Correspondance calviniste 5 – de Jacques Lenfant, 20 janvier 1682

Suite du marathon épistolaire. Aujourd’hui, la réponse de Lenfant à la lettre précédente d’Isaac, où il est longuement question de la liberté de l’homme et de Spinoza. Par ailleurs, c’est cette missive qui atteste la relation entretenue par le binôme Papin-Lenfant avec les Suisses Jean-Frédéric Osterval et Charles Tribolet, puisque dans son post-scriptum, Jacques demande à Isaac des “nouvelles de [leurs] amis de Neuchâtel”. Dans ses mémoires, Ostervald évoque son séjour à Orléans en ces termes :

1681. Je partis de Saumur et vins à Orléans où je fus jusqu’au mois de décembre. Je profitais plus pendant ces trois mois, que je n’avais fait à Saumur pendant trois ans. M. Pajon eut mille bontés pour moi et pour M. Tribolet ; ses sermons et sa conversation nous charmaient ; je ne pouvais cependant goûter son sentiment de la grâce médiate.

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20 janvier 1682, Isaac Papin à Jacques Lenfant, B.n.F, Fonds Français 24527, 24527 f. 180 r.-185 v. (publié in Roger Zuber, « Papiers de jeunesse d’Isaac Papin », Bulletin de la Société de l’Histoire du Protestantisme Français, 120, janvier-mars 1974).

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Correspondance calviniste 4 – à Jacques Lenfant, 13 janvier 1682

Une lettre fondamentale aujourd’hui, une minute plus précisément, d’une missive d’Isaac à son ami Jacques Lenfant, et qui commence par ces mots : “Vous saurez que je lus la semaine passée le tractatus th. Pol.”, autrement dit le Traité théologico-politique de Spinoza.

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Cette minute atteste l’intérêt précoce d’Isaac pour le Traité théologico-politique, dont l’influence se retrouve dans ses textes ultérieurs.

13 janvier 1682, Isaac Papin à Jacques Lenfant, B.n.F, Fonds Français 24527, f. 76 r.-v. (publié in Roger Zuber, « Papiers de jeunesse d’Isaac Papin », Bulletin de la Société de l’Histoire du Protestantisme Français, 120, janvier-mars 1974).

Roger Zuber, découvreur de ces lettres de Papin dans les volumes du Fonds Français a par ailleurs publié deux articles fondamentaux sur ce corpus et notamment l’influence de Spinoza sur la pensée du Blésois :

  • Roger Zuber, « Spinozisme et tolérance chez le jeune Papin », Dix-huitième siècle, n° 4 (1972), p. 207-227.
  • Roger Zuber, « Isaac Papin, lecteur de Spinoza. Notes et informations », Bulletin de l’Association des Amis de Spinoza, n°11 (1983), p. 1-14.

Correspondance calviniste 3 – à M.C.G., 15 février 1681

Reprise du marathon épistolaire avec la correspondance de Papin conservée dans le fonds français de la Bibliothèque nationale de France et numérisée sur Gallica. Après la lettre isolée du volume 24498, les pièces manuscrites que je mettrai en désormais en ligne proviennent toutes du volume 24527. Comme prévu, s’intercaleront dans la chronologie les lettres publiées, soit en 1723 dans le Recueil des ouvrages de feu Monsieur Papin, soit dans l’édition scientifique de la correspondance de Jean Le Clerc due à Mario Sina.

Le corpus se compose d’une part des lettres reçues par le Blésois et de l’autre d’un certain nombre de minutes de ses propres lettres. L’une d’entre elle est la pièce du jour : une longue minute – dont les folios sont dispersés dans le volume 24527 – intitulée “Contre la grâce immédiate”. Datée du 15 février 1681, elle est adressée à “M.C.G.”, un personnage qu’il est difficile d’identifier avec précision.

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15 février 1681, Isaac Papin à “M.C.G.”, B.n.F, Fonds Français 24527, f. 41-42 v. et f. 84-85 v. (publié in Mario Sina, « Metafisica e teologia in alcune lettere inedite di Isaac Papin. II : l’ordine della sapienza divina », Rivista di filosofica neoscolastica, n° 3, juillet-septembre 2002).

 

Correspondance calviniste 2 – à l’une de ses sœurs, s.d.

Seconde lettre du corpus, celle d’Isaac à l’une de ses sœurs, malheureusement sans date mais dont le contenu autorise à penser qu’elle remonte au séjour orléanais du Blésois, quand il poursuit ses études de théologie auprès de Claude Pajon. En effet, toute la lettre est un long développement sur la conception de la grâce telle que la conçoit l’oncle maternel des deux épistoliers.

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Sans date, Papin à l’une de ses sœurs, BnF, Fonds Français 24498, f. 55-58 et 144-146 (publié in Mario Sina, « Metafisica e teologia in alcune lettere inedite di Isaac Papin. II : l’ordine della sapienza divina », Rivista di filosofica neoscolastica, n° 3, juillet-septembre 2002).

Correspondance de la période calviniste – Introduction

Avant qu’Isaac devienne le sujet de ma thèse, il était surtout connu des historiens des idées du Grand Siècle pour sa correspondance de jeunesse, conservée en grande partie dans le Fonds français du Département des Manuscrits de la Bibliothèque nationale de France. Découvertes par Roger Zuber à la fin des années 1960, ces lettres ont été en partie publiées par lui dans le Bulletin de la Société de l’Histoire du Protestantisme Français (1972) puis par Mario Sina dans la Rivista de Filosofica neoscolastica (2002). Quelques lettres demeurent inédites et figureront, bien sûr, dans ma thèse.

Au début de mon travail, ce corpus s’est avéré fondamental et comme il n’était pas intégralement publié, j’ai fait réaliser une copie du microfilm du volume f. fr. 24527 où figurent la quasi-totalité de cette correspondance.

Comme au temps de la guerre froide, bobine de microfilm et espionnage… euh, je m’égare !

C’était il y a presque sept ans et, Gallica, la bibliothèque numérique de la BnF, n’était pas aussi développée qu’aujourd’hui. Il y a quelques temps, j’ai voulu vérifié une transcription et j’ai découvert – Ô joie ineffable – que les deux volumes contenant les lettres de Papin sont désormais sur Gallica. Après moult difficultés techniques (j’en profite pour remercier Adrien Pery pour son aide), je vais reprendre sur le blog l’intégralité des manuscrits des lettres de Papin. Étant donné la dispersion des lettres dans deux volumes (f. fr. 24527 donc, et f. fr. 24498), elles seront reprises ici en pdf et je les publierai par ordre chronologique pour ainsi suivre les différents échanges de Papin entre 1681 et 1685. Quelques lignes de quelques lettres ne sont pas lisibles sur Gallica – du fait de l’état du manuscrit – mais ce seront 99% des textes qui seront ainsi accessible.

Sur le plan chronologique, s’ajoutent à ce corpus les lettres à Jean Le Clerc, conservées à Bibliothèque de l’Université d’Amsterdam et la Bibliothèque de la Société de l’Histoire du Protestantisme Français. Comme elles figurent dans les volumes de la correspondance de Le Clerc, et que ceux-ci sont disponibles sur Gallica (voir la rubrique Sources en ligne), j’insérerai dans ce fil de posts épistolaires leur version éditée. De même, les lettres datant de cette période et qui ont été publiées par la veuve de Papin en 1723 – et dont les manuscrits sont perdus – apparaîtront dans la chronologie. Sera ainsi disponible, à une lettre près, l’intégralité de la correspondance protestante de Papin.

On y découvre bien sûr des informations sur sa vie quotidienne, mais surtout énormément de pages consacrées à ses réflexions théologiques et philosophiques. Parmi ses correspondants, de futurs théologiens célèbres, comme Jacques Lenfant et Jean Le Clerc, mais aussi des membres de sa famille (l’une de ses sœurs, l’un de ses cousins), malheureusement, aucune lettre à sa mère et une seule à son oncle, Claude Pajon. Car dans le Fonds français, si l’on retrouve la correspondance passive d’Isaac, aucune de ses lettres n’y figurent. Heureusement, il avait l’habitude d’en prendre des minutes et plusieurs d’entre-elles sont conservées avec les missives qu’il a reçues. Ainsi, avant d’atteindre la correspondance avec Jean Le Clerc, qui débute en 1684, le contenu des manuscrits sera très intellectuel. Lorsque Le Clerc entre dans le réseau épistolaire de Papin, la vie quotidienne de ce dernier devient plus présente. Étant donné la date de cette correspondance, ce corpus constitue enfin un précieux témoignage d’un réformé devant l’application à la rigueur de l’Édit de Nantes, puis sa révocation par l’Édit de Fontainebleau.

Prêts pour un voyage épistolaire de 5 ans vieux de plus de trois siècles ?

Correspondance Isaac Papin-Jean Le Clerc

Parfois, en naviguant sur Gallica, on croit rêver… je viens d’y découvrir les pdf des trois premiers volumes de l’édition intégrale de la correspondance de Jean Le Clerc, publiée par Mario Sina entre 1987 et 1994. Le premier de cette série contient la correspondance d’Isaac avec Le Clerc : ce livre, je l’ai consulté maintes et maintes fois à la BSHPF… et là, miracle, en un clic et deux minutes, je peux l’avoir tout entier sur mon pc, et avec la recherche plein texte en bonus !! C’est beau la technique…

Pour les curieux, voire les papinophiles (!!), vous pouvez le consultez directement ici (le problème des liseuses dans les messages devrait être solutionné prochainement… en attendant, il vous faudra cliquez pour aller le lire directement chez Gallica… tout comme pour les volumes II et III).

Les lettres de ce volume (dont les originaux sont conservés à Amsterdam et Paris) sont extrêmement précieuses : elles datent du séjour d’Isaac à Bordeaux où, entre 1684 et 1685, il est précepteur des filles d’un marchand et intellectuel anglais, William Popple. Dans ses lettres, Isaac donne des nouvelles de la situation de plus en plus précaire des protestants dans le royaume, évoque plusieurs fois son oncle et père spirituel Claude Pajon et débat très longuement avec Le Clerc des rapports entre foi et raison. Isaac profite de cette correspondance pour donner à lire à un interlocuteur de confiance ses premiers traités théologiques. Ainsi, on trouve dans certaines lettres plusieurs passages de son Traité de la liberté chrétienne, qui sera finalement publié en 1687 par Bayle sous le titre La foy réduite à ses ses véritables principes et renfermée dans ses justes bornes (qu’on peut lire ici). Je ne résiste pas à citer cette phrase de la lettre d’Isaac du 2 octobre 1685, qui me désespère à chaque fois que je la lis :

Le vaisseau qui portoit le petit Manuscrit dont je vous avois parlé a fait naufrage. Il n’y a eû que le maître et trois matelots qui se soient sauvez.

Entre Bordeaux et Amsterdam, dans l’Atlantique, la Manche ou la mer du Nord, il y a  donc une épave qui convoya – pas jusqu’à bon port – le manuscrit d’un texte inédit d’Isaac, dont on ne connaît évidemment aucune autre copie !!

Bref, un corpus très riche, comme du reste l’ensemble de la correspondance de Jean Le Clerc (sur Le Clerc, on lira l’ouvrage de référence de Maria Cristina Pitassi, en aperçu googlebooks ici et ).