Le tueur des bergers

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Portrait de Joseph Vacher après son arrestation

Une décennie après que Jack l’Eventreur ait frappé Londres de ses crimes effroyables, la France fait face à l’un de ses premiers tueurs en séries : Joseph Vacher.

Sergent dans le 60e régiment d’infanterie de Besançon, il devient vagabond et se met à égrainer des cadavres dans plusieurs départements du sud-est, on le surnommera « Le tueur des bergers » ou en référence à Jack l’Eventreur : « L’éventreur du Sud-Est« .

 

Joseph Vacher a connu une enfance difficile, avant-dernier d’une famille de quinze enfants, son père est violent et alcoolique et sa mère est enfermée dans un monde de mysticisme et de superstitions. C’est un enfant violent et brutal avec ses frères et sœurs et avec ses camarades, il fait preuve d’une grande force physique et d’une cruauté malsaine envers les animaux. Très jeune il est atteint d’une fièvre typhoïde qui lui laissera des séquelles physiques et psychologiques.

A 14 ans sa mère décède, il devient ouvrier agricole, à 16 ans il fait un séjour chez les religieux : les Frères maristes de Saint-Genis-Laval, il y restera 2 ans. Il y parfait son instruction, fait la classe aux enfants mais en est exclu à 18 ans pour indiscipline et immoralité (actes homosexuels sur ses camarades). Ce passage chez les religieux, l’a profondément marqué, tout au long de sa vie il citera de nombreux passages religieux. Il est ensuite accueilli chez sa sœur (prostituée à Grenoble), il travaille dans une brasserie, fait la fête et profite des services des collègues de sa sœur par lesquelles il attrapera une maladie vénérienne qui lui fera perdre un bout de testicule, cette opération castratrice va profondément le traumatiser. A 21 ans, il est incorporé dans l’armée, il subira de nombreuses moqueries et bizutages et ce à longueur de temps. Malgré cela, il parvient au grade de sergent et se venge sur ses camarades.

 

Joseph Vacher est amoureux d’une cantinière Louise Barrand mais cet amour n’est pas réciproque, elle le rejette à de nombreuses reprises et se moque régulièrement de lui. Le 25 juin 1893 après un énième refus de sa part de l’épouser, Joseph sort un revolver pour lui tirer quatre fois dessus avant de retourner l’arme contre lui, les deux réchapperont à leurs blessures. Le chirurgien qui le soigna, n’arriva à retirer qu’une seule des deux balles, il en ressortira mutilé (face balafrée, le côté droit du visage paralysé, la bouche tordue, l’œil droit injecté de sang … ).

Il sera inculpé pour tentative d’assassinat et sera interné à l’asile de Dole dans le Jura, en septembre 1893 un psychiatre le déclare atteint d’aliénation mentale et le rend donc irresponsable de ses actes : un non lieu est prononcé et il est transféré à l’asile Saint-Robert dans l’Isère. Son début de séjour à l’asile est mouvementé, Joseph est pris d’accès de fureur, de crise de paranoïa et de démence, il s’évade même de l’asile mais est de nouveau arrêté. Et de là, un brutal changement de comportement s’effectue : il devient calme, doux. Le 1er avril 1894, le directeur de l’asile le considère comme guéri, Joseph Vacher est libre.

A cela s’ensuit une errance dans les campagnes françaises où Joseph va de petits travaux en petits travaux et commet ses crimes, il peut parcourir jusqu’à 70km dans la journée pour assouvir sa soif de sang.

Son mode opératoire est toujours le même : il croise un jeune berger ou une jeune bergère, l’assaille, l’étrangle, le met à terre, l’égorge, l’éventre, lui incise les parties génitales et se livre à un acte sexuel post-mortem. On lui incombe une trentaine de meurtres dans toute la France, il ne sera condamné que pour 11 de ses crimes.

 

Les cadavres auraient pu continuer de s’accumuler mais cela était sans compter sur l’intervention d’un jeune procureur nommé Emile Fourquet.

En 1897, son attention est attirée par un dossier en attente : le meurtre de Victor Portalier (égorgé, éventré, ses parties génitales tranchées et violé après sa mort). Les témoins décrivent un vagabond, un Quasimodo mais à cette époque la France en compte des milliers.  A partir de là, Fourquet fait le rapprochement avec un meurtre commis la veille de l’assassinat de Victor à 100km de là, avec le même mode opératoire et le même rôdeur balafré décrit par les témoins.

Cela conduit à une enquête d’envergure malgré les faibles moyens de communication de l’époque, Fourquet contacte tous ses homologues de l’hexagone et met la main sur une vingtaine de meurtres similaires. Il fait réaliser un portrait robot qu’il transmet à tous ses confrères : le profilage est né.

Tous ses efforts vont payer puisque Joseph Vacher est arrêté le 4 août 1897 alors qu’il allait de nouveau passer à l’attaque. Il nie les meurtres pendant un temps mais le 8 octobre il avoue 11 meurtres d’impulsion sans mobile. Mais celui-ci met tout sur le compte de la folie : enfant il aurait été mordu par un chien qui avait la rage et qui lui aurait transmis la démence mais le Docteur Alexandre Lacassagne (l’un des fondateurs de l’anthropologie criminelle) étudie la personnalité du tueur et le déclare sain d’esprit. Pour lui, les meurtres étaient prémédités, commis dans des lieux isolés, Joseph avait toujours un couteau sur lui et il changeait de département après chaque meurtre.

Son constat est sans appel : Joseph Vacher simule la démence.

Son procès s’ouvre à Bourg-en-Bresse en octobre 1898, c’est un procès qui captive aussi bien la foule que les médias et Vacher répond aux attentes de tout le monde en arrivant le jour de son procès une toque en poils de lapin blanche sur la tête et une pancarte autour du cou sur laquelle est écrit « J’ai deux balles dans la tête ». Tout au long de son procès, il chantera à tue-tête des airs à la gloire de Jésus et Jeanne d’Arc mais aura quand même des moments de lucidité pour expliquer ses crises de démences : « À chaque fois, je suis pris d’une espèce de fièvre, d’un tremblement nerveux, je ne veux pas tuer, ni violer, mais il faut que je le fasse« .

Le 28 octobre 1898, il sera déclaré coupable de 11 meurtres avec préméditation et sera condamné à mort. Son exécution se déroulera le 31 décembre et au prêtre venu le confesser, il déclarera : « J’embrasserai Jésus-Christ tout à l’heure. Vous croyez expier les fautes de la France en me faisant mourir. Cela ne suffira pas, vous commettrez un crime de plus. Je suis la grande victime de cette fin de siècle. »

Alors d’après vous, Joseph Vacher : victime ou meurtrier ?

 

Sources :