« Les académiques doivent savoir parler à tout le monde » – entretien avec Philippe Duhamel

Coordinateur du premier Festival International du Tourisme, Philippe Duhamel, professeur de géographie à l’Université d’Angers, souhaite se saisir de l’événement pour bâtir un pont entre monde universitaire et grand public.

Duhamel

Ouvrir l’académique au grand public, créer un lien entre chercheurs et société civile, telles sont les leitmotivs de Philippe Duhamel, professeur de géographie à l’Université d’Angers et coordinateur du Festival International du Tourisme. « Il n’y a rien de plus pratique qu’une bonne théorie », lance-t-il, amusé.

Ce lien qui lui tient tant à cœur, Philippe Duhamel l’a tissé aux débuts des années 1990. A l’époque jeune doctorant, il participe à la mise en place de « l’aventure » du Festival de géographie de Saint-Dié-des-Vosges. « Pour le Festival d’Angers, j’ai été très inspiré par Saint-Dié : en tant que géographe, je revendique cette filiation ».

Pour Philippe Duhamel, « le Festival International du Tourisme prouve que nous sommes en lien avec la société civile. Cela oblige les académiques à savoir parler à tout le monde ». Et permet à tout le monde d’entendre les chercheurs avec, par exemple, l’ouverture d’un colloque scientifique à tous…en parallèle de conférences tout public. Une douzaine de professeurs viendront ainsi évoquer le thème avec trois cycles : « Tourisme et Indonésie », « Tourisme et développement durable » et « Tourisme, développement durable et pays du Sud ». Une heure de présentation et d’échanges pour montrer les enjeux et la complexité des mondes du tourisme. Le premier aux Salons Curnonsky et les deux autres au Centre des Congrès.

Sortir du côté académique, c’est aussi sortir des murs universitaires et « irriguer le territoire ». Plusieurs temps forts permettent ainsi de faire infuser le Festival international du Tourisme dans la ville d’Angers. Premier d’entre eux : les cafés-touristiques. « Des auteurs vont présenter leurs ouvrages, en lien avec le tourisme, dans différents cafés de la ville. C’est une prise de risque pour l’auteur de se trouver très proche de son public et c’est à nouveau une manière de créer du lien », explique Philippe Duhamel. Du lien, il s’en créera aussi forcément lors du Salon du livre et des guides, qui mêlera éditeurs grand public, professionnels et indépendants autour d’ouvrages consacrés au tourisme, au voyage et au développement durable, thème central de cette première édition. « Mon ambition est que ce soit le lieu où tout le monde se croise », précise le géographe.

Du fun au service du sérieux

Au cinéma Les 400 Coups, « Mange, Prie, Aime » de Ryan Murphy sera projeté dans le cadre du Festival et suivi d’un débat. « Il y a dans ce film, qui se déroule en Italie, en Inde et en Indonésie, un certain nombre d’images et d’idées reçues sur ces pays. L’idée est de les pointer, les déconstruire et les mettre en perspective ».

Autres images, autres idées reçues à déconstruire, une exposition sur le thème « Bronzer en Chine. Émergence d’une norme corporelle » est programmée au Centre des Congrès pendant le Festival. Fruits du travail de recherche de Christophe Guibert et Benjamin Taunay depuis le début des années 2010, « ces clichés sont l’occasion de montrer les évolutions de la Chine comme les usages sociaux de la plage». Cette exposition sera aussi un moment fort du festival avec quelques interventions sur les Chinois dans les Sud.

Avec l’Indonésie comme pays invité cette année, le Festival International du Tourisme propose des expositions artistiques, un spectacle de danse balinaise et javanaise ou encore des actions périscolaires. « Le pays est la couleur du festival ».

Philippe Duhamel, qui croit en « la vertu du fun pour montrer quelque chose de sérieux », rêve d’organiser un jour « une grande parade touristique autour du pays invité » et d’associer les arts de la rue au monde académique. Décloisonner, toujours.