit ce que la nourrice divine comptait faire et voulut l’interrompre, horrifiée. Isis se révéla alors dans sa nature éblouissante de déesse et obtint de pouvoir récupérer le coffre. Elle laissa au roi et à la reine le tronc d’arbre qui devint un objet sacré.

Isis s’en alla avec le coffre qui contenait Osiris mais elle fut suivie par l’enfant qu’elle avait éduqué pendant tout ce temps. Lorsqu’elle voulut ouvrir l’objet, elle aperçut cet enfant qui l’espionnait et entra dans une colère noire : elle le foudroya à mort et la déesse l’oublia aussitôt au profit de l’amour de sa vie, son époux.

Le dernier rapport charnel du couple divin

Isis ressuscite Osiris

Isis ressuscite Osiris

Osiris était mort, mais Isis voulait absolument s’unir une dernière fois avec lui. Pour ce faire, elle se transforma en rapace portant un ankh (une croix symbole de vie) qu’elle tint entre ses serres, puis passa au-dessus de son défunt époux, ce qui le ranima en partie. Elle put alors profiter une dernière fois de son phallus et donc de sa semence qui put ainsi la féconder. Isis tomba enceinte mais le monde tremblait : cette union n’était pas naturelle et n’aurait pas dû avoir lieu, ce qui provoqua un dérèglement des lois de la nature. Cependant, Isis exultait de savoir qu’elle portait en elle celui qui reprendrait les rennes du royaume et vengerait son père injustement assassiné. La déesse dû tout de même convaincre Râ que le fils qu’elle portait en elle était bien celui d’Osiris, ce qui était difficile à croire. Néanmoins, devant l’insistance d’Isis, le dieu suprême la crut.

Elle déposa le coffre dans un lieu secret du Delta du Nil, puis alla accoucher dans un autre lieu tout aussi secret, un îlot de roseaux. L’accouchement en lui-même fut très douloureux et difficile, à tel point que la déesse eut besoin de l’assistance d’autres divinités pour mettre Horus au monde. Après qu’il fut né, il était capital qu’il soit caché aux yeux du monde et surtout à ceux de Seth.

Le corps éparpillé, puis reconstitué

De son côté, le dieu meurtrier, Seth, partit à la chasse avec sa meute comme de coutume. Cependant cette fois-ci, il tomba sur le coffre contenant le cadavre d’Osiris ! Seth ne savait alors pas pour Horus, mais lorsqu’il vit le corps de son défunt frère, il comprit qu’Isis lui avait joué un mauvais tour. Il entra dans une rage folle, découpa le corps d’Osiris en morceaux et l’éparpilla aux quatre coins de l’Égypte. Le nombre de pièces du « puzzle Osiris » s’élevait selon certains à 14, 26 pour d’autres et enfin 42 pour les plus généreux.

Toujours est-il qu’Isis découvrit la mauvaise action de Seth et se mit en quête de retrouver les morceaux démembrés de son époux. A chaque fois qu’elle trouvait une partie du corps, elle érigeait un temple à la gloire d’Osiris sur les lieux. Le culte du dieu se développa donc drastiquement, notamment à Abydos où avait été trouvée la tête ou encore sur l’île de Biggeh où se cachait la jambe du dieu. Encore une fois, Isis était aidée de sa sœur Nephtys et même peut être de son fils Horus dans cette quête qui dura douze jours.

Isis parvint donc à reconstituer le corps d’Osiris, sauf peut-être son membre viril qui aurait été jeté dans le fleuve et dévoré par trois poissons. C’est Anubis qui se charga de collecter les membres du dieu et de les stocker dans une nébride (une enveloppe de papyrus). Après cela, Anubis sécha soigneusement le cadavre, l’assouplit avec des onguents et l’emmaillota dans du lin. Ce fut la toute première momie. Les humeurs du corps d’Osiris sortirent de son enveloppe corporelle et s’en allèrent se répandre sur Terre pour nourrir et ensemencer la Terre, sur l’ordre d’Isis.

Osiris, roi des morts (papyrus)

Osiris, roi des morts (papyrus)

Sa momie fut enterrée dans l’île de Biggeh, dans un endroit que nul n’avait le droit d’approcher mis à part sa femme, Isis. Désormais, Osiris pouvait partir pour l’occident, le monde des défunts. Lorsqu’il y arriva, il reçut le sceptre, le chasse-mouches et la crosse de berger des mains de Thot. Il devint alors le souverain du monde des morts, le « pays du silence ». Il poursuivit donc son œuvre civilisatrice par-delà la mort. Osiris n’est donc plus matériellement dans le monde des vivants, mais sa lumière habite le ciel sous la forme d’Orion, placée juste au-dessus d’Isis, notre Sirius, appelée Sothis en Egypte. Si tout était réglé pour Osiris, la situation sur Terre était encore tendue. Une véritable guerre se préparait entre l’héritier légitime, Horus et le terrible Seth.

A suivre…

Adonis : la Beauté Tragique

Vénus et Adonis par Antonio Canova

Vénus et Adonis par Antonio Canova

Un jeune mortel d’une beauté sans pareille

Vous avez probablement déjà entendu ce nom quelque part et les mots qui vous viennent à l’esprit sont peut être du champ lexical de la beauté. Si c’est le cas, alors vous êtes sur le bon chemin. Adonis (Ἄδωνις en grec ancien) est traditionnellement le fils de Cinyras, roi de Chypre, et de sa fille Myrrha. Cela fait de lui le petit-fils d’Apollon. Cependant, il est tout à fait mortel. Il n’a donc pas de pouvoir spécifique à une divinité, mais Adonis représente la nature de par la symbolique de son mythe. Le jeune homme est très lié à la déesse grecque de l’amour, Aphrodite (Vénus à Rome), devenant presque l’un de ses attributs : Adonis symbolise la myrte, l’une des plantes sacrées d’Aphrodite. Il est aussi célèbre pour son destin éminemment tragique qui donna naissance à l’anémone pourprée ou la rose, selon les versions. Adonis est un personnage qui prend ses origines en Orient, son nom Adon signifiant « seigneur » ou « maître ». Il a donc également une signification royale. D’ailleurs, la fille d’Adonis et d’Aphrodite se nomme Béroé, qui donne son nom à la future capitale libanaise Beyrouth.

Les sources

Adonis apparaît dans plusieurs œuvres antiques qui délivrent globalement toutes le même mythe. Le premier auteur que nous pouvons citer est Théocrite, qui rédige les Idylles au IIIe siècle. Dans ce recueil poétique, il évoque la vie d’Adonis, de sa naissance à sa mort tragique, ainsi que ses relations amoureuses avec Aphrodite. De la même époque, Bion de Smyrne nous raconte les évènements qui surviennent à sa mort dans son Chant funèbre en l’honneur d’Adonis. On le retrouve aussi dans la Bibliothèque de Pseudo-Apollodore (que l’on place au IIe siècle), dans une version proche de celle du poète Panyasis d’Halicarnasse du Ve siècle, que nous avons perdue. Ce sont ensuite les auteurs latins du Ier siècle qui reprennent le mythe d’Adonis, comme Hygin dans ses Fables, et Ovide dans les Métamorphoses. Le nom d’Adonis reste le même, alors que celui de son amante change et devient Vénus, comme pour les noms des autres dieux. La trame du récit est toujours la même malgré les changements stylistiques. De nombreux autres auteurs évoquent le personnage par le biais des rites qui lui sont associés, comme Platon et Aristophane au Ve siècle ou Lucien de Samosate au IIe siècle après J-C. Ici, nous vous présenterons une version synthétisée du mythe, reprenant la majorité des éléments essentiels.

Adonis tel qu'il est représenté dans le jeu mobile Ensemble Stars

Adonis tel qu’il est représenté dans le jeu mobile Ensemble Stars

Le mythe

Notre récit commence sur l’île de Chypre, où le roi Cirynas règne pacifiquement et est accompagné de son fils Oxyporos et de ses filles, Euné et Myrrha. Un jour, la reine se vante que sa fille Myrrha est plus belle qu’Aphrodite elle-même. Sitôt dit, la déesse souhaite se venger d’un tel affront et s’y emploie en poussant Myrrha à tomber amoureuse de son propre père. La situation devient alors très compliquée : Cirynas veut marier sa fille alors que celle-ci est éprise de lui ! Après plusieurs tentatives de suicide, Myrrha ne parvient pas à réfréner son amour interdit et élabore un plan pour rejoindre la couche de son père. Avec l’aide de sa nourrice, elle parvient à entrer dans le lit de Cirynas alors qu’il est complètement ivre. Ces relations incestueuses se reproduisent plus fois, jusqu’à ce que le roi daigne enfin demander l’identité de sa partenaire de coït.

C’est alors qu’il comprend que la femme en question est sa fille. Il entre alors dans une rage folle, accentuée par le fait que Myrrha est tombée enceinte de son père. Cirynas tire alors son poignard et tente d’assassiner sa fille qui s’enfuit dans la forêt. Elle ne désire alors plus qu’être invisible aux yeux de son père et Aphrodite, qui a pitié d’elle, la transforme en un arbre à myrrhe. L’écorce de l’arbre s’ouvre alors (ou alors Cirynas la fend d’un coup d’épée) et laisse apparaître un bébé : Adonis. Ainsi, un enfant est né de cette union incestueuse et celui-ci est imprégné des forces de la nature.

Lorsqu’Aphrodite aperçoit Adonis, elle ne peut que remarquer son infinie beauté et tombe irrémédiablement amoureuse de lui. Elle décide alors de prendre soin du bébé en le cachant dans un coffre, qu’elle confie à Perséphone, la reine des Enfers, afin qu’elle l’éduque en secret. Cependant, cette dernière tombe elle aussi amoureuse d’Adonis ! Le jour où Aphrodite descend aux Enfers pour récupérer l’objet de son amour, Perséphone refuse de lui rendre Adonis, devenu son amant. Un conflit les oppose alors et la seule personne qui peut départager ce genre de situation est Zeus. Ce dernier se dédouane alors complètement de l’affaire en la confiant à la muse Calliope entourée d’un tribunal divin.

Adonis et Perséphone (artwork de Luamerava0)

Adonis et Perséphone (artwork de Luamerava0)

Il est donc décidé qu’Adonis passerait autant de temps avec Aphrodite qu’avec Perséphone : dans l’année, il passera quatre mois avec chacune et quatre mois seul, pour se reposer. Toutefois, Adonis, de son propre chef ou par le biais d’un stratagème magique de la part d’Aphrodite, décide de passer son temps libre avec cette dernière. Ainsi débute un cycle représentant les saisons, car l’hiver vient lorsque le jeune homme est aux Enfers. Son passage vers le monde des vivants est vu comme une résurrection du personnage.

Adonis et Aphrodite débutent alors une relation passionnée et la déesse s’abandonne totalement à lui :

caelo praefertur Adonis (« au ciel elle préfère Adonis ») – Ovide, Les Métamorphoses (10, 532)

Tout va bien jusqu’à ce jour terrible où le jeune homme, passionné de chasse, arpente les bois à la recherche d’un sanglier. D’habitude, Aphrodite l’accompagne dans cette activité pour veiller à sa sécurité, mais ce jour-là, elle n’est pas présente. Adonis réussit à débusquer l’animal et à le blesser, mais celui-ci parvient à l’entailler mortellement à la cuisse. Aphrodite, aux rennes de son char ailé, très haut dans le ciel, entend les gémissements d’Adonis et se rend immédiatement à ses côtés. Malheureusement, ce dernier se meurt et il rend son dernier souffle sans même savoir que la déesse l’a embrassé pour la dernière fois. La blessure d’Adonis était douloureuse, mais ce n’est rien en comparaison avec la déchirure qu’Aphrodite ressent dans son cœur. Des gouttes de sang versées sur le sol nait l’anémone pourprée ou la rose.

La Mort d'Adonis par Benjamin West

Vénus se lamentant sur la mort d’Adonis par Benjamin West

Il existe plusieurs versions des raisons de la mort d’Adonis et chacune d’elles implique une vengeance divine :

  • Perséphone apprend qu’Adonis passe son temps libre avec Aphrodite et décide de ruiner leur histoire en allant raconter à Arès, amoureux de la déesse de l’amour, qu’elle lui préfère Adonis. Celui-ci, furieux et jaloux, met le sanglier féroce sur le chemin du jeune mortel.
  • Apollon se venge d’Aphrodite pour une histoire antérieure, car elle a rendu aveugle son fils Erymanthos qui l’a accidentellement vu nue dans son bain ou qui a espionné le couple qui faisait l’amour. Apollon aurait donc changé son fils en sanglier pour qu’il tue Adonis.
  • Artémis peut être la meurtrière d’Adonis, du fait de sa jalousie vis à vis des talents de chasseur du mortel.

Bibliographie

Frazer James George, Adonis : Étude de religions orientales comparées, Paris, Geuthner, 1921.

Hamilton Edith, La Mythologie, Alleur, Marabout, 1940.

Adaptations

- Adonis est un Webcomic (bande dessinée disponible sur Internet) de Delitoon qui met en scène un conflit entre Ianna et Arhad sur fond d’intrigue amoureuse. Le récit implique la mort, puis la résurrection d’un personnage, ce qui rappelle le mythe d’Adonis.

- Adonis est un personnage du manga Berserk. Fils du frère du roi de Midland, Julius, sa vie est stoppée très tôt lorsque Guts (le héros) tue son père. Adonis arrive sur les lieux et se fait malencontreusement tuer par Guts qui s’en veut énormément d’avoir tué un être si innocent.

- Le personnage d’Adonis est très présent dans la littérature, notamment moderne. Jean de la Fontaine est l’auteur d’un poème intitulé simplement Adonis, dans lequel il raconte l’histoire tragique de l’amant d’Aphrodite. Jean-Baptiste Rousseau reprend aussi le personnage dans un poème tandis que Guillaume le Breton en fait une pièce de théâtre.

L'Adonis Mazarin (Louvre)

L’Adonis Mazarin (Louvre)

Télipinu, le Dieu Hittite de la Végétation

Télipinu est un dieu hittite représentant la végétation et l'agriculture

Télipinu est un dieu hittite représentant la végétation et l’agriculture

Une divinité essentielle mais méconnue

Nous allons parler d’un dieu très peu connu du grand public (à raison) et qui est pourtant un élément central de la mythologie d’un peuple : les Hittites. Son mythe est intéressant car il montre les connexions culturelles qui se font entre les peuples (de la Mésopotamie à Rome). Télipinu est un dieu de l’orage et de la végétation, fils du dieu Teshub et de la déesse mère. Son nom est composé de tili, qui veut dire fort, vigoureux, et de pinu, qui veut dire enfant. Ses compétences concernent en grande partie l’entretient de l’agriculture et particulièrement de la culture des céréales. Allié avec la déesse soleil d’Arinna, il peut donc faire pousser des plantes dans le sol fertilisé. De plus, il manie les outils ce qui fait de lui le dieu des techniques agricoles et des artisans. Il est aussi le dieu de l’irrigation.

Il possède aussi d’autres fonctions,comme la fonction royale et la fonction de fondateur. Il est le protecteur du royaume et donne toute sa légitimité au couple royal, ce qui permet de faire fonctionner correctement le pays. Il donne la victoire au roi dans ses conquêtes et protège éternellement le royaume.

Le dieu est marié à une divinité nommée Hatépinu. Son nom est formé de hate et de pinu qui veut dire « enfant ». Elle incarne les eaux courantes et est la fille de l’océan. Avant son mariage avec Télipinu, elle vivait d’ailleurs sous la mer. Comme son mari, elle appartient à la catégorie des divinités souterraines.

Les Hittites et les sources

Les Hittites sont un peuple indo-européen qui a voyagé jusqu’à venir s’installer au Proche-Orient. Ils sont alors entrés en contact avec de nombreux peuples et cet aspect est très important. Il faut bien comprendre que la religion des Hittites est un système qui a une base propre aux hittites, mais qui accepte également des dieux et mythes provenant d’autres peuples qu’ils ont assimilés ou conquis (à l’image des Romains). Nous pouvons par exemple citer les Hourrites, les Hattis, les Assyriens et les Mésopotamiens. La capitale de l’empire hittite est Hattusha (Hattusa), dont les ruines ont été découvertes par les archéologues dès le XIXème siècle.

Il existe deux types de sources principales concernant l’étude religieuse des civilisations antiques : les sources archéologiques et les sources littéraires (écrites). Les sources archéologiques représentant Télipinu sont inexistantes. Et pourtant, plusieurs hypothèses ont été formulées par l’hittitologue M. Mazoyer au sujet du rhyton de Schimmel qui pourrait représenter le dieu (cependant ces idées ont été contredites à plusieurs reprises) et nous connaissons un relief représentant le dieu aux côtés de la déesse soleil d’Arinna dans la citadelle sud d’Hattusha. Cependant, aucune autre source ne semble avoir survécu aux affres du temps.

Le rhyton de Schemmel sur lequel figure peut être Télipinu

Le rhyton de Schimmel, sur lequel figure peut être Télipinu

Fort heureusement pour notre connaissance de Télipinu, les sources littéraires comblent ce manque. Ce personnage est l’objet d’un récit qui lui est directement consacré, appelé le Mythe de Télipinu ou La Disparition de Télipinu. La tradition veut que ce mythe ne soit pas d’origine hittite, mais qu’il résulte d’un empreint fait à des populations d’Anatolie plus anciennes, peut être les Hourrites. Les Hittites l’ont ensuite adopté et ont fait de lui l’un de leurs principaux dieux, lui ajoutant des fonctions divines. Ce mythe nous est parvenu sous trois versions, dont la plus ancienne est composée à l’époque du roi Télipinu (1550-1530 av. J.-C.). Nous avons retrouvé la plupart des copies du mythe lors des fouilles de Hattusha : elles faisaient probablement partie de la « bibliothèque » d’Hattusha, un lieu énigmatique comportant de très nombreux textes.

C’est l’un des mythes les mieux conservés et l’un des plus complets que nous ayons pu récupérer. Des trois versions existantes, la première reste la plus étayée, mais il est néanmoins nécessaire de prendre en compte les trois versions afin de mieux confondre certains passages clés. La forme du texte est intéressante, car le mythe est entrecoupé de passages rituels, comme si le récit devait servir directement de base à l’organisation des rituels hittites. Le mythe fait partie d’un ensemble de récits à propos de dieux fugueurs, dont la portée symbolique est toujours liée à l’histoire de l’empire. Nous possédons également des informations sur le dieu et sa femme grâce à un autre récit, Le mythe de Télipinu et de la fille de l’Océan. Ce récit nous présente notamment le mariage entre les deux divinités.

Le mythe de la disparition de Télipinu

Voici une synthèse des trois versions du mythe, reprenant l’essentiel des informations nécessaires à la compréhension de la légende. Le récit s’ouvre sur le tableau d’une catastrophe : le désordre règne dans les foyers des hommes et sur les autels des dieux ; les montagnes et les pâtures se sont asséchées ; les sources se sont taries ; les hommes et les dieux meurent de faim et de soif. La cause de ce cataclysme est le départ de Télipinu. Il est parti car il a constaté une négligence de son culte par les Hittites. Télipinu a emporté avec lui tout ce qui pouvait assurer la prospérité du pays. Il décide dont de s’aliéner contre ce qu’il doit protéger, c’est-à-dire les Hommes. Quand le dieu de l’orage Teshub s’aperçoit de la disparition de son fils, tous les mille dieux hittites se lancent à sa recherche, mais en vain. Les dieux envoient même un aigle aux yeux affutés en reconnaissance aérienne, mais celui-ci ne trouve rien. La déesse mère Hannahanna décide alors d’envoyer une abeille à la recherche de Télipinu. Après avoir sondé les montagnes, les vallées et la mer, l’abeille retrouve finalement Télipinu, endormi au milieu d’une forêt, près de la ville de Lihzina. Mais quand elle le pique, celui-ci se met en colère. Furieux, Télipinu frappe des villes, des maisons, tue des hommes et du bétail. C’est un désastre !

Deux versions sont alors possibles : dans la première, l’abeille applique une cire apaisante sur la plaie du dieu qui se calme. Les Hommes reprennent leur culte, et Télipinu rentre au pays.

Dans la seconde, la magicienne divine Kamrusepa est appelée par les dieux pour l’apaiser. Usant de formules magiques et grâce aux pratiques rituelles des Hommes, elle délivre Télipinu de ses colères et restaure l’amour du dieu pour l’humanité. La description de rituels magiques est scandée par un vœu : la colère de Télipinu doit non seulement quitter son corps, mais aussi le monde des Hommes ; elle doit rester enfouie sous terre, scellée à jamais dans des cuves en bronze aux couvercles de fer (cela peut rappeler la boîte de Pandore). Télipinu retourne alors dans son temple, restaure l’autel sacrificiel, et la terre retrouve la fertilité. Télipinu s’occupe du roi et de la reine, leur garantissant prospérité et longévité. Le récit se finit sur l’image de Télipinu, se tenant devant un chêne vert. Sur cet arbre est suspendue une gibecière, un sac en peau de mouton (qui peut être comparée à l’égide grecque). La gibecière contient tout ce qui peut garantir le bien-être du royaume : la fécondité, la longévité, l’abondance et les pouvoirs du roi. Alors, Télipinu revient avec une personnalité modifiée et dotée d’une nouvelle fonction, celle de fondateur. Il fournit la vie et la force au couple royal, rétablit le culte et le pouvoir royal.

La porte des lions à Hattusha

La porte des lions à Hattusha

 Bibliographie

  • Freu Jacques, Mazoyer Michel, Les Hittites et leur histoire, Tomes 1 à 4, Paris, L’Harmattan, 2007.
  • Gonnet Hatice, « Dieux fugueurs, dieux captés chez les Hittites », dans Revue de l’histoire des religions, tome 205, n°4, 1988
  • Güterbrock Hans Gustav, « Hittite Mythology », dans Mythologies of the Ancient World, New York, Doubleday, 1961.
  • Hoffner Harry Angier, Jr (tradution), Hittite Myths : Second Edition Revised and Augmented, Writings from the Ancient World 2, Atlanta, Scholars Press, 1998
  • Mazoyer Michel, Télipinu, le dieu au marécage : essai sur les mythes fondateurs du royaume hittite, Paris, L’Harmattan, 2003

Athéna, la Déesse de la Sagesse

Illustration d'Athéna par YamaOrce

Illustration d’Athéna par YamaOrce

La grande déesse aux yeux pers

La déesse Athéna (Αθηνη en grec) est l’une des douze divinités olympiennes des Grecs. Ses fonctions symboliques principales sont la sagesse, la stratégie guerrière et l’artisanat. Nous pouvons également ajouter à cela un rôle de protectrice, non seulement des cités (comme Athènes), mais aussi des héros, comme nous le verrons par la suite. La justice peut également entrer dans ses attributions au sein de l’Olympe.

Ses attributs sont multiples, mais chacun symbolise un aspect de la déesse. Tout d’abord, l’égide, son équipement sacré (un bouclier ou un plastron), sur lequel est représenté la tête de Méduse. C’est un symbole de souveraineté incontestable que le regard de la Gorgone illustre : quiconque regarde l’égide est « changé en pierre », donc tout le monde ploie devant Athéna. C’est ce que l’on appelle un Gorgonéion, c’est-à-dire un dessin au pouvoir pétrifiant (dans le monde réel, symboliquement, bien entendu). Son deuxième attribut le plus important est l’olivier, arbre qu’elle a offert à la cité d’Athènes et qui est particulièrement cultivé en Grèce. Le reste de son équipement la caractérise également : sa lance et son casque, toujours à ses côtés sur chaque représentation qui est faite d’elle. Enfin, elle est souvent accompagnée de sa chouette de l’espèce chevêche dont le nom scientifique en latin rappelle sa maîtresse : Athene noctua. L’un de ses attributs est également la chasteté et c’est à ce titre qu’elle est la plus importante des trois déesses vierges, aux côtés d’Artémis et de Hestia.

A Rome, Athéna est identifiée à Minerve avec qui elle partage quasiment les mêmes fonctions. Elle est la protectrice de Rome et fait partie de la triade capitoline, les dieux les plus importants pour les romains.

Fonctions et attributs d’Athéna

Athéna possède plusieurs surnoms ou épithètes qui lui sont attribués en fonction du rôle qu’elle joue dans un contexte précis. Nous pouvons établir une liste non-exhaustive :

  • Παλλάς, Pallas (qui remplace parfois son nom complet et reprend ses caractéristiques de base),
  • Γλαυκῶπις, Glaukôpis (aux yeux pers, brillants ou de chouette),
  • Παρθένος, Parthénos (vierge),
  • Νίκη, Nikè (victorieuse),
  • Πολιάς, Polias (gardienne de la cité),
  • Πολύϐουλος, Polúboulos (bonne conseillère),
  • Ἀτρυτώνης, Atrytoné (invincible),
  • Εργανη, Ergané (patronne des potiers).

Athéna est donc une touche-à-tout qu’il est très utile de prier. Elle patronne plusieurs corps de métiers comme par exemple les potiers, les sculpteurs, les tisseurs, les artistes en général et les professeurs. Elle recevait également de nombreux noms en rapport avec les cultes pratiqués comme par exemple les Apatouries (Athéna Apatouria) ou encore en lien avec les lieux comme l’Agora (Athéna Agoraia). Un culte très important lui était bien évidemment rendu à Athènes, notamment au niveau du Parthénon et de l’Erechthéion (abritant la statue d’Athéna armée, le Palladium). Nous pouvons également parler des cités de Tirynthe, de Tégée, de Rhodes ou encore de Sparte qui possèdent toutes des sanctuaires dédiés à la déesse.

La naissance d’Athéna

Contrairement aux autres dieux, Athéna ne possède qu’un seul parent : pas parce qu’elle n’a jamais connu sa mère, mais bien parce que son père l’a enfanté seul  ! En effet, Zeus a « accouché » de sa fille par le crâne. Mais revenons un peu en arrière pour comprendre les origines de ce récit.

Exaleiptron représentant la naissance d'Athéna (Louvre)

Exaleiptron représentant la naissance d’Athéna (Louvre)

Zeus est du genre à vouloir séduire tout ce qui bouge. Ainsi, lorsqu’il croise la route de la titanide Métis, il n’a qu’une envie : s’unir à elle. Toutefois, Métis est rusée et peut se métamorphoser à volonté, ce qui complique la tâche au dieu des dieux. Cependant rien n’échappe longtemps aux ardeurs de Zeus qui met finalement la main sur Métis et la rend enceinte. Au même moment, un oracle annonce à Zeus que cet enfant est une fille, mais que si Métis enfante une nouvelle fois après celle-ci, ce serait un fils qui détrônerait son père qui naîtrait. En matière de régicide et de détrônement, Zeus s’y connait : il décide donc de remédier à ce problème sans attendre. Il feinte donc de s’unir une nouvelle fois à Métis mais à la place l’avale d’un seul coup avec sa bouche. Ainsi, c’est la fin de Métis et de l’enfant qu’elle porte…

Du moins c’est ce qu’il croyait. Un jour, alors qu’il se promenait aux abords du lac Triton, Zeus a un sacré mal de crâne. Une douleur sans précédent lui taillade la tête et il a l’impression qu’elle va exploser. Aussi se met-il à crier de toutes ses forces, à tel point que le monde entier l’entend. Hermès arrive sur les lieux le premier et comprend tout de suite ce qu’il se passe : il invite Héphaïstos à venir en aide à leur roi au plus vite (selon une autre version, il s’agit de Prométhée). Le dieu forgeron saisit alors son marteau et ouvrit une brèche dans le crâne de Zeus, afin qu’il puisse libérer ce qui s’y trouvait : Athéna, habillée et armée de la tête aux pieds. A partir de ce moment, la sage déesse devient l’enfant préféré de Zeus.

Athéna n’a donc concrètement pas de mère, mais nous pouvons lui attribuer la filiation de Métis, elle-même la personnification de la sagesse. Elle est une sorte de synthèse entre l’esprit de Zeus et Métis toute entière. Évidemment, cette naissance ne plait pas à Héra et de plus Athéna est jalousée de tous les autres dieux car elle est privilégiée par son père (c’est donc sa chouchou).

Les mythes

La création d’Athènes

La cité d’Athènes ne porte pas son nom pour rien. En effet, elle est étroitement liée à la déesse de la sagesse de par son mythe fondateur, son autochtonie. Athéna et Poséidon se disputent la protection de la cité d’Athènes et de sa région, l’Attique. Pour faire comprendre à tous les bienfaits dont il est capable, le dieu des océans frappe le sol de son trident et fait jaillir un flot d’eau qui vient remplir un puits près de l’acropole (selon d’autres légendes, il fait apparaître un cheval remarquable). Toutefois, Athéna ne se laisse pas faire : elle fait jaillir un olivier, le plus prisé des arbres de la Grèce. Ainsi, les athéniens choisissent Athéna en tant que divinité poliade, protectrice de la cité. Poséidon, furieux de cette décision, submerge alors Athènes sous les flots avant de s’apaiser devant les hommages qui lui sont rendus en guise d’excuse.

Le Parthénon, lieu sacré d'Athéna

Le Parthénon, lieu sacré d’Athéna

Un récit quelque peu différent implique une rivalité entre les sexes. A cette époque, les femmes auraient eu le droit de vote à Athènes. Justement, le choix entre Athéna et Poséidon doit se faire par suffrage et ainsi chacun vient donner son avis sur la question. Problème : tous les hommes sont pour Poséidon et toutes les femmes pour Athéna. La déesse l’emporte finalement car il y a une femme de plus que les hommes. Furieux, ces derniers décident donc de supprimer le droit de vote des femmes. Venant de ceux qui ont inventé la démocratie, ce n’est pas très classe…

Athéna la bienfaitrice

Une aide pour les héros

La déesse de la sagesse a été impliquée dans de nombreuses aventures et est très majoritairement d’une grande aide pour les mortels ou les demi-dieux.

Le jeune Bellérophon se voit recevoir ses bienfaits dans un rêve sous la forme d’un mors (un équipement d’harnachement) en or qui lui permet ensuite de dompter Pégase et d’en devenir le maître.

De même, elle est d’un grand renfort à Héraclès durant ses douze travaux : elle lui confie des cymbales d’airain pour effrayer les oiseaux du lac de Stymphale ; elle le guide à travers les Enfers lorsqu’il récupère Cerbère ; enfin elle accueille Héraclès à l’Olympe à la fin de sa vie. Pour la remercier, le demi-dieu lui offre les pommes d’or des Hespérides au cours de ses aventures.

De la même façon, il est impensable de parler du retour d’Ulysse à Ithaque (l’Odyssée) sans évoquer le rôle d’Athéna dans ce périple. En plus de lui accorder une protection permanente, elle aide Télémaque à retrouver son père en prenant la forme de Mentor.

Enfin, Persée reçoit une aide concrète de la déesse sous la forme d’un bouclier de bronze qui lui permettrait de voir le reflet de Méduse sans finir pétrifié. Elle va même jusqu’à guider son bras pour trancher la tête du monstre ! Pour la remercier, Persée lui offre la tête de la Gorgone qu’elle place sur l’égide.

Vase représentant Persée offrant la tête de Méduse à Athéna

Vase représentant Persée offrant la tête de Méduse à Athéna

Inspiratrice et inventrice

Athéna se soucie du bonheur des mortels. Aussi, elle leur offre souvent son aide pour découvrir des techniques et leur donner des idées lumineuses. Elle est celle par qui les Hommes apprennent à dompter les chevaux et à atteler les chars de guerre. Elle supervise également la construction de l’Argo dans le mythe des Argonautes. Athéna enseigne aussi à Dédale l’art de manipuler les métaux. Enfin, elle joue un rôle dans le milieu de la santé, offrant à Périclès une herbe pour sauver son ami et architecte Mnésiclès et à Asclépios le sang de Méduse, ayant des propriétés pouvant soit tuer soit rendre la vie.

Les châtiments dispensés par Athéna

Aglauros et Hersé

Athéna est une belle femme et elle fait nécessairement des émules parmi les dieux. Justement, Héphaïstos, pourtant marié à Aphrodite, tombe amoureux de la sage guerrière et projette en secret de s’unir à elle. Cependant, la parthénos n’a aucune envie de s’accoupler avec le dieu forgeron qui se met à la poursuivre, excité comme jamais. Tellement excité qu’Héphaïstos ne peut se retenir de jouir alors même qu’il n’a pas touché Athéna ! Sa semence vole jusqu’à la cuisse de la déesse aux yeux pers qui, dégoutée, nettoie cet affront à l’aide d’un tissu et le laisse tomber sur le sol terrestre. De ce fluide vital, mêlé à l’aura d’Athéna et aux ressources de la terre, Gaïa, nait un futur roi athénien : Erichtonios. Techniquement, c’est donc la déesse-mère Gaïa qui est la mère de l’enfant, mais elle refuse d’élever le fruit de cet odieux évènement.

Après la naissance d’Erichtonios La divinité de la sagesse décide donc d’élever seule Erichtonios. Toutefois, elle a plus urgent : cacher à Poséidon la naissance de cet enfant pour éviter qu’il ne la raille. Elle le cache donc dans une corbeille qu’elle confie au roi actuel d’Athènes, Cécrops, qu’il décide lui-même de donner à ses filles pour qu’elles en prennent soin. Néanmoins, elles ont l’interdiction formelle de l’ouvrir. Si Pandrosos parvient à réfréner sa curiosité, ce n’est pas le cas de ses sœurs, Aglauros et Hersé. Elles ouvrent alors le récipient sacré et y découvrent un enfant entouré d’un serpent horrible. Épouvantées et rendues folles par Athéna, elles se jettent du haut de l’acropole. Erichtonios, lui, devient plus tard roi d’Athènes et y renforce la prégnance du culte d’Athéna.

Arachné

La jeune Arachné est une lydienne, fille d’un teinturier (ou d’un paysan, ou d’un roi, selon les versions), qui est très douée dans l’art du tissage. Elle est si douée que tout le monde vient admirer ses œuvres et qu’elle ne minimise pas son arrogance à ce sujet. Athéna, déesse patronne des tisserands et elle-même tisseuse de l’Olympe, entend parler d’Arachné et décide de lui rendre une petite visite. Pour cela, elle se change en vieille dame et aborde la jeune tisseuse en lui faisant une leçon sur la modestie. Cependant, Arachné se moque des leçons de la vielle dame et ose même dire que son travail est supérieur à celui des dieux. Quelle erreur !

Athéna reprend alors sa forme habituelle et défie Arachné dans un duel de tissage. Elles s’installent donc face à face devant leur métier à tisser et se mettent à créer. Lorsque les deux concurrentes ont terminées, Athéna présente son œuvre : un tissage splendide, digne d’une déesse. Toutefois, la création d’Arachné est encore plus belle. Athéna est ulcérée de ce résultat et décide de déchirer sa toile de haut en bas pour punir sa rivale. Humiliée et terrifiée, Arachné part se pendre. Prise de remords devant ce triste sort, Athéna décide alors de métamorphoser Arachné en araignée, afin qu’elle puisse continuer à tisser des toiles. La morale de cette histoire est qu’il ne faut jamais se comparer au dieux dans quelque domaine que ce soit : cette impiété est lourdement sanctionnée.

Représentation d'Arachné dans le jeu SMITE

Représentation d’Arachné dans le jeu SMITE

Méduse

Avant de devenir le monstre que nous connaissons bien (une Gorgone), Méduse était une femme magnifique. Elle est d’ailleurs considérée comme une figure primordiale, sœur des Grées tout en étant mortelle. Elle est si belle que Poséidon s’en éprend. Cependant, Méduse ne veut pas de lui, ce qui pousse le dieu des mers à commettre un acte horrible : il la viole au beau milieu du temple d’Athéna. Voyant son lieu sacré souillé de la sorte, Athéna se venge sur Méduse (évidemment…) et la transforme en monstre : ses cheveux se métamorphosent en serpents, son regard devient pétrifiant et des défenses de sanglier lui poussent sur le visage. Une autre version, celle d’Apollodore, raconte qu’Athéna aurait transformé Méduse en Gorgone car elle était trop fière de sa beauté.

Tirésias

Le devin Tirésias n’a pas toujours été aveugle. Il le devint après avoir surpris la déesse de la sagesse qui prenait son bain. Pour se venger d’avoir vu ce que personne d’autre ne verra jamais, elle pose ses mains sur ses yeux et le rend aveugle pour le reste de sa vie. Pour compenser ce châtiment terrible, elle lui offre le pouvoir de la divination.

Ajax

Il existe deux Ajax : le Petit et le Grand. L’un et l’autre ont subi la colère de la déesse.

Le petit, aussi appelé Ajax d’Oïlée, fit l’erreur de kidnapper Casandre alors qu’elle se réfugiait dans un temple d’Athéna. Pour venger cet affront, Athéna demanda à Poséidon de déclencher une tempête meurtrière sur son bateau et envoya la peste sur sa terre natale, la Locride. Cependant, Ajax ne meurt pas de la tempête et se retrouve sur les rochers de Gyras. Il déclare alors qu’il s’en sortira malgré les intentions des dieux. C’en est trop pour Poséidon qui frappe alors le rocher sur lequel il se tient et le fait tomber dans l’eau, le tuant sur le coup.

Ajax le Grand, héros grec lors de la Guerre de Troie, se dispute les armes d’Achille avec Ulysse. Athéna le rend alors fou et Ajax se met à égorger des moutons alors qu’il croie tuer les grecs. Lorsqu’il s’en rend compte, il se tranche la gorge. Ulysse devra insister pour qu’on lui rende une sépulture.

Les combats de la déesse

La Gigantomachie

Les Géants sont le fruit d’une nouvelle tentative de Gaïa pour détrôner son petit-fils Zeus. Ils ne sont pas moins de vingt-cinq à se dresser contre l’Olympe. Cependant, les dieux sont désormais assez puissants pour les affronter et les vaincre. De plus, ils sont aidés du très puissant héros Héraclès. Athéna combat le géant Pallas, qu’elle tue et ensevelit sous un rocher avant qu’Héraclès ne l’achève. Elle porte ensuite sa peau en guise de trophée et d’armure. Elle collabore une fois de plus avec le demi-dieu, fils de Zeus, pour vaincre Encelade et l’enfermer sous l’Etna.

La Guerre de Troie

Bande dessinée tirée du jeu SMITE et représentant le combat entre Athéna et Arès

Bande dessinée tirée du jeu SMITE et représentant le combat entre Athéna et Arès

Athéna participe au conflit légendaire de Troie en prenant le parti des grecs. La raison est simple : Pâris ne l’a pas choisi comme étant la plus belle des trois déesses en compétition. Athéna n’hésite donc pas à encourager ses poulains dans la guerre et même à s’y mêler en participant à la mêlée. Sur le champ de bataille, elle se retrouve confrontée à Arès, qu’elle terrasse facilement. Pour plus de détails sur la guerre de Troie, rendez-vous sur l’article consacré à cet évènement mythologique : ICI.

Sources

  • Hésiode, La Théogonie,
  • Homère, L’Iliade,
  • Homère, L’Odyssée,
  • Ovide, Les Métamorphoses.

Bibliographie

  • Andrieu Gilbert, Athéna ou la Raison, Paris, l’Harmattan, 2017.
  • Hamilton Edith, La Mythologie, Alleur, Marabout, 1940.

Adaptations dans la culture pop

  • La déesse de la sagesse apparaît dans le manga Saint Seiya (en français, Les Chevaliers du Zodiaque) sous la forme de Saori Kido, sa réincarnation japonaise qui dirige l’ensemble des chevaliers de bronze, d’argent et d’or dans une lutte millénaire contre Hadès.
  • Athéna est la mère du personnage d’Annabeth Chase dans les romans de la saga Percy Jackson de Rick Riordan. Elle se caractérise par son absence auprès de ses enfants et par sa grande intelligence.
  • La divinité aux yeux pers est beaucoup représentée dans l’art, que ce soit en sculpture ou en peinture. Nous pouvons citer l’œuvre de Judy Chicago, The Dinner Party, ou la célèbre Pallas Athéna de Gustav Klimt.
  • Les jeux vidéos se sont aussi appropriés Athéna comme par exemple God of War ou SMITE.
Saori Kido, alias Athéna dans Saint Seiya

Saori Kido, alias Athéna dans Saint Seiya

Ishtar et Tammuz – Partie 2 : Tragédie Infernale

Bas-relief représentant Tammuz et Ishtar

Bas-relief représentant Tammuz et Ishtar

Petit rappel des évènements

Dans un précédent article, nous avons entamé les récits mythologiques à propos du couple divin Ishtar (Inanna) et Tammuz (Dumuzi). D’un mariage arrangé par leurs parents est née une idylle amoureuse qui va jusqu’à impressionner la grande déesse Ishtar, pourtant habituée aux relations. Leur mariage et comment il est arrangé par le biais du frère de la déesse, le dieu soleil Shamash, montre la signification donnée au rite du mariage sacré en Mésopotamie.

A partir de maintenant, les choses se corsent car un terrible destin attend les deux amants. Le dernier récit racontait comment Tammuz avait trompé sa femme avec une esclave, ce qui avait rendu Ishtar folle de rage. Le récit que nous allons maintenant découvrir est l’une des versions de comment elle se venge de lui. Cependant il faut bien garder à l’esprit qu’il existe toujours plusieurs versions des mythes et nous évoquerons donc les deux principales concernant ce qui arrive au dieu berger. Pour le moment, concentrons-nous sur Ishtar et son aventure dans l’au-delà.

Les Mythes (suite)

La Descente aux Enfers d’Ishtar

Ce mythe est très important pour le corpus mythologique mésopotamien ainsi que pour la conception de l’Enfer des Sumériens, Akkadiens et Babyloniens. Il est aussi nécessaire pour comprendre la suite des évènements concernant le couple Ishtar-Tammuz. Le récit se concentre tout d’abord exclusivement sur Ishtar et son voyage dans l’Arallu, l’Enfer de Mésopotamie (les termes de Kur (sumérien) et Irkalla (akkadien) peuvent aussi être utilisés.

Tout commence lorsqu’Ishtar décide de s’en aller dans l’Arallu afin de la conquérir. Le monde des morts est, jusqu’alors, dirigé exclusivement par la sœur d’Ishtar, la terrible Ereshkigal. Elle descend donc du ciel et se dirige vers le pays souterrain dont l’entrée est à l’Ouest du monde. En chemin, elle passe par toutes les villes dans lesquelles se trouvent un sanctuaire à sa gloire : Uruk, Adab, Nippur, Kish, Akkad, et bien d’autres. Elle prend le temps de bien s’équiper avant de se jeter dans la gueule du loup et s’orne de sept artefacts magiques (turban, ornement frontal, collier, perles, bracelets, soutien-gorge et manteau).

Accompagnée de sa suivante Ninshubur, elle se dirige vers le monde d’en bas. Elle lui donne toutes les instructions nécessaires au cas-où elle ne reviendrait pas vivante. Lorsqu’Ishtar arrive devant les grandes portes de l’Arallu, elle ordonne qu’on lui ouvre sur le champ. Elle prétend venir se lamenter avec sa sœur car cette dernière a récemment perdu son époux, Gugalanna. Le portier entend ces paroles et les répète à Ereshkigal. Celle-ci comprend le stratagème de sa sœur et feint d’accepter sa requête : elle la laisse entrer. Cependant, avant de pouvoir rencontrer la reine de l’Arallu, Ishtar doit passer les Sept Portes et à chacune de ces portes, elle doit ôter ses ornements. Ainsi, elle se déshabille progressivement et perd ses pouvoirs. Sans pouvoir contrecarrer la règle du royaume des morts, Ishtar termine complètement nue lorsqu’elle s’avance devant Ereshkigal.

A l’instant même où les deux sœurs se retrouvent face à face, Ereshkigal et ses Sept magistrats décident de la condamner à mort et donc à rester dans l’Arallu pour l’éternité. En effet : à la différence d’autres mythologies, les dieux mésopotamiens peuvent mourir ! D’une parole, Ereshkigal tue sa sœur et la pend à un clou. Ishtar a totalement perdu face à la puissance de l’Arallu et de sa reine.

Ereshkigal (artwork de Kometani)

Ereshkigal (artwork de Kometani)

Ne la voyant pas revenir, sa suivante, Ninshubur, suit les indications qu’elle a reçu : elle va voir Enlil (Ellil ou Ilu en akkadien) à Nippur mais celui-ci refuse d’aider. Elle visite également Nanna (Sîn en akkadien) à Ur, qui refuse lui aussi. Ils estiment que c’est de sa propre faute et qu’elle doit en assumer les conséquences. Elle va donc, comme prévu par Ishtar, chez Enki (Ea en akkadien) à Eridu et lui demande son aide. Il décide d’aider sa pauvre sœur et invente un stratagème pour la faire sortir du royaume des morts : il confectionne avec de la terre-cuite des êtres asexués (kurgara et kalatur) qui auront la charge d’aller amadouer Ereskigal tout en apportant à Ishtar de la nourriture et un breuvage de vie.

Les êtres asexués descendent ainsi dans l’Arallu et vont à la rencontre de la reine. Ils la plaignent et sont empathiques à son égard, ce qui lui plait grandement. Elle veut leur offrir de la nourriture et des boissons, mais les émissaires préfèrent demander le corps sans vie d’Ishtar. Ils récupèrent ainsi la déesse et ils la ressuscitent grâce à la nourriture et au breuvage magique. Ishtar les remercie et s’apprête à remonter sur Terre, mais les juges de l’Enfer, les Anunnakis, l’arrêtent et la contraignent à trouver un remplaçant si elle souhaite vraiment rester en vie.

Ainsi Ishtar remonte dans le monde des vivants accompagnée de Sept démons de l’Arallu. Elle se rend alors dans les villes où elle est célébrée et rencontre les divinités mineures en deuil. Ceux-ci veulent se sacrifier pour elle, mais elle refuse. Elle se rend alors à Uruk où vit son époux, Tammuz et elle le voit confortablement installé dans un divan, pas du tout occupé à faire le deuil de sa femme. Ishtar en est folle furieuse et elle décide que son remplaçant sera Tammuz. C’est peut-être aussi à cause de son infidélité qu’elle décide de punir le dieu. Dans tous les cas, Tammuz est emmené par les démons et doit mourir à la place de sa femme. Il reçoit l’aide de Shamash pour s’enfuir un moment, mais est rapidement rattrapé, comme dans le récit développé ci-après.

Finalement, il meurt et est emmené dans l’Arallu. Cependant, sa peine est allégée car Ereshkigal a pitié du pauvre berger. Elle établit un système selon lequel Tammuz restera en Enfer seulement la moitié de l’année et sera remplacé par sa sœur Geshtinanna le reste du temps. L’autre hypothèse, peut-être plus logique, est que c’est la sœur de Tammuz qui se propose elle-même. Une toute autre version raconte qu’Ishtar choisit de livrer son mari sans motif particulier, autre que sa peur de retourner dans le monde des morts. Ce récit nous montre donc la première version de la mort de Tammuz, qui peut être différente ou complétée par les récits ci-dessous.

Le rêve de Tammuz

Ceci est une deuxième version de la mort de Tammuz, mais qui peut aussi être la suite de la décision d’Ishtar quant à son remplaçant dans l’Arallu. Déjà Tammuz a le pressentiment qu’il va bientôt mourir et cette sensation est accentuée par le rêve prémonitoire qu’il fait. Sa sœur Geshtinanna cherche à interpréter ce cauchemar et elle en déduit qu’il a une signification : sa propre mort. A partie de ce moment, Tammuz se prépare à mourir d’un moment à l’autre, même s’il veut vivre à tout prix. Il pense que les puissances de l’Arallu vont lui être envoyé dans peu de temps pour l’emmener avec elles. Ces émissaires spectraux sont en quelque sorte des « recruteurs » de l’armée des morts qui viendraient prendre Tammuz pour en faire une divinité infernale. Afin d’empêcher cela, le berger demande à sa sœur de faire le guet sur la colline la plus proche.

Au moment où Geshtinanna pose son regard sur l’horizon, elle aperçoit un bateau remplit de captifs qui vont être emmenés en Enfer. Il transporte donc forcément ces fameux émissaires de la mort. Sans perdre de temps, Tammuz part se cacher dans le désert. Il confie sa position à deux personnes de confiance : sa sœur et l’un de ses meilleurs amis. Geshtinanna est une tombe, mais ce n’est pas le cas de son ami qui le trahit contre des présents des émissaires spectraux. Ainsi, Tammuz se fait encercler dans le désert est va être capturé. Shamash, qui est encore du côté de son beau-frère, tente un dernier coup d’éclat : transformer le berger en gazelle afin qu’il puisse s’évader. Cela ne marche malheureusement pas longtemps et Tammuz est saisi. Il va tenter de s’enfuir plusieurs fois, mais à chaque fois, son destin funeste le rattrape. La dernière fois qu’il s’enfuit, il retourne à la bergerie où se trouve Geshtinanna pour se cacher. Cependant les émissaires le retrouvent (ce n’était pas non plus la cachette du siècle !), ils envahissent les lieux et détruisent tout. Dans la cohue, Tammuz est tué.

Le taureau sauvage allongé dans le désert

Les émissaires – vus dans la réalité comme des bandits étrangers – ont réduit en cendres la bergerie et tué Tammuz. Il est intéressant de noter que ces bandits viennent des montagnes et que la montagne correspond au domaine de la mort. Ainsi les mésopotamiens voient les montagnes comme la limite de leur territoire, cerné par les nations ennemies.

Ishtar arrive enfin à la bergerie (à la fin du récit Infidélité, elle devait s’y rendre supposément pour passer un savon à Tammuz). Elle le découvre mort et ne comprend pas. Ishtar se tourne alors vers la montagne, les collines de la mort, ce qu’il s’est réellement passé. On lui dit que « le bison l’a pris et emporté dans les montagnes », métaphore signifiant que le bison, vu comme la montagne elle-même, a emporté Tammuz vers la mort. Le berger est représenté par le taureau allongé, mort. Ishtar implore alors le bison de lui rendre son époux, mais en vain.

Reconnaissance

Le travail à la bergerie au Printemps est difficile et les bergers ont l’habitude de demander de l’aide à leur femme. Ce récit nous apprend donc qu’Ishtar aurait été convoquée à la bergerie et non qu’elle s’y serait rendue d’elle-même (néanmoins, comme toujours, plusieurs versions sont acceptables). Ainsi Tammuz aurait demandé de l’aide à Ishtar mais serait mort avant qu’elle n’arrive. Ishtar, devant le cadavre de son époux, pleure et fait des lamentations rituelles en son honneur. Elle est vite rejointe par Geshtinanna et Duttur, la mère de Tammuz. Ensemble, elles se lamentent sur la mort du berger.

Geshtinanna (artwork de Naokohoma)

Geshtinanna (artwork de Naokohoma)

Supplication vaine

Pendant les lamentations pour Tammuz, le dieu mort est comparé à un roseau balayé par le vent. Geshtinanna arrête alors de pleurer et a une idée. Elle suit l’un des émissaires spectraux jusqu’aux portes de l’Arallu afin de forcer l’âme de son frère à revenir sur Terre. En effet, Geshtinanna est trop jeune pour comprendre le concept de la mort. Elle rencontre l’esprit de Tammuz et discute avec lui. Son frère lui dit que ça ne sert à rien d’essayer de le faire revenir, mais qu’à la place, il faut informer sa mère des rituels de lamentations à effectuer pour son repos éternel.

« Dans le désert, près de l’herbe nouvelle »

Introduction

Ce récit est le dernier texte mythique concernant la mort de Tammuz. A ce moment, Ishtar est en pleine lamentation sur le cadavre de son défunt époux. Un parallèle est alors fait entre Tammuz et Damu. En effet, celui-ci est un dieu de la végétation lié aux arbres et donc Damu pourrait simplement signifier Tammuz. Cependant, cette hypothèse est parfois contestée et les deux dieux seraient bien distincts.

La recherche de la mère

Le récit commence par une litanie de Damu et une série de lamentations de la part de la mère de Tammuz, qui cherche cependant à le ramener. L’histoire, très imagée, assimile Tammuz à un jeune soldat qui ne serait pas revenu de la guerre car son corps n’est pas enterré et il n’atteindra jamais l’âge adulte. Il y a aussi une image d’un prêtre oint, capturé et tué. Le texte émet l’hypothèse d’une mort naturelle du berger par maladie, mais encore une fois, plusieurs versions sont à prendre en compte. Sa mère maudit la « conscription » de son fils qui a été obligé de partir avec l’« armée » des morts. Elle va donc voir l’un des officiers commandeurs de l’Arallu pour réclamer le corps de son fils et se plaindre. Les autorités de l’Enfer refusent de lui rendre son fils. La voix de Tammuz lui parvient alors aux oreilles et elle se met à pleurer, car il sera pour toujours un esprit errant, un etemmu.

Les esprits sur le chemin

Dans l’Arallu, Tammuz rencontre d’autres fantômes mais il ne réalise pas qu’ils sont morts tout comme lui. Il leur demande d’envoyer un message à sa mère afin qu’elle le libère de son funeste sort. Malheureusement, ils sont eux-aussi fantômes et ne peuvent l’aider. Tammuz envoie alors son message (on ne sait pas comment) dans la ville de Tummal. Des lamentations y sont effectuées pour son corps massacré.

Tammuz dans l'Arallu (bas-relief, British Museum)

Tammuz dans l’Arallu (bas-relief, British Museum) – Il est au centre et est cerné par les démons.

Le breuvage de résurrection

Les Mésopotamiens voyaient la bière comme un breuvage sacré qui aurait des propriétés magiques. C’est la raison pour laquelle Duttur, la mère du berger, pense qu’elle peut utiliser cette boisson pour ramener son dieu de fils à la vie. Elle s’installe dans une ferme sacrée à Enegi(r) et elle commence à préparer de la nourriture et de la bière pour Tammuz. Elle est persuadée que cela le fera revenir à la vie. Tammuz lui répond et prend pour ce faire l’apparence d’un cèdre, il lui dit espérer grandement de revenir à la vie. Près de là, Geshtinanna se lamente encore sur son frère et ce dernier, qui ne peut lui répondre, se lamente sur sa situation et veut ressusciter.

Le texte comporte alors une longue litanie des différentes formes du dieu au niveau local, puis des dieux morts. L’auteur donne les noms des chefs de la dynastie des rois d’Ur et d’Isin jusqu’à l’époque Cassite. Ils auraient incarné le dieu dans le rituel annuel du mariage sacré.

L’intrigue reprend avec Duttur qui peine à préparer le breuvage sacré. Tammuz lui donne alors des indications : il faut creuser pour trouver son sang qui est devenu un tubercule rouge en coagulant et qui peut être utilisé dans la bière magique. Il ajoute une plainte quant à son assassinat qu’il considère totalement injuste car il n’avait pas d’ennemis. Le texte se termine ici et on comprend implicitement que le remède n’est pas efficace car Tammuz est toujours décédé dans le récit suivant.

Le dialogue avec la sœur

Du temps où son frère était encore vivant, Geshtinanna était très dépendante de Tammuz. Elle se met à chanter en l’honneur de son parèdre Ningishzida, qu’elle compare à un jeune soldat, comme cela avait été le cas avec son frère. Elle veut comprendre la mort de son frère, alors elle interroge les villageois. Cela la bouleverse que sa mère soit si triste. En effet, elle-même est trop jeune pour comprendre le sens de la mort.

Ningishzida, lui aussi décédé, vient lui adresser de sages paroles : il lui dit de tenir le coup face à la mort de son frère. Elle répond qu’elle doit le rejoindre mais il la contredit. Ningishzida demande alors si quelqu’un s’occupe bien d’elle et si elles possèdent toujours la maison avec sa mère. Geshtinanna répond qu’une maison leur avait été assignée par les autorités, mais que désormais elle a été assignée à d’autres personnes et donc qu’elle et sa mère sont à la rue, pleines de désespoir. Sa mère a crié si fort qu’elle s’est faite entendre au loin.

Face à cette situation, Duttur, la mère de Tammuz et Geshtinanna, décide de rejoindre son fils dans l’Arallu afin de prendre soin de lui. Lorsqu’il entend la nouvelle, Tammuz est content d’avoir quelqu’un pour s’occuper de lui.  Tandis qu’elle marche dans le désert pour le rejoindre, elle croise un docteur : il doit donc y avoir un malade ou un accident dans le coin.

En effet, il y a bien une raison à la présence du docteur : Geshtinanna est morte pour retrouver son frère. Sa mère s’effondre en voyant ce spectacle et se met à se lamenter pour ses deux pauvres enfants. Dans l’Arallu, Tammuz accueille sa sœur et lui souhaite la bienvenue. Désormais, elle autant sœur que mère pour lui et Geshtinanna accepte ce rôle.

Bibliographie

Celle-ci vaut également pour l’article précédent.

  • Bottéro Jean, L’Orient Ancien et nous : l’écriture, la raison, les dieux, Paris, Albin Michel, 1996.
  • Frazer James George, Le Rameau d’or, tome 2 : Le dieu qui meurt, Paris, R. Laffont, 1983.
  • George W. Gilmore, « Tammuz-Adonis », dans Herzog Johann Jacob (dir.), Schaff Philip (dir.), The New Schaff-Herzog Encyclopedia of Religious Knowledge, Grand Rapids, Baker Book House,1954, pp.264-271.
  • Jacobsen Thorkild (traduction), The Harps that Once : Sumerian poetry in Translation, Yale University Press, 1997.
  • Loucas Ioannis, « La déesse de la prospérité dans les mythes mésopotamien et égéen de la descente aux enfers », dans Revue de l’histoire des religions, tome 205, n°3, 1988.
  • Peters John P., « The Worship of Tammuz », dans Journal of Biblical Literature, vol. 36, n°1, 1917.

Adaptations

  • Ishtar et sa sœur Ereshkigal apparaissent dans le jeu vidéo Fate/Grand Order en tant que combattantes appelées Servants. Ishtar est de classe Archer et est invoquée dans le corps de la magicienne Rin Tohsaka. Ereshkigal, quant à elle, est de classe Lancer qui a elle aussi possédé le corps de la magicienne pour interagir dans la grande guerre.
  • La série d’OAVs The Super Dimension Fortress Macross II: Lovers, Again est la suite de Super Dimension Fortress Macross mais qui se passe dans un univers parallèle. On y retrouve le personnage d’Ishtar, un « émulateur » qui peut chanter pour augmenter l’agressivité des soldats Marduk (qui est aussi un nom de dieu mésopotamien) sur le champ de bataille.
Ishtar tel qu'elle est représentée dans Macross II

Ishtar tel qu’elle est représentée dans Macross II

  • Thomas Mutton, aussi appelé Dumuzid, est le boss final du jeu Catherine. Il est aussi le gérant du bar le Stray Sheep où le héros passe le plus clair de son temps avec ses amis. La présence d’autant de moutons dans le jeu est ainsi expliquée par la véritable identité de Mutton : Dumuzi(d) le berger.
Thomas Mutton, alias Dumuzid dans Catherine

Thomas Mutton, alias Dumuzid dans Catherine

Ishtar et Tammuz – Partie 1 : Le Couple Divin

Bas-relief représentant Ishtar et Tammuz enlacés (British Museum)

Bas-relief représentant Ishtar et Tammuz enlacés (British Museum)

Présentation des personnages

Dans cet article et le suivant, nous utiliserons les noms akkadiens d’Ishtar et de Tammuz car leur utilisation est plus répandue, notamment du fait que la Bible évoque un Tammuz. Cependant, les autres noms n’ont pas nécessairement d’équivalence akkadienne et seront donc laissés en sumérien lorsqu’il sera obligatoire de les citer.

Ishtar

Ishtar (akkadien) ou Inanna (sumérien) est l’une des déesses les plus importantes du panthéon mésopotamien. Elle est la grande déesse génératrice de toutes choses, la personnification des forces reproductrices de la nature. Ses attributs principaux sont l’amour (notamment charnel) et la guerre. De plus, elle est la patronne des filles de joies à Sumer comme à Akkad, on l’appelle parfois « celle qui accepte tout ». Selon la tradition d’Uruk, elle est la fille du dieu du ciel, Anu, mais selon une autre tradition, elle serait la fille de Nanna (Sîn), dieu de la Lune. Parfois, elle est aussi décrite comme la fille d’Enlil ou celle d’Enki/Ea. Dans tous les cas, elle a pour sœur la reine de l’Enfer mésopotamien, Ereshkigal et pour frère le dieu soleil Utu (Shamash). Ishtar est régulièrement liée à des histoires amoureuses ou sexuelles qui finissent mal et ses accès de colère ne laissent jamais les mortels indifférents (Enkidu peut en témoigner, voir l’article sur l’Épopée de Gilgamesh). Son importance dans la religion de Mésopotamie est capitale – on peut même dire qu’elle est la déesse la plus importante et celle qui a traversé le mieux les siècles au travers de plusieurs identités, allant d’Astarté à Vénus. Ishtar est symbolisée par le lion, élégant et fort, noble et majestueux. Elle est aussi ambivalente que son animal lié : belle mais dangereuse.

Ishtar telle qu'elle est représentée dans le jeu Fate/Grand Order

Ishtar telle qu’elle est représentée dans le jeu Fate/Grand Order

Tammuz

Tammuz (akkadien) se nomme Dumuzi à Sumer. Dans le panthéon sumérien, Dumuzi est l’une des plus anciennes figures, mais pas l’une des plus importantes. Son nom est composé d’une expression sumérienne qui signifie « véritable fils (ou « fils légitime ») de l’eau profonde ». En effet, il est le fils du dieu Enki (Sumérien) / Ea (Akkadien, Babylonien), qui règne sur l’Apsû, la nappe souterraine d’eau douce. Tammuz est présenté comme un dieu de l’abondance, dans le sens de l’abondance de la végétation et de la nature. De plus, il est un dieu agraire, en lien avec les récoltes et les cultures. Il est d’ailleurs berger, ce qui souligne son appartenance au monde de l’agriculture et du bétail. Tammuz est également présenté comme le roi de Sumer, ayant reçu ses fonctions directement de ses homologues les dieux. Lui et sa sœur Geshtinanna sont les enfants de la déesse Duttur, patronne des troupeaux et des chèvres. Sa sœur, elle, est mariée au dieu Ningishzida, une divinité souterraine liée à la végétation. Tous sont des divinités agraires qui possèdent des pouvoirs et prérogatives sur la vie animale et végétale. Tammuz est autant symbolisé par le mouton que la chèvre dans les mythes : il est berger et s’occupe bien de son troupeau ainsi que de sa maison, mais d’un autre côté il est capricieux et frivole.

Tammuz tel qu'il est représenté dans le jeu Tower of Saviors

Tammuz tel qu’il est représenté dans le jeu Tower of Saviors

Sources

On appelle Cycle de Dumuzi les récits transmis par la tradition orale concernant Tammuz et les histoires qui l’entourent tandis que les premiers documents écrits en sumérien sur le sujet dateraient du IIIe millénaire av J.-C. Cependant d’autres textes en akkadiens ont été retrouvés et ceci jusqu’à l’époque néo-babylonienne (XIe-VIe siècle av J.-C.), notamment des documents sur la mort du dieu et quelques informations sur La Descente d’Ishtar aux Enfers. Ce dernier texte précisément daterait environ du XVIIe siècle av J.-C. Ces sources peuvent être divisées en plusieurs catégories : poésie pastorale ou amoureuse utilisée lors des mariages ; récits mythologiques pures ; chants heureux ou tristes sur le sort de Tammuz ; lamentations, donc poèmes que l’on chante lors des enterrements.

Évidemment, les récits qui vous sont présentés ici sont le résultat d’une synthèse de sources qui nécessiterait des éclaircissements, mais pour la clarté du mythe, nous nous baserons sur les traductions réalisées par l’historien Thorkild Jacobsen dans son ouvrage The Harps that Once : Sumerian poetry in Translation qui contient tout autant les récits de la vie de couple de Tammuz et Ishtar que le récit du voyage dans l’au-delà par la déesse.

Les Mythes

Une nouvelle maison

Tammuz et Ishtar ont un mariage arrangé par leurs parents alors qu’ils ne se sont jamais rencontrés. C’est un comble pour cette séductrice qui choisit elle-même ses cibles. Cette fois, elle n’a pas le choix, son père Anu en a décidé ainsi : elle épousera le berger Tammuz. De son côté, le dieu berger réunit ses amis afin de construire une maison pour son couple près de celle des parents de la jeune déesse. Ils se mettent au travail et font un boucan terrible, si bien qu’Ishtar entend tout ceci et ne comprend pas. Elle pense qu’il s’agit d’un courtisan venu pour sa main et n’apprécie pas du tout. Tammuz est amusé de la situation et la laisse dans l’ignorance. Il décide de construire la maison – ou plutôt le palais – avec des pierres précieuses. Toute cette magnificence attire l’œil de sa promise qui sort finalement de chez elle. Elle vient demander pour qui cet édifice a été construit et Tammuz lui révèle la vérité : ce sera leur nid d’amour à tous les deux. Ishtar découvre donc sa future maison en même temps que son fiancé et est ravie car elle le trouve séduisant et habile.

Le message de la sœur

De toute évidence, la communication n’est pas leur fort car les deux fiancés s’aiment mais ne se le sont pas encore avoués. Ishtar invite sa future belle-sœur à venir lui rendre visite. Cette dernière, Geshtinanna, accepte et la rencontre. La fiancée avoue alors à la sœur tout l’amour qu’elle porte à Tammuz. Geshtinanna s’empresse alors d’aller le dire à Tammuz afin qu’il soit rassuré. Celui-ci est heureux de cette nouvelle et rejoint rapidement Ishtar pour lui avouer ses sentiments à son tour, afin qu’elle ne souffre plus des peines de l’amour.

Les ruses des femmes

Le jour suivant la rencontre des fiancés – et donc leur coup de foudre, Ishtar attend impatiemment que Tammuz rentre du travail à la bergerie. Lorsqu’il rentre, il est fatigué et aurait besoin de se détendre. Il fait des avances à Ishtar, mais ce n’est pas ce qu’elle veut car elle préfère attendre. Elle ne veut pas le repousser et prétend donc qu’elle doit rentrer tôt chez ses parents. Il lui répond qu’il peut lui fournir une excuse pour rester plus longtemps. Ishtar hésite à rester car Tammuz insiste pour faire l’amour. Elle refuse catégoriquement car elle est une fille décente et non une prostituée (ce qui est assez ironique car elle en est la patronne). Finalement, elle le contraint à faire une requête dans les règles : demander « sa main » à sa mère. Ishtar est sûre qu’elle dira oui, mais elle préfère attendre d’avoir l’accord de ses parents avant toute chose.

Les draps du mariage

Ishtar est contrariée car son frère lui annonce qu’il a promis à un homme de lui donner sa main. Shamash (le dieu soleil, Utu en sumérien), le frère d’Ishtar, avait fait la promesse de marier sa sœur à un dieu : Ama-Ushumgal-Anna (qui en réalité une épithète de Tammuz). Evidemment, Ishtar ne fait pas le lien et a peur que son frère veuille vraiment la marier à un inconnu. Shamash lui demande alors de changer les draps de son lit pour y mettre des draps de noces. Ishtar accepte, mais avant elle veut savoir qui il a choisi pour elle et commence à se répandre en objections. Le quiproquo se termine lorsque Shamash rassure sa sœur en lui disant qu’il a fait la promesse de donner sa main à Tammuz et à personne d’autre. Ishtar en est ravie.

Shamash tel qu'il est représenté dans Shaman King

Shamash tel qu’il est représenté dans Shaman King

« Laisse-le venir ! Laisse-le venir ! »

Shamash rend visite à Ishtar et tombe sur sa sœur en train de se pomponner. Il demande pour quelle raison elle se fait belle et Ishtar répond qu’elle se prépare dans l’optique de recevoir son futur mari. Shamash comprend qu’ils sont prêts à passer à l’étape suivante et amène Tammuz à sa promise. Ils s’enferment tous les deux dans la chambre nuptiale afin qu’ils puissent concevoir un enfant.

Le mariage de Tammuz et d’Ishtar

Ishtar est réunie avec ses amies proches qui la célèbrent dans son rôle de déesse de la guerre. Cette petite fête l’amène à poser une date de mariage avec Tammuz et à demander des présents pour l’occasion. Le rituel du mariage sacré peut enfin commencer. Tammuz et les invités arrivent sur les lieux mais doivent attendre qu’Ishtar soit prête. Après s’être apprêtée, la future épouse doit écouter sa mère lui expliquer ce que c’est qu’être femme et mère. Finalement, elle ouvre la porte à Tammuz, ce qui signifie l’acte formel de conclusion du mariage. Il y a ensuite un banquet qui se termine par un autre rituel : Ishtar et Tammuz quittent leurs parents et s’installent ensemble. Rapidement, Tammuz pense qu’il aimerait avoir un fils et en parle à sa bien-aimée. Ishtar, elle, est effrayée rien qu’à l’idée d’avoir un enfant car sa mère ne lui a pas expliqué l’étape précédant le fait d’être mère (la conception et l’accouchement). Alors Tammuz décide de demander de l’aide à son dieu familial. Ce dernier invite le mari à rassurer son épouse : c’est ce qu’il fait et cela fonctionne parfaitement.

Le mythe du mariage sacré entre Tammuz et Ishtar est la base du rite du mariage sacré en Mésopotamie. En effet, l’ancienne religion considère la grande déesse comme une mystérieuse puissance vitale qui engendre et régénère de façon cyclique. Logiquement, ce mythe s’est traduit par un rite concret : le roi épouse rituellement les prostituées sacrées d’Ishtar. Ainsi, on reproduit le mariage entre Ishtar et Tammuz. Plus encore : ce rite permet de donner au roi la puissance féminine de régénération cyclique de la terre ainsi que de d’augmentation de la fécondité globale.

Infidélité

Cette histoire se passe vraisemblablement quelques temps après le mariage. Ishtar apprend de source sûre que Tammuz aurait couché avec une esclave. Elle entre alors dans une colère noire. Elle trouve l’esclave en question et la punie par la mort. Elle ne s’arrête pas là car elle convie toute la ville à son exécution. Une fois vengée, elle souffre toujours de la trahison de Tammuz. Cependant, au fil du temps Ishtar s’en remet et reprend le cours de son existence. Elle s’apprête alors à rejoindre Tammuz à sa bergerie. La fin de l’histoire est floue et ne nous laisse que deux options : soit elle y va pour se venger de son mari infidèle, soit elle y va pour apprendre qu’il a été tué. Il faut cependant mettre ce récit en lien avec la descente aux enfers d’Ishtar qui explique l’une des raisons de la mort de Tammuz.

La suite dans l’article suivant !

Bibliographie

Celle-ci vaut également pour l’article suivant.

  • Bottéro Jean, L’Orient Ancien et nous : l’écriture, la raison, les dieux, Paris, Albin Michel, 1996.
  • Frazer James George, Le Rameau d’or, tome 2 : Le dieu qui meurt, Paris, R. Laffont, 1983.
  • George W. Gilmore, « Tammuz-Adonis », dans Herzog Johann Jacob (dir.), Schaff Philip (dir.), The New Schaff-Herzog Encyclopedia of Religious Knowledge, Grand Rapids, Baker Book House,1954, pp.264-271.
  • Jacobsen Thorkild (traduction), The Harps that Once : Sumerian poetry in Translation, Yale University Press, 1997.
  • Loucas Ioannis, « La déesse de la prospérité dans les mythes mésopotamien et égéen de la descente aux enfers », dans Revue de l’histoire des religions, tome 205, n°3, 1988.
  • Peters John P., « The Worship of Tammuz », dans Journal of Biblical Literature, vol. 36, n°1, 1917.
Représentation de Tammuz dans sa fonction de dieu-berger

Représentation de Tammuz dans sa fonction de dieu-berger

Râ, le Dieu Soleil

Râ (artwork de Katemaxpaint)

Râ (artwork de Katemaxpaint)

Râ (ou Rê) : le dieu des dieux

La mythologie égyptienne est un ensemble de récits et de cultes fait de très nombreux dieux zoomorphes. S’il ne fallait en retenir qu’un seul, alors ce serait peut-être Râ (ou Rê), le dieu soleil et créateur de l’univers. Il est celui avec qui tout commence et se termine. Dieu polymorphe en fonction de l’heure du jour et de la nuit, il est surtout indispensable à la vie sur Terre, si bien qu’il a été placé au sommet de la Grande Ennéade des neuf dieux principaux.

Râ est associé à Amon, le dieu soleil de la ville de Thèbes, qui se fait appeler Amon-Râ lorsqu’il est au sommet de sa gloire dans le ciel. Comprendre sa nature et les mythes qui lui sont associés est capital pour apprécier autant la piété divine que le culte du soleil ou encore l’eschatologie égyptienne de cette large période.

De sa semence sont nés Chou et Tefnout, qui ont eux-mêmes enfantés Geb et Nout, les parents d’Osiris, Isis, Seth, Horus l’ancien et Nephtys. Il est donc à l’origine de tout le panthéon égyptien et n’a pour ascendance que le Noun, cet océan sombre et mystérieux.  Logiquement, il est celui à qui se rattachent les pharaons, qui à leur mort sont censés s’unir à lui.

Râ symbolise bien entendu le Soleil, mais aussi la lumière dans son sens bénéfique, opposée aux ténèbres, elles-mêmes représentées par le serpent Apophis. Il est représenté majoritairement sous la forme d’un homme à tête de faucon, surmontée du disque solaire appelé Horakhty. Nous allons voir ici plusieurs mythes le concernant directement, en commençant bien sûr par le plus important : le cycle du Soleil.

Sources

Il existe plusieurs sources concernant le mythe du dieu soleil Rê-Atoum :

  • Le Livre des Morts

Cet ensemble de papyrus a été conçu entre le 2e millénaire avant J.-C. et le premier siècle. Ce n’est qu’à partir de 1842 que le texte est décrypté. Pendant toute la période de l’Egypte antique, le titre peut se traduire par « Libre pour sortir dans la lumière/le jour ». Il donne des informations sur le parcours du défunt après sa mort pour rejoindre le royaume d’Osiris. L’objectif est d’empêcher les vivants de disparaître dans les ténèbres de la mort et dans l’oubli.

  • Le Livre de l’Amdouat

Ce texte religieux signifie littéralement « ce qu’il y a dans la Douat », donc ce qui se trouve dans le monde des morts. Il date à priori du XVe siècle av. J.-C. et a été retrouvé dans une tombe pharaonique de la vallée des Rois. Ce livre raconte le chemin que parcours Râ pendant le jour et la nuit. Il est censé aider les pharaons à accomplir ce chemin comme le dieu soleil et ainsi s’unir à lui.

  • Le Livre des Portes

Ce troisième texte sacré a lui aussi été retrouvé dans la tombe d’un pharaon, au XIVe siècle av. J.-C. mais nous ne connaissons pas la date de rédaction. Encore une fois, le thème est celui du passage du défunt dans le monde des morts en suivant l’exemple de Râ. Le chemin est jalonné de plusieurs portes qu’il faut traverser en rendant hommage à plusieurs déesses.

  • Le Livre de la Vache Céleste

Aussi appelé Livre de la vache du ciel, cette source évoque la cosmogonie égyptienne. Elle nous intéresse particulièrement sur le mythe de Râ quittant le monde des Hommes avec l’aide de Nout.

  • La Ruse d’Isis

Mythe dans lequel Isis tente de subtiliser le nom secret de Râ, que nous détaillons un peu plus loin.

  • Le Mythe de la Lointaine

Ce dernier texte raconte la disparition de Mout ainsi que l’envoi sur Terre de Sekhmet, la lionne, par Râ, pour punir les Hommes. Des résumés plus détaillés sont présents plus loin.

Globalement, c’est grâce à la cosmogonie d’Héliopolis que nous pouvons établir le mythe de la naissance du dieu. En effet, cette ville était considérée comme le sanctuaire du soleil dans toutes ses formes. Des informations complémentaires sont amenées par les recueils funéraires royaux.

Les mythes

La naissance du créateur

Lors de la naissance de Râ, une autre créature est aussi apparue : Apophis, le serpent. Ils deviennent automatiquement des ennemis, l’un représentant la lumière, l’autre les ténèbres. Alors que le serpent est relégué aux ténèbres, Râ se voit offrir la place d’Atoum : celle de roi des dieux et des Hommes. Son œil veille désormais sur toutes les contrées du monde.

Le voyage de la barque solaire sur le Nil

Représentation de Râ sur la barque solaire

Représentation de Râ sur la barque solaire

L’activité principale de Râ pendant la journée est son parcours du fleuve des cieux durant lequel il se métamorphose, à l’image du soleil. En effet, ce chemin va de l’horizon oriental à l’Ouest en passant au-dessus de la terre en une longue courbe. Ses transformations suivent le cycle de la vie : d’abord enfant, puis parfaitement adulte et enfin vieillard. Mais tentons de faire une chronologie de ce voyage perpétuel du jour et de la nuit :

  • Pendant les dernières heures du jour, la barque traverse la Douat (l’au-delà) pour atteindre le royaume de la nuit en quittant le jour. Seulement, un serpent cracheur de flammes se dresse devant la barque de Râ (peut-être Apophis lui-même). Heureusement, Râ n’est pas seul : il est accompagné de Heqa (la magie protectrice) et de Sia (la connaissance). Parfois, d’autres dieux les accompagnent comme Hou (le verbe créateur) ou Oupouaout (le dieu des chemins). Pendant ce temps où Râ est incapable de gouverner le ciel, c’est Thot qui prend la relève.
  • Durant la première et la deuxième heure, l’eau est abondante et la barque avance bien. Des babouins accueillent chaleureusement le dieu soleil et cette cohue n’effraie en rien les dieux car ils sont protégés par des génies armés.
  • Durant la troisième heure, tout le monde est sous tension : le serpent Apophis apparait et se met en travers de la route de Râ. Même affaiblit à cette heure de la nuit, le dieu soleil réussit à le terrasser. Seulement parfois, ce n’est pas le cas : le soleil est alors prisonnier des ténèbres (c’est peut-être l’explication égyptienne du phénomène d’éclipse solaire). Dans son combat, Râ peut être aidé : il peut parfois revêtir la forme d’Atoum pour augmenter sa puissance.
Artwork d'Apophis

Artwork d’Apophis

  • A la quatrième heure, il fait plus noir que jamais et l’eau n’est plus vraiment abondante, si bien qu’il faut tirer la barque pour qu’elle avance sur le sable. En effet, c’est encore la faute du serpent Apophis qui a avalé toute l’eau du fleuve. Heureusement, Râ n’est pas seul. Cette fois, c’est le dieu Seth, d’habitude réputé pour sa méchanceté, qui vient en aide à son ancêtre. Il transperce le flan du serpent de sa lance et libère toute l’eau du fleuve afin que la barque puisse reprendre son cours.
  • Pendant la cinquième heure, la barque passe près du cadavre d’Osiris et l’espoir renait enfin. Râ s’associe alors à son ancien cadavre, le scarabée Khepri et redémarre donc le cycle.
Fragment représentant l'une des formes de Râ, le scarabée Khépri

Fragment représentant l’une des formes de Râ, le scarabée Khépri

  • La sixième heure marque le retour de l’énergie vitale de Râ. Pour ce faire, il doit se régénérer à l’abri des dangers. Il est alors protégé par le serpent bienfaisant Mehen qui le protège en l’enveloppant de ses anneaux.
  • Lors de la septième et la huitième heure, les Hommes peuvent enfin apercevoir leur dieu. Ils amènent des cadeaux sur les rives du fleuve (armes, tissus, attributs royaux). Mais d’autres ne sont pas de cet avis et tentent d’attaquer le soleil. Ils sont automatiquement capturés et châtiés, attachés à des poteaux de torture et brûlés par des cobras cracheurs de flammes. On en décapite certains et on les met à cuire dans de grands chaudrons (très ragoutant…). Leur sang vient alimenter des lacs de flammes alentours. Pendant ce temps, Apophis n’en a pas terminé avec Râ et tente de revenir à la charge, mais il est directement arrêté par la déesse Serket (ou Serqet) qui le terrasse avec fureur, du moins pour le moment.
La déesse Serket (artwork de Lorenn)

La déesse Serket (artwork de Lorenn)

  • A la neuvième heure et jusqu’à la onzième, le soleil commence à être haut dans le ciel. Apophis fait son grand retour pour un ultime affrontement entre la lumière et les ténèbres. Il essaie encore d’arrêter le temps, mais en est incapable car Râ est presque au sommet de sa puissance.
Râ et Apophis (artwork de Trejoeeee)

Râ et Apophis (artwork de Trejoeeee)

  • A la douzième heure (à midi donc), la barque est hissée par Noun vers la lumière. En traversant le serpent du temps, ils passent de vieillards à enfants. Ainsi tous les habitants reçoivent la lumière : on les appelle les « troupeaux de Râ ».

Ainsi, le dieu soleil fait ce voyage chaque nuit et après midi, il redescend dans les ténèbres pour se régénérer. Il part du jour en tant qu’enfant et arrive à la nuit en vieillard à tête de bélier.

Le nom secret de Râ

Avant que Râ soit trop vieux et cède sa place sur Terre pour se consacrer exclusivement à son périple quotidien sur le fleuve du jour et de la nuit, il vivait auprès des Hommes. En tant que dieu des dieux et des Hommes, il règne sans relâche sur la Terre. Mais en même temps, il vieillit. La déesse Isis a alors une idée pour profiter de la situation : elle veut tenter d’obtenir le nom secret de Râ.

Un nom secret est un titre que seule la personne concernée connait. S’il vient à se faire savoir par Isis, alors elle aura un pouvoir sur Râ et gagnera une partie de sa puissance. En réalité, Isis a besoin de ce pouvoir pour communiquer avec son défunt époux, Osiris ainsi que pour protéger son fils Horus de son terrible destin. Cependant, il n’y a aucune chance que le dieu soleil lui donne ce nom de son plein gré. Elle imagine alors un plan : lui infliger un mal que seule la connaissance de son nom secret pourrait soulager.

Pour ce faire, le mal doit venir de soi-même (donc que Râ se blesse lui-même). Il est très âgé et la salive coule au coin de sa bouche : Isis en profite pour lui en soutirer une goutte. Elle mêle ensuite cette bave à la terre et malaxe la mixture pour lui donner la forme d’un serpent qu’elle anime ensuite par des paroles magiques. Elle le cache dans le sable, juste sur le chemin que prend Râ pour rejoindre la barque céleste. Evidemment, le serpent parvient à mordre Râ et celui-ci s’écroule de douleur. Tous les dieux accourent alors et voient la détresse de leur roi. Ce dernier est pétrifié de peur car il ne peut identifier le mal : il a créé toute chose dans ce monde, mais pas celle-ci (elle a été créée de son propre être). C’est la raison pour laquelle il ne peut rien faire contre elle.

Tandis qu’il souffre le martyr, Isis débarque et tente d’utiliser sa magie pour le soigner – du moins c’est ce qu’elle prétend. Aucune amulette, prière ni formule magique ne soulageait le grand dieu. Elle lui souffle alors à l’oreille que seule la connaissance de son nom secret lui permettrait de la sauver. Il lui donne alors quelques-uns de ses titres : « Celui qui a fait le ciel et la terre », « Celui qui maîtrise la lumière et les ténèbres » ou encore « Celui qui a pour nom Khepri le matin, Râ à midi, Atoum le soir ». Mais aucun ne correspond à son véritable patronyme secret. Lorsqu’il sent qu’il n’a plus d’autre choix, il craque et donne à Isis son nom. La douleur de perdre ce titre estompe directement la douleur du serpent tandis qu’Isis est insufflée du pouvoir divin. Ainsi, Isis devient une grande déesse et peut continuer sa quête pour défaire Seth. Râ, quant à lui, est de plus en plus faible et l’heure de sa retraite dans la Douat se rapproche.

Dispute avec Mout

Si Râ est sage, il peut aussi entrer dans des colères noires. Un jour, il se fâche avec Mout, la déesse protectrice qu’il porte au front constamment, aussi appelée Œil du Soleil. D’habitude, elle est d’une nature calme et sage, mais cette fois-ci, elle explose de colère et s’en va en exile dans le désert nubien. Mais le monde dépérit en son absence : le Nil risque de s’assécher et les récoltes sont inexistantes. Malgré les supplications des Hommes, Mout ne revient pas.

Alors Thot a une idée : envoyer à la déesse un émissaire, une créature mi-chacal, mi-singe, qui pourrait persuader Mout de revenir. Cet animal étrange se met alors à raconter des histoires à Mout dans le but de la distraire et de lui redonner le sourire. Peu à peu, la lueur de fureur dans ses yeux s’estompe et laisse place à celle de l’amour. Elle accepte alors de se réconcilier avec Râ et les ressources reviennent en abondance. Depuis ce jour, on célèbre la crue du Nil et l’abondance des récoltes par de grandes fêtes en l’honneur de Mout.

Râ punit les Hommes

Comme nous l’avons vu auparavant, Râ vieillit et s’affaiblit. La perte de son nom secret a été un coup dur pour lui et les Hommes le savent. Ils pensent pouvoir proclamer leur indépendance du vieux dieu soleil et envisagent une révolte. Mais Râ, même s’il est âgé, voit tout ce qui se passe sur Terre. Il comprend le mépris des Hommes à son égard et comprend qu’il doit les punir pour cette impiété.

Il envoi alors sur Terre soit Hathor, la déesse d’habitude vache mais ici chat, ou Bastet la déesse chat (ce qui peut sembler plus logique) qui pour l’occasion revêt une autre apparence et un autre nom : Sekhmet la Puissante, la déesse lionne, avide de sang et déchainée par les passions. Elle est l’œil furieux du dieu soleil Râ : les vents du désert sont son souffle tandis que de son corps émane un halo rouge. Lâchée à Héracléopolis, elle provoque un véritable massacre, un bain de sang si terrible que Râ lui demande de s’arrêter, concluant que les Hommes ont été assez punis. Cependant, Sekhmet ne veut pas s’arrêter et continue ce qui devient progressivement un génocide de l’espèce humaine ! Les supplications des dieux et les cadeaux n’y font rien.

Gravure représentant la déesse Sekhmet

Gravure représentant la déesse Sekhmet

Alors Râ a une idée : il concocte une boisson de bière de couleur rouge grâce au pigment du sang, l’hématite et offre ce mélange à la déesse en furie. Celle-ci boit jusqu’à plus soif et devient saoule, puis finalement s’endort. Ainsi, elle oublie ses massacres et redevient Hathor la douce. C’est comme cela que Râ, après avoir punis les Hommes, les sauve. En souvenir de cette hécatombe, une fête dédiée à Hathor est célébrée dans le Delta du Nil pendant laquelle tout le monde boit jusqu’à devenir ivre.

Le mythe de la vache céleste

Râ est désormais trop vieux pour régner et totalement las de commander sur la terre et les cieux. Il passe le relais à Chou, son fils, qui lui-même cédera plus tard le trône à Geb. Râ débute alors le cycle du jour qu’il fera jusqu’à la fin des temps. Mais lorsque c’est la nuit, il n’y a personne pour gouverner. Il nomme alors Thot vizir de la nuit et lui attribue la Lune.

Maintenant que tout est en ordre, Râ peut s’en aller tranquille pour aller régner dans l’au-delà. Cependant il ne peut y accéder si simplement. Il demande alors à Chou de soulever sa sœur Nout et ainsi sépare le ciel et la terre. Nout prend alors la forme d’une vache et le dieu-soleil s’installe sur son dos. Il contemple son monde et est satisfait. Nout, elle, prend peur car elle monte de plus en plus haut et a le vertige. Râ dispose alors huit génies bienfaiteurs autour de ses pattes pour l’aider à garder l’équilibre.

Ici, tout là-haut, Râ établit le monde des morts. Il y fait pousser des champs verdoyants et l’alimente en ressources inépuisables. Ainsi, lorsque les Hommes mourront, ils connaitront le repos éternel dans cet endroit « paradisiaque », ils ne connaîtront plus ni la soif, ni la faim. C’est ainsi que Râ continue de veiller sur ses enfants, même après qu’il ait quitté la Terre.

Bibliographie

  • Encyclopedia Universalis (dir.), Dictionnaire de l’Egypte Ancienne, Paris, Albin Michel, 1998.
  • Guilhou Nadine, Peyré Janice, La mythologie égyptienne, Paris, Marabout, 2005.
  • Hagen Rose-Marie, Hagen Rainer, L’Égypte : les hommes, les dieux, les pharaons, Taschen, 2005.

Adaptations dans la culture populaire

  • Yu-gi-oh !

Râ apparait dans le manga Yu-Gi-Oh ! sous la forme d’un dragon fortement inspiré d’un rapace et du soleil. Il est la carte maîtresse d’un égyptien du nom de Marik Ishtar et est considéré comme le plus puissant des trois cartes divines, les deux autres étant Osiris et une personnification de l’Obélisque.

  • Stargate SG1

Dans l’univers de Stargate, Râ est un extra-terrestre de la race des Goa’uld. Il est leur maître suprême. En réalité, il prend la forme d’un serpent qui a parasité le corps d’un humain.

  • SMITE

Râ est présent dans plusieurs jeux vidéo dont SMITE, le Moba mythologique à succès. Dans le jeu, il possède la classe Mage et utilise des attaques en lien avec la lumière du soleil pour se battre.

Le Dragon Ailé de Râ tel qu'il est représenté dans Yu-Gi-Oh !

Le Dragon Ailé de Râ tel qu’il est représenté dans Yu-Gi-Oh !

Le Mythe de Cthulhu

Cthulhu (artwork de Fantasio)

Cthulhu (artwork de Fantasio)

L’univers de H. P. Lovecraft

Le mythe de Cthulhu est un univers d’épouvante et d’horreur sorti de l’imaginaire de l’auteur américain Howard Philips Lovecraft. Développé dans ses nombreuses nouvelles, ce mythe sera repris par beaucoup d’autres auteurs de son vivant et bien après sa mort. Pour Stephen King, il est « le plus grand artisan du récit classique d’horreur du vingtième siècle ». Cthulhu, créature démoniaque, est au centre de l’univers créé par l’auteur.

Lovecraft et ses successeurs ont créé autour de la créature une mythologie complexe d’horreurs cosmiques qui jadis gouvernaient la Terre. Les humains n’étaient que des créatures insignifiantes à côté de ces grandes puissances immortelles qui n’attendent que d’être réveillées.

« Ph’nglui mglw’nafh Cthulhu R’lyeh wgah’nagl fhtagn »

N’est pas mort ce qui à jamais dort et au long des ères étranges peut mourir même la Mort. Dans sa cité de R’lyeh, le défunt Cthulhu attend en rêvant. Le démon Cthulhu est donc la figure principale des textes de Lovecraft même si l’univers qu’il a créé s’étend à bien d’autres entités extra-terriennes.

Les mythes refont surfaces lorsque les adorateurs cherchent à obtenir des pouvoirs surhumains en entrant en contact avec les entités cosmiques, en rencontrant les créatures déjà présentes sur Terre depuis la nuit des temps ou en découvrant des reliques ancestrales : les secrets interdits d’un antique grimoire ou la malédiction d’une statuette de Grand Ancien.

Le nouvelle intitulée « L’abomination de Dunwich » résume en grande partie les thèmes fondateurs du mythe. C’est suite au vol du plus rare grimoire du mythe, le Necronomicon, que les protagonistes doivent faire face à une créature née de la fille d’un sorcier dément et d’une entité cosmique nommée Yog-Sothoth.

Le panthéon Lovecraftien

Le Panthéon créé par Lovecraft

Le Panthéon créé par Lovecraft

Les Anciens Dieux

Les Anciens Dieux qui vivent du côté de Beltégeuse et qui seraient favorables ou du moins neutres pour l’Humanité. Ils sont très mal connus et leurs noms ont été pour la plupart oubliés, seuls Bast et Nodens (seigneur du grand abîme) sont cités.

Les Grands Anciens

Les Grands Anciens sont des divinités extra-terrestres exilées aux quatre coins de l’univers, dont la Terre. Prisonniers par des sceaux divins ils attendent d’être libérés, bien que leur pouvoir leurs permet d’agir en toute capacité. Les adorateurs du Grand Cthulhu communiquent généralement avec lui par les rêves, cependant le Grand Yog-Sothoth prend parfois la liberté de quitter sa prison pour se matérialiser devant eux. Il est dit que lorsque les astres seront propices, quand ils prendront la même position qu’à leur emprisonnement, les sceaux perdront toute leur puissance. Parmi eux :

  • Azathoth, le sultan des démons
  • Cthulhu, aux facultés télépathiques impressionnantes qui peut influencer les hommes endormis
  • Hastur, l’indicible, celui qui ne doit pas être nommé
  • Nyarlathotep, le dieu aveugle
  • Yog-Sothoth, symbole du temps et de l’espace
  • Shub-Niggurath

Ils vivent cachés dans des dimensions parallèles, guettant le moment propice pour reconquérir la Terre, aidés dans leur but par des transfuges humains : les Soggoths.

Les Divinités Inférieures

D’autres au contraire sont considérés comme des divinités inférieures, par exemple :

  • Atlach-Nacha, considéré comme le souverain des araignées
  • Ghatanothoa, si hideux, que quiconque contemple est pétrifié
  • Glaaki, sage limace aux vastes connaissances
  • Ithaqua, le Marcheur du vent
  • Rhan-Tegoth, créature mi-singe, mi-insecte
  • Zhar

Et bien d’autres divinités anonymes, sans compter la multitude de peuples extra-terrestres comme les Shantaks à l’aspect d’oiseaux ou les Shans, les insectes de Shaggai.

Les Créatures

Le mythe renferme également de nombreuses créatures inférieures mais ayant peuplé la Terre bien avant les hommes.

Les Profonds

Un Profond (artwork de Pahapasi)

Un Profond (artwork de Pahapasi)

D’après la légende, les profonds, êtres amphibies immortels, vivent dans des cités sous-marines et s’accouplent avec des êtres humains pour accroître leur nombre et donner naissance à des hybrides. La plupart de ces derniers vivent dans les villes portuaires aux abords des cités. On les appelle aussi « hommes-poissons ».

« Ils étaient de couleur verdâtre et avaient le ventre blanc. Leur peau semblait luisante et lisse, mais leur échine se hérissait d’écailles. Leur corps vaguement anthropoïde se terminait par une tête de poisson aux yeux saillants toujours ouverts. Sur le côté de leur cou s’ouvraient des ouïes palpitantes et leurs longues pattes étaient palmées. Ils avançaient par bonds irréguliers, tantôt sur deux pattes, tantôt sur quatre… Leur voix coassante… avait toutes les nuances d’expression dont leur visage était dépourvu ».

H. P. Lovecraft – Le cauchemar d’Innsmouth

Les Mi-Go

Les Mi-Go, ou les Fungi de Yuggoth, sont des extra-terrestres ressemblant à de grosses abeilles. L’une des colonies principales se trouve sur la planète Yuggoth (Pluton). Plusieurs sites miniers sur Terre appartiennent aux Mi-Go, les minerais étant indispensables à leurs outils technologiques extrêmement avancés par rapport à ceux des humains. Leurs ailes ont la faculté de pouvoir les déplacer dans le vide intersidéral.

Mi-Go (artwork de Primeval Void)

Mi-Go (artwork de Primeval Void)

Les Goules

Une Goule (artwork d'Electreel)

Une Goule (artwork d’Electreel)

Enfin, les goules sont des créatures sous-terraines vivant dans les réseaux de tunnels sous les cités humaines. Créature hybride humanoïde et canidé, leur peau est verdâtre et caoutchouteuse et ils disposent de sabots et de pates griffues. Leur repas est essentiellement composé de cadavres humains arrachés aux cimetières.

« Ces personnages étaient rarement tout à fait humains, mais à l’écart présentait différents degrés, souvent ils étaient proches de l’Humanité. La plupart des corps, grossièrement bipèdes, étaient légèrement penchés en avant, et ils avaient une physionomie vaguement canine. La plupart semblaient faits d’une espèce de caoutchouc ».

H. P. Lovecraft – Le modèle Pickman

Les Lieux Iconiques

Arkham

Petite ville typique du Massachusset abritant l’université Miskatonic, lieu de culte des adorateurs.

Innsmouth

Ville portuaire à quelques heures en voiture de Arkham. Principalement peuplée d’hybrides.

Dunwich

Vallée morbide à l’ouest d’Arkham, certains habitants se prêtent à d’antiques cérémonies occultes relayant les légendes concernant Cthulhu.

Les Adaptations

Jeu de rôle et de plateau

Quatre adaptations en jeu de rôle existent :

  • Dieties & Demigods, extension du jeu Donjons & Dragons
  • L’Appel de Cthulhu, jeu devenu mythique qui en est maintenant à sa 7ème édition
  • Cthulhu D20 par Wizards of the Coast
  • The Trail of Cthulhu, traduit par 7ème Cercle en France

D’autres en jeu de plateau :

  • Cthulhu Wars par Sandy Petersen
  • Pandemic : Le règne de Cthulhu par Matt Leacock et Chuck D. Yager
  • Horreur à Arkham par Richard Launius et Kevin Wilson

Cinéma

Les grands classiques :

  • 1963, La Malédiction d’Arkham par Roger Corman, adaptation de L’Affaire Charles Dexter Ward
  • 1985, Reanimator par Stuart Gordon
  • 1986, Aux Portes de l’Au-delà par Stuart Gordon
  • 1993, Necronomicon par Brian Yuzna, Christophe Gans et Shüsuke Kaneko
  • 2001, Dagon par Stuart Gordon
  • 2003, Maléfique par Eric Valette
  • 2010-2013, Le Territoire des Ombres par José Luis Alemàn

Jeu-vidéo

Les jeux absolument incontournables pour les mordus de Cthulhu :

  • Call of Cthulhu: Dark Corners of the Earth (PC, 2009)
  • Conarium (PC, 2017)

A noter que de nombreux auteurs, dont Stephen King et Neil Gaiman, se disent avoir été fortement inspirés par les œuvres de H.P. Lovecraft. Le mythe influença également la culture populaire ainsi que le monde de la musique (compositions et pochettes d’album), notamment les groupes Metallica et Iron Maiden.

 Bibliographie

  • Allart Patrice, Guide du Mythe de Cthulhu, Paris, Les Belles Lettres, 1999.
  • Lovecraft Howard Phillips, Le Mythe de Cthulhu, recueil de nouvelles de 1928.
  • http://portes-imaginaire.org

Cet article a été entièrement rédigé par Arukādo, merci à lui !

Les principaux dieux égyptiens

Les principaux dieux égyptiens

Les principaux dieux égyptiens

La mythologie égyptienne est complexe et pleine de mystères. Cette religion polythéiste se distingue par plusieurs caractéristiques : les multiples visages donnés aux dieux (ce qui complique la compréhension), l’importance donnée aux symbole à travers les animaux, la localité de la plupart des dieux et les cycles qui rythment les mythes. La panthéon égyptien se compose de plusieurs dieux mais n’est pas clairement définit. Voici une version schématisée de la généalogie des dieux :

Généalogie des dieux

Généalogie des dieux

La Cosmogonie

Il existe plusieurs mythes de la création du monde, mais le plus répandu est celui d’Héliopolis. Je vais vous raconter brièvement ce mythe sans trop entrer dans les détails. Au tout début, il n’y a rien, si ce n’est un océan d’eau et de ténèbres appelé le Noun. Puis apparaît le démiurge Atoum (« Celui qui est complet »), qui peut aussi prendre le nom de Ptah. Le dieu imagine alors une masse de roseau au milieu de l’eau et elle apparaît pour qu’il s’y pose. Atoum n’a pas de compagne, donc il se masturbe, et 2 enfants sont le fruit de cet acte : un fils Chou et une fille Tefnout. Il met ensuite au monde Geb et Nout (ou peut être sont-ce les enfans de Chou et Tefnout), qu’il sépare pour que Geb soit la terre et Nout le ciel. L’union de Geb et Nout donne naissance à des enfants. Malheureusement, au cours de l’année, Nout mange ses enfants, ce qui ne plaît pas à Geb. Chou le rassure en lui expliquant :

« Nout ne mange pas ses enfants, elle les prend en son sein et les préserve pour les faire renaître. Quand l’un disparaît à l’Occident, un autre naît à l’Orient. Ainsi, tout au long de l’année, ils se succèdent. De même que, chaque soir, on dit qu’elle avale Rê, lui faisant traverser son corps la nuit pour le mettre de nouveau au monde au petit matin. »

Geb et Nout on plusieurs enfants, dans l’ordre : Osiris, Horus l’Ancien, Seth, Isis et Nephtys. En séparant le jour et la nuit, Atoum cède sa place à Rê, le dieu soleil et roi des dieux, mais sans se retirer pour autant car, selon les heures, il devient Rê.

La déesse Nout, plafond de la salle funéraire de la tombe de Ramsès V et VI

La déesse Nout, plafond de la salle funéraire de la tombe de Ramsès V et VI

Les Dieux

  • Râ (ou Rê) : fils de Neith. Dieu soleil, le plus important d’Égypte. Il change de nom et d’apparence en fonction du moment de la journée, devenant Amon et Khnoum (le cycle solaire). Râ possède une tête de faucon surmontée du disque solaire Horakhty. Le pharaon, considéré comme faisant partie de la lignée des dieux, prend le titre de « fils de Rê ». Il veille sur le monde à l’aide de son œil et règne sur le monde des morts. Pour plus d’informations sur Râ, rendez-vous sur l’article lui étant consacré :

Lien vers l’article consacré au dieu soleil Râ

Râ (Rê)

Râ (Rê)

Illustration de Râ par el Grimlock

Illustration de Râ par el Grimlock

  • Osiris : fils de Nout et de Geb et époux d’Isis, il est le dieu de la mort et de la renaissance. Osiris est représenté avec la peau verte et noire ainsi qu’avec les attributs du pharaon (fouet, crosse de berger, barbe postiche).

Lien vers l’article consacré au dieu Osiris

Osiris

Osiris

 

  • Seth : ou le « dieu rouge », fils de Nout et de Geb et époux de Nephtys. Maître du tonnerre, il règne sur le désert. Seth représente le mal de par sa brutalité et son comportement agressif (notamment sexuellement), mais sa force contribue à équilibrer les cycles. Il est représenté avec la tête d’un animal imaginaire, pouvant aller de l’okapi à la girafe.
Seth

Seth

 

  • Isis : fille de Nout et de Geb et épouse d’Osiris. C’est une déesse funéraire et de l’amour, considérée comme étant une magicienne astucieuse. Elle est représentée avec une tête de femme surmontée d’un disque solaire pris entre eux cornes.
Illustration d'Isis (Smite)

Illustration d’Isis (Smite)

  • Horus : fils d’Osiris et d’Isis. Il est le dieu du ciel et du soleil, ainsi que le protecteur des pharaons (il est d’ailleurs le premier d’entre eux). A l’instar de Râ, il arbore une tête de faucon surmonté d’une double couronne.
Illustration d'Horus

Illustration d’Horus

  • Toth : fils de Râ, dieu lunaire (il remplace le dieu soleil, la nuit), patron des scribes et grand magicien. Il est représenté avec une tête d’Ibis portant une couronne atef.
Illustration de Toth

Illustration de Toth

 

  • Anubis : fils adoptif d’Isis (fils adultérin de Nephtys et d’Osiris), Anubis est un dieu funéraire, protecteur des défunts, des tombes et des funérailles. Il est représenté avec une tête de chacal noir.
Illustration d'Anubis

Illustration d’Anubis

  • Apophis : fils de Neith. Dieu du chaos et des forces obscures, il cherche à anéantir la création divine et notamment à arrêter le cycle solaire. Il est représenté comme un serpent géant.
Apophis

Mise à mort d’Apophis par Atoum dans la 3e section du Livre des Portes

Pour plus d’informations :

- La mythologie égyptienne de Nadine Guilhou ou Dictionnaire de mythologie égyptienne de Isabelle Franco.

- Les jeux vidéos Age of Mythology, Sphinx et la Malédiction de la Momie ou encore Egypte III.

- La trilogie de Rick Riordan Les Chroniques de Kane, romans fantastiques mettant en scène les dieux à notre époque.

Illustration d'Osiris sous la forme d'un dragon dans Yu-Gi-Oh !

Illustration d’Osiris sous la forme d’un dragon dans Yu-Gi-Oh !

 

 

 

Les principaux dieux grecs

Les principales divinités grecques (illustration de Dim. D et Frederico Santagati)

Les principales divinités grecques (illustration de Dim. D et Frederico Santagati)

 

La religion de la Grèce antique

La mythologie grecque (et par extension romaine) se définit par son caractère polythéiste : il y a donc plusieurs divinités. Ainsi, chaque dieu représente un aspect de la nature ou de la vie des hommes, aussi bien concernant l’inné (l’amour, le ciel, la mer, la mort, etc) que l’acquis (la guerre, la chasse, la musique, la forge, etc.). Selon la tradition, le panthéon olympien (dieux résidant au Mont Olympe) se compose de 12 dieux, mais ce nombre peut varier selon les époques (notamment Hestia et Déméter). Ces dieux sont une grande famille, du fait que que plusieurs d’entre-eux se reproduisent entre frères et sœurs. Ils descendent également parmi les mortels et engendrent des demi-dieux (Héraclès, Persée, etc.) avec des humain(es), les héros des légendes et mythes que nous connaissons tous. Il est intéressant de noter le caractère humain des dieux : c’est à dire qu’ils ne sont pas parfaits, ils ont des défauts qui les font se rapprocher des croyants. Par exemple, Zeus est un incorrigible infidèle qui se met régulièrement dans des colères noires. C’est un point important qui différencie la religion des grecs et des romains des religions que nous connaissons actuellement. L’arbre généalogique des dieux est confus, mais la plupart des liens générationnels nous sont connus. En voici  une version schématisée :

Généalogie des dieux grecs (et titans)

Généalogie des dieux grecs (et titans)

Évidemment, certains liens changent en fonction de l’auteur, comme par exemple Aphrodite, fille de Zeus chez Homère et fille d’Ouranos chez Hésiode. Comme on le voit sur le schéma, la génération précédente aux dieux olympiens (Zeus, Poséidon, Hadès, etc.) est composée de douze Titans, divinités primordiales, enfants de Gaïa (la terre) et d’Ouranos (le ciel), dont Cronos et Rhéa. Pour comprendre leur importance, il faut analyser les mythes primordiaux. La religion de Rome est un peu différente car elle se base sur l’appropriation culturelle ou plutôt l’absorption. C’est la raison pour laquelle les dieux et déesses grecs ont été adaptés à la culture romaine (changement de noms, de fonctions et de symboles) mais que beaucoup d’éléments ont été gardés (mythes, héros et symbolique globale des mythes). Les Romains ré-écrivent les mythes et les transforment dans leur propre intérêt. D’ailleurs, la religion grecque n’est pas la seule a avoir été inclue dans celle des Romains comme la mythologie égyptienne par exemple. Ce principe s’appelle le syncrétisme religieux.

 

La Cosmogonie

Au commencement est le Chaos, immensité de ténèbres. Apparaissent ensuite deux divinités : Gaïa, la mère nourricière, et Eros, « l’amour qui amollit les âmes ». Leur union engendre des multitudes de dieux et d’éléments de la nature. Tandis que du Chaos naissent Nyx, la nuit noire et Erèbe, les ténèbres, Gaïa donne naissance à Ouranos (le ciel) d’elle-même, avec qui elle s’unit. En effet, Ouranos et Gaïa sont les premiers à régner sur le monde. A la naissance de chacun de ses enfants, Ouranos les enferme dans dans le sein de Gaïa (les Titans, les Hécatonchires et les Cyclopes). Furieuse, Gaïa demande à ses enfants de se venger de leur père en construisant une faux afin de le castrer (et de le détrôner). C’est Cronos qui répond à l’appel et qui émascule son père.

La mutilation d'Ouranos par Cronos de Giorgio Vasari et Gherardi Christofano

La mutilation d’Ouranos par Cronos de Giorgio Vasari et Gherardi Christofano

Il prend donc le pouvoir, amenant les Titans, ses frères et soeurs, au sommet du pouvoir. Mais Ouranos prédit à Cronos qu’il sera, lui aussi, détrôné par son propre fils. C’est la raison pour laquelle Cronos enferme ses frères Hécatonchires et Cyclopes au Tartare et qu’il avale littéralement ses enfants au moment de leur naissance (qu’il a avec Rhéa). Lors de la sixième naissance, Rhéa décide de se jouer de Cronos afin que leur enfant vive. Elle remplace le bébé emmailloté par une pierre, et celui-ci n’y voit que du feu. Dans le même temps, elle envoie cet enfants, Zeus, en Crète afin qu’il grandisse loin de son père. Zeus accomplit alors la prophétie en faisant recracher à Cronos ses enfants et en l’envoyant, lui et ses frères Titans, au Tartare. Parallèlement, il libère les Hécatonchires et les Cyclopes. C’est ainsi que Zeus devient le roi des dieux et règne en maître sur le monde. Ce n’est, bien sûr, qu’une version simplifiée du mythe qui mérite d’être largement étoffée.

 

Le panthéon des dieux grecs

Zeus

Zeus tel qu'il est représenté dans Smite

Zeus tel qu’il est représenté dans le jeu Smite

Nommé Jupiter à Rome, Zeus est le roi des dieux, père de ces derniers ainsi que des Hommes. Il est aussi le dieu du ciel et maîtrise le tonnerre. En tant que dieu des dieux, il possède une autorité suprême sur la totalité des êtres vivants. Zeus est connu pour deux traits en particulier : il est très colérique et très coureur de jupons. Ce dernier point lui vaut d’ailleurs d’avoir des enfants aux quatre coins du monde, pour le plus grand plaisir de sa femme, Héra. Parmi ses enfants divins, nous pouvons citer Hermès, Héphaïstos, Dionysos, Athéna, Coré et Arès. Il est aussi le père de nombreux demi-dieux comme Héraclès, Persée, Minos et Rhadamanthe. Son arme de prédilection est le Foudre, qu’il obtient des Cyclopes après la Titanomachie. Ses autres attributs sont le sceptre, le trône, l’aigle et la chèvre.

 

Poséidon

Poséidon (artwork de Rod Wong)

Poséidon (artwork de Rod Wong)

Appelé Neptune chez les Romains, Poséidon est le frère de Zeus et le dieu de la mer. Du moins, c’est la définition la plus répandue des fonctions du dieu. En réalité, il est aussi dieu de la terre ! En effet, lorsque Zeus a partagé les trois royaumes entre lui et se frères, il s’est donné le ciel et a donné les Enfers à Hadès. Il reste donc la terre et la mer qui reviennent à Poséidon. C’est la raison pour laquelle il est aussi le dieu des tremblements de terre et, plus étonnant, des chevaux. Lui aussi reçoit une arme des Cyclopes : le célèbre Trident. Il est également souvent représenté chevauchant un char aquatique. Comme son frère, il est colérique et n’hésite pas à déchaîner les eaux contre ses ennemis (Ulysse en sait quelque chose). Enfin, il est le père de pas moins de 43 enfants pour 27 femmes différentes !

 

Hadès

Hadès (artwork de Woe)

Hadès (artwork de Woe)

Le dernier de cette triade divine se nomme Pluton à Rome et Hadès en Grèce. Il est le dieu/roi des Enfers (attention à ne pas le confondre avec le dieu de la mort). Son accessoire de prédilection est la Kunée, un casque d’invisibilité, conféré lui aussi par les Cyclopes. S’il inspire souvent la terreur, Hadès n’est pas un mauvais dieu, bien au contraire, néanmoins il se montre souvent sans pitié voire insensible (si l’on exclue Orphée et sa lyre…). Il est même capable d’amour comme on le voit concernant sa femme Perséphone ainsi qu’avec ses quelques aventures extra-conjugales (Menthé notamment). Un autre de ses attributs est la double-fourche, pas toujours citée ou représentée. Aux Enfers, il est assisté de plusieurs créatures ou divinités : Cerbère, Hypnos, Thanatos, les Erynies, etc. (voir l’article sur les Enfers pour plus d’informations).

 

Athéna

Statue d'Athéna

Statue d’Athéna

Athéna est la Minerve romaine, déesse de la sagesse, de la stratégie guerrière, de la justice, de l’artisanat et, comme son nom l’indique, déesse poliade protectrice de la cité d’Athènes. Elle est la fille de Zeus et de Métis (nymphe océanide) mais sa naissance est un peu particulière car elle est sortie en armes du crâne de Zeus. Athéna est une déesse vierge et l’évènement de la naissance du premier athénien n’y fait pas exception si l’on considère qu’elle n’a jamais eu de rapport avec Héphaïstos. Si Athéna est sage, elle peut aussi se montrer jalouse et cruelle lorsqu’elle n’est pas en position de victoire. Ses symboles sont la chouette et l’olivier auxquels il faut ajouter le bouclier que lui a confié Zeus, l’égide, sur lequel figure la tête de Méduse. Vous trouverez plus d »informations sur Athéna dans CET ARTICLE.

 

Apollon

Illustration du dieu Apollon

Illustration du dieu Apollon

Apollon est le dieu grec des arts (musique et poésie en tête de liste), de la raison, du Soleil et de la guérison. A Rome, on l’appelle Apollo ou Phébus. Apollon est le fils de Zeus et de Léto. Il est aussi considéré comme le dieu de la beauté masculine du fait qu’il soit décrit comme le plus beau de tous les dieux. Mais attention : il n’est en rien le dieu de l’amour ! Apollon possède plusieurs autres prérogatives comme être le dieu des oracles (celles qui prédisent l’avenir, comme à Delphes) et de la médecine (surtout à Rome). A l’inverse, il peut aussi amener la maladie : il est celui qui tire une flèche de peste sur le camp grec dans l’Iliade. Enfin, en tant que dieu des arts, il a la responsabilité des neuf muses qui l’accompagnent régulièrement lors des festivités à l’Olympe (il est donc « musagète »). Ses accessoires fétiches sont l’arc et la lyre tandis que ses attributs sont la beauté, la lumière (du soleil), le laurier et les œuvres d’art.

 

HéRA

Illustration de la déesse Héra

Illustration de la déesse Héra

Héra, ou Junon à Rome, est la femme et sœur de Zeus. Elle est la déesse du mariage, de la fécondité, des femmes et elle est la protectrice des couples mariés (notamment les femmes mariées, les « Gunè »). En tant que reine, elle possède une certaine autorité mais malheureusement pour elle, son propre marie bafoue souvent cette prérogative. Elle est souvent excédée des comportements adultères de son mari qu’elle tolère malgré elle. En revanche, elle se venge facilement : Héraclès, par exemple, en a fait les frais. En bref, il ne vaut mieux pas attirer l’attention de Zeus car c’est vous qui serez victime de la jalousie d’Héra ! Ses attributs sont le paon, la génisse, le sceptre et la couronne.

 

Artémis

Artémis (artwork de Michael C. Hayes)

Artémis (artwork de Michael C. Hayes)

La Diane romaine est l’Artémis grecque. Soeur jumelle d’Apollon, elle est donc également la fille de Zeus et de Léto. Ses fonctions n’ont en revanche rien à voir avec son frère : elle est la déesse de la chasse, de la nature sauvage et de la Lune. Très indépendante, Artémis est une chasseresse éternellement vierge qui veille sur les jeunes filles en les faisant rejoindre ses rangs. Elle a un très fort lien avec les animaux qu’elle patronne. Ses attributs sont l’arc, les flèches d’argent, la Lune, la biche et l’ours. Enfin, si la virginité la caractérise, cela ne l’empêche pas d’avoir des sentiments amoureux pour des hommes comme pour Orion.

 

Aphrodite

Aphrodite telle qu'elle est représentée dans La Naissance de Vénus de Botticelli

Aphrodite telle qu’elle est représentée dans La Naissance de Vénus de Botticelli

Aphrodite, appelée Vénus à Rome, est certes la déesse de l’amour, mais aussi de la beauté, du plaisir charnel et de la procréation. Elle est née de l’émasculation d’Ouranos : son sexe tombe dans la mer et elle nait de l’écume des vagues près de Chypre (on a connu plus glamour). Même si elle est mariée à Héphaïstos, elle a de nombreux amants comme Arès, Adonis ou Hermès dont elle a un fils célèbre : Éros. Elle possède une ribambelle d’attributs dont le coquillage, la rose, le pavot, la colombe, le cygne et le bélier.

Arès

Arès tel qu'il est représenté dans l'univers DC

Arès tel qu’il est représenté dans l’univers DC

Arès est le dieu grec de la guerre, appelé Mars à Rome. Il se différencie d’Athéna car sa guerre à lui, c’est la violence extrême, le crime de sang, la barbarie et les armes. Il est le fils de Zeus et Héra et est lui-même le père des fondateurs de Rome, Rémus et Romulus. Peu apprécié par les Grecs, il est en revanche adulé par les Romains. Ses attributs sont son armure complète, ses armes (dont le glaive), le pivert et le sanglier.

Dionysos

Dionysos (peinture du Caravage)

Dionysos (peinture du Caravage)

Vous connaissez peut être Dionysos sous le nom romain de Bacchus. Fils de Zeus et Sémélé, il a dû être caché dans la cuisse de son père avant même sa naissance, de sorte qu’Héra ne pourrait le trouver pour se venger de cette énième infidélité. Dionysos est le dieu du vin, de la fête et de la folie. Ses prêtresses sont les Bacchantes, des femmes (et parfois hommes) rendues dingues par l’abus d’alcool. A un moment donné, Dionysos a remplacé Hestia dans le panthéon canonique des dieux. Ses attributs sont la thyrse (bâton surmonté d’une pomme de pin), le raisin, la vigne et la panthère.

Hermès

Statue d'Hermès de Schwetzingen (Allemagne)

Statue d’Hermès de Schwetzingen (Allemagne)

Mercure à Rome et Hermès dans le monde grec est le dieu des voyages, du commerce et des voleurs. Il a également pour fonction principale d’être le messager des dieux. Fils de Zeus et de Maïa (fille du titan Atlas), ses deux principales qualités sont la rapidité et la ruse. Hermès est aussi l’accompagnateur des âmes décédées jusqu’aux Enfers, on l’appelle alors Hermès psychopompe. Ses attributs sont la Caducée (le sceptre entouré de deux serpents), la pétase (le chapeau rond), les sandales ailées, la bourse d’argent, le bouc, la tortue et le coq.

DÉMÉTER

Déméter (artwork de Midori Harada)

Déméter (artwork de Midori Harada)

Déméter est connue sous le nom de Cérès à Rome. Soeur de Zeus, elle est la déesse de l’agriculture avec tout ce que cela implique : céréales, fertilité, moissons, etc. Sa fille est Coré/Perséphone qu’elle a eut avec Zeus (voir Perséphone dans l’article les Enfers). Déméter joue un rôle essentiel pour les Hommes qui la prient assidument. Ses attributs sont l’épi de blé, la tourterelle et le cochon.

HÉPHAÏSTOS

Statue de Vulcain (Héphaïstos)

Statue de Vulcain (Héphaïstos)

Héphaïstos est le Vulcain romain, dieu de la forge et du feu avec lequel il peut maîtriser tous les métaux. S’il est le fils de Zeus et d’Héra, il n’en est pas pour autant aimé car il est estropié après que sa propre mère l’ai jeté de l’Olympe sur Terre. Il est marié avec Aphrodite (oui, je vous le jure) mais le couple ne fonctionne pas car madame est très infidèle. Ses attributs sont le marteau, l’enclume, la masse, l’âne et le feu.

 

Hestia

Illustration de la déesse Hestia

Illustration de la déesse Hestia

Hestia, appelée Vesta à Rome, est la déesse protectrice du foyer, symbolisé par le feu sacré qu’elle représente. Elle protège donc le feu familial et la maison et très souvent convoquée pour les rites familiaux.

Vous reconnaîtrez sans doute dans les appellations latines des dieux les noms des planètes, à savoir, dans l’ordre après le soleil : Mercure, Vénus, (la Terre), Mars, Jupiter, Saturne, Uranus, Neptune et la planète considérée comme naine, Pluton. Nous pouvons aussi évoquer la planète naine Cérès. De même, les différentes lunes portent également des noms mythologiques.

 

Sources

Les sources de base sur le sujet sont :

  • Hésiode, La Théogonie,
  • Homère, L’Iliade,
  • Homère, L’Odyssée,
  • Ovide, Les Métamorphoses,
  • Virgile, L’Enéide.

Le livre Mythologie grecque et romaine de Pierre Commelin explique en détails les mythes des dieux et des héros. Pour plus de détails, l’excellent Grand dictionnaire de la mythologie grecque et romaine de Jean-Claude Belfiore.

Loki, le Dieu de la Discorde

Qui est Loki, le dieu nordique de Scandinavie utilisé dans le film Avengers Infinity War ?

Loki (peinture de Milivoj Ceran)

Dans un précédent article, nous avons passé en revue les principaux dieux (Ases et Vanes) de la mythologie nordique dans une description brève et concise. Il est nécessaire de revenir plus précisément sur chacun d’entre eux et nous commençons avec Loki, un personnage clé de ces récits. Vous le connaissez peut être par le biais de la franchise Marvel, mais en réalité le dieu a bien plus de profondeur et une symbolique forte. S’il n’a pas fait l’objet d’un culte par les populations croyantes, cela ne l’empêche pas d’être à l’origine de nombreux récits mythiques d’Europe du Nord.

 

La source

Les mythes de la mythologie nordique sont condensés dans un recueil intitulé l’Edda de Snorri (ou Edda), rédigée par l’historien et poète Snorri Sturluson dans la première moitié du XIIIème siècle. Véritable chef d’œuvre littéraire de la période médiévale, cet ouvrage nous permet surtout d’apprécier l’intégralité des mythes nordiques et légendes scandinaves. Il est donc logique d’y retrouver Loki, de sa rencontre avec les Ases au Ragnarök, en passant par la totalité de ses différents méfaits.

 

Présentation générale

Loki est un dieu qui occupe une place très particulière à Asgard puisque contrairement à ses congénères, il n’a qu’une passion : faire le mal. Intelligent, parfois génial, astucieux et rusé, il sait mettre ses talents aux services des Ases autant que contre eux. Snorri le décrit de cette façon :

« Splendide d’apparence, mauvais de caractère et très changeant de comportement »

Loki est le fils du géant Farbauti et de Laufey, très probablement une déesse Ase. Le fait qu’il soit né de cette union proscrite par les dieux expliquerait les relations tendues avec les autres divinités. Pourtant, Odin l’accueille comme un frère à l’assemblée des dieux.

Loki possède plusieurs caractéristiques comme celle d’être lié au feu : comme lui, il peut être aussi bienfaisant que destructeur. Le dieu possède aussi le pouvoir de se métamorphoser à volonté, ce qui lui permet d’accomplir ses mauvaises actions et de satisfaire son énorme appétit sexuel. Il est aussi rattaché à l’idée de corruption, de séduction malfaisante et finalement à celle de la mort. C’est donc un personnage fondamentalement perfide et trompeur. Il est l’ennemi juré du dieu Heimdal, gardien de l’ordre et de l’honneur opposé à toute forme de chaos.

Loki est marié à la déesse Sigyn, dont on sait peu si ce n’est qu’elle est une femme fidèle. Ensemble, ils ont deux fils : Vali et Nari (ou Narfi). Les deux vont connaître un destin tragique puisqu’à la suite des malversations de Loki, le premier est changé en loup afin d’arracher la gorge du second donc les tripes seront utilisées pour entraver Loki de ses mouvements. Mais ce ne sont évidemment pas les seuls enfants de cet infidèle qui va tromper sa femme avec la sorcière Angerboda (ou Angrboda), appelée « la Fauteuse-de-Mal » et a trois enfants de cette union, tous plus maléfiques les uns que les autres. Enfin, son dernier enfant est le cheval à huit pattes Sleipnir sur lequel nous revenons plus loin.

 

Les enfants de Loki

 

Fenrir

Fenrir ou Fenris est un loup assoiffé de sang qui arrache la main de Tyr lorsqu'il est enchaîné

Fenrir (artwork de Jean Michel Trauscht)

Le premier fils du dieu maléfique est tout aussi terrible : il s’agit d’un gigantesque loup au poil gris hérissé comme des aiguilles et à la férocité sans pareille. Fenrir est constamment furieux et n’a qu’un seul désir : croquer tout ce qui se présente à lui. Il grandit chez les Ases, puis est attaché par la chaîne magique Gleipnir sur l’îlot Lyngvi, de peur qu’il soit une menace. C’est justement lors de cet enchaînement qu’il dévore le bras de Tyr qui s’est sacrifié pour la bonne cause. Il hurle à la mort et  la vengeance jusqu’au combat final.

 

Jörmungand

Aussi appelé Jörmungandr, ce second fils est un gigantesque serpent aux écailles plus dures que l’acier. De sa mâchoire béante sortait perpétuellement un flot de venin mortel. Les Ases décident dès son enfance de le jeter dans la mer. Ce qu’ils ne savent pas, c’est que le serpent grandit : il grandit tellement qu’il devient capable d’entourer la Terre entière en se mordant la queue ! Il est l’ennemi juré de Thor qui, au cours d’une partie de pêche, a failli le capturer. Mais il aura une autre occasion de combattre le dieu foudroyant et d’en finir une bonne fois pour toutes.

Quel est ce gigantesque serpent de mer des poèmes scaldiques et de l'edda en prose aussi appelé Midgardsorm ?

Jörmungand (artwork de Northern Hermit)

 

Hel

Hel est une déesse très laide et son allure est épouvantable car son corps est divisé en deux parties : l’une faite de chaire humaine, l’autre celle d’un cadavre pourri. Dès que les dieux l’ont vu, ils l’ont directement précipité dans Niflheim pour la mettre à l’écart. Là où elle grandit, Hel se construit son propre royaume, Helheim, le royaume des morts pour ceux qui sont morts de maladie ou de vieillesse (ceux qui sont morts au combat vont au Valhalla). C’est un domaine terrible où l’on a constamment faim, où l’on est angoissé à longueur de journée et où tout se décompose. Cet endroit est gardé par un chien (comme c’est original), l’horrible Garm, semblable à un loup furieux.

Qui est Hel ou Hela, hypostase de Freyja la Grande Déesse Mère,  déesse des morts de la mythologie nordique ?

Hel (artwork de Lesluv)

 

Les Mythes

 

La citadelle et Sleipnir

Les dieux nordiques sont en perpétuelle guerre avec de multiples races de créatures comme les Géants. Ainsi, ils ont besoin de se protéger en construisant des forteresses. Justement, un géant arrive à Midgard et se proclame maître-maçon. Il propose un deal avec les dieux : construire une forteresse imprenable en moins d’un an et demi et en échange pouvoir épouser la déesse de l’amour, Freyja. Après mûre réflexion, les dieux acceptent mais imposent que le bâtiment soit construit en un seul hiver et qu’il ne soit aidé par aucun être humain. Le maçon se voit accorder d’utiliser son cheval, Svadilfari, pour seule assistance. Il se met au travail et la citadelle se construit assez rapidement, si bien que trois jours avant le début de l’été, il ne reste que le portail à construire.

Seulement les Ases n’ont pas vraiment à cœur d’offrir Freyja au maçon. Ils mettent cette décision sur le dos de Loki qui a appuyé ce choix et se jettent sur lui pour le punir de ses mauvais conseils. Le dieu malfaisant leur promet de tout faire pour empêcher le maçon de finir son œuvre. Ainsi, le soir venu, il se transforme en jument et parade devant le cheval Svadilfari afin qu’il le poursuive, ce qu’il fait. La chasse dure toute la nuit et finalement les deux animaux s’accouplent (oui, c’est bizarre). Quelques temps plus tard, il donne naissance à un poulain, le cheval à huit pattes Sleipnir, donné en cadeau à Odin.

Le maçon, quant à lui, ne peut décemment finir sa création et se met dans une rage folle. Les dieux se réunissent et décident qu’il n’a pas réussi à tenir sa promesse. Qui plus est, c’est un géant des montagnes, l’un de leurs ennemis : ils demandent à Thor de le tuer et ce dernier le fait d’un coup de marteau. Freyja est sauve, mais les dieux ont parjuré leur serment et le paieront le jour du Ragnarök…

 

Les cheveux de Sif et Mjöllnir

Entre autres méfaits, Loki a malmené la femme de Thor, la belle Sif. En effet, dans tout Asgard, sa chevelure blonde était réputée si belle et brillante que l’on appelait ses cheveux l’or. Dans son désir de destruction de tout ce qui est beau, Loki se jette sur une occasion de tout ruiner : il profite du sommeil de Sif pour lui couper les cheveux. Lorsque Thor s’en aperçoit, il s’empare de Loki et le condamne à mort de ses mains. Loki s’empresse de s’excuser et de racheter sa faute en allant demander aux Alfes noirs (assimilés ici plus aux nains qu’aux elfes) de créer une chevelure identique pour Sif. Thor accepte dans l’intérêt de sa femme et le dieu mauvais se rend chez les nains. Ce sont eux qui ont déjà construit la lance destinée à Odin, Gungnir ainsi que le navire destiné Frey (ou Freyr), Skidbladnir. Ceux-ci acceptent de forger la chevelure dorée.

Loki, qui ne peut s’empêcher d’exercer sa malice, fait alors un pari avec Brokk et son frère Eit : il faudrait qu’ils arrivent à forger trois objets aussi merveilleux que les trois qu’ils ont déjà forgés (en comptant la chevelure). Les frères acceptent et se mettent à la tâche, mais Loki se transforme en guêpe et pique Brokk pour qu’il soit distrait dans son travail. Celui-ci maintient le cap et avec son frère, ils forgent un sanglier d’or, Gullinbursti. Ils continuent leur travail et la guêpe reprend ses méfaits en piquant Brokk deux fois dans le cou. Celui-ci résiste et est forgé un anneau d’or magnifique, Draupnir. Enfin ils se mettent sur le troisième objet. La guêpe reprend du service et pique Brokk entre les deux yeux, ce qui fait qu’il ne voit plus rien. Il lâche le soufflet quelques instants, assez pour que le marteau qu’ils viennent de forger soit possiblement raté.

Les différents cadeaux aux dieux dont l'a bague magique de Wotan (Odin) ou le marteau de Thor, dieu de la foudre et du tonnerre

Le troisième présent : un énorme marteau (dessin d’Elmer Boyd)

Les deux nains se rendent chez les dieux pour remporter le pari fait avec Loki. Ainsi, les Ases jugent de la qualité du travail accompli par la parole de trois juges : Odin, Thor et Frey (la sagesse, la force et la richesse). Tout d’abord, ils offrent à Odin la lance Gungnir, à Thor la chevelure pour Sif et à Frey le navire au nom imprononçable. Ils donnent ensuite l’anneau Draupnir à Odin, le sanglier Gullinbursti à Frey et le marteau Mjöllnir à Thor. Cependant, le dernier objet présente un défaut : le manche est un peu court. Malgré cela, les dieux décident que les trois objets sont parfaits et les nains remportent le pari. Loki, qui avait parié sur sa tête, s’enfuit aussi vite qu’il peut mais est rattrapé par Thor qui le ramène devant Brokk. Pour le punir, le nain lui coud les lèvres entre elles. Malheureusement, Loki réussira à s’en défaire pour proférer toujours plus de méchancetés et de paroles déshonorantes.

 

Thrym

Ce récit montre que Loki peut aussi mettre sa ruse au service des Ases. Un beau jour, Thor perd son marteau, Mjöllnir. Il va à la rencontre de Loki pour lui expliquer son problème et celui-ci élabore un plan. Il emprunte le manteau de plume de Freyja pour se transformer en oiseau et vole jusqu’au pays des géants, Jotunheim, à la rencontre du roi Thrym. Loki lui demande s’il sait qui a pu prendre le marteau. Le géant lui répond que c’est lui-même et qu’il l’a caché six pieds sous terre ! Il demande comme rançon la main de la déesse Freyja (décidément tout le monde la veut celle-ci).

Evidemment, cette dernière refuse et il faut trouver une solution. Loki, avec l’aide d’Heimdal, suggère à Thor de se déguiser en mariée et d’y aller à la place de la déesse de l’amour. Thor accepte à contrecœur ce plan et ensemble ils se rendent au mariage, lui en mariée, Loki en suivante. Lors de la cérémonie, Thrym se présente avec le marteau et Thor le lui arrache aussitôt. Le roi des géants ne fait pas long feu et tout est bien qui finit bien.

Loki ou Loke le bouffon, dieu de la ruse et du mal, ami et ennemi des dieux

Loki tel qu’il est représenté dans SMITE

 

La mort de Baldr et le châtiment de Loki

Baldr (ou Balder) est le fils d’Odin et de Frigg, ainsi que le frère d’Höd, le dieu aveugle. Il est le dieu de la beauté et de la bonté. Un jour, il fait le rêve qu’il va mourir. Pour le protéger, Frigg demande à tous les êtres vivants (autant animaux que végétaux) de promettre de ne pas nuire à son fils. Ainsi, Baldr devient invulnérable. Les dieux s’amusent alors à le transpercer avec des lames et des flèches sans que cela ne lui fasse aucun dommage.

Lorsque Loki apprend cela, il devient jaloux de Baldr et tente de trouver un moyen de blesser le dieu. Il soutire une information capitale de Frigg, la mère du beau dieu : seul le gui peut le blesser. Loki s’empresse alors de tailler une flèche à partir de cette plante et de la donner à Höd pour qu’il s’amuse lui aussi à transpercer son frère sans que cela ne le blesse. Comme vous vous en doutez, Höd tire la flèche et tue son frère sur le coup. En dirigeant le bras de Höd, Loki tue l’espoir. Les dieux sont extrêmement peinés, mais surtout furieux contre Loki qui va devoir payer pour son crime.

Avant toute chose, il décide de s’enfuir dans les montagnes où il vit la majorité du temps transformé en saumon pour mieux se cacher. Mais Odin voit tout depuis le haut-siège Hlidskjalf et trouve sans peine la cachette du dieu meurtrier. Loki tente de se métamorphoser en poisson, mais les dieux l’attrapent à l’aide d’un filet de pêche. C’est finalement Thor qui le saisit de ses mains et le serre très fort, ce qui explique pourquoi désormais le saumon est plus étroit près de la queue. Les dieux décident alors qu’il faut châtier toute sa lignée avec lui. C’est pourquoi ses fils, Vali et Nari, sont utilisés pour entraver leur père.

Loki se retrouve ligoté avec trois pierres tranchantes qui le taraudent : l’une sous les épaules, l’autre sous les reins et la dernière sous les genoux. La déesse Skadi utilise alors un serpent qu’elle suspend au dessus de Loki pour que le venin coule jusqu’à son visage et le brûle perpétuellement comme de l’acide. Intervient ensuite Sigyn, la femme de Loki, qui tente d’alléger la peine de son mari : elle utilise une bassine pour recueillir le venin du serpent et ainsi atténuer la douleur. Malheureusement, lorsque le contenant est plein, elle doit repartir et laisser son mari souffrir jusqu’à son retour. De ses convulsions naissent les tremblements de terre.

Loki ou Loptr ou Hveðrungr est aidé dans son supplice  par Sygin qui récupère le poison dans une cuvette

Loki et Sigyn (peinture de Mårten Eskil Winge)

 

Le Ragnarök

Ce mythe se positionne comme la fin du cycle des mythes nordiques. En français, il désigne le « crépuscule des dieux », un terrible combat qui cause la destruction du monde dans sa configuration actuelle, puis la renaissance de ce dernier en un monde parfait. Disons-le simplement : Loki est la clé du Ragnarök. En tuant le dieu Baldr, il a condamné toute la beauté et la bonté qui existait dans le monde. Ainsi le mal a commencé à triompher du bien. Cet évènement inéluctable commence lorsque Loki se libère de ses entraves et s’allie à toutes sortes d’êtres plus ou moins maléfiques pour affronter les dieux : les géants, les nains, les hommes, des monstres et des dieux. Enfin, il est rejoint par ses trois enfants démoniaques : Fenrir, Jörmungand et Hel. Personne ne sort vraiment vainqueur de cet affrontement : Loki et Heimdal s’entretuent ; Odin se fait dévorer par Fenrir qui est ensuite tué par Vidar, fils d’Odin ; Thor et Jörmungand trouvent tous les deux la mort dans un combat sans merci. Enfin, le géant du feu, Surt, allume un grand feu qui consume tout. Les seuls êtres vivants à ressortir de cet évènement sont Lif et Lifthrasir, un couple humain et Baldr qui réapparait aux côtés de son frère Höd. Ainsi la vie recommence du début. Finalement nous pouvons dire que c’est grâce à Loki que tout est retourné à la pureté car il est l’élément déclencheur de cette destruction créatrice.

Le combat sur la plaine de Vígríd, un vrai désastre, est le point culminant des récits de l'Edda poétique ou de la Völuspá

Le Ragnarök (artwork de Harry Buddha Palm)

 

Bibliographie

Dumézil Georges, Mythes et dieux de la Scandinavie ancienne, Paris, Gallimard, 2000.

Mabire Jean, Légendes de la mythologie nordique, Paris éditions L’Ancre de Marine, 1995.

Orchard Andy, Dictionary of Norse Myth and Legend, Cassell, 1997.

 

Adaptations

  • Marvel

La franchise à succès reprend le dieu pour en faire un super-vilain opposé aux Avengers. Ils le présentent comme le demi-frère de Thor, ce qui n’est pas le cas dans les mythes originaux. D’une race extraterrestre, il possède de grands pouvoirs et use de ruses sournoises pour tenter de contrôler Asgard et la Terre.

  • Jeux vidéo

Loki est représenté ou cité dans de nombreux jeux vidéo, que ce soit en tant que dieu ou simplement en tant qu’inspiration. Nous pouvons par exemple citer les jeux Age of Mythology, Valkyrie Profile, The Binding of Isaac, SMITE, le dernier des God of War ainsi que l’éponyme Loki.

  • Autres oeuvres

Le personnage maléfique est représenté dans les œuvres de fiction télévisuelles ou cinématographiques. Le masque présent dans le film The Mask serait le sien, ce qui se révèle exact dans la suite intitulée Le Fils du Mask. Il est aussi présent dans un épisode de la série fantastique Supernatural. Du côté des romans, Loki est présent parmi les dieux survivants qui peuplent le monde d’American Gods. Enfin, il est représenté dans deux mangas populaires : Fairy Tail et Saint Seiya : Soul of Gold.

La robe de Loki dans les chevaliers du zodiaque, dieu méchant adapté pour l'animation japonaise

Loki tel qu’il est représenté dans Saint Seiya : Soul of Gold

De Susanoo à la naissance de l’empire japonais

le légendaire Susanoo combat les démons des ténèbres dans un affrontement divin

Susanoo affrontant Yamata-no-Orochi (artwork de Yamao)

Susanoo, comme plusieurs autres dieux japonais, appelés kami, est un personnage phare de la mythologie japonaise. Dans un précédent article, vous avez pu découvrir le panthéon de tête du shinto, la religion polythéiste encore pratiquée au Japon par le biais de certains rites traditionnels. Cette fois-ci, nous nous concentrons sur ce personnage en particulier car ses aventures ont mené, par le biais de ses descendants, à la naissance du premier empereur japonais et donc du modèle politique de l’empire, encore d’actualité aujourd’hui au pays du soleil levant.

 

Les Sources

 

Les principales sources concernant les récits que nous étudions ainsi que la mythologie japonaise dans son ensemble sont deux grands textes :

  • le Kojiki, traduisible par Recueil des choses anciennes. Il décrit notamment l’âge des hommes, c’est-à-dire une époque où les dieux sont intervenus pour aider les mortels à construire la dynastie impériale, composée à l’origine de kami. Ce texte en particulier joue un rôle plus que déterminant dans la construction du shintoïsme. Il est considéré comme le plus ancien livre écrit en langue japonaise existant encore de nos jours. Nous devons sa conception à un ordre de l’impératrice Genmei Tennō : elle a demandé au chroniqueur Ō no Yasumaro de compiler les textes mythiques contés par Hieda no Are. C’est ainsi qu’en 712, le Kojiki est complété.
  • le Nihon Shoki aussi appelé Nihongi, ce qui se traduit par Chroniques du Japon. Nous devons ce texte au prince Toneri et une fois de plus au chroniqueur Ō no Yasumaro. Cette fois-ci, l’ouvrage est écrit en chinois (comme tous les documents officiels de l’époque) et est terminé en 720. En plus de revenir sur les textes mythiques, le Nihongi raconte l’histoire concrète du Japon. En somme, ce sont des annales impériales, des temps mythiques jusqu’au règne de l’impératrice Jitō Tennō. Plusieurs livres l’ont succédé pour former les Rikkokushi, les Six Histoires Nationales.

 

Les Mythes

 

Susanoo : un dieu turbulent

 

Présentation

Susanoo (que l’on peut aussi écrire Susano-wo ou Susano-wo-no-mikota) est le dieu des orages et des tempêtes, seigneur de la force et de la fougue. Il est le troisième kami à être né lorsqu’Izanagi s’est lavé le visage. Son nez au contact de l’eau créé Susanoo qui apparaît adulte et possédant une très longue barbe. Dès sa naissance, il se montre bougon, capricieux et expose son mauvais caractère. Susanoo est un guerrier colérique et très viril, ce qui n’est absolument pas le cas de sa sœur Amaterasu et de son frère Tsukiyomi, bien plus délicats.

 

Partage des empires

Après les avoir conçu tous les trois, Izanagi décide de leur confier les rennes du pouvoir sur le monde. Il offre à Amaterasu le ciel, le royaume le plus prestigieux. A Tsukiyomi, il donne le royaume de la Nuit et lui aussi peut vivre dans les cieux avec sa sœur (ils forment d’ailleurs un couple). Enfin, Susanoo reçoit les « Plaines de la Mer », donc le kami doit régner sur la Terre entière, le monde des Hommes. Il se sent un peu lésé de ne pouvoir vivre auprès de ses frères et sœurs mais ce qui le rend vraiment furieux, c’est de se retrouver seul. C’est la raison pour laquelle il demande à son père Izanagi l’autorisation d’aller visiter sa mère, Izanami, au pays de Yomi, le royaume des morts. Cependant, Izanagi lui interdit formellement et lui donne pour ordre d’achever la conception de la Terre. Le kami en colère n’a d’autre choix que d’accepter, mais avant cela il va faire des siennes.

le dieu asiatique doit combattre pour vaincre et détruire l'obscurité, thème phare de la culture japonaise

Estampe japonaise représentant Susanoo combattant les forces du mal

 

L’incident Amaterasu

Avant de quitter les cieux pour de bon, Susanoo veut dire un dernier au revoir à sa sœur Amaterasu. Pour ce faire, il passe par l’échelle du ciel qui relie la Terre et les Plaines des Hauts Cieux. Toutefois Amaterasu n’est pas dupe et connait la personnalité malhonnête de son frère : elle s’arme en prévision d’une attaque. Lorsque Susanoo la voit toute d’armures vêtue et brandissant un arc, il lui dit qu’il vient en paix. Amaterasu doute de sa franchise, alors il propose un test : il va faire naître des fils pour les confier à Amaterasu. Si ce sont des filles qui sont créées, alors il ment. Il demande aussi à sa sœur de faire naître des enfants. Les deux dieux accomplissent le rite sacré dans les règles. Amaterasu brise l’épée de Susanoo, lave les morceaux, les pulvérise et souffle sur le tout. Susanoo fait de même avec le collier de sa sœur. Ainsi huit kami prennent forme : trois princesses provenant d’Amaterasu et cinq seigneurs créés de Susanoo. Donc le frère ne mentait pas ! Cependant son plan était plus surnois : il récupère à son compte trois filles du ciel (que l’on appelle les « délicates déesses) et laisse à sa sœur cinq fils de la terre. Susanoo devient l’allié du ciel et peut établir une lignée entre les deux mondes. De retour sur Terre, Susanoo se rend compte qu’il en veut plus et remonte voir sa sœur. Comme un enfant, il se met à ravager les rizières célestes pour qu’Amaterasu accepte de lui donner des pousses de riz. Cette dernière ne répond rien. Il recommence donc mais cette fois avec un cheval qui détruit les plants de riz. Pour finir, il balance le corps d’un poulain ensanglanté au beau milieu du palais de sa sœur, juste devant ses yeux. La déesse est traumatisée par ce geste et va se réfugier dans une caverne. Elle décide qu’elle y restera toute l’éternité.

 

Le plan de sauvetage de la déesse

Avec Amaterasu au fond de sa caverne, le monde est privé de lumière. Dans cette nuit perpétuelle, l’intégralité des kami se réunissent pour la convaincre de sortir, en vain. Pas un des huit cent mille dieux ne peut la faire sortir de sa tanière. C’est alors que l’un d’entre eux a une idée lumineuse : Omoïkane-no-kami, ce qui se traduit par « celui qui a des idées ». Il propose un plan en plusieurs parties : amener des coqs à chanter devant la caverne (ils amènent le jour en chantant), demander aux forgerons célestes de créer un miroir de cuivre et demander au bijoutier céleste de créer une chaîne de cinq cent joyaux. Après avoir exécuté un rituel, ils choisissent un arbre qu’ils placent en face de la caverne, un sakaki à cinq branches, auquel ils accrochent le miroir avec la chaîne ainsi qu’une bande de tissu blanc et bleu, symbole de paix. L’opération commence lorsque le kami de la puissance guerrière déplace le rocher bloquant l’entrée de la caverne. La déesse Ame-no-Uzume, kami de la danse, se met à exécuter son art en suppliant Amaterasu de sortir. Elle danse de manière un peu ridicule, se dénudant presque totalement, ce qui amuse beaucoup les autres kami. En entendant ces rires, la déesse soleil fait un pas à l’extérieur et les autres en profitent pour bloquer l’accès à la caverne, l’obligeant à rester avec eux. Ame-no-Uzume lui montre le miroir en lui disant que la personne qu’elle voit est extrêmement noble. Amaterasu accepte alors de ne plus jamais quitter le monde et ainsi le priver de soleil. La sanction tombe pour Susanoo : il est privé d’accès aux cieux (l’échelle céleste est brisée), on lui coupe la barbe, les ongles des mains et des pieds.

Amaterasu sortant de sa caverne (estampe de Shunsai Tomihasa)

Amaterasu sortant de sa caverne (estampe de Shunsai Tomihasa)

 

Le dieu-héros

 

La terreur Yamata-no-Orochi

Susanoo est donc bloqué sur Terre et il va falloir qu’il s’en occupe quelque peu. Il se met à voyager dans le monde et bientôt il tombe sur la famille d’un des kami terrestres. Un père pleure car chaque année, Yamata-no-Orochi, un gigantesque dragon serpent à huit têtes vient pour dévorer une de ses filles. Il ne lui en reste plus qu’une, la princesse Kushinada-hime et ne veut pas la perdre. Susanoo accepte de l’aider seulement si le père accepte de lui donner la main de sa fille. Le kami lui promet donc une épouse et Susanoo se met à l’ouvrage. Il prépare un piège pour Yamata-no-Orochi : huit tonneaux de saké distillé huit fois (donc extrêmement fort) qu’il place devant le serpent. Le monstre boit le saké et s’endort comme un ivrogne. Susanoo en profite pour le taillader en pièces. Cependant, lorsqu’il frappe dans la queue du serpent mort, quelque chose lui résiste. C’est alors qu’il trouve l’épée Kusanagi, qui deviendra trésor impérial.

Yata-no-Orochi tel qu'il est représenté dans le jeu Okami

Yata-no-Orochi tel qu’il est représenté dans le jeu Okami

 

La victoire et le départ

Yamata-no-Orochi est mort et le monde est donc délivré de son joug. Susanoo donne l’épée qu’il a trouvée à sa sœur et se réconcilie avec elle. Comme convenu, il épouse Kushinada et ils vont s’installer à Izumo où le kami fait construire un immense palais en l’honneur de sa nouvelle femme. Mais une fois terminé, les deux époux se rendent compte qu’il n’y a plus assez de bois sur Terre pour faire des poutres ou construire des navires. Il arrache donc les poils de son corps et les plante dans la terre. Ils grandissent et deviennent des arbres : les thuyas et les camphriers. Son travail est désormais terminé et Susanoo disparaît tout bonnement. Il part rejoindre sa mère dans le pays de Yomi et laisse la Terre à ses descendants.

 

La descendance de Susanoo

 

Okuninushi

Avant de partir, Susanoo a laissé un fils. Lui-même a continué à procréer et ainsi nous arrivons à l’arrière-arrière-arrière petit fils de Susanoo, Okuninushi (qui peut également s’écrire Ô-Kuni-Nushi). A chaque génération, les descendants améliorent l’état de la Terre, mais c’est Okuninushi qui va impulser de réels changements. Ce kami a quatre vingt frères et ils sont tous amoureux de la même femme : Yakami-hime (ou Yagami-hime). Sauf que la princesse a déjà fait son choix et il porte sur notre héros. Evidemment, cela rend les quatre vingt autres très jaloux et ils traitent désormais Okuninushi comme leur esclave alors qu’ils sont tous en chemin pour reconquérir la princesse. En chemin, le groupe rencontre un lapin tout écorché car il a voulu traverser une rivière infestée de requins. Les frères malveillants lui donnent le mauvais conseil de se baigner dans la mer pour se soigner. Lorsqu’il le fait, le lapin souffre énormément. Puis il rencontre Okuninushi qui lui conseille de se baigner dans de l’eau douce avant de se rouler dans le pollen. Une fois cela fait, le lapin va mieux et il remercie notre héros en lui permettant de magiquement se marier avec la princesse  Yakami.

Il en faut malheureusement plus pour calmer la fureur des quatre vingt mauvais frères. Ils vont jusqu’à créer un plan pour tuer Okuninushi. Ils lui demandent d’aller chasser mais au lieu d’un sanglier, ils placent un rocher enflammé sur son chemin, ce qui le tue sur le coup. Deux déesses, les princesses Coque et Palourde, ressuscitent le héros. Après une deuxième tentative de meurtre de la part de ses frères, Okuninushi reçoit l’aide de sa mère qui le sauve. Pour sortir de cette situation sans fin, un kami, Ohayabiko, conseille à Okuninushi de se rendre au pays de Yomi (le pays des morts) pour demander conseil à son ancêtre Susanoo. Le héros retrouve Susanoo, qui vit avec sa fille, Suseri-hime. Coup de foudre : Okuninushi et Suseri tombent amoureux. Seulement, Susanoo ne veut pas donner sa fille à n’importe qui. Il test Okuninushi en lui disant de passer une nuit dans une maison infestée de serpents. Suseri confie alors à son amant un foulard protecteur qui lui permet de sortir le lendemain sans aucun mal. Il répète l’opération deux autres fois avec des guêpes et des mille-pattes venimeux, mais il s’en sort toujours sans rien.

Okuninushi tel qu'il est représenté dans la série Persona

Okuninushi tel qu’il est représenté dans la série Persona

Une autre épreuve attend Okuninushi : aller chercher la flèche tirée par Susanoo dans une vaste prairie. Seulement, lorsque le héros s’en approche, un cercle de feu se dresse autour de lui. Il est sauvé par des souris qui l’invitent dans leur terrier le temps de l’incendie, puis il récupère la flèche. Malgré cette réussite, Susanoo ne veut pas lui donner sa fille en mariage. Il lui propose une dernière épreuve : démêler tous les poux et les bestioles de ses longs cheveux. Okuninushi accepte et lorsque Susanoo s’endort, il lui noue les cheveux aux poutres de la maison avant de s’enfuir avec la princesse. Alors qu’il est déjà loin, le vieux kami se réveille et accepte sa défaite : Okuninushi pourra épouser Suseri-hime.

De retour sur Terre, Okuninushi a maintenant deux femmes : Yakami-hime et Suseri-hime. Mais il va tomber amoureux de bien d’autres : en tout, il a cent quatre vingt et un enfants à la fin de sa vie ! Dans son œuvre de perfectionnement de son monde, il est aidé par un kami étrange, Sukuna-Hikona, premier fils d’Izanagi et Izanami, qui vient lui-même proposer son aide. Ensemble, ils créent un monde aussi parfait qu’imparfait.

 

Ninighi

Amaterasu décide qu’il faut que les dieux interviennent plus dans la création de la Terre. Elle envoie les kami Takemikazuchi, le dieu du tonnerre et Futsunuchi, le dieu du feu, pour annoncer à Okuninushi qu’il est destitué de ses fonctions au profit des dieux du ciel. L’actuel maître de la Terre accepte sagement mais il demande aux messagers de consulter ses deux fils avant toute décision. Futsunuchi convainc facilement le premier fils qui fuit. En revanche, le second, Takeminakata, refuse l’ordre de Takemikazuchi, le dieu tonnerre. Après un combat de titans, le prince se fait couper la main et fuit. Okuninushi est envoyé au pays de Yomi pour faire régner l’ordre sur les divinités malfaisantes.

Plusieurs kami célestes sont envoyés pour perfectionner la Terre : Nigihayahi et Amewakahiko, mais chacun échoue dans sa tâche. C’est Ame-no-oshi-ho-mi-mi (rien que ça), l’un des kami créés par Susanoo et confiés à Amaterasu, qui va réussir en donnant un fils légitime comme maître de la Terre : Ninighi, le Céleste Petit Fils. Amaterasu donne à Ninighi l’épée Kusanagi, le Miroir de Yata et le collier Magatama comme symboles du pouvoir impérial sur Terre. Après avoir pris ses fonctions, le maître de la Terre veut se marier. Une belle princesse (princesse cerisier en fleur) arrive et Ninighi va demander sa main à son père. Celui accepte et lui offre même sa deuxième fille (princesse rocher). Seulement Ninighi refuse l’offre et n’épouse que la première princesse. Le père lui explique alors que ses descendants vivront mais que leur vie sera brève alors qu’elle aurait pu être éternelle s’il avait épousé les deux. La princesse est directement enceinte de quatre enfants qu’elle met au monde, mais son mari doute qu’ils soient à lui car c’est trop rapide. Elle répond avec colère que si ce ne sont pas ses enfants, ils doivent périr : elle met le feu à la pièce dans laquelle ils dorment. Les quatre petits kami s’en sortent indemnes, ce qui prouve leur filiation à Ninighi.

 

Des deux frères au premier empereur

Deux des fils du prince Ninighi vont continuer son travail su Terre : Hiko-ho-ho-demi et Ho-deri (des noms tout à fait simples). Le premier sait chasser comme personne alors le second est le meilleur des pêcheurs. Pour s’amuser, ils décident d’échanger leurs rôles et c’est là que les ennuis commencent. Hiko-ho-ho-demi, que nous appellerons Hiko, perd l’hameçon magique de son frère. Devant la colère de ce dernier, il décide d’aller demander au kami de la mer où il se trouve. Hiko va donc dans le palais sous la mer, mais il tombe amoureux de la princesse de la mer. Il passe trois ans à ses côtés dans la mer sans se soucier de l’hameçon.

Ce n’est qu’au bout de ce laps de temps qu’une dorade trouve l’objet dans sa gorge. Hiko remonte donc le rendre à son frère mais il a mis trop de temps et Ho-deri est furieux : il lui déclare la guerre. Il matte la révolte de son frère en contrôlant les flots. Après toute cette histoire, la princesse, femme de Hiko, est sur le point d’accoucher. Elle construit une petite maison au toit de plume pour accoucher sans qu’on ne puisse la voir car c’est la règle : lorsqu’elle sera en plein travail, son corps se métamorphosera en bête marine. Hiko ne doit absolument pas la regarder, mais évidemment il n’y résiste pas ! Sa femme lui annonce que puisqu’il n’a pas respecté son serment, ses enfants ne pourront vivre que sur Terre et non dans la mer.

L’enfant né sous le toit de plume est élevé par une tante qu’il épouse lorsqu’il devient un jeune homme. Ensemble, ils ont quatre fils. C’est le quatrième de ses fils qui va devenir le premier empereur du Japon, profitant ainsi de ces siècles de construction de la Terre et des Hommes. La dynastie impériale japonaise est née.

 

Estampe japonaise représentant le premier empereur, Jimmu

Estampe japonaise représentant le premier empereur, Jimmu

 

Bibliographie annexe

 

Helft Claude, Le Pabic Karine, La Mythologie Japonaise, Paris, Actes Sud, 2003.

Herbert Jean, Le Japon : croyance et rites, Paris, Dervy, 2015.

Wilkinson Philip (dir.), Le petit Larousse illustré des Légendes et des Mythes, Paris, Larousse, 2013.

Yamakage Motohisa, Shinto : Sagesse et pratique, Paris, Sully, 2014.

 

Adaptations

 

Le dieu Susanoo se retrouve dans plusieurs œuvres de fiction très populaires :

dans le manga, Sasuke et Madara peuvent utiliser cette technique grâce au sharingan, leur pupille magique de ninja

Le Susanô d’Itachi Uchiwa dans sa forme complète

  • Dans le manga Naruto, « Susanô » est le nom du pouvoir spécifique à la lignée Uchiwa, au même titre qu’Izanagi, Izanami, Tuskiyomi ou encore Amaterasu. Il apparait comme un gigantesque soldat luminescent représentant l’extension du corps de l’utilisateur.
  • Le dieu apparaît aussi dans le manga Akame Ga Kill sous la forme d’un personnage humain teigu surnommé « La vitesse de la foudre ». Membre du Night Raid, il est âgé d’environ 1000 ans et fait dans les 2m20. On constate ici des caractéristiques propres au dieu guerrier.
  • Enfin Susanoo apparaît dans de nombreux jeux vidéo japonais comme Okami, Final Fantasy XIV, Warriors Orochi, la série des Persona ainsi que dans le MOBA américain SMITE. Sans parfois être cité, son histoire inspire de nombreux récits (notamment son combat contre Yamata-no-Orochi).
Susanoo dans Akame Ga Kill

Susanoo dans Akame Ga Kill

L’Épopée de Gilgamesh

Le héros Gilgamesh (artwork de Mateusz Ozminski)

Le héros Gilgamesh (artwork de Mateusz Ozminski)

La Mésopotamie

Le mythe que nous évoquons ici est l’une des principales légendes créées par l’ensemble civilisationnel que l’on appelle les populations mésopotamiennes. Ce sont les civilisations les plus anciennes de l’histoire, basées géographiquement au Moyen-Orient, et qui se développent entre le Tigre et l’Euphrate. Ses bornes géographiques sont au Nord les monts Zagros, au Nord-est le massif du Caucase, au Sud-est le golfe Persique, au Nord la Mer Noire et à l’Ouest la Mer Méditerranée. La majeure partie de son territoire est donc en actuelle Irak.

Pour ce qui concerne les bornes chronologiques que nous utilisons pour évoquer ces civilisations, il faut commencer avec l’invention de l’écriture cunéiforme que nos archéologues ont estimé entre 3400 et 3300 av. J-C. et globalement limiter leur essor géopolitique en 539 lors de la conquête des Perses (Cyrus), bien que son essor culturel dure bien plus longtemps avec un sursaut au moment du règne d’Alexandre le Grand sur ce territoire. Les civilisations qui composent et peuplent cet espace sont, chronologiquement, les Sumériens (de Sumer), les Akkadiens (d’Akkad) et les Babyloniens (de Babylone). Les Mésopotamiens partagent une même culture religieuse, grossièrement de la même manière que les Romains ont absorbés une majeure partie de la mythologie des Grecs. Ce sont évidemment des polythéistes et chaque cité est à elle seule un centre religieux indépendant.

 

Le texte

Tablettes contant l'Épopée de Gilgamesh et le Déluge (British Museum)

Tablettes cunéiforme contant l’Épopée de Gilgamesh et le Déluge (British Museum)

L’Épopée de Gilgamesh est l’un des textes sacrés les plus importants de cet ensemble culturel. Bien que les tablettes constituant ce texte mythique aient été retrouvées (en partie) en akkadien (à Ninive), il est fort possible que la légende soit déjà connue des Sumériens auparavant, peut être sous forme orale. La création de ces fameuses tablettes akkadiennes en terre-cuite daterait des XVIIIe ou XVIIe siècle av. J-C. Ce mythe traverse les civilisations et est donc évidemment connu à Babylone. En France, c’est notamment grâce à l’historien et assyriologue Jean Bottéro (qui en a fait le déchiffrement) que nous pouvons lire et apprécier la traduction française du mythe.

Le texte mythologique raconte l’histoire de Gilgamesh, ses aventures aux côtés de son ami Enkidu et ses déconvenues à la suite d’un affront fait à une certaine déesse. L’épopée se termine par la recherche de la vie éternelle par notre héros. Ce qui rend ce mythe aussi incroyable, sans parler de l’histoire digne des meilleures aventures d’Héraclès, c’est aussi sa pérennité dans l’histoire. Il est en effet possible que cette légende date du troisième millénaire av. J-C. ! La raison serait la possible existence d’un roi d’origine sumérienne nommé Gilgamesh (donc le héros serait inspiré d’un personnage réel) qui aurait régné vers 2600 av. J-C., mais rien n’est sûr. Un véritable grand roi aurait très bien pu être divinisé car la royauté dynastique est souvent liée à l’idée de divin, à l’image du pharaon égyptien. Il faut aussi prendre en compte que l’Épopée n’est pas le seul texte mythologique mettant en scène le héros Gilgamesh et donc que certaines informations à son égard nous proviennent d’autres textes et donc d’autres versions de l’histoire. Sans plus de spoil, plongeons dans cet incroyable mythe ancestral, première « œuvre littéraire » au monde.

L’histoire

 

Un roi incontrôlable

 

Statue de Gilgamesh (Louvre)

Statue de Gilgamesh (Louvre)

Gilgamesh, s’il est un grand héros de la mythologie mésopotamienne, est surtout un roi légendaire : le roi d’Uruk, la « première » cité. Il est le fils du roi Lugalbanda et de la déesse Ninsuna la Bufflesse, ce qui fait de lui un demi-dieu. Il a d’ailleurs été façonné par Aruru et Enki, deux dieux qui ont fait de lui un colosse superbe, une œuvre d’art vivante et une bête humaine divinement parfaite. A la mort de son père, il monte sur le trône et débute un règne controversé.

En effet, Gilgamesh abuse de son pouvoir et maltraite sa population que ce soit par les excès de violence contre les hommes ou par les abus sexuels envers les femmes. Le héros est fort, sage et glorieux, mais il est incontrôlable. Il est donc présenté comme un tyran qu’il faut stopper à tout prix. Pour ce faire, les habitants d’Uruk font appel aux dieux, et notamment à Anu, le roi des dieux et dieu du ciel.

 

La solution : Enkidu

 

Anu entend les plaintes des habitants qui lui reprochent d’avoir hissé lui-même Gilgamesh sur le trône. Il ne peut donc que les écouter et souhaite trouver une solution. Il réunit une assemblée des dieux célestes et ensemble décident de créer un ennemi mortel à Gilgamesh. Ce rival devra être assez puissant pour s’opposer au tyran et ainsi faire en sorte qu’Uruk retrouve sa quiétude. Ils se tournent donc vers Aruru, qui a conçu l’humanité et Gilgamesh, afin qu’elle puisse créer l’adversaire en question. A partir d’argile, elle façonne Enkidu, ses cheveux longs et bouclés, son corps supra-puissant et très velu comme un animal sauvage.

Enkidu devant La Joyeuse (dessin de Rebecca Yanovskaya)

Enkidu devant La Joyeuse (dessin de Rebecca Yanovskaya)

Elle le laisse au milieu de la steppe tout seul, si bien qu’il se met à vivre comme un véritable animal : il broute les plantes, suit une horde, boit dans les points d’eau, etc. Un jour, un chasseur se rend compte de son existence et va se confier à son père qui lui conseille le plan suivant : demander à Gilgamesh une courtisane qu’il puisse présenter à la bête sauvage dans le désert. Ainsi, lorsqu’Enkidu verra la femme nue, il ne pourra réprimer ses pulsions et sa horde lui tournera le dos voyant qu’il n’est pas comme eux. Le chasseur s’exécute donc et Gilgamesh approuve ce plan. La courtisane « La Joyeuse » est emmenée pour rencontrer Enkidu. Lorsqu’ils arrivent au point d’eau, celle-ci se met à nu comme prévu et Enkidu la voit. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le plan fonctionne car l’animal sauvage lui fait l’amour pendant six jours et sept nuits ! Lorsqu’il revient vers sa meute, ses anciens compagnons s’écartent de lui et ne le reconnaissent plus. C’est donc à ce moment qu’Enkidu passe de l’animal à l’homme.

 

La rencontre entre Enkidu et Gilgamesh

 

Il accepte donc cette destinée et devient intelligent. La Joyeuse lui propose d’aller rencontrer le guerrier Gilgamesh qui seul pourra rivaliser avec sa force : il accepte et les deux amants rentrent à Uruk. Mais Gilgamesh est devin : il sait déjà qu’Enkidu arrive vers lui. Il a fait un rêve qu’il a raconté à sa mère et ainsi il sait que ce ne sera pas un ennemi, mais un allié.

Cependant les choses ne sont pas aussi simples car Enkidu va apprendre une nouvelle qui va le mettre très en colère. La coutume d’Uruk veut que chaque femme soit fécondée par Gilgamesh avant que le mari ne la féconde, encore une preuve de la tyrannie exercée par le roi sur les habitants. Justement, un mariage va bientôt être célébré à Uruk et le rituel va donc se faire le jour-même. Enkidu refuse totalement ce principe et s’élance vers Uruk avec la ferme intention d’empêcher ce rituel.

Au moment où Gilgamesh traverse la rue pour aller rejoindre la couche rituelle, il est bloqué par Enkidu. Un combat terrible commence alors entre les deux surhommes. Finalement, Gilgamesh plie le genou devant son adversaire, à peu de choses près plus fort que lui. Le monarque est vaincu. Il propose alors à Enkidu une trêve et même mieux : un pacte d’amitié. Il présente l’homme sauvage à sa mère, Ninsuna et vante ses mérites. Ému d’avoir enfin quelqu’un dans sa vie sur qui compter, Enkidu pleure et avec Gilgamesh, ils deviennent comme des frères.

 

La quête de la destruction d’Humbaba

 

Les deux amis se mettent en quête d’aventure et il se trouve justement qu’un gigantesque démon du nom d’Humbaba sévit dans la forêt des Cèdres, un endroit probablement situé à l’Est de la Mésopotamie. Cependant la tâche n’est pas aisée car Humbaba est un ogre maléfique qui est armé de sept rayons foudroyants appelés les sept effrois. De plus, il a été installé ici par les dieux de l’orage eux-mêmes pour protéger cette forêt. Mais cela excite encore plus Gilgamesh qui réussit à convaincre Enkidu. La mère de Gilgamesh demande humblement à Enkidu de protéger le roi de sa vie, celui-ci accepte. Après avoir fait forger des armes géantes (trois cent kilos d’armes pour chacun…) et fait des offrandes au dieu soleil Shamash, les deux compagnons partent.

S’en suit un voyage dans la montagne où les deux amis font plusieurs rêves censés prédire l’avenir. Lorsqu’ils arrivent dans la forêt, ils tombent sur Humbaba qui les menace des les réduire en poussière. Ils débutent le combat avec l’aide de Shamash se servant des vents pour appuyer Gilgamesh. Lorsque le démon voit qu’il est en train de perdre, il tente d’amadouer le héros, mais rien n’y fait : les deux frères décident de le tuer et Humbaba leur lance une malédiction avant de périr de la main d’Enkidu. Ils coupent ensuite des cèdres pour les ramener à Uruk et construire des aménagements pour les temples.

Le "masque d'Humbaba" (Louvre)

Le « masque d’Humbaba » (Louvre)

L’affront à Ishtar et le funeste présage

 

Ishtar (Inanna en sumérien, Ishtar en akkadien) est la déesse de l’amour (dans le sens charnel, tout comme Aphrodite), de la fertilité et de la guerre. Lorsqu’elle voit Gilgamesh rentrer à Uruk et laver son corps suintant dans les eaux du Tigre et de l’Euphrate, elle est séduite par sa beauté. Elle vient le voir et lui demande d’être son amant. Cependant Gilgamesh refuse. En effet, il est au courant du sort réservé aux anciens amants de la déesse ! Son mari Tammuz par exemple (Dummuzi en summérien, Tammuz en akkadien) a terminé ses jours en Enfer à cause d’elle (aussi appelé Kur ou Arallu).

Ishtar telle qu'elle est représentée dans la franchise Shin Megami Tensei

Ishtar telle qu’elle est représentée dans la franchise Shin Megami Tensei

Pour en savoir plus sur la déesse Ishtar, rendez-vous ICI pour la première partie et ICI pour la seconde partie.

Toujours est-il qu’Ishtar n’apprécie absolument pas ce comportement et retourne chez son père Anu pour lui demander un moyen de se venger. Devant les pleurs de sa fille, il concède à lui accorder le Taureau Céleste, une bête gigantesque et pratiquement invincible. A cause de lui, Uruk pourrait connaître sept années de famine !

Le Taureau descend donc sur Terre et fait trembler la terre de ses ébrouements, tuant ainsi de très nombreuses personnes. Heureusement, les deux héros sont là et ils combattent l’animal, puis le tuent. Voyant cela, Ishtar se sent encore plus humiliée. Seulement Enkidu fait une erreur monumentale en insultant la déesse et en la menaçant. Il ne faut jamais contrarier à ce point une divinité…

 

La fin d’Enkidu

 

Les deux héros rentrent à Uruk pour fêter cette victoire mais les festivités vont être de courte durée. La nuit suivante, Enkidu fait un rêve où il se voit mourir : il descend en Enfer et voit les divinités chtoniennes dont la reine Ereshkigal. C’est malheureusement un présage de mort car les dieux ont décidé de lâcher sur Enkidu une maladie incurable en réponse à son affront suprême à Ishtar. C’est une décision collégiale de tous les dieux, sauf Shamash, toujours du côté de nos héros.

Après plusieurs jours de souffrance, Enkidu meurt dans les bras de son frère d’arme qui a le cœur brisé. Suivent alors de multiples lamentations sur le cadavre du héros. Gilgamesh est traumatisé par la mort et décide qu’il ne veut plus mourir.

 

A la recherche de la vie éternelle

 

Après les funérailles de son ami de toujours, Gilgamesh, le malheur dans l’âme, décide de partir à la recherche du moyen d’obtention de la vie éternelle. Il sait qu’un homme, Uta-Napishtim, a survécu au déluge et vit désormais pour l’éternité sur son île. Il se rend donc à sa rencontre mais avant cela il doit traverser le monde entier et notamment les Monts Jumeaux où il doit combattre des lions et des hommes-scorpions.

Il se retrouve finalement au bout du monde, sur la plage où est installée Siduri, la tavernière. Elle tente de dissuader Gilgamesh de chercher la vie éternelle, mais il tient ses positions. Lorsque le héros rencontre enfin le survivant du déluge après avoir traversé une rivière normalement infranchissable, ce dernier lui raconte son histoire. Il met au défi Gilgamesh de ne pas dormir pendant six jours et sept nuits pour voir s’il est apte à recevoir la vie éternelle. Le héros échoue au bout de quelques minutes et repart bredouille.

Uta-Napishtim et Gilgamesh voguant sur les eaux mortelles

Uta-Napishtim et Gilgamesh voguant sur les eaux mortelles

Au dernier moment Uta-Napishtim révèle à Gilgamesh l’existence d’une plante qui peut confier l’immortalité. Sur ces mots, le roi plonge dans l’eau et trouve la plante en question malgré les épines qui lui transpercent la peau. C’est ainsi qu’il prend le chemin du retour avec cet objet magique.

 

La défaite

 

Sur le chemin d’Uruk, Gilgamesh campe et trouve une fontaine d’eau fraiche dans laquelle il décide de se baigner. C’est à ce moment qu’un serpent passe à l’action et lui vole tout bonnement la plante d’immortalité. Le serpent est ici le symbole de la condition humaine, la mort imposée par les dieux. Lorsqu’il s’en aperçoit, Gilgamesh pleure et se lamente. Il hésite à retourner prendre une plante, mais il abandonne finalement en comprenant que sa quête est vaine.

Enfin, il fait un rêve dans lequel les dieux lui font comprendre qu’en tant que demi-dieux, il ne mourra jamais : il deviendra une divinité de l’Enfer et règnera à jamais sur les âmes. Gilgamesh est donc « immortel » de naissance. Le texte est entrecoupé par un récit d’Enkidu sur l’horreur de la vie au pays des morts. L’Épopée se termine par la célébration de la gloire de Gilgamesh à qui on rendra hommage à Uruk pour les siècles des siècles.

 

Bibliographie

Voici une courte bibliographie contenant quelques uns des ouvrages dont je me suis servi pour étudier le sujet. Je vous invite à vous y référer pour plus d’informations.

  • Bottéro Jean (traduction), L’Epopée de Gilgamesh : le grand homme qui ne voulait pas mourir, Paris, Gallimard, 2001
  • Bottéro Jean, Au commencement étaient les dieux, Paris, Tallandier, 2004
  • Forest Jean-Daniel, L’Epopée de Gilgamesh et sa postérité, Paris, Paris-Méditerranée, 2002
  • Kramer Samuel Noah, L’Histoire commence à Sumer, Paris, Flammarion, 1986
  • McCall Henrietta, Mythes de la Mésopotamie, Paris, Editions Points, 1990.

 

Gilgamesh dans la culture populaire

Gilgamesh a été réutilisé dans la culture contemporaine au sein de plusieurs œuvres bien différentes dont voici brièvement quelques exemples :

- Dans le visual novel Fate/Stay Night, Gilgamesh est un servant, un combattant au sein de la guerre du Saint Graal. Il est d’ailleurs considéré comme le plus puissant. Cette fois, il est un antagoniste et sa personnalité n’est pas si proche de celle du héros de l’Épopée.

Gilgamesh tel qu'il est représenté dans Fate/Stay Night et Fate/Zero (artwork d' Exartia)

Gilgamesh tel qu’il est représenté dans Fate/Stay Night et Fate/Zero (artwork d’ Exartia)

- Marvel a réutilisé le héros pour en faire un personnage de comics. Il se présente comme un super-héros provenant du passé, un surhomme de la race des Eternels qui fait un temps partie des Vengeurs.

- La franchise de jeux vidéo Final Fantasy a beaucoup utilisé le personnage, que ce soit comme invocation, comme boss, comme personnage secondaire ou comme ennemi récurrent, notamment dans Final Fantasy V.

Gilgamesh tel qu'il est représenté dans le jeu World of Final Fantasy

Gilgamesh tel qu’il est représenté dans le jeu World of Final Fantasy

- Le mythe inspire de nombreux ballets, pièces de théâtre, romans de fiction, bandes dessinées, jeux vidéo et même arts plastiques.