L’interview des Grands témoins

Dans le cadre du festival, Antoine Cachin et Rémy Knafou, Grands témoins, répondent à nos questions.

cachinANTOINE CACHIN

Après une carrière universitaire en sciences économiques à l’Université Paris I et à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris, il se consacre à l’activité touristique. Il intègre le Club Med, dont il devient l’un des directeurs généraux, puis successivement Havas Voyages en tant que PDG, Thomas Cook Voyages en tant que président du directoire, et enfin Fram à nouveau comme président du directoire. Aujourd’hui, il conseille des entreprises et des collectivités dans le domaine du tourisme à travers sa structure, Itac Consulting. Il est par ailleurs vice-président de l’Institut français du tourisme dont la mission est assez proche des objectifs poursuivis par le FIT.

Pourquoi avez-vous accepté d’être le Grand témoin académique du Premier Festival International du Tourisme?

Parce que le FIT m’apparaît comme une initiative originale par sa volonté de mieux faire connaître au grand public les enjeux du tourisme, en y associant le monde académique et les professionnels du secteur. Réfléchir sur le tourisme, son potentiel, ses impacts sur la société, ses avantages, mais aussi ses risques, me semble essentiel si l’on veut faire de cette activité un véritable axe de développement pour notre pays.

Quel rôle et quelle place peut avoir ce type d’événement pour les chercheurs et les professionnels du tourisme, comme pour le grand public?

Dans le domaine du tourisme, Il existe peu de lieux où le monde de la recherche, de la formation, des professionnels, des territoires va à la rencontre du citoyen et du consommateur. Or l’une des caractéristiques du tourisme est qu’il est, par nature, transversal, touchant aussi bien les populations que les territoires, au-delà de l’activité des professionnels. Favoriser les rencontres entre professionnels et chercheurs est essentiel pour mieux comprendre et prévoir les grandes évolutions du secteur, mais le tourisme trouvant son enracinement dans les territoires comme dans la société, seul un grand public conscient des enjeux peut lui donner sa légitimité.

remy-knafouRÉMY KNAFOU

Il est d’abord enseignant en lycée, en classes préparatoires aux grandes écoles, et en université. Devenu chercheur, il entre au CNRS comme directeur de recherche, et se lance dans des recherches collectives, dans deux directions différentes : l’une dans la sociologie de la géographie, l’autre dans la recherche-action dans la montagne touristique, avec la création de l’Institut de Saint-Gervais. Professeur à l’Université Paris 7, il y crée la première équipe française de recherche uniquement dédiée au tourisme : l’équipe MIT (Mobilités, Itinéraires, Tourismes) qui a notamment rassemblé plusieurs des enseignants-chercheurs aujourd’hui en poste à l’ESTHUA. Il agit aussi au sein du projet de mémorial au Camp des Milles, à Aix-en-Provence, projet qui l’a amené à réfléchir aux liens entre tourisme et mémoire, débouchant sur le concept de « tourisme réflexif ». Il a également été directeur de manuels scolaires pendant 35 ans (près de 70 ouvrages).

Pourquoi avez-vous accepté d’être le Grand témoin académique du Premier Festival International du Tourisme ?

Pour trois raisons à la fois différentes et liées. D’abord, parce que ce Festival est une initiative de personnes qui me sont très proches depuis longtemps, humainement comme scientifiquement. Ensuite, parce que j’ai été, avec Claire Ferras, à l’origine du premier festival scientifique en France – le Festival international de géographie de Saint-Dié-des-Vosges, le « FIG », en 1989, celui-là même qui a inspiré l’opération « science en fête », lancée l’année suivante par le ministère de la Recherche dont les représentants étaient venus assister à Saint-Dié à cette première expérience d’une discipline se mobilisant pour présenter ses acquis et ses avancées à un public que nous espérions le plus large possible. J’ai dirigé ce festival pendant les trois premières années, puis à nouveau pendant deux ans, quelques années plus tard, ce qui m’a permis de consolider la formule – notamment en mettant sur pied les premiers « cafés de géographie », symboles d’une mobilisation de la ville entière autour de son festival. La création de ce premier festival a résulté d’une rencontre entre la mission qui m’avait été fixée par le CNRS au moment où je venais d’y être recruté (« diffusion et valorisation du savoir géographique ») et l’attente d’une municipalité qui souhaitait se doter d’un événement culturel de haut niveau. Il fallut donc construire le lien entre cet événement et la géographie, lequel trouva son fondement dans le fait que la première carte mentionnant le nom d’Amérique pour le nouveau Monde avait été dessinée à Saint-Dié. Enfin, dernière raison, parce j’ai toujours pensé que les chercheurs devaient rendre compte de leur recherche, à la fois parce qu’il s’agit d’une utilisation d’argent public et parce que la recherche en sciences humaines et sociales se doit, par définition, de ne pas oublier à qui, in fine, elle est destinée. C’est du reste la raison pour laquelle je pense depuis longtemps que la diffusion du savoir scientifique dans la société fait partie du travail du chercheur.

Quel rôle et quelle place peut avoir ce type d’événement pour les chercheurs et les professionnels du tourisme, comme pour le grand public?

Si je me fonde sur mon expérience du « FIG », je note que très rapidement – en fait, dès la première année, ce festival s’est imposé comme l’événement identitaire d’une discipline souffrant d’un déficit de reconnaissance. Son succès a inspiré, peu de temps après, la communauté des historiens qui a voulu aussi avoir son événement de référence, à Blois, qui est la copie conforme du festival de géographie. Avec le tourisme, il y a au moins une similitude et des différences, lesquelles limitent l’efficacité du parallèle. La similitude tient à ce que le secteur du tourisme souffre aussi d’un manque de reconnaissance du côté institutionnel – disparition de la « direction du tourisme » au sein de l’administration centrale, incertitude quant au rattachement ministériel du tourisme à chaque nouveau gouvernement – alors même que les pouvoirs publics ne cessent d’affirmer l’importance économique du tourisme. Quant aux différences, elles tiennent d’abord au fait que le tourisme n’est pas une discipline avec une communauté liée facile à identifier, au moins dans son noyau central ; et ensuite à la concurrence d’autres événements déjà bien implantés dans le secteur professionnel. En revanche, rassembler et fédérer le monde composite et mouvant de la recherche en tourisme est un pari intéressant, voire audacieux. Et prendre un public le plus large possible à témoin – mais aussi en tant qu’acteur, car tout le monde ou presque est touriste dans notre société – est un autre défi d’importance. Il y a donc une place à occuper : celle que ses initiateurs, ses participants et son public sauront inventer ensemble.

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