DESPENTES Virginie

Née le 13 juin 1969 à Nancy (Meurthe-et-Moselle). Despentes est un pseudonyme en référence aux Pentes de la Croix-Rousse, quartier de Lyon où Virginie Despentes résida de nombreuses années. L’écrivaine est fille unique. Ses parents travaillent à la Poste. Son père a débuté guichetier et a gravi les échelons pour être cadre. Il est socialiste. Sa mère a eu une activité de déléguée syndicale à la CGT et de militante au Planning familial. Virginie Despentes quitte le lycée en 1985, passe son baccalauréat en candidate libre, quitte Nancy pour Lyon en 1986, et écrit un premier roman, non publié, en 1992.

Elle exerce diverses activités : ménage, « salons de massage » et peep shows, vendeuse chez un disquaire, puis pigiste pour des journaux rock et critique de films pornographiques. Alors qu’elle est vendeuse au Virgin Megastore à Paris, elle publie chez Florent Massot en 1994 son premier roman, Baise-moi, dont le manuscrit a été refusé par plusieurs éditeurs. Elle y publiera, en 1996, Les Chiennes savantes, avant d’être éditée ensuite chez Grasset.

Elle obtient plusieurs prix littéraires : le prix de Flore en 1998, le prix littéraire Saint-Valentin en 1999 pour Les Jolies Choses ainsi que le prix Renaudot pour Apocalypse bébé en 2010 qui atteste sa reconnaissance littéraire. Virginie Despentes est également réalisatrice. Elle adapte à l’écran deux de ses romans ; le premier, Baise-moi (2000), est coréalisé avec Coralie Trinh Thi (avec Karen Lancaume et Raphaëla Anderson). Dans le second, Bye Bye Blondie (2012), elle fait jouer l’histoire d’amour initialement hétérosexuelle, dans le roman, par deux femmes, Béatrice Dalle et Emmanuelle Béart. Elle réalise également un documentaire, Mutantes (Féminisme Porno Punk), en 2009. Virginie Despentes, en couple avec la philosophe queer Beatriz Preciado, déclare être devenue lesbienne à 35 ans (Télérama.fr, 20 mars 2012).

Son premier film, projeté en marge du Festival de Cannes en 2000, fait l’objet d’une polémique en raison des scènes de sexe et de violence exercées par les personnages principaux du film, deux femmes. Évalué par la commission de classification des films du Centre national de la cinématographie, le film a pour visa d’exploitation une interdiction aux moins de 16 ans. Le 30 juin 2000, suite à une demande de l’association religieuse Promouvoir proche du parti d’extrême droite Mouvement national républicain (MNR), le Conseil d’État annule le visa d’exploitation du film et demande son classement en X, ce qui restreint sa distribution aux salles disposant de ce label. En 2001, la ministre de la Culture Catherine Tasca accorde au film une interdiction aux moins de 18 ans.

Virginie Despentes déclare être féministe dans ses activités de création. Elle publie en 2009 un essai autobiographique, King Kong théorie, où elle poursuit la déconstruction de la féminité – déjà travaillée dans ses premiers romans –, façonnée par les préjugés traditionnels, les médias et autres supports de représentation de sens commun. Elle prolonge dans cet ouvrage l’exploration de figures multiples de femmes dotées d’une agentivité qui les conduit à assumer des choix de vie et des pratiques sociales ou professionnelles décidées par elles-mêmes. Elle contribue ainsi, au long de son oeuvre, à l’appui de son vécu et de ses observations critiques de la société, à fonder empiriquement des possibilités d’existence généralement marquées du sceau de la marginalité, assumées ou non, stigmatisées ou non. Elle crée, par exemple, dans ses livres des figures de femmes violées qui rompent avec les représentations les renvoyant la plupart du temps au silence à force de culpabilisation et d’intériorisation de la honte. Elle traite, en outre, des femmes engagées dans la prostitution, comme les travailleuses du sexe, et réalise enfin un documentaire sur le travail de création pornographique (Mutantes, documentaire féministe prosexe).

Dans ses oeuvres, Virginie Despentes mine les catégories morales conventionnelles et propose une lecture critique du système capitaliste. Elle travaille toutes ces représentations en se saisissant des rapports sociaux, qu’il s’agisse des rapports de classe, de race ou des stigmatisations qui frappent des choix en matière de sexualité, de religion, ou d’identification de genre. En sorte que son oeuvre et ses tribunes au style frontal contestent le système patriarcal, hétérosexuel et raciste majoritaire socialement.

• Livres [sélection] : Baise-moi, Paris, Florent Massot, 1993. – Les Chiennes savantes, Paris, Florent Massot, 1996. – Les Jolies Choses, Paris, Grasset, 1998. – Bye Bye Blondie, Paris, Grasset, 2004. – King Kong théorie, Paris, Grasset, 2006. – Apocalypse bébé, Paris, Grasset, 2010. – Vernon Subutex, 1, 2, Paris, Grasset, 2015.

• Films : Baise-moi, 2000. – Mauvaise étoile (Patrick Eudeline), clip musical, 2006. – Mutantes (Féminisme Porno Punk), 2009. – Bye Bye Blondie, 2011.

• Sources : Libération, 22 janvier 1996. – « Les hyperréalistes », Nouvel Observateur, 28 mai-3 juin 1998. – Le Matin Dimanche, 2 octobre 2010. – Télérama.fr, 20 mars 2012, http://www.telerama.fr/cinema/virginie-despentes-j-avais-envie-de-faire-une-comedie-amoureuse-gouine,79162.php (consulté le 12/11/2015).

• Bibliographie : DUC

Delphine Naudier

→ Cinéma ; Lesbiennes ; lgbt ; Littérature ; Pornographie ; Queer.

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