Le secret de Brokeback Mountain

Un paysage de Brokeback Mountain dans Les Rocheuses américaines

Source: Thomas Ribière

Drame US d’Ang Lee, sorti le 18 janvier 2006 en France, adapté d’une nouvelle d’Annie Proulx (prix Pulitzer pour The Shipping News en 1994), de 2h14.

Eté 1963, Wyoming, 2 jeunes cow-boys, Jack Twist (Jack Gyllenhaal) et Ennis Del Mar (Heith Ledger), sont engagés pour garder ensemble un troupeau de moutons par le Farm and ranch Employment à Brokeback Mountain. Isolés au milieu d’une nature sauvage, leur complicité se transforme lentement en une attirance aussi irrésistible qu’inattendue. Ils vivent alors l’âge d’or de leur relation, ce qui inspirera une réplique récurrente du film « Tout ce que nous avons, c’est Brokeback Mountain ».
A la fin de la saison de transhumance, Ennis n’étant pas prêt à révéler leur histoire au grand jour (on apprendra qu’Ennis fut traumatisé à l’âge de 9 ans par la vue d’un homme assassiné à cause de son homosexualité, peut-être par son propre père) contrairement à Jack, les deux hommes doivent se séparer.
Malgré cette intense idylle dans la montagne, ils font leur vie chacun de leur côté, se marient (Alma Beers Del Mar (Michelle Williams) pour Ennis Del Mar, tandis que Jack épouse Lureen (Anne Hathaway)), ont des enfants.
Enfin, après 4 ans, ceux-ci se rencontrent à nouveau et un seul regard suffit pour raviver l’amour né à Brokeback Mountain. Se rendant compte qu’il ne peuvent vivre trop longtemps l’un sans l’autre, ils se rencontrent épisodiquement entre le Wyoming et le Texas prétextant des sorties de pêche entre meilleurs amis avant que Jack Twist ne soit tué dans des circonstances douteuses, laissant Ennis seul avec ses souvenirs.

J’avais depuis entendu parler de ce film par des gens qui ne l’avait pas vu me faisant de lui un portrait caricatural car le secret de Brokeback Mountain est en réalité moins un film sur l’homosexualité dans les années 60 aux États-Unis que sur l’amour en général. En effet, si l’on y évoque l’homosexualité entre cow-boys,le film n’est pas pour autant une relecture du western. Ang Lee n’emprunte à ce genre que ses paysages et ses costumes. Brokeback Mountain est avant tout un intense mélodrame, une histoire d’empêchement, comme un certain nombre d’histoires d’amour en comptent, comme peut-être les plus belles de ces histoires.

Particulièrement émouvante est cette religion du souvenir qui gagne peu à peu les deux personnages. On les voit s’évader en pleine nature lors de leurs rares moments partagés, une fois qu’ils sont définitivement englués dans leurs destins respectifs. On pourrait penser qu’il s’agit d’échapper aux regards d’autrui, à la pression sociale. Mais il apparaît que leurs escapades sont autant de pèlerinages. Sans jamais oser retourner à Brokeback Mountain, ils reconstituent tacitement, invariablement, les conditions de leur première fois. Comme s’il n’y avait qu’un instant d’éternité dans toute une vie et, ensuite, des décennies vouées au culte de cet instant.

Ted

Logo de Ted

Source: Universal Studios

Comédie US de Seth McFarlane sorti sur nos écrans le 10 octobre 2012.
Noël 1985, le jeune John Benett est un enfant de 8 ans sans ami qui fait le vœu que sa peluche Ted prenne vie, ce qui contre toute attente advient.
27 ans plus tard, John (Mark Wahlberg) et Ted (Seth McFarlane en VO et Joey Starr en VF) sont toujours les meilleurs amis du monde et vivent toujours ensemble, mais la présence de l’ours empiète sur la vie de couple de John, depuis 4 ans avec Lori (Mila Kunis). En effet, John et son ours se comportent comme des enfants, passant leur temps à boire des bières et fumer de la drogue devant des navets, leur préféré étant Flash Gordon. Aussi, Lori va forcer la main de son petit-ami et le pousser à s’éloigner de son meilleur ami d’enfance afin de le faire grandir et le rendre plus mature..
D’apparence un classique « bromance » (sous-genre de la comédie américaine où un adulescent est sommé de choisir entre son meilleur ami et sa copine, c’est-à-dire, par métonymie, entre l’enfance et l’âge adulte), Ted se distingue par un humour décapant qui loin de se réduire au seul comique de situation représenté par l’opposition entre un Teddy Bear (1dm3 de mousse avec des yeux ronds en billes noirs au milieu d’une face innocente) et Ted à la voix rocailleuse, au comportement macho et à la langue bien pendue, utilise de nombreuses références de la pop culture (parmi lesquelles ET, Star Wars, Flash Gordon, Indiana Jones et Taylor Lautner), des dialogues en mitraillettes qui sonne toujours juste (si bien qu’on finit par accepter en seulement quelques minutes que l’un des protagonistes soit un ours en peluche) et des scènes ayant le potentiel de devenir culte (la scène de la bagarre dans la chambre d’hôtel valant bien la scène du beurrage de sandwichs des tontons flingueurs de Georges Lautner).
Le seul regret que l’on pourrait exprimer cependant est le rôle de faire-valoir tenue par Mila Kunis, à savoir l’image même du sérieux féminin venant contrarier la bonhommie légendaire des hommes.
Pour finir, un film bien régressif comme on les aime, peut-être parce qu’au fond, on a tous une part en nous de Ted?

Argo

Thriller US de Ben Affleck sorti sur nos écrans le 7 novembre 2012, inspiré d’une histoire vraie classé secret d’État jusqu’en 1997.
Le film débute par la prise de l’ambassade américaine de Téhéran à la suite d’une manifestation antiaméricaine qui dégénéra le 4 novembre 1979 au moment de la révolution iranienne. 52 personnes du personnel de l’ambassade se trouvent alors pris en otage. Mais entre-temps, 6 membres du personnel sont parvenus à fuir et à trouver refuge au domicile de l’ambassadeur du Canada (joué par le canadien Victor Garber, l’architecte du Titanic dans le film éponyme de James Cameron), pays neutre au moment de la révolution. Seulement sachant qu’ils seront bientôt recherchés et exécutés sitôt trouvés, il parvienne à contacter leur pays. En réponse, seules 2 solutions semblent se dégager: apporter des vélos aux 6 américains pour que celui-ci atteigne la frontière turque situé à des centaines de kilomètres (aéroports, gares étant sous très haute surveillance) et « la moins mauvaise » proposé par le spécialiste de l’exfiltration Tony Mendez de la CIA (joué par l’acteur-réalisateur Ben Affleck) et qui sera finalement retenue.
*Celle-ci consiste à monter de façon convaincante dans l’urgence un faux-film nommé Argo (à l’origine du fameux Argofuck yourself! en VO ou Argoccupe-toi de ton cul! en VF) obligeant Mendez à s’associer avec des personnalités d’Hollywood tel que John Chambers, un maquilleur renommé (Oscar d’honneur maquillage pour La Planète des Singes) et le producteur Lester Siegel (un personnage crée pour l’occasion, joué par Alan Arkin, Oscar du meilleur second rôle pour Little Miss Sunshine).
Ce faux-film étant proche d’un Star Wars au rabais, sa réalisation nécessiterait un milieu semi-désertique, paysage qu’offre l’Iran. Tony Mendez se rend donc en Iran en tant que co-producteur canadien de ce film, lui permettant de se rendre sans trop éveiller la curiosité chez l’ambassadeur canadien et d’y préparer les futurs exfiltrés à leurs rôles à savoir ceux de membre de l’équipe de tournage. Ceux-ci doivent apprendre à parler avec l’accent canadien, connaitre le technolecte de l’industrie du film et gèrer le stress d’une nouvelle identité qu’il doivent connaitre sans jamais hésiter car il est évident que ceux-ci seront longuement interrogés à l’aéroport.
Et si ce n’était pas assez, les hautes sphères politiques américaines hésite jusqu’au dernier moment du maintien de l’opération. En effet, l’échec de l’opération entrainerait une opprobre international sur la CIA.

Ce film est l’un des meilleurs thrillers qui me fut donner de voir cette année. Malgré le calme, la sérénité qui accompagne Mendez tout au long du film, le seul fait de ressentir que tout se passe sur la brèche malgré la préparation de l’opération nous gardent haletants jusqu’à la fin du film. Du grand Affleck.

L'affiche du faux-film.

L’affiche du faux-film.
Source: CIA.